Le bon côté des choses
Hier soir, alors que je lisais le profil d’une couchsurfeuse (oui, j’ai lu énormément de profil ces derniers temps) italo-harmenienne quadrilingue presque quintuplolingue je suis tombé sur cette phrase « CS is an amazing chance for those who don’t believe in money but in people ». Petite phrase toute simple, toute bête, mais qui me plait énormément.
Les gens me demandent depuis combien de temps je suis à Melbourne. Je me mélange un peu les pinceaux. Il faudra que je compte à un moment pour savoir… n’ayant toujours pas de job, donc pas les moyens pour un appart, je passe régulièrement d’un canapé à un autre. Et même si ces déplacements constants ont un petit côté éprouvant, ils sont, en même temps, l’occasion de rencontrer énormément de gens avec qui le courant passe super bien.
Il y a d’abord eu la gang de hippies féministes de Northcote. La plupart des hippies ont un petit côté fatigant, dans le fait qu’ils refusent que la société les mette dans une boîte. En guise de révolte, ils adoptent tous le même comportement paix, amour, marijuana et musique psychédélique. Je trouve très amusant ce réflexe si régulier de dire « je ne veux pas être dans une boîte » et de s’enfermer alors dans une autre boîte, toute aussi clichée, des gens qui n’aiment pas être dans une boîte. Ils sont presque tous sur le même modèle, avec de bien rares variations. Il n’empêche que malgré ça, j’aime bien les hippies. J’aime ces gens qui pratiquent la simplicité volontaire, qui sont persuadés de déborder d’amour et qui cherchent à en donner à tout le monde. Je les aime, parce qu’ils sont heureux avec très peu de choses. Et que généralement, ce qui les rend heureux, c’est d’essayer (souvent maladroitement) de faire plaisir aux autres. Il y a un petit côté maladroit dans leur approche, dans leur volonté de donner de l’amour, de faire plaisir, qui me fait sourire. Mais plus que tout, ce que j’aime chez les hippies, c’est que leur mode de vie n’empiète pas sur le mien. Contrairement au gentil monsieur qui conduit son quatre quatre, pollue ma planète, et essaie de se faire de l’argent sur mon dos et sur celui des autres, en refusant ma différence, ces gentils végétariens paix et amour m’accepte comme je suis, me laisse faire ce que je veux, et ne pose pas de questions. Et ça fait du bien.
Depuis Northcote, on a continué jusqu’à Rowville. Loin, très loin, dans le sud. Trente minutes de train, quarante cinq minutes de bus, pour se retrouver chez Zoltan, Beata, et leurs deux filles. Première expérience de couchsurfing dans une famille, comme moi comme pour Iris. Pour la petite anecdote, on aura trouvé leur profil par le biais de François, le frère d’Iris. Oui, encore ! Zoltan et Beata partait en France juste quelques jours après nous avoir hébergé, leur chemin passant par Bordeaux, où il était déjà prévu que François les héberge. Comme quoi, CS réduit vite la terre à un tout petit village où tout le monde se connait (ou plutôt où tout le monde semble connaître Franek !). Zoltan et Beata sont originaires de Hongrie et, c’est très clair, je regrette énormément que l’on n’ai pu rester que trois jours chez eux. Les discussions, à tout les soirs, ont été de vrais moments de bonheur. Il est, il faut bien le dire, toujours agréable de trouver des gens qui partagent les mêmes idéaux. Je me suis pas mal reconnu en Zoltan, dans sa façon de mettre tellement de valeur dans les petites choses de la vie, plutôt que dans les grosses. L’entendre dire que l’un de ses meilleurs souvenirs remontent à la Suisse, quand il a bu l’eau qui coulait directement des glaciers m’a rappelé un certains nombre de petits bonheurs identiques. Ajouter à ça qu’il y avait toujours un (ou deux ou trois) petits verres de vins pour accompagner les conversations, ça ne fait qu’ajouter un peu plus au charme de la chose ! J’ai fait plaisir à tout le monde en faisant à manger. Iris a fait plaisir à tout le monde en faisant des profiteroles. Et Zoltan et Beata ont fait plaisir à tout le monde en nous préparant une spécialité hongroise.
De Rowville, nous sommes revenus à St Kilda, chez Tammy, Drew et Nick. Je suis arrivé chez eux fatigués. C’était au moment où j’ai fait mes deux jours de « bénévolat » pour Plan International. Les nuits sont Zoltan et Beata ont été bien courtes. Du coup, un peu fatigué, pas très motivé, j’avais pas envie de parler à des gens ce jour là. J’ai laissé Iris faire la conversation pendant que je faisais un peu mon asocial. Mais bon, je me suis vite rattrapé par la suite. Tammy et Drew font partis des couchsurfeurs comme je les aime, avec un parfait équilibre entre leurs affaires à eux, et le temps consacré aux gens qui squattent leur canapé. Là encore, ça a été l’occasion de nombreuses discussions, d’échanges sympas, et de beaucoup de rigolades. Ils ont réveillé mon humeur un peu sarcastique, et avec beaucoup de second degré, et j’avoue que ça m’a fait plaisir de le retrouver. C’est étrange à dire. D’autant que je ne m’étais pas rendu compte que je l’avais perdu. Bref, quelques très bons moment avec eux. C’est aussi à ce moment là qu’Iris a continué vers Ballarat pour aller s’occuper de deux adorables petites pestes. Ou quelques choses du genre. Le séjour chez Tammy et Drew (et aussi Nick, mais c’est vrai que j’ai passé beaucoup plus de temps avec les deux premiers) a aussi été l’occasion de découvrir Chapel St, une autre rue de St Kilda, plus loin de la plage, et à nouveau avec ce petit côté Melbourgeois un peu bohème, un peu plein de choses, qui me plait temps ici, et qui a permis à St Kilda de remonter dans mon estime, maintenant que je sais qu’il suffit de s’éloigner de la plage et des backpackers pour que tout aille mieux.
Me voilà de retour à Northcote. Chez Ned, Rosie, Sophie et Prawn (ou un truc du genre, parce que Prawn, ça veut dire crevettes, et je ne pense pas que ce soit un prénom pour un gars). Et là encore et une fois de plus, les contacts se passent bien, je rigole, et tout va bien.
J’avais déjà eu ce sentiment, en novembre, quand on cherchait nos premiers canapés à Melbourne. J’étais tombé sur beaucoup plus de profils sympas et inspirants qu’à Sydney. Je le redécouvre à nouveau. Je passe mon temps, en ce moment, à rencontrer des gens avec qui je m’entends super bien, et ça compense un peu le manque de motivation du côté du travail. Ça fait pas mal longtemps, maintenant, que je n’utilise couchsurfing juste pour dormir chez des gens, et je suis un peu tanné de ça. Pour moi, il y a très clairement un côté « donner au suivant ». C’est peut être un peu bête, mais j’étais quand même content de pouvoir dire, à Montréal, que j’avais donné beaucoup plus que ce que j’avais reçu sur CS. Mais là, j’ai le sentiment que la balance est en train de changer. J’ai hâte de recommencer à donner. J’ai l’impression que c’est ma principale motivation à me trouver un job et un appartement. Pouvoir recommencer à héberger, et organiser des événements. Parce qu’il faut bien le dire… tant que je serais à squatter chez des gens, sans beaucoup d’argent, et à essayer de trouver un boulot, je n’aurais pas vraiment d’énergie et de motivations pour organiser quoi que ce soit ! Enfin, ce n’est pas parce que l’épicerie fine dont la moitié des produits est constitué de fromages vient de me répondre qu’ils ont trouvé quelqu’un qui convenait mieux que moi (après tout, soyons réaliste, il y a des gens qui sont plus passionné de bouffe que moi, qui maîtrise mieux les fromages, et tout le reste) que je vais me laisser abattre. D’ailleurs, il y a aussi une bonne nouvelle dans tout ça : j’ai un entretient d’embauche lundi, pour travailler dans une multinationale, mondialement reconnue ! La classe, non ?
Ah oui, j’ai aussi des nouvelles d’Helpx. J’ai un endroit plus permanent où rester à partir de vendredi prochain. Ce week end, c’est mariage, lundi je suis encore ici, ne me reste plus qu’à trouver un canapé pour mardi-mercredi-jeudi. Ouf !
Comme quoi, tout va bien à Melbourne !



March 23rd, 2012 at 9:04 am
Profitant d’un micro ajustement de mon profil sur CS, je me suis amusé à compter. J’ai encore un peu de marge… il y a une certaine balance, si on considère qu’à ce jour j’ai surfé chez 30 personnes différentes alors que j’en ai hébergé 32 (dans les deux cas, je compte les couples et les amis comme une seule entité). Par contre, si on considère qu’au total j’ai passé 72 nuits en couchsurfing alors que j’ai eu des couchsurfers chez moi pendant 163 nuits, j’ai de la marge.
N’empêche, 163 jours, ça fait pas mal si on y pense ! Le record de durée revient à deux soeurs Camille (environ 40 jours !) et Marie-Anne (3 semaines). Arrive ensuite une certaine Anissa, restée 10 jours, exaeco avec Laetitia.
March 23rd, 2012 at 8:18 pm
Bon sang, j’allais oublier !
Contacte Zoltan et Beata pour les inviter à CouchSurfer chez nous, et la boucle serait encore mieux bouclée !!!
Je voulais te dire aussi que ce post-là m’a fait bien plaisir, car tu reprends du poil de la bête. Normal, un passage à vide de temps en temps, et tu fais bien d’en parler je trouve, mais on est contents que tu retrouves ton mordant (enfin, j’exagère, tu ne l’avais pas vraiment perdu !).
Joli score aussi que ces 163 nuits d’hébergements ! Mais ne te range pas toi-même dans la boîte des gens qui donnent plus qu’ils ne se font donner, c’est la règle de ce beau jeu-là, et tu ne triches pas !
Quand tu étais petit, dans les quatre ans, tu disais “des fois je range, des fois je range pas, c’est la vie”. Maintenant, tu peux dire pareil en remplaçant “ranger” par “héberger”…
March 25th, 2012 at 7:48 pm
Pendant que tu galères, il faut le dire, pas mal, à chercher du boulot avec ton profil parfait sauf que, justement, les employeurs veulent quelqu’un qui resterait (et à la limite je les comprends, car c’est une bonne perte de temps de former une personne qui s’en ira quand elle aura bien pigé les choses – et même si tu es rapide à te mettre dans le bain), nous, nous avons ici un helper qui fait ce que tu fais avec nous quand tu es là.
C’est toi qui nous a poussés à nous inscrire aussi sur “helpx”, et notre première expérience est exceptionnelle, Al étant plein d’énergie positive, pour résumer un peu trop succinctement.
Et je trouve qu’il y a un symbole fort dans cette démarche que des gens vont faire avec toi à partir de vendredi prochain, sans parler des expériences précédentes, pendant que nous prenons soin d’Al.
“Échanger” est une belle idée, je ne saurais la recommander trop vivement.
Ah, au fait, et puis nous venons de passer à l’horaire d’été… Neuf heures nous séparent si j’ai pas merdu.