Les aventures du Pourquoi Pas ?

Sur les routes d'Amérique du Nord, à bord du Pourquoi Pas ?

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En attendant l’aube

Au camp, tout le monde dort. Il doit être dans les quatre heures du matin. Je m’attelle à la tâche : les photos sont presque toutes prêtes. Je les ai imprimé cette après midi. Il ne me reste plus que deux à imprimer : une de Man en train de brûler, et une que je prendrais demain matin au temple. Je commence donc à regarder mes photos. J’en ai une certaine quantité. En fait, je n’ai pas réalisé que j’appuyais autant sur le déclencheur. D’autant plus que normalement, à un moment, la carte aurait du saturer. Mais non. Il y a beaucoup de noir, alors la compression est peut être meilleure. Je ne sais pas. Toujours est il que j’ai fait rentré 979 photos sur ma carte sans le moindre problème. 979 photos juste le temps de la soirée. Me semble que c’est un nouveau record, qui me fait quand même pas mal halluciner. J’avais été relativement plus raisonnable que ce que je pensais jusqu’à présent. Je viens de rattraper le retard on dirait bien.

Tout cela m’occupe un bon moment. Le crépuscule se lève tout doucement. Il y a un petit peu de lumière à l’horizon. Je me décide donc à me mettre en route. Il fait froid, je m’habille quand même un peu. C’est quand même étrange de mourir de froid la nuit et de crever de chaud le jour. Cet endroit est quand même bien particulier !

La dernière nuit du temple

Mais là, la foule n’ayant que bien peu d’énergie, je continue mon chemin. Un deuxième endroit, guère mieux. Je me retrouve alors à me diriger vers le temple. Ce sera sa dernière nuit. J’y reste un moment. Il y a une fille perdue dans se pensées. Je prends quelques photos discrètement, avant d’aller lui parler et lui demander où je peux la trouver. J’espère pouvoir lui donner un cadre. J’aime beaucoup cette photo. Je Repars. Je rentre tranquillement vers le temple, m’arrêtant de temps en temps, déambulant à un rythme complètement erratique.

Vampire énergétique

Je ne resterais pas longtemps. La musique n’est pas si pire pour danser, mais c’est de la techno. Et sur la techno, il semblerait que les gens ne bougent pas. Étrange. C’est quand même pas loin d’être aussi intense que le dubstep par moment. Pourtant, les gens restent avec leurs deux jambes collées à terre. Ça me permet de découvrir qu’à priori je puise une partie de mon énergie dans les gens autour de moi quand je danse. Plus il y a de monde en train de danser, plus il y a de gens plein d’énergies, plus j’en ai. J’ai déjà noté mon côté caméléon à de nombreux niveaux. Je l’avais entre aperçu une ou deux fois pour ce qui est de l’énergie ; il faudra très clairement que je regarde ça de plus prêt : quelle quantité d’énergie une foule est elle capable de me donner ? La réponse est très probablement « beaucoup ».

Transports en communs aléatoires

L’ambiance est plus festive que jamais, alors que l’on revient en marchant. Les gens dansent, font la fête, un peu partout. Comme la veille, pour la mise à feu de Metropolis, les véhicules mutants se sont regroupés. C’est donc un effroyable chaos de musique, de lumières, de bruits. Et là encore, je suis surpris ; autant à Las Vegas tout cela était beaucoup trop, autant là, ça me paraît tout à fait normal, et j’aime ça.

On retrouve quelques autres personnes au camp, avec qui on restera un moment à discuter. Finalement, Kelly est pas mal fatigué : elle a été malade les deux jours précédents, et semble vraiment avoir du mal à s’en remettre. Plus trop sûre de vouloir aller danser, on décide quand même d’aller se promener. Chris nous accompagne. On attrape un véhicule mutant, et on embarque. C’est la première fois que je le fais. Je regrette presque de ne pas l’avoir fait plus tôt. La plupart des véhicule mutants tournent en rond un peu partout, généralement entre un certains nombre de points d’intérêts. On embarque et on débarque quand on veut. Ces véhicules, artistiquement décorés pour la plus tard, créent un véritable système de transport en commun dans la ville. Système de transport en commun qu’il a ce détail particulier : on ne sait jamais trop où on va finir par se retrouver. Enfin… il semblerait que certains véhicules gardent pas mal le même parcours. Donc peut être après quelques semaines peut on apprendre à se retrouver dans tout ça. Mais bon, je ne m’en cache pas : l’aléatoire, ça me plaît. Du coup, je trouve ce moyen de déplacement des plus intéressants. On regarde, on visite, on discute, on observe. Ça a aussi un petit côté « bus touristique » avec les commentaires stupides en moins. Et puis à un moment on passe à un endroit où la musique me paraît pas mal. Kelly décide finalement d’aller se coucher. Je débarquerais donc (descendre d’un véhicule qui roule, avec des bottes plateformes et une cape qui va jusqu’au sol est une expérience que je vous conseille à tous d’essayer une fois dans votre vie) pour me diriger vers la scène où il y a de la musique.

Kelly

Et puis tout à fait par hasard, je tombe sur Kelly. Dans cette foule, c’est vraiment un coup de chance de retrouver quelqu’un. En même temps, je suis content, parce que Kelly est l’une des personnes avec qui je m’entends le mieux. J’aime son énergie, son enthousiasme. D’ailleurs, elle est tellement magnifique à admirer le feu, que je m’offre quelques petites photos supplémentaires. Je la trouve vraiment belle. Comme je lui explique, elle fait partie de ces gens qui, même les cheveux complètement défaits, plein de poussière, fatiguée, restent très beaux. Contrairement à moi, elle ne semble pas avoir pris 40 ans depuis le début de la semaine ! On passe un moment à admirer le feu tout en discutant. On a tout les deux envies d’aller danser. On doit tout les deux repasser par le camp. Elle n’a plus d’eau, moi plus beaucoup, et surtout je veux retrouver mes bottes. J’ai vraiment pris l’habitude : je suis mieux avec pour danser !

Tout va bien aller.

Juste la fin du monde. Rien de grave.

Dance baby, dance !

Et puis soudain, tout s’écroule. Un magnifique hurlement de joie remplit l’air tout autour. Tout le monde se lève dans un seul mouvement. Je ne comprends pas tout de suite. En fait, je comprends quand je vois tout le monde se précipiter vers le brasier. Le mouvement de foule est magnifique. Tout ce monde qui s’en va, en courant, en dansant, en hurlant, au prêt de cette immense brasier. Je me joins au groupe après un mini temps de réaction. Je perds de vue les gens que je connais, trop occupé à prendre des photos. C’est pas bien grave après tout. On se rapproche de plus en plus. Il fait de plus en plus chaud. Les moins téméraires s’arrêtent, les autres s’approchent encore. Je réalise soudainement que sans l’avoir prévu, j’ai été extrêmement prévoyant : le manteau offre une protection parfaite contre le feu. Ajoutez le masque et les lunettes, je ne crains pas grand chose. Je suis d’ailleurs impressionné par la protection dont je dispose. Note pour plus tard : si vous vous retrouvez pris dans un incendie, essayez de vous habiller en gothique, c’est une protection très efficace !

Il y a un groupe de pompiers, déguisés en extraterrestres, qui est là pour s’assurer que tout se passe bien. Mais si les gens ici sont là pour faire la fête, personne ne fait rien de stupide. À ma grande surprise. Car des bouteilles d’alcool, il y en a. Des gens saouls, il y en a sûrement. Les gens dansent ou tournent tout simplement autour des derniers restes de Man. La fête est magnifique. Je ne m’attendais pas à ça, et je suis saisi par une armée d’émotions, toutes plus positives les unes que les autres. Ce moment de communion, d’une foule aussi énorme et du feu est indescriptible. Je tourne avec tout le monde. Prend photo après photo. Je regrette juste de ne pas avoir mes bottes, finalement, parce que les sandales sont un peu limites. Mais pour le reste, je suis parfaitement protégé. Il y a beaucoup de vêtements qui volent pour finir dans le feu. Beaucoup de gens qui dansent entièrement nus. À mon avis, plusieurs se réveilleront avec des cloques magnifiques. Mais en même temps, je comprends qu’il soit difficile de résister.

Et puis personnellement, j’adore cette ambiance/sensation/sentiment d’apocalypse. Entre le feu, le désert, et les costumes, c’est grandiose !

[Burn] – Burn baby, burn !

Le feu de la veille était très comparable à la Fallah. Ce soir, c’est très clairement différent. Pas dans la façon dont ça se passe : les feux d’artifices explosent dans tout les sens, les flammes sont de plus en plus grandes. Non, la différence est au niveau des spectateurs. Ça fait une semaine que nous sommes cinquante milles personnes à attendre ça. Alors les gens hurlent, deviennent fous (positivement fous, rassurez vous). Une énorme boule de feu fini d’embraser complètement la structure. Des morceaux tombent, chaque fois accompagné de grands cris. Mais la structure tient toujours. Et Man, tout là haut, tient le coup, même s’il brûle depuis un moment maintenant.

Nouvelle convergence

Ce soir, c’est soir de fête. Alors tout le monde s’habille en conséquence. Costumes variés, nous formons un très joli groupe. Formé par plusieurs sous groupes au début, nous nous sommes bien trouvés. Évidemment, dans un contexte d’ouverture d’esprit et de rencontres, c’était prévisible, mais ça fait du bien quand même. On se met finalement tous en route. Personnellement, mon accoutrement préféré pour me promener dans le désert est très clairement mon manteau. Il vole dans tout les sens, il est magnifique, et m’attire plein de compliments. Seul exception à la règle : je n’ai pas envie de porter les bottes ce soir. Je resterais donc en sandale. J’amène le masque et les lunettes, au cas où, on sait jamais. Je me suis fait avoir une fois ; pas deux.

Je me retrouve à nouveau pris dans ce mouvement de convergence. De partout, les gens se lèvent pour converger vers Man. Il est là, dans toute sa grandeur, dans toute sa splendeur, qui nous attend. Il est grand, il est beau, il est fier. Tout le monde l’admire et le respecte. Un immense cercle s’est formé tout autour. À distance très raisonnable. À l’intérieur de ce cercle d’admirateurs, un deuxième cercle : le conclave. Le conclave, ce sont tout ces artistes de feux, qui rendront un dernier hommage à Man. Je m’attendais à une quarantaine de personnes maximum, réparties un peu partout dans l’espace. Je suis incapable d’en évaluer le nombre, mais ils sont au moins deux cents. Dans le camp, on m’a demandé si j’allais en faire partie, vu que je sais cracher du feu, et faire un peu des poïs. Mais je me considère pas assez bon. J’ai un regret, quand je vois tout ce beau monde commencer à danser. Les artistes se relaient les uns après les autres. Virginie, Laurie, Fannie et les autres m’ont donné l’habitude de voir des personnes vraiment douées. Je suis déçu de voir que beaucoup ne sont que des débutants, qui se contentent d’avoir un bâton enflammé et à jouer avec. Dans ce contexte, j’aurais en effet largement eut ma place. Dommage… peut être l’année prochaine, qui sait ?

Il y a quand même quelques belles performances. Et puis la quantité est quand même vraiment impressionnante. Les gens applaudissent, cris, hurlent. L’ambiance est à la fête, mais on sent bien que tout le monde attend la même chose. Une chose qui va arrive finalement. Le conclave s’assoie. Une première flamme apparaît, puis une autre, et encore une autre.

La journée à végéter

En ce sympathique samedi matin, j’avais un peu dans l’idée de dormir tard, et de prendre ça relaxe. J’avais décrété, sans prévenir personne, que ça serait un samedi sans préparation de petit déjeuner, en me doutant bien que ça ne serait vraiment pas un problème. Finalement, je me ferais réveiller assez tôt : Nicole avait prévu de partir aujourd’hui, et vient tout juste de trouver un lift pour l’emmener à Réno. J’ai donc tout juste le temps de me précipiter hors du van pour lui dire au revoir. Il fait déjà chaud ; j’aurais pu dormir encore un peu, mais je sais que je n’arriverais pas à me rendormir. Je me pose donc dans un fauteuil avec tout le monde, et commence à végéter tranquillement. En fait, végéter sera un très bon résumé du programme de ma journée. Aujourd’hui, je suis fatigué, et la chaleur n’aide pas. Je commence à me rendre compte qu’une semaine dans le désert, c’est pas mal parfait comme timing. Il me semble que devoir passer encore trois jours sous un soleil aussi intense sera pas mal mon maximum. Je commence à être fatigué d’avoir chaud, de boire quasiment que de l’eau chaude (maudit frigo qui ne marche plus !) et d’avoir de la poussière absolument partout. Bref… tout cela passera lentement, en discutant et en en faisant le moins possible. J’emmagasine de l’énergie pour le soir. Mon programme est fort simple : regarder Man brûler, puis danser, chanter, faire la fête jusqu’aux premières lueurs de l’aube. J’ai décidé de modifier mon « offrande » dans le temple : une photo par jour, en format panoramique. J’ai également décidé que pour dimanche, la photo en sera une du soleil en train de  se lever sur le temple. Tout cela devrait, en principe, être magnifique.

La fin de journée approche. Aujourd’hui, on mangera tôt. On ne veut pas arriver trop tard. Je ne ressens pas le stress et la tension que je ressens d’habitude avant ce genre d’événements. Non, je suis tranquille, tout se passera bien. Je ne cherche pas à contrôler quoi que ce soit, à faire accélérer les gens. On ira, on verra le feu, et la soirée sera magnifique.