Archive for the ‘Rencontres’ Category
Remerciements
Comment remercier tout le monde sans oublier personne ? Impossible… je vais quand même essayer de faire de mon mieux !
En tout premier lieu, Estelle, mon adorable colloc, qui a accepté que je sous loue ma chambre pendant mon absence, en lui imposant un ami qu’elle ne connaissant pas, et qui a accepté de gérer mon courrier ; et Olivier, qui a sous loué ma chambre, malgré l’incertitude de ma date de retour, le fait qu’il ne connaissait pas encore Estelle, et qu’il n’ait jamais vu l’appart avant.
Les anciens propriétaires de Petit Pois, devenu Pourquoi pas ?, qui m’ont vendu un van magnifique, qui m’a permis de vivre toutes ces aventures complètement folles !
Et toujours avant le départ, les gens qui sont venus partager une bière au Saint Bock, la veille de mon départ. En particulier Karine, que j’ai pu revoir plus tard à Banff.
Angela, qui m’a hébergé dans son mini appartement torontois et m’a aidé à découvrir la ville reine. Paul, son ami photographe, avec qui j’ai eut quelques échanges vraiment sympa.
Gerald, qui nous a fait visiter l’église où il est carillonneur.
Neal, l’irlandais qui construit des bateaux à Chicago. Pour m’avoir hébergé mes premières nuits dans la cité des vents. Puis Dawn, l’artiste accomplie, qui m’a hébergé pendant le restant de mon séjour, et m’a permis de passer une soirée magnifique en compagnie de Loni, Alicia et Nik. Merci à tous pour les discussions sur l’art et la créativité.
Les organisateurs et les artistes de feu du Full Moon fire and drums Jam !
Nik et Talia, mes deux premiers autostoppeurs, et la belle soirée au coin du feu !
Les deux autostoppeurs du lendemain. Sean, et surtout Kate, pour tout ces conseils sur l’Oregon. Sans elle, j’aurais sans doute traversé plus rapidement. Et je ne me serais probablement jamais arrêté à Umquat Hot Springs…
Le garagiste de Golden, qui a fait une très bonne job de réparation sur le frein arrière droit du Pourquoi Pas ?.
Virginie, qui n’a pas eut peur de passer 17 jours à bord du Pourquoi Pas ? avec un gars qu’elle ne connaissait quasiment pas. Pour les heures et les heures et les heures à discuter le soir !
Steve, pour m’avoir reconnu au beau milieu des rocheuses alors que l’on ne s’était vu que quelques minutes à peine à Montréal !
Liz, pour son sourire contagieux, son énergie sans fin, et sa volonté de gravir tout les sommets possibles et imaginables. Pour m’avoir fait découvrir Cascade et Rundle. Et pour m’avoir amené au concert de Shane Philips !
Marie-Eve, pour nous avoir permis de profiter gratuitement des sources chaudes de Banff et de Jasper.
Sarah et Gretchen, pour m’avoir invité chez elles sans vraiment me connaître, pour la douche et les gaufres magnifiques du matin !
Le vendeur de flûtes du Saturday Market de Eugène, pour les magnifiques instruments qu’il fabrique. Et vend…
Le camp Brotermelon, à Burning Man. Pour leur capacité d’accueil, pour m’avoir permis de me sentir bien au milieu de tout ces inconnus en moins d’une demi journée. Pour tout ce qui a été échangé et partagé pendant cette semaine à Burning Man. Remerciements tout particulier à Laura et Kelly.
Un merci aussi à la demoiselle à l’ombrelle, rencontrée par hasard au milieu de la playa. Pour cette rencontre aléatoire, et la deuxième rencontre, moins aléatoire, à la décompression. Et l’inconnue du temple, apparue juste au bon endroit, au bon moment.
Rodger, pour m’avoir ramassé alors que je faisais du stop è Yosemite Valley, au milieu de la nuit, dans ce qui semblait à une situation quasiment désespérée. Greg, qui m’a également ramassé, dans une situation beaucoup moins désespéré, mais qui m’a quand même éviter plusieurs kilomètres de marche. Diana, la violoniste rencontrée lors d’une randonnée, et surtout Bruce, avec qui j’ai partagé l’émerveillement du Mont Dana.
Les parents de Jane, pour m’avoir accueilli dans leur gigantesque et magnifique maison, avec piano inclus.
Rameen et Jane, pour m’avoir hébergé également ; pour les beaux moments passer ensemble, et pour la pizza donut.
Elk, le randonneur fou, croisé à Crater Lake, alors qu’il terminait la Pacific Crest Trail.
Joseph, les Fat Kids Kitchen, et tout les autres personnes rencontrées à Umquat Hot Spring.
Tassa. Pour des raisons impossible à résumer ou expliquer.
Robert, aka Crazy Bob, un autostoppeur bizarre mais sympathique, avec qui j’ai eut grand plaisir à passer une après midi. Et pour m’avoir donné les bases de l’histoire du jeune homme et de la flûte…
Non, je ne remercierais pas les psychopathes de Happy Camp qui tirent sur les touristes au milieu de la nuit. Non mais !
Mowgly, que le hasard m’a fait rencontré à nouveau sur le bord de la route. Pour les quelques jours passés ensemble, pour son ouverture d’esprit et sa générosité. Pour sa joie de vivre aussi.
Karine et Laura, deux jeunes filles sympathiques, rencontrées à Redding. Pour les quelques minutes passées à discuter, sans raison, comme ça, pour le plaisir.
Les artistes de feu qui ont participé à l’événement de décompression Burning Man de San Francisco. Pour m’avoir offert les plus belles bougies d’anniversaires que je n’ai jamais eut, et pour m’avoir permis de trouver plein de réponses.
Caroline, pour m’avoir hébergé à Eugène, lors de mon deuxième passage.
Theo, le philosophe anglophone, francophone, niponophone.
Anya, la demoiselle au bonnet magnifique, et à la robe tout aussi intéressante. Pour son sourire, et pour la longue discussion. Et pour avoir accepté l’invitation d’un inconnu à boire un thé.
Danielle, pour m’avoir sourit, et pour avoir passé un mois complet avec moi. Pour son sourire, pour son rire, et pour sa musique.
Tout plein de couchsurfer de Portland, pour une magnifique veillée d’Halloween, en particulier Katie, la fan de Montréal.
Stéphane et Armelle, français et pourtant sympathiques, rencontrés à Bryce Canyon.
Et puis une partie de la famille de Danielle, pour l’accueil sur le chemin du retour, les bons repas, et la gentillesse.
Un dernier remerciement, enfin, aux lecteurs réguliers du blog, qui m’ont encouragé à le maintenir à jour !
Et puis merci, enfin, à tout ceux que j’ai oubliés, parce que j’imagine que malgré mes efforts de mémoire, j’ai du passé à côté de certains !
Et la boucle est bouclée…
Bon, ça aussi c’était sans doute prévisible. Mais une horde d’enfants matinaux qui n’ont pas vu leur grande soeur depuis une année, c’est encore plus matinal, et encore plus enthousiaste le lendemain matin. Encore bien fatigué, je prendrais l’option lâcheté, et continuerais à dormir aussi longtemps que possible pendant que Danielle va s’occuper de tout le monde.
Danielle vient me réveiller quelques temps plus tard, quand le petit déjeuner est prêt. Pancakes + sirop d’érable + oeufs brouillés. On est toujours aussi gâtés ces derniers jours, et on aime vraiment ça ! On est à quatre heures de route de Chicago, et l’idée s’est d’arriver là bas vers 17h, pour que Danielle puisse passer le plus de temps possible avec sa famille.
La mère de Danielle m’a offert d’excellents chocolats pour me remercier de l’avoir amené avec elle. J’ai bien évidemment réussi, la veille, à faire quelques photos de la famille.
J’en imprimerais et encadrerais une, qui finira sur la cheminée quelques minutes après. Je ne dis rien au moment de donner le cadre à la mère de Danielle. Je sais très bien qu’il n’y a rien à dire. Elle me dit juste merci, et me sert fort dans ses bras. Elles n’ont plus n’a rien à ajouter. Elle comprend parfaitement, et je comprends parfaitement. Et une fois de plus, je me demande si je serais capable de revoyager sans imprimante. Je n’aurais jamais pensé que ce soit aussi utile à avoir !
Les au revoir prennent un certain temps, mais je ne suis définitivement pas pressé. Voir tout ces gens heureux ces derniers temps, et savoir que j’en suis en parti responsable, je dois bien reconnaître que ça fait un bien fou. Il n’y a rien de plus plaisant que donner, et j’en ai eut confirmation de façon magnifique ces derniers jours.
Puisque Danielle ne peut pas venir à Montréal, elle prendra le bus depuis Chicago jusqu’à Portland. C’est une cinquantaine d’heures. Sa mère lui paie le billet. La différence avec un billet de train n’est pas si énorme que ça, alors de mon côté, je paie la différence. Je suis jaloux ; elle va faire Chicago Portland en train, comme j’avais prévu de le faire. Comme je prévoie toujours de le faire un jour. Ça sera par procuration pour le moment, en attendant le jour où…
Et puis finalement, on remonte en voiture, pour de nouvelles aventures. Quatre heures de route, toujours aussi inintéressantes à faire, mais qui passent quand même assez vite.
La banlieue est de plus en plus dense, tout comme le trafic. On passe d’une deux voies, à une trois, puis quatre, puis cinq. Puis six. Je n’aime très clairement pas conduire dans ce contexte. En fait, ça ne serait pas un problème si tout le monde ne passait pas son temps à faire n’importe quoi…
Laura, que j’ai rencontré à Burning Man, va nous héberger pour les deux jours que nous passerons ici. Je trouve amusant qu’elle habite à quelques coins de rue à peine des irlandais qui m’avait hébergé au tout début. Au moins, cette fois je connais le quartier ; et je me rappelle que l’université a la deuxième plus grosse police privée au monde. C’est toujours ça. Mais ça ne me rassure toujours pas. Je me sens quand même pas mal mieux que la première fois.
Revoir Laura me fait vraiment super plaisir. Toujours aussi enthousiaste, sympathique et souriante. Tout les autres « burners » sont revenus à leur vraie vie. Moi, pas vraiment. Mais comme je m’y attendais, ils n’ont pas changé. Ils sont, à Chicago, comme ils étaient à Black Rock City. On passe un moment chez Laura à discuter, avec sa blonde et ses collocs, avant de rejoindre rejoindre Korigan et Lauren. Deux autres Burner, avec qui ont mange… oui ! Une deep dish pizza ! J’ai dit à Laura que je n’avais toujours pas essayé. C’est désormais chose faite. Me voilà un homme comblé, heureux, et un peu déçu quand même. La sauce tomate n’était pas excellente. Mais je garde le principe, et je réadapterais ça en version locale.
Et merci à la serveuse qui a tenu la pause avec le fromage qui fait des fils pendant un bon moment !
On continuera la soirée par une petite promenade sur le bord de l’eau. J’ai à nouveau ce feeling de bord de mer, beaucoup plus que de bord de lac. Au loin, là bas, le centre ville nous fait des coucous. On ira sûrement lui dire bonjour à un moment demain. Après tout, c’est la première fois que Danielle vient à Chicago. On s’arrêtera également là où vivent Korigan, Lauren, Ryan et douze autres personnes. Une gigantesque maison labyrinthique, transformée en coop d’habitation. Une cuisine gigantesque, où quelqu’un brasse de la bière pendant que deux autres jouent du banjo. Moi je trouve un piano, et j’en profite un peu. L’ambiance est des plus sympathique et bon enfant.
On rejoindra Joséphine, toujours de Burning Man, avec qui on ira boire une bière dans un bar un peu étrange. Je réalise que j’ai perdu l’habitude de ce genre d’endroit. Je ne suis pas sorti depuis un moment quand même ! Toujours aussi bruyant, toujours aussi difficile pour moi d’assurer une conversation dans ce contexte, en n’entendant plus que le tiers de ce que les autres me disent. Occasion quand même de boire encore une autre excellente bière !
Je m’endors légèrement sur ma chaise. La fatigue cumulée continue à s’accumuler. Je suis dans la dernière ligne droite, et ça ira mieux bientôt. On reprend la route en direction de chez Laura, ou un canapé des plus invitants nous attend.
Je suis heureux de revoir tout le monde ; heureux d’être de retour à Chicago. J’ai, depuis Portland, le sentiment que mon voyage est terminé, que je suis prêt à rentrer. Il y a eut les derniers soubresauts dans le sud de l’Utah ; les visites à la famille de Danielle, et aussi l’arche, et la ville de Saint Louis. La piste de l’Oregon commence ici, fini à Portland. On a juste fait le chemin inverse. Ajouter à ça une boucle qui se referme en arrivant à Chicago, le plaisir de revoir des amis rencontrés à Burning Man pendant le voyage. Tout cela permet de faire une très belle fin, bien construite, bien planifiée. Les tiroirs se ferment les uns après les autres. Il ne me restera plus qu’à dire au revoir à Danielle, et parcourir un dernier 1350 kilomètres jusqu’à Montréal.
Mais avant ça, une bonne nuit de sommeil ne fera pas de mal. J’ai promis des crêpes (évidemment !) pour le petit déjeuner demain.
Twelve munchkins
(Il est possible que vous ayez à cliquer plus d’une fois sur le lien pour arriver à la page où vous pourrez finalement écouter la chanson)
Un demi McDo et une demi douzaine de munchkin
Un autre réveil bien tranquille sur une aire d’autoroute. L’un des tout derniers. Un départ tout aussi tranquille. Et une autoroute qui nous amène jusqu’à Saint Louis, à une heure de route d’ici.
Comme toutes les villes nord américaines, on slalome d’une autoroute à l’autre, se dirigeant vers le centre ville. Et puis finalement, l’arche apparaît enfin. Définitivement plus impressionnante et plus grande que ce que j’aurais pensé.
L’arrivée sur l’arche est l’occasion de découvrir le plus horrible plan d’urbanisme que je n’ai jamais vu jusqu’à présent. Ce qui n’est pas peu dire, considérant que j’ai vu un certain nombre d’horreur en Amérique du Nord. Et en France aussi, accessoirement.
Il y a une rivière assez importante qui traverse la ville ; le centre ville, évidemment, est au niveau de la rivière. Les gens, par contre, n’ont aucun accès aux berges. C’est juste un énorme boulevard urbain, à la gloire des voitures, avec un parking gigantesque où sont envoyés tout les touristes venus voir l’arche. Par curiosité, on ne se gare pas tout de suite ; on fait un premier tour de l’arche. Celle-ci a été construite, en même temps qu’un parc commémoratif, pas très grand, avec pas grand chose, et surtout séparé du reste de la ville par un deuxième boulevard urbain, semi enterré. Bref, cette arche magnifique est entourée de deux boulevards urbains qui la sépare complètement du reste de la ville et de la rivière. Il n’y a pas à dire, c’est bien dommage.
Après en avoir fait le tour à moitié, on découvre un parking gratuit, pour les personnes qui veulent aller visiter l’église. Interdit, par contre, aux visiteurs de l’arche. Ça tombe bien, nous on voulait visiter l’église. Pas l’arche. Hum…
Enfin, puisqu’on est là, pourquoi ne pas aller jeter un petit coup d’oeil sur l’arche quand même, non ? Parce que personnellement -je sais je l’ai déjà dit – je la trouve magnifique. Et extrêmement photogénique.
Evidemment, après avoir visité toutes ces tours, il était hors de question que je passe à côté de la possibilité d’aller faire un tour au sommet de cette arche. Sauf qu’évidemment, une arche, c’est pas verticale. Alors l’ascenseurs, à l’intérieur, est un peu particulier. C’est plus un genre de montagne russe. On s’entasse joyeusement dans une mini capsule de secours de vaisseau spatiale, et on prie très fort que l’on va arriver en vie en haut.
En haut, l’espace est extrêmement réduit, mais la vue est quand même intéressante (le parc côté ouest, avec un boulevard urbain que l’on devine, le parking de l’église, avec Pourquoi Pas ? et un boulevard que l’on comprend mieux, et le bord de l’eau côté est).
Je suis également un peu déçu par le centre-ville de St Louis. Je me serais attendu à une ville plus grande que ça. Mais non.
Je redescends, content et déçu. Content de l’expérience. Content d’avoir vu l’arche et tout ce qu’elle symbolise. Content pour le côté assez inusité de la visite. Mais très clairement déçu par la ville. Je ne sais pas pourquoi je m’attendais à mieux… au pied de l’arche, il y a un musée relativement bien conçu sur le peuplement de l’ouest, mais on ne se sent pas plus inspiré que ça. Alors à la place, on fait quelques pas rapide en centre ville, histoire de faire quelques dernières photos, puis on reprend la route.
Il nous reste encore quelques heures d’une route on ne peut plus passionnante…
… avant de finalement arriver à Cowden, au fin fond du milieu de nul part, dans l’Illinois. Là où habite la mère de Danielle, et quatre autres de ses frères et soeurs. Jasmine (que Danielle m’a épelé, parce qu’ils prononcent Jazzmen, et que c’était, somme toute, un prénom relativement surprenant pour une fille), qui a 11 ans est la plus vieille encore restante à la maison, Austin et Dustin, les jumeaux, et Blake qui est le plus jeune, à 7 ans. Je m’y retrouve pas trop mal dans les noms, à ma grande surprise. Tellement concentré à me rappeler quel enfant est qui, par contre, que j’ai oublié le prénom de la mère. Le père, sauf erreur, s’appelle Jim, et arrivera un peu plus tard.
Une fois de plus, c’est un plaisir de voir tout ces gens heureux de se retrouver. Le Pourquoi Pas ? est du pour un changement d’huile depuis quelques temps. Je prends donc ça comme excuse pour laisser tout le monde se retrouver dans l’intimité, et je reviens une heure plus tard, avec un van prêt à affronter les derniers kilomètres.
Danielle m’a expliqué à plusieurs reprises à quel point sa famille est intense. À vrai dire, je m’en doutais ; j’imagine facilement à quoi ça peut ressembler une horde d’enfants dans tout les sens. Observer les quatre derniers est extrêmement intéressants. Jasmine est rendue, à son tour, la plus vieille. Mais les deux jumeaux, en garçons qui se respectent, aiment avoir l’impression de tout contrôler tout. Ça crée une interaction des plus intéressantes.
Je sors un peu toutes mes bricoles du van. Balles et massues de jonglage, djembé, etc… pour le plus grand plaisir des enfants. Tout le monde rigole et s’amuse bien, dans une folie complète. Le van en lui même est un outil de fascination. Avec le toit ouvert, ils s’amusent à grimper un peu dans tout les sens. Et finissent avec la permission de tous écrire leur nom dans un des ronds verts du van. Ça se calme un peu sur le moment du souper, que tout le monde prend un peu partout ; là encore, le chaos semble se gérer par lui même. La mère de Danielle a évidemment l’habitude de cuisiner par kilotonnes, et on mange excellemment bien. Là encore, un gâteau au chocolat a été préparé pour fêter le retour de Danielle, et une fois de plus, on mange super bien.
En fait, je me rends compte que faire le chemin de retour avec Danielle a donné une toute autre dimension à mon voyage. Là où j’étais préparé psychologiquement à manger des pâtes au fromage sur des aires d’autoroute, on fait le tour de sa famille qui nous accueille à bras ouvert, avec d’excellents repas. Ça rend, je dois bien le reconnaître, le voyage retour beaucoup plus intéressant et agréable ! Danielle me dit, à un moment, qu’elle est surprise de l’accueil que sa famille me réserve à moi, son ami qui conduit. Je lui explique qu’en même temps, pour eux, je suis le gars qui permet à tout le monde de revoir la fille qu’ils n’ont pas vu depuis un an, et que dans ce contexte, je pars quand même avec un net avantage pour être aimé de tout le monde ! Une autre soeur de Danielle, Megan, qui a quitté la maison il y a quelques temps, vient passer la soirée avec nous. Toute heureuse également de revoir Danielle.
La soirée n’est pas si froide que ça, et Jim a préparé un magnifique feu de camp en arrière de la maison. Toute la famille demande à Danielle de chanter ; elle va chercher sa guitare, j’en profite pour attraper mon djembé pour l’accompagner discrètement. Et évidemment, toute la famille demande la même chanson. « Twelve Munchkin ». La toute première chanson qu’elle a écrite, et qui parle de tout ses frères et soeurs. La chanson est extrêmement touchante, et est accessoirement l’une de mes préférées de toutes. Elle jouera quelques chansons ; comme à chaque fois, j’ai vraiment plaisir à l’accompagner discrètement. Quelques amis du voisinage passent dire bonjour à un moment. Tout le monde est vraiment surpris par le djembé. Ce qui, pour moi, est un instrument on ne peut plus classique, et une nouveauté parfaitement inconnue ici. Je fais donc une démonstration plus rapide et plus bruyante, qui plaît beaucoup aux enfants comme aux adultes.
Et puis Danielle a aussi raconté à tout le monde que je savais cracher du feu ; et ça, évidemment, les enfants ils veulent voir. Je ferais donc une démonstration, sous un certain nombre de paires d’yeux hallucinés. Jouer du djembé et cracher du feu, c’est quand même pas mal efficace pour impressionner des enfants !
La soirée se termine tranquillement. Les enfants vont se coucher. On suit pas très longtemps plus tard. Je sens la fatigue qui s’accumule lentement depuis Portland, où j’avais rechargé les batteries. J’imagine déjà la longue sieste qui m’attend à mon retour à Montréal ! Mais pour le moment, dans l’espoir d’avoir un peu plus de tranquillité demain matin, on dormira à l’abris dans le van !
Le repos du guerrier
Danielle s’est réveillée bien avant moi ; faut dire qu’avoir dormi pendant que je conduisais l’a sans doute aidée. Moi je me fais une mini grasse matinée, que je considère quand même bien méritée.
Quand je me décide finalement à arrêter de jouer la marmotte (marmotte raisonnable, il est 10h30), je retrouve Danielle dans la maison, ainsi que ses grands parents (maternels). Très gentil et très accueillant, j’ai le droit à un brunch/lunch très nourrissant juste après avoir pris une douche (bien méritée également). Sorte de mini muffin anglais / pain maison, recouvert d’une béchamel avec viande hachée. Intense, donc.
La journée se passera tranquillement à discuter, à ranger quelques affaires, à rattraper mon retard au niveau du blog et du tri des photos (ça s’entasse rapidement ces petites choses !). Je trouve très intéressant de me trouver plonger dans un tel milieu. J’ai eut le droit à un certains nombre d’immersion culturelle au Québec ; des grands parents au Kansas, c’est intéressant également ! En fait, l’un des phénomènes que je trouve le plus amusant, c’est « l’unicité » de la décoration chez les personnes âgées. Mêmes fauteuils, mêmes couverts et ustensiles… même la moquette me semble être exactement la même que chez mon grand père paternel.
On raconte nos aventures et nos mésaventures ; j’explique également ce qu’est un « designer graphique ». Déjà quand je dois l’expliquer à mon entourage, c’est pas évident, mais quand il s’agit de personnes âgées, et qu’il faut en plus le faire en anglais… mais je m’en sors quand même pas trop mal avec des exemples.
En milieu d’après midi, Rachel, la soeur de Danielle arrive. Enfin l’une des soeurs. Il y en a pas mal d’autres. Elle a douze frères et soeurs. Enfin demi frères et demi soeurs. Pas mal de divorces, de recomposition, de décomposition…. bref, si Danielle a douze frères et soeurs, le nombre est à priori différent pour chacun d’entre eux. Les grands parents de Danielle, de leur côté, ont huit petits enfants. Je n’essaierais même pas d’essayer d’y comprendre quelque chose ! Tout ce que je sais, c’est que Danielle et Rachel sont très heureuses de se revoir, après plus d’une année, et ça fait plaisir de voir tout ce petit monde heureux pour les retrouvailles. Moi je suis l’outsider, mais j’ai l’habitude, et ça ne me dérange pas. Voir ces gens heureux me suffit parfaitement !
Les grands parents de Danielle ont un petit bout de terrain (comparable, je dirais à la partie arboretum du Charbinat, pour ceux qui connaissent, mais en version plus carré). Le grand père propose une visite des lieux, que l’on fera en pickup. On est, après tout, au fin fond du Kansas. Et faire un tour de propriété, sur le plateau d’un pick up, conduit par le grand père d’une amie, au fin fond du Kansas, ça fait partie des expériences à vivre. Cliché magnifique !
Le tour se fait rapidement ; surtout qu’en automne, ça perd quand même beaucoup…
On retourne ensuite se mettre au chaud dans la maison, histoire de repasser à nouveau le temps en discutant. Un peu après, c’est au tour de Storm d’arriver. Storm, c’est un des frères de Danielle. Oui oui, Storm, comme tempête, parce qu’il est né par un jour de tempête. Storm a 16 ans, Rachel 18. Pourtant, aucun des deux ne semblent répondre aux clichés du teenager américain, et je les trouve très sympathique. Là encore, les retrouvailles Storm/Danielle font plaisir à voir. De ce que j’ai compris, les trois ont la même mère, mais trois pères différents. Ils sont pourtant unis par un très beau lien, une très belle complicité.
Les grands parents ont un sens de l’humour agréable, et joue parfaitement le rôle des grands parents. L’ambiance est agréable, chaleureuse, bon enfant. Je me sens bien à regarder ce monde évoluer, à observer les relations, les interactions. Ça faisait longtemps que l’on ne m’avait pas fait le coup de la bénédicité au début du repas, mais en fait, ça ne me dérange pas du tout. Au contraire, je trouve extrêmement accueillant d’en faire partie. J’ai bien eut le droit au silence rituel du repas tibétain il y a quelques temps en Californie. En voyage, comme d’habitude, les expériences se suivent, et se ressemblent… ou pas.
Évidemment, deux ados et une grande soeur, ça a quand même besoin d’un peu de place, et on passera donc un moment de la soirée à discuter dehors. Comme d’habitude, je prends la personnalité nécessaire pour m’intégrer discrètement. Pour être là, pour participer, mais ne pas prendre trop de place pour que Danielle, Storm et Rachel profitent au maximum de leurs retrouvailles.
Et puis il y a aussi eut la question délicate de qui va dormir où. On reste quand même – Danielle m’a prévenu – chez des grands parents Old School. Surpris, semble-t’il, que je sois en colocation avec une fille. Rassurés, par contre, d’apprendre que mon frère qui a deux enfants est marié. Ouf ! Toutes les valeurs ne se perdent pas. Néanmoins, comme je le disais plus tôt, très sympathiques et très accueillants. Après de longues discussions, la solution est en fait très évidente. Il est évidemment hors de questions que garçons et filles soient dans une même chambre, mêmes s’ils sont frères et soeurs. Alors les deux soeurs dans la chambre d’amis, les deux garçons dans le salon, et hop. Bon, c’était pas si compliqué que ça finalement ! Pour simplifier, j’essaie d’expliquer qu’après trois mois et demi à vivre dans le van, je suis comme habitué, et ça ne me dérange absolument pas, mais c’est hors de questions. Je me coucherais donc dans un grand canapé des plus confortables. Ça me conviendra parfaitement. Les quatre jeunes continuent de discuter encore un moment, et puis finalement, tout le monde au lit. On dort très bien dans ce canapé !
Bryce Canyon
Alors la conclusion, après la nuit, c’est qu’en dessous d’une certaine température, le chauffage ne marche plus. En fait, la soufflerie marche encore, mais plus la flamme. Donc non seulement il n’envoie plus d’air chaud, mais en plus il envoie de l’air froid du dehors. Donc je me suis décidé à finalement le fermer, vu que c’était plus pire qu’autre chose. On a eut la confirmation un peu plus tard : la température est descendue à -13 cette nuit. Dans le van, pas de chauffage, c’est quand même pas mal très limite. On a survécu quand même, mais j’ai eut le bout du nez pas mal bleu juste avant le lever du soleil. Du coup, on a fini la nuit avec les ronds de la gazinière allumé. C’est toujours mieux que rien !
La bonne nouvelle, c’est que ciel est magnifique dehors. Grand ciel bleu, et grand soleil chaud, qui fait un bien fou. D’ailleurs, je reste un moment au soleil à décongeler. Et je suis pas le seul à avoir besoin de décongellation ! Dans l’ordre : une bouteille de deux litres de paraffine liquide qui dormait 40 centimètres en dessous de nos têtes, la condensation congelée à l’intérieur de la vitre du passager, et le réservoir de propane du Pourquoi Pas ?…
La bonne nouvelle, par contre, c’est que ce matin le van démarre sans le moindre problème. J’étais un peu inquiet pour la batterie, mais il semblerait qu’il y avait aucune inquiétude à avoir à ce niveau là. Le Pourquoi Pas ? est une brute qui ne craint rien ! Élevé au Québec, il lui en faut plus pour être impressionné !
Les passagers décongelés remontent en voiture, et prennent la route en direction de Bryce Canyon.
On s’arrête à une station service/motel/camping où je demande à une vieille madame des plus charmantes si je peux faire le plein d’eau. Elle accepte gentiment. Le temps de remplir le réservoir d’eau (environ 3 minutes) je suis à nouveau entièrement gelé. La madame était vraiment sympathique, et j’ai envie d’un chocolat chaud. J’ai tout ce qu’il faut dans le van, mais j’ai bien envie de profiter du luxe du monde moderne. On rentre dans la station service à nouveau, et on s’installe à une table avec un chocolat chaud, un café, et des biscuits. Ça fait un bien fou ! Je discute un peu avec la madame, à qui je demande si ce temps est habituel. Elle me répond que non. Normalement, ils ont encore plus de neige à ce moment là. Bon, c’est vrai qu’on est quand même à 2500 mètres, mais on reste pas mal dans le sud. Ça reste donc surprenant pour moi !
Et puis finalement, on arrive dans Bryce Canyon. Depuis que j’ai entendu ce nom, je ne peux pas m’empêcher de penser au logiciel que j’utilisais pour faire des images en 3D. Un logiciel qui s’appelait lui même « Bryce », et que j’aimais beaucoup. Sa spécialité : la création de paysage. Il offrait énormément de textures, et de type de relief extrêmement intéressant. J’aimais bien ce qu’il permettait de faire. Pour moi, c’était des paysages fantastiques vraiment originaux. Je me rends compte, depuis que j’ai mis les pieds en Utah, que l’origine du nom de Bryce est très claire. Et que les paysages que je pensais fantastique à l’époque où j’utilisais les logiciels sont en faits parfaitement normaux quand on se promène dans la région. C’est quand même surprenant de se retrouver à l’intérieur d’un logiciel de 3D je trouve !
Le parc national est pas très grand. Vu la température, on n’est pas plus motivé que ça à faire de la randonnée, et on prévoit donc de le faire en une journée. L’idée est de suivre la route jusqu’au bout, en s’arrêtant à tout les points de vue. Et si vraiment on voit un endroit qui nous plaît, partir pour une petite balade.
La première partie du canyon est en même temps la plus impressionnante. Petite précision avant tout : je pensais, du fait du nom, et de la visite récente à Zion, qu’on allait être au fond d’un canyon. En fait, non. On suit une crête, sur le bord de laquelle se trouve plein de formations géologiques des plus intéressantes. La plus impressionnante de toute, donc, qui se trouve prêt de l’entrée du parc, est l’amphithéâtre, sur lequel on peut avoir plusieurs points de vue :
Rendu au deuxième point de vue, je vois un photographe avec une lentille particulièrement sympathique, sur un énorme trépied. Je commente en disant qu’il a du beau matériel. Il me propose de l’essayer, et j’accepte avec le sourire. Tout de suite après, vu son accent, je lui propose de passer au français, ce qu’il accepte de bon coeur.
Il s’appelle Stéphane, et est photographe professionnel à Bordeaux. Il est sur un voyage relativement long aux États ; commencé à Boston, puis dans les rocheuses, avant de continuer jusqu’à Los Angeles puis de revenir dans le Colorado. On discute un peu technique, quand un couple arrive, et salut tout le monde d’un joyeux « bonjour », avant de se joindre à la conversation. On est ensuite rejoint par une autre fille, Armelle, qui vient de Brest. Danielle rigole énormément, de se retrouver entourée de français, et de ne pas comprendre. Sans doute une préparation pour Montréal ! En parlant de Montréal, le couple y est allé. Ils n’ont pas aimé. « C’est trop américain, pas assez français ». Exactement le genre de commentaires qui me donne le goût de mordre. Bien sûr que c’est américain Montréal. On est en Amérique du Nord, pas en Europe ! La fille a vécu 5 mois à Montréal, mais fait des grands yeux ronds quand je dis que c’est une capitale gastronomique. Encore une qui s’est contenté d’aller manger de la poutine à la banquise… et puis finalement, le gars rajoute une couche « on était surpris, on pensait que les québécois étaient plus accueillants ; l’image des canadiens, qui vivent dans leur cabane, et qui accueille tout le monde avec le sourire ; on pensait que les gens allaient nous parler dans la rue ». Je commence à expliquer que Montréal c’est une capitale économique ; qu’ils auraient pu aller en Gaspésie ou au Lac St Jean s’ils voulaient un contact plus humain. C’est pas au milieu de la deuxième plus grande ville francophone du monde qu’ils allaient voir des cabanes. Enfin… ils ne restent pas longtemps, et ça m’évite d’avoir à les jeter par dessus la barrière. Ça aurait fait pas beau dans le parc après !
Stéphane et Armelle sont encore là, et on discute encore un peu. Le contact avec eux est beaucoup plus agréable ! On parle encore un peu boutique avec Stéphane, et on échange nos coordonnées. Armelle, de son côté, doit être à Montréal début décembre. Elle repart donc elle aussi avec mon adresse email, si elle a besoin d’un guide touristique. Ça lui évitera de terminer à la banquise. Grrrrr !
C’est bête, mais ça fait du bien de parler français un peu. Je sais que l’une des raisons qui me donnent envie de rentrer à Montréal, c’est de pouvoir recommencer à parler français. Je répète depuis bien longtemps que l’anglais n’est plus un problème pour moi, et c’est de moins en moins le cas, surtout avec Danielle. On a de longues discussions philosophiques ensemble, sur la création, sur les personnages de livres qui ont leur vie propre au détriment de l’auteur, sur la difficulté d’expliquer un processus créatif à des non créatifs, etc… bref, non, l’anglais n’est plus un problème. Mais le français reste ma langue maternelle, celle que je maîtrise parfaitement (sauf à l’écrit, diront certains lecteurs !) ; et le parler régulièrement avec des gens intéressants me manque !
D’en haut, on voit une balade qui permet d’aller se balader en bas. Pas trop longue (4 kilomètres aller retour), ça nous fait quand même bien envie, et on se décide donc à jouer un peu les sportifs. Histoire de voir de plus prêt ces magnifiques formations rocheuses. La balade est l’occasion d’une autre longue discussion philosophique sur la créativité, et j’en profite aussi pour transmettre à Danielle quelques rudiments de français. Une façon très intéressante de découvrir à quel point ça peut ne pas être évident d’apprendre une langue à quelqu’un d’autre ! Par où je commence « je m’appelle Sébastien » ? Ou « je tu il elle on nous vous ils ? ». Ou peut être la conjugaison des verbes du premier groupe ?
Un peu plus loin, c’est un suisse qui nous dit « bonjour ». Oui, trahit par le van. Et encore après, quand Danielle pose une question à un groupe de personnes qui lui répondent d’un regard ébahis, elle enchaîne par un « do you speak french » qu’ils comprennent et acquiescent rapidement. Bref, si vous êtes en manque de français, il semblerait que Bryce Canyon soit un bon endroit pour en trouver ! Surprenant, parce qu’à Zion, il n’y en avait quasiment aucun…
Si la balade dans l’amphithéâtre valait vraiment la peine, la suite nous laisse un peu plus sceptique. C’est beau, c’est très beau même. Je ne chercherais pas à dire le contraire. Mais c’est un peu trop « la même chose », et surtout, ça ne rivalise pas avec le premier aperçu. Il y a énormément de point de vue, alors on s’arrête régulièrement, on fait quelques photos, et on repart. Le parc ne semble pas attendre autre chose de nous. Les autres balades ne sont pas aussi prometteuses, et comme on est déjà en haut, on a un aperçu d’ensemble… alors ça permet de faire tout ça un peu rapidement, ce qui n’est pas plus mal non plus.
On croise à nouveau Stéphane, au dernier point de vue. On rediscute un peu. Il en profite pour me demander de faire une photo de lui, avec son matériel, et fait une photo de nous en échange. Quand il voit l’état de ma lentille, il hallucine complètement. Oui, ma bien aimée lentille a quand même beaucoup souffert de passer une semaine dans le désert, incluant une tempête de sable. Enfin, c’est un canoniste lui aussi alors il en profite pour utiliser une de ses lentilles à la place. J’admets, elle a un beau piqué la 17-40 de Canon ! Ça pourrait presque être une…. ah ! non, j’ai rien dit. Je remplacerais probablement ma 17-50 par une autre 17-50. Un jour.
Il se fait tard. On reprend donc la route avec Danielle. J’hésitais à faire le détour par Arche, mais vu les commentaires de Stéphane, on va aller jeter un oeil. On n’est parfaitement dans les temps sur le planing de fou qui nous attend de toutes façons, c’est donc parfait.
On roule un peu, mais pas très longtemps. Le soleil se couche déjà, ce qui n’empêche absolument pas le paysage de rester magnifique !
On est rendu dans Giant Staircase National Monument. Je suis pas tout à fait sûr que les permissions de camping soient les mêmes dans un National Monument quand une National Forest, mais mon instinct me dit que c’est pareil. Alors quand on trouve un petit chemin qui s’éloigne un mini peu de la route, on s’y engage. Ça sera parfait pour la nuit.
Au moment de garer le van, je réalise quelque chose qui, je l’avoue, me fait quand même assez plaisir. Même si je ne suis pas fan des aires d’autoroute, je pense que c’est notre dernière nuit au milieu de nul part. En principe, à partir de demain, on devrait dormir sur des aires d’autoroute, ou chez des gens (amis et famille de Danielle, amis de moi, couchsurfing, etc…). J’aime énormément dormir au milieu de nul part comme ça, mais il n’en reste pas moins que j’ai du mal à ne pas m’imaginer encore à Happy Camp… une aire d’autoroute me paraît plus tranquille !
L’autre bonne nouvelle, c’est que ce soir, il fait moins froid, et le chauffage remarche parfaitement bien. On devrait être bien confortable toute la nuit. Ouf !
Alors pour faire changement, on termine par une petite soirée tranquille à discuter / écrire / bloguer / lire / dessiner / travailler. Tâches réparties en fonction des spécialités de chacun !
Le gars aux cheveux longs
Certains ont très clairement le « look ». Avant même de lui parler, je savais que ça fait un moment qu’il est en mode randonnée. Il nous a expliqué qu’il revenait de la ville où il avait acheté de la nourriture, avant de repartir se promener au hasard dans les environs. Pour combien de jours ? Probablement aussi longtemps que ses réserves tiendront. Ça paraît que même s’il revient d’une mission de ravitaillement, il n’a pas vraiment parlé depuis un moment, et qu’il a besoin de parler à des gens. En fait, mon seul regret est qu’il remontait dans la montagne. Sinon, j’aurais vraiment aimé passer la soirée avec lui, à discuter, à échanger, à partager.
Je n’ai même pas pensé à lui demander son nom. Mais il nous a fait un câlin à tout les deux avant de partir. Il vient du Texas. Comme quoi, mes préjugés peuvent déjà commencer à s’effriter discrètement !
Après la Batmobile et la Papamobile…
Je l’sais bien qu’il m’aime. Je lui ai payé suffisamment de bières et il est suffisamment resté à dormir chez moi pour ça. Mais de là à envoyer un bus au milieu du Nevada pour me le rappeler, je trouve ça vraiment sympa !
Mais si le bus est intéressant, je dirais que la Jesusvespa est imbattable, toutes catégories confondues, et sans la moindre exception possible !
Une dernière grande respiration…
Ça y’est… la voilà qui est là. La dernière journée avant le grand départ. Je suis vraiment heureux de cette pause complètement et totalement imprévue à Portland. Je suis en pleine forme, et j’ai à nouveau hâte d’être sur la route. J’ai aimé m’arrêter, mais il est temps pour moi de repartir. Je ressens l’excitation de rouler à nouveau, et je suis fébrile comme si je n’avais pas voyager depuis bien longtemps. Peut être parce que les trois ou quatre semaines qui s’en viennent s’annoncent passionnantes, intenses, et magnifiques !
Pourquoi Pas ? est retourné au garage ce matin. D’après le garagiste, ils ont reçu une pièce qui n’était pas la bonne, mais ne s’en sont pas rendus compte, du coup, ça ne marchait qu’à moitié. Enfin, après deux heures et demi à attendre, tout remarche à nouveau. Et cette fois, j’ai vérifié !
On va être deux dans le van pendant un bon moment. Plus le temps passe, plus l’intérieur est optimisé. Danielle ne devrait donc avoir aucun mal à trouver sa place. Mais juste pour être sûr, je fais encore un peu de rangement, encore un peu d’optimisation. C’est encore et toujours plus efficace que l’optimisation précédente !
L’après midi passera tranquillement en dehors de ça. J’avance deux trois petits projets, je regarde un peu la route qui s’en vient… j’attends encore des nouvelles de Jane pour formuler un itinéraire final.
J’arrive même à m’ennuyer un peu en fin d’après midi. Ça ne m’était pas arrivé depuis… ouf ! Des fois, ça fait du bien de s’ennuyer. Et ça vient aussi confirmer qu’il est temps de repartir ! Finalement, en fin de journée, on ira faire un tit tour en ville. Au programme : poutine et bières. Yep. On trouve aussi de la poutine à Portland. On en trouve partout. Le Québec va conquérir le monde grâce à la poutine ! Danielle n’en a jamais mangé, mais sait où on peut en trouver. Pas de chance, quand on arrive sur place, par contre, c’est fermé le lundi. La suite du programme consistait à aller à la « Hopwork Urban Brewery » où j’ai donné rendez-vous aux gens de couchsurfing ; si quelqu’un s’ennuie en ce lundi soir et qu’il veut partager une bière, elle sera meilleure avec nous !
On arrive, on s’installe, on commande. Ici aussi ils ont des carrousels de dégustation. Parfait !
Voilà donc à quoi ça ressemble. Celui-ci est particulièrement sympathique en l’occurrence :
Et si vous voulez la légende (la numéro 1, c’est celle à gauche de « hub », et en haut. Donc à 9h15 environ.
La 5 et la 7 sont un vrai délice. Le mélange de 7 céréales dans la stout (5) lui donne une personnalité bien à elle, et le vieillissement dans des vieux fûts de bourbon donne à la 7 une odeur unique, et un petit goût sirupeux des plus agréable. La lager est excellente, d’autant plus meilleure que, comme je l’expliquais déjà par le passé, habituellement les lager ne sont pas vraiment mon style. Évidemment, l’IPA est un vrai petit bonheur, et l’abominable se laisse boire sans problème. À vrai dire, toutes ces bières sont excellentes et on passe un bien bon moment à toutes les découvrir, en grignotant quelques frites, à défaut d’avoir eut notre poutine. Et puis il y a cette petite carte des desserts qui nous fait de l’oeil. Entre la tarte au chocolat et basilique et le brownie servit chaud avec crème glacée à la vanille, le choix est vite fait. On prendra les deux, et le régale sera complet et total. Chocolat basilique, j’avais déjà pratiqué une fois. La deuxième fois me convainc tout autant que la première. Il est temps que je mette ça en application !
La « Hub » est une brasserie particulièrement sympa. Le fait que toutes leurs bières soient bio rajoutent aussi au plaisir. Le propriétaire, en plus d’être un grand amateur de bière, est un fan de vélo, et ça paraît. Oui, remontez voir : le plateau de dégustation est une petite roue de vélo transformée. Côté déco, l’alignement de cadres de vélo en dessus du bar donne un effet des plus sympa aussi.
Excellente bière, excellents desserts, décor agréable, bonne ambiance, on passe une belle petite soirée, mais on se décide à partir après un moment, le ventre bien rempli. Malgré quelques « nous viendrons peut être », il semblerait qu’aucun couchsurfeur ne soit venu.
On découvrira au moment de sortir que en fait non, il y en a bien quelques uns. Ils nous avaient simplement pas trouvé, et attendaient dans un coin, persuadés que l’on était en retard. Du coup, on se rassois, on partage une dernière bière, et on rajoute une petite paire d’heures à discuter, de tout et de rien. Je fais plaisir à tout le monde quand je dis (et je le pense vraiment !) que je préfère l’Oregon à la Californie, malgré la beauté des paysages de cette dernière. J’essaie de m’expliquer un peu, parce que c’est plus une question de feeling que de logique, mais ils partagent aussi ce sentiment. Pour résumer très fortement, on choisit la Californie pour sa carrière, on choisit l’Oregon pour le mode de vie. Ici les gens sont encore plus ouverts, relaxes, tranquilles. Si la Californie est peuplée de Bobo, l’Oregon semble plus la destination des artistes qui veulent s’épanouir tranquillement, loin de toute pression sociale. Ils veulent juste être heureux dans leur petit monde à eux ; un petit monde où tout le monde est le bienvenue. Et franchement, j’aime ça. Ils étaient évidemment tous là samedi soir, à la soirée Halloween. Je n’en reconnais aucun, mais en demandant leurs déguisements, je replace la plupart. Anecdote amusante : à un moment, l’un d’eux raconte qu’il a vu quelqu’un cracher du feu, et qu’il a pu prendre une vidéo. Il ne m’avait pas reconnu. Le monde de couchsurfing est très petit. Moi, je suis content, je vais avoir une vidéo de moi, peut être.
Quitter Portland ne va pas être évident. Heureusement, je commence à avoir l’habitude de quitter des places qui me plaisent. En une année, je suis revenu trois fois à San Francisco, alors que je n’y croyais pas vraiment. Je n’ai aucune inquiétude quand au fait que je reviendrais à Portland également. Quand il ne pleuvra plus. Dans six mois donc ! Ou plus tard.
Rencontrer ces quelques couchsurfers avant de partir me fait bien plaisir et termine agréablement mon séjour ici. On rentre chez Danielle un peu plus tard. Un message de Jane m’attend. Ils seront aux sources chaudes en fin de semaine. Ça finit de compléter ma journée. L’itinéraire du retour est désormais connu, et c’est parfait pour moi. Un peu plus de 6000 kilomètres m’attendent ; je vais voir un peu de désert dans le Nevada, et il semblerait bien que Bryce et Zion réapparaissent soudainement sur l’itinéraire ! Tout cela est parfait. Celui-ci a de fortes chances d’être assez final, vu que mes dates sont de moins en moins compressibles. J’ai hâte de voir tout ça ! La quinzaine de jours tranquilles puis les kilomètres qui défilent semblent se confirmer !
Burnout : Portland Decompression
Pas de surprise : la nuit a été mauvaise, comme prévu. Je me réveille fatigué, et un peu frustré à cause de ça. Mon plan initial était de dormir sur une aire d’autoroute, en même temps ; ça aurait été bruyant de toutes façons. Mais sans doute un peu moins quand même. Enfin… j’ai de la route à faire, et pas vraiment de raisons pour m’éterniser.
La route jusqu’à Portland, sous la pluie, est d’un magnifique sans intérêt. Enfin presque. J’ai découvert lors de mon dernier passage que pour encourager les gens à s’arrêter, on trouvait du café gratuit (et surtout du chocolat chaud gratuit) sur les aires de repos. Personnellement, le concept me plaît bien. Il y a même quelques biscuits. Je me reposerais donc deux fois en 80 kilomètres, à titre de prévention. On sait jamais après tout ! Mais bon ; à part les aires de repos, donc, et l’abrutis de première qui a failli me rentrer dedans, par derrière, alors qu’il faisait un dépassement par la droite d’une voiture situé en arrière de moi, une voie à gauche (c’est assez surprenant de voir soudainement apparaître dans son rétroviseur une voiture qui roule super rapidement, qui pile, qui commence à déraper, avant de reprendre le contrôle, réaccélérer, changer de file, et finalement doubler par la gauche ; ça valait bien un autre chocolat chaud pour les nerfs ! ) à part ça, donc, rien de bien passionnant jusqu’à Portland. Par contre, un excellent feeling, et la conviction que ça va être un événement mémorable.
Première constatation : le fait que l’on puisse commencer à entrer sur le site à 15h ne signifie pas qu’une horde gigantesque de gens va faire la file à cette heure là. Il pleuvote, il n’y a pas grand monde, et l’endroit où tout cela va avoir lieu est bien petit, mais très prometteur. Et puis le parking étant juste de l’autre côté de la rue (et accessoirement fait de tel sorte que je pourrais y dormir sans problème), j’ai ma maison à portée de main. D’ailleurs, je commencerais par plusieurs aller retour, entre le van et le site, voir si les choses évoluent. Les gens arrivent au compte goûte, mais étrangement, le sentiment d’être de retour à Black Rock City est là. Ne me demandez pas pourquoi, je n’en ai aucune idée. Contrairement à San Francisco, les gens ne sont pas déguisés ; ils sont en habits de tout les jours. Mais la pluie vient rajouter un peu de saleté (c’est peut être ça !) et puis l’aménagement temporaire du site saute aux yeux. On retrouve le côté « camp de réfugiés » de Burning Man. Ici, le mot d’ordre est clair. Rien de commercial, rien à vendre, pas d’argent. À marcher tout seul, à errer au hasard (le tour du site se fait en 4 minutes 22) je me retrouve rapidement à parler à une ou deux personnes.
Il y a une tente, avec un gars qui joue du violoncelle, version hautement et extrêmement expérimental. Et puis il y a une fille en train de dessiner sur une nappe, qui me fait un sourire adorable, alors que je sors de la tente, pour retourner faire un petit tour dans le van. Je lis un peu, range quelques affaires, prends mon temps. Il n’y a rien à faire, il n’y a pas grand monde, et pourtant j’adore l’atmosphère et la façon dont les lieux semblent vibrer. J’y replonge donc, avec le sourire. Mes pas me ramène sous la tente. La fille est toujours là, toujours en train de dessiner. J’attrape un feutre, je gribouille un « no dust, only happiness ». Je sais, je suis redondant, mais ça me plaît toujours. On commence à discuter. Elle s’appelle Danielle ; elle est originaire du Kansas, mais habite Portland depuis un an. Elle ne connaît pas grand monde en ville, et elle est venue seule, un peu au hasard. On se retrouve tout les deux bien content d’avoir finalement un peu de compagnie pour la soirée. Et puis elle est venue sans apporter de manteau. Comme j’en ai un deuxième, je lui propose. Elle accepte avec grand plaisir, et m’accompagne jusqu’au Pourquoi Pas ? pour le récupérer. La pluie commence à tomber un peu plus fort, du coup on reste un moment, bien au chaud à l’intérieur, à discuter. On fera, au final, plusieurs allers retours entre le van et le site, dépendant de la météo et de ce qui se passe.
Danielle a quitté sa job il y a deux semaines. Elle était tannée, elle n’aimait pas ça. À la place, elle joue de la guitare, et elle chante dans la rue, pour payer son loyer. Elle joue aussi de l’accordéon et du piano. Dans ce contexte, évidemment, difficile de ne pas parler musique. Un sujet sur lequel on se retrouve étrangement. Elle apprend aussi le jonglage contact (avec boule de verre) ; moi c’est le jonglage qui bouge qui m’intéresse. On rigole, on s’entend bien, on semble partager pas mal de choses. Mue par une idée soudaine, je lui demande si elle a de quoi de prévu la semaine qui s’en vient. Elle réfléchit un peu. Son emploi du temps est parfaitement vide. L’idée d’une balade en van dans le sud de l’Oregon lui plaît bien. Je lui parle des sources chaudes, du bus scolaire, de ces amis que je m’en vais retrouver. Je suis persuadé qu’elle fiterait parfaitement avec tout le monde, et Pourquoi Pas ? l’a prouvé : la place pour deux, ça ne manque pas.
Je me sens proche de Danielle. J’ai toujours été rapide pour m’attacher aux gens, pour me sentir proche des gens que je rencontre. Je me demande à quel point le fait de ne pas avoir vu mes « vrais » amis depuis plus de trois mois vient encore intensifier les choses. Mais au final, à force de discuter, on oublie petit à petit ce qui se passe en dehors du van. On fera quand même une dernière excursion, entre 23h et 1h, histoire de voir les performances des artistes de feu. À cause de la pluie, je ne ferais pas beaucoup de photos, mais j’ai quand même grand plaisir à regarder. Plus de plaisir, encore, à regarder les yeux émerveillés de Danielle, qui n’a pas autant l’habitude que moi de voir ce genre d’événements.
On écoute encore un peu de musique, mais il ne fait pas très chaud. On retourne une fois de plus se cacher dans le van, un grog à la main pour se réchauffer. On parle, on discute, on fait des plans. En fait, ce qui l’inquiète un peu, c’est comment revenir à Portland après les sources chaudes. Moi, ce qui m’inquiétait, c’était de devoir aller trop rapidement jusqu’au rendez-vous, et de ne pas pouvoir prendre assez de temps pour admirer le paysage. Je n’ai rien de prévu après les sources chaudes, je fais donc quelques ajustements dans ma tête. Je pensais partir dimanche (demain donc) ou lundi. En fait, ça arrange un peu Danielle si on part un peu plus tôt. Et ça m’arrange aussi, vu que je pourrais faire réparer les lumières du Pourquoi Pas ?. Comme Danielle peut m’héberger, le nouveau plan consistera finalement a partir seulement jeudi pour rejoindre le bus scolaire. Ça nous donne deux jours pour faire la route vers le sud rapidement, et plus de temps pour remonter jusqu’à Portland ensuite. De mon côté, ça voudrait dire qu’ensuite, je quitterais Portland pour Chicago. C’est logique, et ça se tient.
C’est bien connu. Le temps passe vite en charmante compagnie. Et on ne s’en rend pas compte. Je suis donc pas mal surpris, alors que je sors prendre l’air deux minutes à un moment, de voir qu’il fait quasiment jour dehors. Il est déjà 7h du matin. On discute quand même encore un peu, mais on finit par être raisonnable, à se taire, et à s’endormir bien au chaud à l’arrière du van.













































































































































