Rue du Pourquoi Pas



Parce qu’il y a toujours une route qui, quelque part, m’attend.
Carnets de route, photos de voyages, et pensées vagabondes.

Ma job de rêve…">
Écrit par : Sébastien ChionMay 1st, 2016
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    « Soyez payer pour vivre pendant une année sur cette petite île paradisiaque perdue dans le Pacifique. Votre travail consistera à bloguer votre quotidien et à partager avec le monde les images de l’île, de sa faune et de sa flore. Salaire : 40,000 USD ». 

    Si mes souvenirs sont bons, c’est à peu près à ça que ressemblait l’annonce pour la première « job de rêve » devenue virale. Coup de marketing génial. L’île a eu une visibilité sans précédent sur internet, alors même que Facebook n’existait pas encore (c’est tout dire !). Les impacts ont été de loin supérieur à ceux d’un investissement équivalent dans une simple campagne publicitaire…

    stress

    Depuis, les « jobs de rêves » se sont multipliées. Parfois la réussite a été au rendez-vous. Parfois, elles ont sombré dans l’oubli. J’ai postulé une fois à une de ces offres. « Vivez pendant une année dans la ville de Richmond, dans la banlieue de Vancouver. Bloguez tous les jours sur au moins un restaurant de la ville. Salaire : 50,000 CAD ». J’avais tenté ma chance. Sans succès. Et puis il n’y a pas longtemps du tout, j’ai vu passer un « voyagez pendant six mois dans un van en Europe ; bloguez votre expérience, créez du contenu multimédia, allez à la rencontre des gens ». Celle-ci, exceptionnellement, s’adressait à un public francophone. J’avais le profil idéal. J’ai hésité un peu. Et je l’ai snobée. Ça ne me faisait pas envie plus que ça, au final. Peut être parce que je savais déjà que j’avais une job de rêve qui m’attendait ?

    fleur

    « Pendant un minimum de quatre mois, vivez dans un hôtel paradisiaque, au coeur de la jungle guatémaltèque. Vous vivrez sur le bord d’une rivière magnifique, au coeur d’un parc national, et pas très loin du cañon du Rio Dulce. Votre quotidien consistera à gérer l’hôtel, et vous servirez de plateforme entre une équipe de volontaires internationaux, des travailleurs locaux issus de la culture Qeqchi, et des voyageurs venant du monde entier. Les responsabilités seront partagées avec un deuxième manager. Responsabilité principale : s’assurer que tout le monde soit heureux, volontaires comme travailleurs comme touristes. » 

    En fait, c’est quand j’ai réalisé que ma « mission » serait de rendre tout le monde heureux que j’ai compris que ce travail était une vraie job de rêve. Toutes ces annonces que l’on voit circuler, que ce soit pour vivre sur une île, manger au restaurant tous les jours ou faire le tour de l’Europe en van sont d’un égoïsme que je n’avais pas relevé jusqu’à présent. « Nous allons faire de vous le point de mire de tout le monde. Les gens vont vous regarder, vous jalousez, vous enviez ».  Pour moi, une job de rêve ne commence pas par rendre tout le monde jaloux et envieux…

    rasta

    C’était il y a un an jour pour jour. Je quittais mon emploi chez Syntagme. Après avoir vécu deux ans et demi à Lyon, je quittais tout pour reprendre la route. J’avais vécu deux ans et demi de quasi sédantarisme. Il fallait que je retrouve mon état de quasi nomade. Je suis parti sans avoir de but précis. À part un concept un peu flou dans ma tête. « Redéfinir ma carrière professionnelle, la faire évoluer dans de nouvelles directions, apprendre l’espagnol ». Un an après, jour pour jour, je reçois ma première paie de co manager d’hôtel, au fin fond de la jungle guatémaltèque. Et je ne peux m’empêcher de penser que la vie est belle et qu’elle sourit aux audacieux…

    seb

    En octobre, je ramassais des algues sur la plage de Mahahual. En novembre, je nettoyais les salles de bain et faisais les lits d’une auberge de jeunesse de Tulum. En décembre, je venais pour la première fois à Hotelito Perdido, où j’avais mes premiers contacts avec la clientèle. Aider à la préparation des repas, s’assurer que tout va bien pour tout le monde. En janvier, sur le lac, je faisais les check in, les check out, le service de la nourriture. J’étais aussi barman, certains soirs. Quoi de plus logique, dans ce contexte, d’avoir commencé comme co manager en avril ? Après être d’abord venu ici en ami, être ensuite devenu volontaire et être revenu comme client, il ne me restait plus qu’une option que je n’avais pas encore essayée.

    cafe

    Voilà plus de trois semaines maintenant que j’ai cette job de rêve dont je partage les responsabilités avec Olga, une française de 22 ans qui a assuré « l’interim » du management à elle toute seule, dans des conditions loin d’être faciles, pendant plusieurs semaines avant que j’arrive… Aurais-je pu trouver meilleure collègue de travail ? J’avoue avoir un doute.

    olga

    J’expliquais en décembre à quoi ressemblaient mes journées comme bénévole ici. En tant que managers, nous continuons à faire une partie du travail des bénévoles. À cela, s’ajoute toute une série de tâches, aussi diverses que variées. La plus importante étant d’assurer l’approvisionnement de l’hôtel : quand vous habitez à 30 minutes de bateau du magasin le plus proche, et qu’il est relativement dispendieux d’envoyer quelqu’un faire l’épicerie pour vous, vous vous assurez au maximum d’optimiser les courses et les réserves. Et quand vous devez prévoir les repas des quatre prochains jours, en sachant que le nombre de personnes va fluctuer, car il y a toujours des annulations et des réservations de dernière minute, ça devient encore plus amusant. Ajoutez à ça que le but est aussi d’éviter au maximum le gaspillage (personnellement, pour des raisons éthiques mais oui, puisque nous gérons la place, aussi pour des raisons économiques). Le challenge est un vrai bonheur !

    iguane

    Il faut aussi organiser le transport et les activités de tous ces gens. Parce qu’il y en a des choses à faire, par ici, comme je l’expliquais par là. Mais aussi parce que c’est pas simple de trouver les informations pour aller du petit hôtel perdu jusqu’à Antigua, Semuc Champey, le lac Atitlan, le Belize ou le Honduras. Alors on optimise, on organise, on met tout le monde dans le même bateau, et des fois, même, ça marche ! Et puis il y a la comptabilité, l’approvisionnement en glace -parce que oui, l’électricité est solaire uniquement, le frigo ne fonctionne que le jour, et la nuit on met de la glace. Mais quand il n’y a plus de glace en ville tellement il fait chaud, on fait comment ? – et tout ces autres petits détails. Comment dire à une employée qu’il faut qu’elle travaille, alors que ses parents viennent de lui dire qu’il est hors de question qu’elle épouse l’homme qu’elle aime ? Et que pendant ce temps, il y a deux volontaires en train de faire la sieste dans un hamac, parce que pour eux, il n’y a pas grand chose à faire ? Comment réagir quand l’une des bénévoles sort « bon, bin finalement je pars après demain, je vais continuer mon voyage avec mon ami plutôt que rester trois semaines de plus ».

    toby

    [Avec le départ précipité de Jessy, Toby est le seul esclave que nous pouvons encore exploiter] 

    Oui, tout cela est particulièrement inspirant. Tout cela me plait énormément. Parce qu’en effet, de la façon dont je vois mon travail, je peux le résumer en une seule phrase : « s’assurer que tout le monde est heureux ». Et ça, dans mon monde à moi, ça correspond à la description d’une job de rêve. Ce n’est pas une question de salaire mais d’objectifs… Dans ce contexte, travailler avec Olga est un vrai bonheur. Parce que nous voyons les choses de la même façon. Nous avons entière confiance l’un vis à vis de l’autre. Nous avons la même attente au niveau du travail que nous fournissons nous et de celui que nous attendons des autres. Nous nous répartissons les tâches sans problème, sans compromis, simplement en discutant. Et nous partageons l’envie de faire vivre cet « esprit d’équipe » (notamment à grand renfort de « bon, qu’est ce qu’on se fait à manger ») si important, quand vous êtes trois personnes, toujours les uns sur les autres, vivant sur une petite île au milieu de nul part. Loft Story, Kho Lanta, l’Ile de la tentation, je suis prêt à tous les affronter désormais. La dimension humaine, surtout à l’intérieur de notre petit (micro) groupe de volontaires, reste l’aspect le plus difficile à gérer pour moi. Mais j’apprends énormément sur moi. Les chances que je reparte d’ici transformé (et surtout grandit !) sont des plus élevées !

    galette

    Et puis il ne faut pas oublier les à-côtés. La nourriture toujours aussi extraordinairement bonne par exemple. Le caractère idyllique des lieux. Entre les chants d’oiseaux que je n’avais jamais entendu avant, le vert dans les arbres, les fleurs de toutes les couleurs, le son de la pluie sur les toits de feuilles, les rires permanents en provenance des cuisines. La rivière, où nous plongeons tous au moins une fois par jour. Avec obligation de rester longtemps, parce que pour se rafraichir, l’eau à plus de 30 degrés, ce n’est pas pratique…

    oiseau

    Et surtout, depuis cinq nuits de suite, l’eau de la rivière est devenue bioluminescente… dès que l’on fait le moindre mouvement dans l’eau, tout se met à briller. Des étoiles dans tous les sens. Comment expliquer, comment raconter cette impression que l’on devient des magiciens. Que le moindre mouvement devient source d’émerveillement. Qu’il soit lent et devienne pétillements, scintillements… ou rapide, se transformant alors en nuage lumineux… sortir de l’eau et voir son corps se couvrir de mille étoiles éphémères. Ou plonger dans la voie lactée… évoluer en apnée, en apesanteur, au milieu de ces galaxies… oui, depuis près de quatre semaines maintenant, je vis au paradis…

    stars

    En fait, s’il y avait juste une petite ombre au tableau, c’est que cet endroit me plait tellement que j’aimerai pouvoir le partager avec tous les gens qui comptent pour moi. Famille comme amis… Mais comment vous faire tous venir ici ?

    paradis

    3 commentaires

    1. Commentaire de Kaly

      Merci encore une fois pour ce beau texte et le récit de cette belle expérience.

      J’ai tout lu, les deux langues : parfois des mots en français t’ont échappé. Il m’est arrivé pareil récemment. Je pensais “with”, et je me suis aperçue que j’avais tapé “avec” !

      Les photos sont particulièrement belles, pour moi qui n’aime pas trop les chiens celle-ci m’a frappée. Les autres aussi – ah, quel beau pays, encore une fois !

      Quant à aller au Guatemala, j’aimerais bien mais… Bon, tu connais toute la liste de “mais” que nous pouvons émettre.

      Déjà bien que tu partages tout ça avec nous !

    2. Commentaire de Lavande

      Superbe: texte et photos font rêver!

      Une chose m’intrigue: pourquoi tu mets job au féminin? En anglais c’est neutre, en français c’est masculin. Ce sont les Québécois qui ont décidé de le féminiser?

      Sinon tu vas me faire regretter d’avoir fait mettre une douche à la place de la baignoire dans mon appartement: tu vas bouder ma chambre d’amis quand tu reviendras… ?

    3. Commentaire de Sébastien Chion

      Des réminiscences du Québec en effet ; là bas, une job c’est féminin :)

      Quand à la baignoire, je ferais une cure de rattrapage au Charbinat lors de mon prochain passage en France. Je viendrai chez toi même si c’est pas pour prendre un bain :) Fait longtemps, d’ailleurs, qu’avec Dom on a arrêté les bains chez toi. Pas sûr qu’on rentrerai encore à deux dans une baignoire ;)

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