Tête en bas

Down under wandering. Archipelagoes to islands; beaches to deserts; mountains to cities.

Chez Sarah


Après notre première expérience qui a fini un peu en queue de poisson, on ne savait plus trop à quoi s’attendre du côté de chez Sarah. Missi semble assez froide et distante, mais Sarah, par contre, est pleine d’enthousiasme, et son rire est vraiment des plus agréables à entendre. Par contre, il y a quelque chose que l’on ne comprend pas. À plusieurs reprises, pendant le trajet retour, Missi et elle ont fait référence à d’autres personnes qui devaient arriver plus tard. D’autres helper qui s’en viennent ? On ne sait pas trop à quoi s’attendre. On anticipe un peu, avec une petite touche de déception. On avait envie d’être juste nous, apporter notre propre dynamique… on verra.

Quand on arrive chez Sarah le premier soir, il y a un ami à elle. Kevin. Il est vraiment sympa, enthousiasme, et on s’entend bien avec lui. Musicien accompli, il est fasciné par mon didgeridoo (oui, c’est ma façon de vous apprendre que j’en ai acheté un, à Melbourne, et qu’il a quelque chose de fascinant, mais que vous saurez pas quoi pour le moment ; vous pouvez toujours essayer les suppositions) et en joue magnifiquement bien. On s’offre même un petit jam de percussions sur les congas de Sarah. Et puis il y a aussi ce petit truc qui me fait tilter à l’heure du repas : Kevin est né en Afrique du Sud. Missi est japonaise. Sarah est né à Bornéo. Iris et moi, en France. Mais je rajoute une citoyenneté canadienne d’adoption. Cinq personnes autour de la table ; cinq continents. Je fais la remarque. Je suis le seul, semble-t’il, à trouver ça fascinant. On change de sujet.

Le lendemain, Sarah nous offre une visite complète de la maison. Avec historique de chacun des arbres. Elle fait son jardin en permaculture, avec trois poules et deux moutons. Non, quatre poules et trois moutons. Bref. Petit truc simple et sympa. Elle nous explique quelles sont les fleurs comestibles, quoi planter où et comment, nous montre un peu les choses à faire. Nous raconte les histoires de chacun des arbres… ça pourrait être sympa et agréable, et ça l’est au début, si à chaque fois son histoire ne se finissait pas avec la même conclusion « tout est en train de changer, l’industrie forestière a complètement pourri l’écosystème tasmanien, les arbres meurent tous, c’est triste ». Je ne peux qu’être d’accord avec elle, mais entendre la même litanie répétée trente fois de suite donne une certaine lourdeur à l’ensemble… elle nous explique qu’elle s’était beaucoup impliqué dans les mouvements écolos de la région, sur un mode protestataire. Suffisamment pour que des personnes tentent de mettre le feu à sa maison à trois reprises. Plus on lui parle, plus on comprend que l’on est quand même chez une légende locale, même si elle s’est calmée ces dernières années. On aura d’ailleurs la confirmation quelques jours plus tard quand, après une petite balade à pied, on décide de se la jouer fenian en rentrant en stop. La personne qui nous dépose chez Sarah conclura par un « je me doutais que c’est là que vous alliez ».

On accumule des informations pendant prêt de trois heures. J’essaie d’en retenir le plus possible. Je fais une liste, mais ce n’est pas suffisant. Bon, c’est pas grave, on s’en sortira.

Un peu plus tard dans l’après midi, elle reçoit un coup de téléphone. Ce sont deux autres helpers. À priori, ils devaient arriver plus tard, mais ce sont mal compris. Sarah se retrouvent un peu obligé d’aller les chercher. On se retrouve abandonné à nous même. On pourra toujours s’occuper du repas. Et puis prendre ça relaxe.

Ils sont de retour un peu plus d’une heure plus tard. Et c’est là que ça commence à virer en n’importe quoi. Je suis persuadé que l’on aurait pu avoir une très belle dynamique, Sarah, Missi, Iris et moi. Mais le couple qui débarque va foutre le bordel au milieu de tout ça. La fille arrive avec une voix insupportable, un accent à rendre les français fier de leur façon de parler. Ma première impression est catastrophique. C’est le genre de personne qui a besoin de prendre toute la place. D’avoir tout les regards tournés vers elle. La suite le confirmera. Elle s’appelle Elisa, est italienne, et mériterait des baffes. Encore de la violence réfrénée à cause de mon éducation ! Son copain, Yohan est français. Il faut croire que tout les Yohan ne sont pas des gens biens… bon, le courant passe quand même un peu plus avec lui, mais ce n’est pas non plus l’amour fou. Elisa a un niveau d’anglais catastrophique, mais commente tout à très haute voix à coup de « goood, niiiiiiice » qui sonnent horriblement destiné uniquement à flatter Sarah et à lui faire plaisir. Yohan a un meilleur niveau en anglais, mais il comprend vite que je me débrouille très bien, et se retourne vers moi toutes les 2 minutes pour demander une traduction. Désolé, je n’ai pas envie de jouer les traducteurs ambulants. L’habitude lui passera un peu, mais pas tant que ça.

Bref, Elisa et Yohan se mettent à prendre de plus en plus de place. Et ce n’est pas dans les habitudes d’Iris, ni dans les miennes, de se mettre de l’avant. Alors au contraire, plus le temps passera, plus on se retirera. Perdant le contact avec Sarah, et se retrouvant dans une situation qui ne nous convient pas du tout… on aimerait bien les noyer, se débarrasser d’eux, mais ça non plus, il paraît que ça ne se fait pas…

7 Responses to “Chez Sarah”

  1. January 18th, 2012 at 1:49 pm

    poulpinette says:

    HAAAH moi je te propose un truc, après ton Visa, tu montes un spectacle de stand up et tu tournes dans toute la France et le Quebec 🙂
    Franchement ça en vaudra la peine, ya plein de gens qui viendraient écouter tes péripéties, moi en tout cas, j’adore, je sais que ça ne doit pas être rigolo à vivre mais je te jure, à lire c’est hilarant!! 🙂
    Mon pauvre, je culpabilise de rire de tes mésaventures, en tout cas tu as un vrai talent de conteur 😉
    @ la Maman : Merci pour la bonne éducation que vous avez offert à votre fils car cela rend les situations encore plus drôles ! hahahha 🙂
    ps : on est d’accord pour les bureaucrates ( voir post précédent 🙂 )

  2. January 18th, 2012 at 5:32 pm

    Lavande says:

    On décide de se la jouer fenian …

    “Fenian: qui a rapport au mouvement révolutionnaire irlandais appelé Fraternité républicaine irlandaise.
    Ce mouvement, d’origine américaine et créé au XIXème siècle, avait pour but d’obtenir l’indépendance de l’Irlande.”

    My God, my nephew is an irish terrorist?!

  3. January 19th, 2012 at 11:06 pm

    Sébastien Chion says:

    @Lavande : Fainéant ; il fait parti des mots qui m’aiment pas lui. Je sais que je l’écris jamais comme il faut, alors j’utilise les suggestions orthographiques de mon ordinateur. Pour peu que le FBI retrace que je suis parti en Irlande il y a quelques années et que depuis j’ai demandé la citoyenneté canadienne pour infiltrer l’empire britannique, la conclusion me paraît évidente en effet.

    @Poulpinette : bon, maintenant faut que je me rappelle ce que ma maman elle m’a appris quand les gens ils rient de mon malheur ^^ en attendant, c’est vrai que je commence à avoir un certains cumule d’anecdotes intéressantes 😉

    @Kali : mauvaise déduction pour le didgeridoo

  4. January 19th, 2012 at 1:30 pm

    La Feuille says:

    Beaucoup de choses botaniquement intéressantes dans tout ça, du moins en ce qui concerne l’étude des végétaux (la vraie botanique) mais aussi celle des humains (socio, ethnologie de son nom officiel, mais botanique humaine c’est pas mal aussi !).
    Aparemment quand il y a trop de fous on ne rigole plus, surtout quand un fou veut tenir le pinceau à lui tout seul et rester en permanence au sommet de l’escabeau.
    Bon je vous rassure, il y a des italiens – italiennes sympas !

  5. January 19th, 2012 at 1:48 pm

    Kaly says:

    Au didgeridoo : aurais-tu un joueur de didgeridoo gravé sur ton tube végétal ? Qui serait en train de marcher sur un chemin sinueux ?

    @ Poulpinette, bien vrai, Séb a un vrai talent de conteur !

    @ Lavande : merci de garder courage et l’espoir de faire entrer un peu Séb dans une orthographe plus académique…

    Pis la violence, Séb’, j’espère que ce n’est pas ton éducation, mais bien tes convictions, qui t’interdisent d’en user !

    Non mais !

    😉

    Et, comme le dit La Feuille, je confirme, il y a beaucoup d’Italien(s) sympa. Surtout quand ils sont garagistes, compétents, et qu’on est coincé par une panne…

  6. January 20th, 2012 at 3:21 am

    Sébastien Chion says:

    @Kaly : et puisque l’on parle de la difficulté à améliorer mon orthographe, j’ai bien envie de rappeler une citation mémorable. « Tu ressembles beaucoup à mon fils, sauf que tu fais beaucoup moins de fautes ». Non mais 😛

  7. January 20th, 2012 at 7:24 am

    Kaly says:

    Fainéant = fait néant = fait rien…

    Et je suis persuadée que c’est bien l’étymologie de ce mot !

    Pis ton dernier com’ me fait mourir de rire !

    😉