Rue du Pourquoi Pas



Parce qu’il y a toujours une route qui, quelque part, m’attend.
Carnets de route, photos de voyages, et pensées vagabondes.

Écrit par : Sébastien ChionFebruary 4th, 2020
  • Si j’avais planifié mon voyage dans le détail, si je m’étais renseigné sur le sud de la Catalogne, j’aurai sans doute lu des choses sur la Terra Alta, zone de vignobles, de production d’olives et d’amandes que je découvre en m’émerveillant.

    Et j’aurai peut-être entendu parler de Saint-Blai. Oui, Saint-Blai, comme l’ermitage découvert à Tivissa. Saint-Blai, que l’on célèbre au plein coeur de l’hiver, du 2 au 6 février. Je me serai peut-être alors arrangé pour arriver au bon moment au bon endroit. Comme par exemple à Bot, un mardi après-midi. Mais alors j’aurai su à quoi m’attendre. Je serai arrivé à l’heure qu’il fallait, où il fallait. Et j’aurai regardé tout cela un peu dépité, en me disant « ah, ok ». Mais au lieu d’arriver à Blai à 18h30, j’y suis arrivé -à pied, après une bonne heure de marche- à 16h. Et quand par hasard sur le fronton de la mairie j’ai vu le programme des festivités, et que je me suis dit « wow ! quelle chance, je suis arrivé en plein pendant les festivités ; c’est à 18h30, il faut juste que je tue un peu le temps ». Alors je me suis baladé un peu dans les rues du village.

    Et ensuite, je suis allé me poser au Club Esportivu. Déjà à Gandesa l’avant-veille au soir je m’étais fait la réflexion. Étrange d’appeler « club sportif » un endroit où les gens sont assis à des tables, dans un décor ambiance salle des fêtes, à boire des bières et à jouer aux cartes. Mais c’était le seul endroit d’ouvert. Et j’avais envie de voir de l’intérieur. J’ai donc commandé une bière, et je me suis installé à une table. Un groupe d’une dizaine de personnes âgées jouent aux cartes. Quatre jeunes, sans doute lycéens, discutent en buvant des cafés ; deux mamans boivent une bière. Des cris d’enfants résonnent dans tous les sens. Dans le cadre des festivités de Saint-Blai, il y a une animation jeux pour enfants dans la salle de danse du Club Esportivu. Où l’on trouve aussi une salle de cinéma. Cet endroit s’appellerai « viendez socialiser et rencontrer votre voisin pour faire plaisir à monsieur Lepage » ça serait tout aussi adapté.

    C’est donc assis à cette table, devant un premier verre de bière puis un deuxième, que je commence à prendre des notes pour ces articles que je dois écrire pour mon blog. De façon la plus non linéaire possible, on dirait bien !

    Et donc, à 18h30, je suis place de l’Église. La fanfare s’est rassemblée. Il y a une dizaine de personnes dans la rue. Plus de musiciens que de spectateurs. La musique commence. La fanfare s’en va. Les spectateurs restent. Surprenant.

    Jusqu’à ce que deux neurones se connectent : il y a des hauts-parleurs dans les rues de la ville. Un peu plus tôt, alors que je m’y baladais, une voix de femme a fait une annonce. Les personnes voulant participer à la danse de ce soir devait se retrouver à l’école. J’avais bien enregistré « escuela » dans l’annonce, sans réfléchir plus. Mais voilà : la fanfare va à l’école chercher les enfants !

    Une dame s’approche de moi, et me demande si ça commence bientôt. Ajoutant qu’elle entend de la musique qui semble s’éloigner. La pauvre dame a, semble-t-il, choisi le seul touriste du lieu. Je lui explique que selon moi ils vont revenir, mais que je ne suis pas du coin, donc que je n’en ai aucune idée. Mais comme, en même temps, personne ne bouge, je suis plutôt confiant.

    Et en effet, peu de temps après, la musique est de retour. Un petit cortège d’enfants à l’avant, en costume traditionnel (la plupart avec des grosses doudounes d’hiver par dessus) arrive en dansant. Et soudain la place est « envahie ». Il doit bien y avoir une petite centaine de personnes. La fanfare joue, les enfants dansent en rond autour de la place. Parfois la musique change, les enfants dansent sur place, et les adultes leur lancent des bonbons. Puis la musique change à nouveau, les enfants avancent en piétinant les bonbons, et c’est reparti. Pendant une demi-heure, les enfants dansent, les adultes lancent des bonbons, et ceux-ci (les bonbons) se font piétiner. Et moi, je regarde avec de grands yeux hallucinés. Et un immense sourire. Si on m’avait dit qu’un jour je regarderai des enfants danser en habit traditionnel, dehors, en février, sur de la musique de fanfare, pendant qu’on leur jette des bonbons… et franchement, si j’avais lu ça dans un guide… bin pas sûr que j’aurais fait le détour pour le voir !

    Et puis voilà, c’est fini. On applaudit bien fort. Les enfants montent sur les marches de l’église pour une photo de groupe. Puis les familles se succèdent pour des photos avec les enfants. Les gens se dispersent petit à petit, laissant des tonnes de bonbons sur le sol. Je finis par me décider, et j’en ramasse une poignée quand il n’y a plus personne pour me voir. Juste après, deux employés de la ville arrive, avec un grand balais, et une balayeuse/aspirateur pour récupérer tout ça.

    Demain, même heure, ce sont les danses traditionnelles pour les femmes. À 20h, les hommes ont le droit de les rejoindre, pour une soirée bal… à la salle de danse du Club Esportivu. Il ne faut surtout pas que je manque ça !

    Moi j’attaque les 5 kilomètres à pied (dont 1,7 km de tunnels) qui me ramènent à la maison. Parce qu’en ce moment, je dors sur le parking de la gare de Prat de Comte. À 6 mètres des voies. Juste après la sortie du tunnel.

    Comment je suis arrivé là ? Eh bien c’est très simple. En sortant de Mora d’Ebre, j’ai pris la direction du château de Miravet. Ma première tentative, en passant par la 420 -sur la rive gauche- ayant échoué du fait de la nécessité de traverser en bac, entraînant toutes les péripéties précédemment racontées. Mais en suivant la T324 sur la rive droite, plus de bac à traverser. Et en continuant sur la N230 ensuite, je continuerai en Terra Alta, car j’avais encore des choses à voir, et que Fontcalda n’avait pas fini d’entendre parler de moi !

    Mon passage à Miravet fut très bref. Fidèle à mes habitudes, je me suis garé assez vite. Bon, le village étant petit, j’étais quand même déjà en centre-ville. Et puis j’ai décidé d’essayer de rejoindre le château par les petites rues. Pour me trouver confronter à des rues fermées pour raison de sécurité. Mais offrant la possibilité de faire un détour, par une autre rue, aussi faisable en voiture. Alors j’ai hésité un peu. Il était 15h. Et les dernières entrées pour visiter le château se faisaient à 15h30 pour une demi-heure de visite. Donc pas de visite du château. Mais peut-être la possibilité de dormir sur le parking et de visiter le lendemain ? Retour au Chamion, et je m’engage dans la rue principale. Sans soucis. Puis je tourne pour prendre la rue du château. Il n’y a pas de panneau d’interdiction quelconque, pourtant je me dégonfle. Les espagnols (au moins dans cette région) sont fans de balcons. Balcons qui avancent parfois un peu dans la rue, sans forcément être très loin du sol. Et dans ces vieilles rues, il n’y a pas de trottoir. Toute la rue peut servir à circuler. Sauf que si au milieu tout va bien, sur les bords, des fois, bin ça peut poser problème. Alors jusqu’ici, j’ai vu des panneaux indiquants les limites de hauteur. Mais j’hésite. Je n’ai pas envie de me péter un panneau solaire sur un balcon.

    Oui, quand j’ai formulé cette phrase dans ma tête, au moment d’hésiter, j’ai été obligé de la relire mentalement pour avoir confirmation que j’avais bien pensé « je n’ai pas envie de me péter un panneau solaire sur un balcon ». D’ailleurs, même en l’écrivant, ça fait du bien de la réécrire une deuxième fois. Pour être sûr.

    Donc bref, je me dégonfle et fais un habile demi-tour. Je commence à maitriser les demi-tours de plus en plus sauvages. D’ailleurs, j’ai aussi réalisé il y a quelques jours que je conduis le Chamion plus que d’habitude. Et que j’ai fait pas mal de routes de montagne : je commence à avoir des cales !

    Le Chamion me ramène donc en Terra Alta. Le soleil brille énormément. Tellement que les montagnes sont floues alors qu’elles ne sont pas loin. Je suis en t-shirt. Mon petit doigt me dit que même pour la région les températures ne sont pas normales du tout…

    J’arrive à El Pinell de Brai où je profite d’un point d’eau pour remonter un peu les cuves. Juste après, je croise la C43 qui m’avait amené à Gandesa (avec un détour par Fontcalda) la veille. Je continue tout droit. Peu après, je m’arrête à la gare de El Pinell.

    Donc voilà l’histoire. Je me suis quand même renseigné un peu plus sur Fontcalda. Où, la veille, j’avais vu pas mal de vélos, notamment des enfants en bas âge. Alors que la route par laquelle je suis repartie, je suis pas sûr que j’arriverai à la faire avec un vélo électrique. Et puis il y avait ce magnifique pont. Et puis un panneau, que j’avais entraperçu la veille (et ignoré) juste avant d’arriver au carrefour de Fontcalda. « Via Verde ». Et donc, oui, après quelques petites recherches, j’ai appris l’existence d’une ancienne ligne de chemin de fer (minière), qui relie Tortosa (presque sur la côte) à Alcaniz (où je prévois potentiellement me rendre à un moment). Cent kilomètres de voie cyclable super confortable. Et qui passe, notamment, juste à côté de Fontcalda.

    La gare de El Pinell me permet d’en apprendre plus sur la Via Verde. Son tracé, les distances, les inclinaisons… l’endroit est absolument magnifique. Et je pourrai y dormir. Mais j’ai une autre idée en tête. En fait, j’aime pouvoir dormir plusieurs jours au même endroit. Ne pas conduire tous les jours. Et puis j’aimerai refaire ce que j’ai fait dans le Beaufortin : poser la maison quelque part, et faire tout plein de randonnées de malade dans toutes les directions, pour m’approprier la région. Dont je laisse la gare de El Pinell derrière moi, avec l’idée d’y revenir. À pied.

    Je reprends la route. La journée touche à sa fin. Je traverse Prat de Comte sans m’arrêter : de toutes façons, je repars par là, je m’y arrêterai donc au retour avec le Chamion. À moins que je décide d’y venir, à pied, pour faire les courses si je reste quelques jours au même endroit et que j’ai besoin de ravitaillement.

    La ville derrière moi, je m’engage sur une route qui redescend. Je retourne donc dans la vallée de Fontcalda, mais sur l’autre versant de la rivière. Par une route -je me suis bien renseigné avant- beaucoup plus praticable. Et moins raide. Je redécouvre ces montagnes qui m’avaient fascinées. Et qui sont toujours aussi belles !

    J’installe le Chamion pour la nuit. Sur le parking d’une gare désaffectée, à six mètres de la voie où ne passe aujourd’hui que des vélos ou des piétons… la nuit, je m’endors bercé par les grenouilles et par les chouettes.

    Le lendemain, après une bonne nuit de sommeil, et un début de journée tout tranquille, je décide de prendre la direction de Bot. C’est à 5 kilomètres. Donc dix aller-retour. Ça me va très bien. Je commence à marcher. Vingt mètres après, le panneau annonce « tunnel, 749 mètres ». Je fais demi-tour. Reviens au Chamion. Récupère mon manteau. Et repars. La Via Verde monte lentement ; ça ne dérange absolument pas à pied. La marche et confortable, et agréable. C’est une succession de tunnels. Avec quelques aperçus de paysages magnifiques.

    Premier tunnel, 749 mètres donc.

    Deuxième tunnel, 300 mètres. À la sortie, on longe un peu la rivière, avant de la traverser, sur un pont très chouette.

    Troisième tunnel, 340 mètres. On semble sorti de la zone avec les reliefs les plus marqués. Là encore, on voit les dégâts dus aux ruissellements violents récents.

    Quatrième tunnel, 192 mètres. On a presque l’impression d’avoir retrouvé la civilisation. En tout cas, au moins des champs cultivés et des oliviers. On voit l’autre face des montagnes. La traversée a été rapide ! Beaucoup plus que s’il avait fallu passer par en haut. C’est bien les tunnels quand même !

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    Cinquième tunnel, 197 mètres.

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    Et puis on finit par arriver à la gare de Bot, et à sa vue absolument magique sur les montagnes environnantes !

    4,8 kilomètres entre les deux gares. Dont presque 1,8 kilomètre de tunnel. Première randonnée de ce genre pour moi, et je dois bien reconnaître que ça me plait beaucoup ! J’ai hâte de voir à quoi ressemblera le tronçon dans l’autre direction. Les 5,7 kilomètres qui me ramèneront à la gare d’El Pinell de Brai, vue la veille !

    Le retour de nuit imprévu, après les festivités de Saint Blai, sera une autre expérience intéressante ! La lune est haute dans le ciel et m’éclaire bien. Le ciel est de toute beauté et les étoiles magnifiques. Mais comme à l’aller, je traverserai les tunnels grâce à la lampe torche du portable !

    Et du coup, le lendemain, il m’a paru tout à fait logique de continuer mon chemin ! Après tout, elle est belle cette Via Verde. Et j’avais bien envie de retourner jusqu’à la gare d’El Pinell. Parce que c’est plus drôle à pied ! Alors donc, je suis parti pour 5 ou 6 kilomètres de marche (puis le retour) prêt à compter les tunnels.

    Tunnel 1 et 2, 149 et 166 mètres. Me revoilà donc au niveau de Fontcalda. En bas, le petit canyon découvert après une balade pas du tout prévu. Le paysage, vu d’en haut, est tout aussi beau que vu d’en bas.

    Troisième tunnel. Les indications de longueur ont disparu. Dommage, j’aurai bien aimé calculer le temps passer en tunnel aujourd’hui encore. Je marche désormais sur le pont que j’avais vu depuis en bas et dont j’avais fait un panoramique.

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    Ce pont qui m’avait interrogé. Je me demandai, depuis en bas, si le chemin le long du canyon continuait. Il n’en avait pas l’air. Et j’en ai la confirmation. En plus du chemin et des gares, il reste quelques rares traces du passé de la Via Verde. Quelques structures métalliques qui devaient servir à tenir des câbles électriques ou, comme ici, un réservoir d’eau pour reremplir les chaudières à vapeur des locomotives.

    Quatrième et presque cinquième tunnel. Pendant un bref instant, la Via Verde quitte l’itinéraire de la voie ferrée. On contourne l’un des tunnels. Celui-ci s’est il effondré ? La zone ici étant relativement plate, peut-être était-il plus simple de faire un petit détour ? Outre le tunnel que l’on évite, une descente courte mais beaucoup plus pentue confirme que l’on n’est plus sur du chemin de fer.

    Sixième tunnel. Cette fois, l’histoire prend la forme d’une ruine d’un ancien bâtiment. J’aime beaucoup le style architectural des gares et des autres bâtiments que l’on croise tout le long de la voie ferrée. Certains ont été rénovés, par exemple à El Pinell, pour installer un bar-restaurant ouvert en saison. Mais la plupart disparaîtront sans doute petit à petit avec le temps.

    Septième tunnel. On arrive directement sur un pont. Le relief, qui s’était adouci un peu, redevient à nouveau assez cassé. Sec. Plus canyon que vallée un peu élargie. Et la rivière, que l’on suit depuis le début, est toujours là. Aussi belle que toujours.

    Huitième tunnel. Celui-ci est long. Très long. Je regrette à nouveau les panneaux d’indications de longueur. Vu le temps que je passe au frais, je l’estime à au moins 700 mètres lui aussi. Par contre, si les panneaux de longueur ont disparu, ils ont été remplacé par un éclairage, ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose ! Un détecteur allume les lumières quand on entre dans le tunnel… et comme les durées sont calculées pour les vélos, des interrupteurs à intervalle réguliers à l’intérieur permettent de demander un peu de rab. La sortie de celui-ci me plait particulièrement beaucoup.

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    La civilisation commence à réapparaître. Quelques traces de roues, de chemin, une ancienne cheminée. Je soupçonne que le prochain tunnel me ramènera à El Pinnel.

    Neuvième tunnel. Gagné ! Me voici de retour à la gare de El Pinnel. Amusant d’avoir fait à pied, et assez facilement, ce que j’ai fait deux jours plus tôt en Chamion. Cette Via Verde qui traverse les montagnes me plait. J’ai envie de continuer à l’explorer. Je n’ai pas envie de faire demi-tour tout de suite. Je me dis que je pourrais peut-être allé voir le tunnel suivant, par curiosité ?

    Dixième tunnel. La civilisation a déjà redisparu. De nouveau dans des endroits pas vraiment accessibles, ou une ligne de chemin de fer semble être la seule trace de l’humain.

    Onzième et douzième tunnel. Je me souviens d’une époque où lors de mes balades je me disais « bon allez, je marche encore jusqu’au prochain virage, voir comment c’est derrière ». Il y a aussi la version « je me demande quand même ce qu’il y a derrière la prochaine colline ». Je rajoute désormais « bon, d’accord, un autre tunnel juste pour voir derrière ». Là, on sortait du onzième pour rentrer presque tout de suite après dans le douzième. Alors bon. Ca sera du deux pour un. Et à ma grande surprise, je redécouvre une maison ici. Ça doit être assez tranquille… je ne sais pas par où passe le chemin qui permet de venir ici, mais je soupçonne l’accès de ne pas être simple… et à mon avis, en cas de pluie, vu comme la terre est argilo-boueuse tu attends quelques jours avant de partir acheter du sel.

    Treizième tunnel. Pont. Et tunnel suivant.

    Quatorzième tunnel. Je n’ai que cent mètres à faire avant d’arriver au suivant. Mais il y a un joli point de vue sur la rivière juste en dessous alors j’en profite pour faire un peu de hors-piste.

    Quinzième et seizième tunnel. Ça fait longtemps que j’ai perdu le compte pendant que je marche. À vrai dire, j’ai même pas cherché à les compter. Heureusement, j’utilise l’appareil photo comme aide mémoire. Sinon je sais pas comment je ferai !

    Ça devait finir par arriver, j’ai rejoint la gare de Benifallet. À force d’avancer, on arrive à de nouveaux endroits. Ça paraît assez logique quand on y pense. Mon plan initial n’était pas de venir jusque là. D’aucuns diront que mon plan initial n’est jamais d’aller aussi loin. C’est pas tout à fait faux.

    À la gare de Benifallet, en plus d’un bâtiment rénové pour faire un bar-restaurant (ouvert en saison) il y a aussi un petit gite pour passer a nuit. Ça répond à l’un de mes questionnements. La Via Verde de son origine (Tortosa) à sa conclusion (Alcaniz) fait 100 kilomètres. Une super chouette randonnée de plusieurs jours à pieds, ou même à vélo. Avec en plus des gîtes quand c’est nécessaire : le village de Benifallet est à 4 km de la gare. Idem au niveau de Prat de Comte (où je dors). Donc ça peut faire un gros détour pour aller chercher un toit. Par contre, à Bot, par exemple, la gare étant au pied de la ville, il est possible d’y faire escale sans problème. Bref, je trouve l’ensemble particulièrement bien aménagé.

    J’ai une petite pensée pour tout ce chemin que je viens de faire. Tout ces tunnels. Aujourd’hui depuis la gare de Prat le Comte, mais aussi hier, en allant à Bot. Et je ne peux m’empêcher d’avoir une petite pensée émue, pour mes deux ingénieurs, assis dans un bar, un soir, après quelques bières…

    - Tu sais ce qu’il manque à la vallée de la Canaleta ?
    – Bin je sais pas moi… un barage !
    – Ouhla ! Tu penses encore au boulot ? Reprends une bière !
    – Ouais, t’as raison. Mais il manque quoi à cette vallée alors ?
    – Bin c’est évident ! Une ligne de chemin de fer !

    Un panneau m’indique que je suis à 9,3 km de Fontcalda. Donc 9,5 de mon point de départ. Aucun soucis pour refaire ça à pied dans le sens du retour. Mais… mais quand même. Le problème d’une balade aller-retour, c’est que l’on se cherche une raison de faire demi-tour à un moment… parce qu’il y a toujours un tunnel, un virage, une colline, une raison d’aller plus loin… et là, tout de suite, j’ai pas vraiment envie de faire demi-tour. J’ai envie d’aller voir encore un peu plus loin. Et j’ai même un argument pour : l’Ebre coule à deux kilomètres d’ici. De là, la Via Verde le suit jusqu’à Tortosa. Alors non, je n’irai pas aussi loin. Xerta la prochaine ville est à six kilomètres. Et Tortosa, c’est 12 de plus.

    Je suis confronté à un problème : plus j’avance, plus j’aurai du chemin à faire pour rentrer. C’est la technologie qui va m’apporter une réponse à ma problématique. Sans trop y croire, je cherche « bus Benifallet-Bot ». Et à ma grande surprise, il y en a un, à tarif tout à fait acceptable, avec des horaires qui me conviennent. J’avais envie de retourner à Bot ce soir pour la suite des festivités de la Saint-Blai. La vie est bien faite quand même !

    Alors je marche quand même jusqu’au pont annoncé, qui me permettra donc de rejoindre l’Èbre. Sans réfléchir au fait qu’en allant directement à Benifallet je verrai aussi le fleuve. C’est pas grave. C’est juste 4 kilomètres aller/retour. Et puis ça permet de rajouter deux autres tunnels au conteur (compteur ?). La balade, qui au lieu d’être perdue dans les montagnes, longe désormais une route nationale est quand même un peu moins sympathique.

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    J’ai fait mon aller-retour. Je suis donc à nouveau à la gare de Benifallet. Ne me reste plus qu’à parcourir les derniers quatre kilomètres jusqu’au village. Et là, non seulement on n’est plus dans les montagnes, mais en plus on n’est plus sur la Via Verde. Heureusement, il est possible de marcher de l’autre côté de la rambarde de sécurité. Parce que se balader sur une nationale après une voie de chemin de fer désaffectée, ça fait contraste… pour me venger, je vole une orange ! C’est chouette de pouvoir manger les oranges sur l’arbre quand même !

    Et je complète une boucle de plus, alors que je rejoins l’endroit où, avec le Chamion j’ai quitté la C12 en arrivant du château de Miravet -depuis la mauvaise rive- pour rejoindre la C43 qui devait m’amener à Gandesa avec petit détour à Fontcalda… vous suivez ?

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    Et me voilà enfin à Benifallet. Je me balade un peu dans le village, notamment dans le but de trouver l’arrêt de bus. J’ai 45 minutes avant son passage, donc tout va bien. Mais j’ai juste pas envie de le rater, parce que c’est le dernier de la journée. Bonne nouvelle : l’arrêt de bus est à la terrasse d’un bar. Donc après une petite balade, assez rapide et sommaire vue la taille du village, je me pose en terrasse avec un panaché. Un euro vingt le demi, mon budget peut se le permettre.

    Et puis finalement, le bus arrive. J’embarque et me retrouve très vite de retour sur la C43. Je repère ces endroits que désormais je connais. Ce mini bout de carte que j’ai fait mien en quelques jours et qui, désormais, m’appartient à moi aussi. J’arrive à Gandesa un peu après. Le temps d’une correspondance consistant à descendre du bus… et à remonter dans le même, quand le chauffeur comprend que je vais à Bot et non pas à Batea.

    Un quart d’heure plus tard, je suis de retour à Bot. J’arrive juste un peu trop tard pour assister à la danse traditionnelle des femmes, mais ce n’est pas bien grave. J’ai fait une balade magnifique.

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    Par contre, je retourne au « Club de sport » car ce soir c’est soirée dansante avec orchestre. Je reste un moment… avant de finalement m’enfuir. Non, là vraiment, la musique c’est pas mon style…

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    Une heure après, et encore quelques tunnels plus tard, je suis de retour à la maison ! Pour un repos bien mérité !

    6 commentaires

    1. Commentaire de Dieu

      Ça va pas !
      Mettre de la limonade dans de la bière !
      Sauvage !

    2. Commentaire de Kaly

      Je comprends que tu n’aies pas eu envie de te péter un panneau solaire sur un balcon.

      Alors je l’écris à mon tour et ça fonctionne !

    3. Commentaire de Kaly

      Des panneaux solaire, j’en ai vu deux trois fois à l’entrée des tunnels : sont-ce de là que la lumière fut ?

    4. Commentaire de Sébastien Chion

      Ce sont-ce, ce sont-ce

    5. Commentaire de Sébastien Chion

      Eh bien oui, il se trouve que parfois je fais cela. Quand tout ce que l’on me propose comme bière est une Estrella (équivalent local de la Kro sans goût) je trouve que rajouter de la limonade donne du goût à l’ensemble et le rend plus agréable à boire. Que l’on s’entende, je ne pratique ce genre de pratique que dans le cas de bières industrielles sans goût !

    6. Commentaire de Kaly

      La soif, ça peut être une tragédie parfois ! Un dilemme racino-cornélien !

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