Rue du Pourquoi Pas



Parce qu’il y a toujours une route qui, quelque part, m’attend.
Carnets de route, photos de voyages, et pensées vagabondes.

Écrit par : Sébastien ChionSeptember 1st, 2014
  • Je me suis réveillé, après une nuit bien confortable, dans un lit bien confortable. On oublie parfois assez rapidement comme il peut être agréable d’avoir un lit pour dormir plutôt qu’un mince matelas de sol qui se dégonfle un peu…

    De retards en retards, je devais finalement retrouver Kelly et ses amis entre 12h et 14h. Devant quitter la chambre de motel à 10h30, j’ai décidé de partir à l’aventure. Ma première idée était de leur donner rendez-vous au Mac Donald, où je pourrais m’acheter une fritte que je mangerais en trois heures, tout en branchant mon ordinateur pour faire passer le temps… mais le Mc Do ne me faisant pas du tout envie, j’ai décidé d’aller voir si Ironwood n’avait pas quelques attraits à me proposer. J’ai été assez surpris de découvrir un centre ville agréable, quoi que tout petit. Quelques boutiques, et surtout… surtout… oui, j’étais bel et bien de retour en Amérique du Nord : un panneau annonçant le plus grand indien du monde ! Forcément, je n’avais pas le choix. Il fallait que je vois ça. J’ai vu, de loin, et ça m’a suffit pour ne pas vouloir perdre trop de temps à me rapprocher (n’oubliez pas qu’avec 15 kilos sur le dos, on est beaucoup moins tenté par la mobilité). Je suis donc revenu m’installer dans une petite halle ouverte, à côté du centre d’informations. J’ai branché mon ordinateur, je me suis connecté au wifi gratuit offert par la ville, et j’ai attendu.

    J’ai finalement vu une silhouette approcher. Je n’ai pas eu besoin qu’elle ne s’approche beaucoup pour reconnaître Kelly. Je me suis levé, l’ai rejoint, et l’ai serré dans mes bras. Oui, c’est un peu ça de voyager aussi. C’est avoir des amis partout dans le monde. Qu’on revoit tout les deux, ou trois, ou quatre ans. Parfois ici, parfois là bas, parfois ailleurs… elle m’a présenté Alex, son copain, John (j’ai enregistré qu’il est de sa famille, mais je crois que c’est son cousin, pas son frère) et… euh… Jessy, si je ne me trompe pas, la copine de John. On est allé jusqu’à leur véhicule. Un énorme suburban (par suburban, comprendre un monstre gigantesque – oui, je sais, je fais donc dans le pléonasme). Mon sac a difficilement trouvé de la place mais a quand même pu s’insérer entre tout le matériel qu’ils avaient apporté avec eux, et je me suis installé, à mon aise, sur l’une des quarante deux places libres du fauteuil arrière.

    On ne devait pas aller loin, mais ils ont quand même préféré sortir le GPS. Je leur ai bien proposé le mien : « j’ai un GPS papier, si vous voulez ». La formulation les a fait rire (moi aussi, d’ailleurs, et je pense la garder) mais ils ont préféré confier à un iPhone la mission de nous dire quand il nous faudrait tourner à gauche. Avant ça, il nous a fallu faire une pause au Wallmart. Pour compléter des stocks qui, d’après eux, n’étaient pas suffisants. Quel étrange sensation que de rentrer de nouveau dans un de ces magasins… je me rappelle le sentiment – partagé, avec Solenn et Lunoï – en entrant dans un Leclerc, au retour du rêve de l’aborigène. Sauf que dans un Walmart, on doit pouvoir faire tenir deux ou trois Leclerc, je pense… au final, on a passé plus de temps à essayer de se retrouver les uns les autres, qu’à trouver les choses dont on avait besoin (un voyageur intelligent aurait pensé à acheter des piles pour sa lampe frontale – un jour, j’en aurais).

    On a reprit la route, et une petite demi heure plus tard, nous étions installés au camping de Black River Bay. Camping officiel dans une forêt nationale : le plaisir de payer 16$ la nuit pour 5 personnes, vu qu’en Amérique du Nord, on paie à l’emplacement (de quoi vous faire déprimer de voyager seul avec son sac à dos, quand les deux gigantesques pickups et les 3 tentes de l’emplacement d’à côté paient exactement le même prix que vous…

    Nous  avons installé les tentes, sorti les chaises pliantes, et accroché une bâche que j’ai salué d’un bon oeil. Destinée à protéger la table à pique nique, elle était suffisamment grande pour que je puisse glisser la tente dessous en cas de pluie. Une fois bien installé, Kelly et Alex sont repartis chercher du bois – avec la voiture – pendant que je restais à faire plus ample connaissance avec John et Jessy. Quand finalement nos bucherons sont revenus (après une heure environ, le temps de trouver un endroit où l’on peut acheter du bois), nous sommes partis pour une petite balade sur le bord du lac, avant de revenir nous installer pour le repas du soir.

    Mon estomac a peut être été un peu surpris de recommencer à manger autant, mais heureusement pour lui, ce n’était que des légumes cuits en papillote. Plein de vitamines, c’était bon, et j’en ai bien profité. La soirée s’est étirée tranquillement. Pendant que je buvais une première, une deuxième, et finalement une troisième bière, je regardais mes cocampeurs descendre une quantité d’alcool assez impressionnante…

    Et j’étais le seul à ne pas avoir mal à la tête le lendemain. Le seul également à ne pas ouvrir de canette pour le petit déjeuner. Tacos, pour le petit déjeuner, il faudra que je refasse, je trouve l’idée sympa. Par contre, c’est plus compliqué et plus long que quand on mange que les tortillas natures.

    Puisque nous avions un grand ciel bleu, l’idée était de partir marcher un peu. Personne ne connaissant le coin, j’ai décidé d’influencer les décisions à coup de « j’ai vu pas mal de panneaux indiquant des cascades sur le bord de la route, peut être qu’on pourrait aller voir la première pour commencer, et on trouvera sûrement des informations sur les environs ». Et quand le fatal « il va falloir retourner au Walmart est tombé, il n’y a plus rien à boire », j’ai quand même réussi à placer « on est mieux d’aller marcher d’abord, et de garder les courses pour plus tard. On ne sait pas si le beau temps va durer ». Certes, nous ne savions pas, il est vrai… mais j’avais peur que l’après midi randonnée se fasse dans les rayons d’un hypramarché… mon argument a porté, nous sommes montés en voiture, et avons roulé jusqu’à la première cascade, annoncée juste en face de l’entrée du camping : Rainbow Falls

    J’avançais tranquille, dans ma petite bulle. Pas toujours évident de se retrouver avec deux couples (assez récents) d’amis qui se connaissent assez bien, et qui ont comme référence commune des séries américaines que je ne connais pas. Bref, j’ai passé beaucoup de temps de mon côté, à jouer de la flûte, à prendre des photos, et surtout à m’émerveiller devant une rivière superbe, et une succession de cascades absolument superbes.

    D’abord les Potatoes Falls (Potawatomi Falls de leur vrai nom) :

    Puis un peu plus bas, les Gorge Falls :

    Et on remonte un peu pour revenir aux Grand Conglomerate Falls :

    Tout cela nous a fait quand même beaucoup marcher, monter et descendre, et ça fait du bien. Je continue de découvrir une région des États-Unis que je ne connaissais pas du tout, mais que je trouve absolument magnifique.

    Et j’ai pu retourner visiter le Walmart.

    Nous sommes finalement revenus au camping, vers 17h30. Heure de la sieste pour Kelly et Alex, d’une baignade pour John et Jessy, et d’un petit moment tranquille à bouquiner, regarder mes cartes, et faire du bâton. Eh oui ! Parce qu’il y’a quand même un truc de bien chez Walmart : on y trouve des manches à balais de serpillères vraiment pas cher, et bien équilibré ! Alors en attendant d’avoir mieux, je me suis acheté ça, pour pouvoir continuer de m’exercer (le matin, profitant que tout le monde dormait encore, j’étais allé danser au soleil, mon ipod sur les oreilles – un vrai bonheur de commencer ses journées comme ça).

    Sieste finie vers 19h, on prépare un petit repas simple et rapide (je regarde, halluciné, Alex mettre les pattes pâtes dans l’eau froide, avant de mettre le tout à bouillir sur le feu, heureux que mes racines italiennes soient suffisamment lointaines pour m’éviter une crise cardiaque). Nous avons plein de bouteilles de vin, et de blanc pétillant (qu’ils appellent « champagne »).

    Au programme de la soirée : aller faire un deuxième feu sur la plage, pour admirer les étoiles. Au moment de décoller, je vois quelques lumières un peu étranges dans le lointain. Il a fait beau toute la journée, mais le vent n’a pas arrêté. Et les flashs que je vois, ce sont bien des éclairs. Lointains, certes, mais on ne sait jamais. On remet la bâche (que l’on avait enlevée) et, au cas où, je glisse ma tente dessous. Avant de partir en procession bien sage vers la plage.

    Nouveau petit feu de camp. Alex a des poïs, qu’il enflamme pour la première fois, content que je sois là pour lui donner moultes conseils. On discute un peu, ils boivent quelques bouteilles de vins et de champagnes, et les premières gouttes commencent à tomber. Conscient que ça ne les dérange pas plus que ça, mais conscient aussi que je n’ai qu’une seule veste et que j’aimerais bien qu’elle ne soit pas trempée, j’arrive à motiver tout le monde pour qu’on rentre au campement. Le timing est parfait. L’averse commence deux minutes après. Ils me remercient d’avoir anticipé et d’avoir pensé à remettre la bâche. Je me remercie d’avoir pensé à glisser ma tente dessous.

    On discute encore un peu, avant que, fatigués, on aille se coucher. L’averse ne se terminera que le lendemain matin, vers 9h. Il pleut, à torrent sans discontinuer pendant toute la nuit. Je ne pense pas avoir jamais entendu autant d’eau tomber en une seule fois. Je regrette de ne pas avoir pu mesurer… je me réveille régulièrement, inquiet autant pour ma tente -mais tout va bien- que pour les leurs, qui ne sont pas sous la bâche. Mais la nuit finit par passer. J’ai mal dormir, mais en dehors de ça, tout va bien.

    Je suis à nouveau le seul à ne pas avoir mal à la tête le lendemain, et à ne pas attaquer à la bière. Nous avons tout ce qu’il faut pour préparer un bon petit déjeuner, mais ils sont plutôt d’avis de tout ranger, et d’aller en ville manger quelque chose. J’ai décidé d’essayer d’influencer le moins possible leurs façons de faire. Que ce soit pour cuisiner, ranger, jeter, trier… j’avais envie de regarder, de comprendre… un travail d’ethnologue, en quelque sorte. Un ethnologue curieux de voir comment les autres vont camper. Alors que toute ma vie tient dans un sac à dos en ce moment, je découvre qu’une voiture énorme n’est pas assez grande pour le week-end de quatre personnes. Je suis choqué par certains comportements, directement issus de l’hyper sanitarisations des américains (on jette les oeufs, parce que ça fait deux jours qu’ils voyagent dans une glacière… j’aurais bien aimé les sauver, les oeufs, mais c’était vraiment pas pratique à transporter – le camping ne gère pas le recyclage, donc on va tout jeter ici quand même, et ne pas ramener le recyclage avec nous, pour le jeter plus loin). En fait, il y a beaucoup de mauvaise organisation, de pas vraiment réfléchi, de manque d’optimisation. Mais je me dis que pour beaucoup de monde, le camping reste quelque chose de très « marginal », une activité qu’ils ne pratiquent que deux ou trois fois par an maximal. Il n’y a donc pas d’habitude… il y a juste ce réflexe de faire comme les autres… les chaises pliantes, la glacière, le feu…

    Choqué, aussi, par la quantité d’alcool nécessaire. Ça aussi, je pense que c’est surtout un truc de génération… ne pas être capable d’avoir de plaisir si l’alcool ne coule pas à flot…

    Bref, j’ai vu la fin de semaine de camping se terminer avec un certains soulagement quand même. Ce sont des gens absolument adorables, sympathiques et généreux. Mais je n’étais pas du tout dans mon monde, et j’ai fait beaucoup d’efforts pour m’ajuster au leur. Où je ne me sentais pas du tout à ma place…

    Nous sommes repartis, pour nous arrêter dans un restaurant sympa que j’avais repéré à Ironwood.

    J’ai ajusté un peu mes plans. Je ne rentre pas à Minneapolis avec eux. Je trouve ça dommage de ne pas finir complètement le tour du lac. J’ai fait toute la rive nord, autant faire la rive sud au complet. Et puis surtout, j’ai une envie soudaine de retourner à Duluth. J’ai beaucoup aimé Duluth. J’y ai de très bons souvenirs. J’en ai inventé d’autres qui se sont ajoutés au vrai… et j’ai envie d’aller regarder tout ça de plus prêt. Alors j’ai fait un peu de route avec eux, et puis ils m’ont déposé à la jonction avec la 13.

    J’ai jeté mon sac à dos sur mon épaule, j’ai levé mon pouce, et j’ai commencé à marcher, avec un immense sourire, et un sentiment de liberté retrouver.

    4 commentaires

    1. Commentaire de Kaly

      Je dirais de mémoire qu’il y a bien une Kelly dans tes livres (tome 1 peut-être ?). Je fais exprès de ne pas vérifier pour m’approcher au maximum de la lectrice lambda.
      Or, j’ai lu tes deux livres bien plus que ne le ferait une lectrice lambda.
      J’ai aussi suivi ton blog quand tu voyageais à bord du “Pourquoi Pas ?” Et je ne sais plus qui est la vraie Kelly.
      Voici où je veux en venir : je réclame quelques précisions sur cette Kelly, celle qui a campé tout récemment avec toi et les autres, donc.
      Je trouve que ça manque un peu, voilà, il arrive une fille que tu attends et que tu connais et qui te connaît, mais un petit rappel (un lien sur ton blog de voyage précédent ?) pour moi ça le ferait.
      Merci d’avance et bonne continuation !

    2. Commentaire de Lavande

      Vais-je essayer encore une fois de t’empêcher de manger des pattes?

      Par contre si je suis bonne en orthographe, mon incompétence en géographie est la risée de la famille: je me disais que si tu mettais de temps en temps une petite carte pour qu’on te situe, ce serait sympa. Oui je sais bien qu’on en trouve pour pas cher sur Wiki…

    3. Commentaire de Sébastien Chion

      @Kaly : les précisions demandées ont donc été ajoutées un peu plus loin. Pour résumer, le narrateur rencontre Kelly à Banff. C’est avec elle qu’il va escalader les montagnes pendant que le Pourquoi Pas ? est malade. Dans la réalité, j’ai rencontré Kelly à Burning Man et je suis resté en contact avec elle depuis.

      @Lavande : bon, bon, je vais faire un effort et corriger ;) mais c’est pour me garder dans la même ambiance que quand j’étais à bord du Pourquoi Pas ? c’est pour ça :)

    4. Commentaire de Kaly

      Aaaaaaaaaaaaah d’accord. Oui, je me rappelle de la Kelly du livre et de Burning Man – là, sans trop de précision.

      Merci pour l’info !

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