Les aventures du Pourquoi Pas ?

Sur les routes d'Amérique du Nord, à bord du Pourquoi Pas ?

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Erika et Alice

J’ai quitté la 101, pour m’engager sur la 199, qui va donc m’amener dans de nouveaux paysages. Crater Lake, tout le monde me dit que c’est magnifique, qu’il faut absolument que j’y aille. Dans ce contexte, je me dis que c’est en effet une bonne idée d’arrêter de prendre mon temps, et d’y aller pour de vrai.

Ça ne fait pas très longtemps que je roule quand je vois deux filles sur le bord de la route, un pouce en l’air, et une tite pancarte « on est gentille ». J’ai rien contre la compagnie, mais j’ai un vélo dans le van. Enfin, après un peu de rangement, il y a de la place pour les demoiselles. Alice s’endort rapidement à l’arrière. Elle est « little bit hangover ». Autant dire qu’elle en a viré une solide hier au soir. Erika, elle, a été plus raisonnable, et on discutera donc tout le long de la route. Elles rentrent chez elles, à Eugène. Je pourrais donc les avancer un peu, mais dans 120 kilomètres, je tourne à droite, elle à gauche.

La discussion est assez classique. Comme souvent avec des autostopeurs au demeurant. Elles reviennent du Nouveau Mexique, où elles sont allées voir un ami si j’ai bien compris. Erika me confirme quelques informations que j’avais sur l’Oregon, et me confirme également que je dois aller à Crater Lake. Bon, depuis le temps je m’en doutais, mais au moins, comme ça, ça commence à être pas mal sûr !

La route est magnifique. Petite gorge au milieu des montagnes, avec des arbres magnifiques un peu partout. Je ne prends pas de photos. Je voudrais éviter de traumatiser mes passagères. Et puis de temps en temps, juste admirer et se souvenir, ça fait du bien, non ?

Encore des arbres géants

Peu de temps après, la route m’amène au « Redwoods National Park ». Je repère une indication sur la route pour aller vers le « Giant Tree Trail ». Un petit circuit pour voir des arbres géants, c’est un peu ça que je cherche, ça tombe bien. Je tourne à droite, comme indiqué. Juste après, un panneau indique qu’il faut un permis que l’on peut se procurer au centre d’informations touristiques, un peu avant sur la route. Pour moi, le permis c’est la passe permettant d’accéder aux parcs nationaux. Ça tombe bien, j’ai une passe annuelle pour tout les parcs. Je m’engage donc sur la route sans trop me poser de questions.

15 kilomètres plus tard, la barrière au milieu du chemin me fait comprendre que j’aurais peut être du m’arrêter au centre d’informations touristiques finalement… Un petit panneau explique que le cadenas fonctionne à code, et qu’il faut que j’aille là bas demander le code. Ça m’arrange pas du tout, voir même ça me frustre. Pas envie de faire un autre aller retour pour récupérer le code. Je laisse tomber.

Je m’arrêterais un peu plus tard, sur le chemin du retour, pour aller faire une petite balade de deux kilomètres. Là encore, le chemin slalome entre les arbres gigantesques. En hauteur, surtout, mais quand même impressionnant en diamètre également.

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Je suis toujours dans mon mode bougon. En fait, j’ai l’impression que j’ai besoin de changement. Ces arbres géants me plaisent, cette route côtière me plaît mais, c’est bête à dire, je suis toujours en Californie, alors que j’ai des envies d’Oregon. J’hésite encore un peu, avant de finalement me décider. J’arrête de jouer la tortue. Aujourd’hui, je roule, je fais un grand pas en avant. Je quitte la Californie, je quitte la côte, et m’engage dans les montagnes de l’Oregon, direction Crater Lake. C’est dit, c’est fait.

Le réveil classique

Je pense que j’ai développé une résistance aux bruits de moteurs. Je me réveille naturellement à 10h30. Il est possible, remarque, que la souffleuse actionnée par le gars responsable de l’entretient y soit aussi pour quelque chose. Ça change des tondeuses. En même temps, c’est normal. C’était le début de l’été quand je suis parti, c’est l’automne maintenant… le temps passe vite quand on y pense ! Déjà plus de deux mois sur la route, j’ai battu tout mes records personnels précédents. D’après mes projets actuels, le voyage total devrait durer un peu plus de 4 mois, avec un deux semaines de semi-pause en chemin.

Je reprends la route assez rapidement. Comme d’habitude, si les aires d’autoroute sont très pratiques, elles n’apportent absolument rien qui donne envie de rester bien longtemps. Ce matin, le ciel est brumeux. En bord de mer, à la fin septembre, ce n’est peut être pas si surprenant. La route est belle, et avance bien. Moi, je suis d’une humeur un peu étrange, que j’ai du mal à cerner. Pas sûr de savoir exactement ce que je veux, où je veux aller, tout ça tout ça. Classique quoi…

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Tout ça pour finir sur une aire d’autoroute

Il fait nuit et brouillard quand je ressors de la brasserie. J’attends un instant pour vérifier, mais oui, c’est bien un brouillard météo. Rien à voir avec les bières que je viens de boire. J’ai finalement eut ma fritte aussi, alors que j’avais quasiment fini ma deuxième bière. Un peu frustré par l’attente, j’avais prévu de ne pas tipper beaucoup la barmaid. Et puis elle a oublié de me charger une des deux bières. Alors du coup, je l’ai généreusement tipper à la place. Une autre des magnifiques anecdotes de ma vie de voyageur !

Je squatte rapidement la connexion internet de la brasserie avant de partir, pour découvrir une mini urgence mais importante quand même pour Le Site. Travailler un dimanche soir à 22h, au milieu du parking d’une brasserie californienne, je charge quoi rendu là comme honoraire moi ?

Je rembarque dans le Pourquoi Pas ?. Un peu plus loin, l’aire de repos m’attend. Ce soir, je dors à l’étage, parce que ça fait longtemps ! Et puis aussi parce que ça permet de garder le vélo dans le van pendant la nuit !

Au loin, j’ai le bruit des vagues qui me bercent. Un peu moins loin, j’ai une rare voiture, de temps en temps.

Interrogation

Si même Dieu ne sait plus ce qu’il fait, où va-t’on ?

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La légende alternative à cette photo aurait pu être « pilote se rappelant trop tard qu’il a oublié d’éteindre une lumière ».

N’empêche, moi aussi j’aimerais ça être capable de dessiner des points d’interrogations géants avec Pourquoi Pas ? !

Le bout du monde pour vrai

Finalement, vous quittez la plage tranquillement, en marchant vers le sud. Vous continuez comme ça pendant 6 kilomètres environ. D’après les panneaux, ça prend trois heures, mais en vrai, ça prend juste une heure et demi. Vous allez finalement arriver à un phare.

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Ça veut dire que vous êtes rendu. Vous avez finalement atteint le bout du monde. Prenez une carte de l’Amérique du Nord. Tracez un cercle centré sur Montréal. Ça vous permettra de trouver le point le plus loin qu’il est possible d’être de Montréal aux États Unis (si on ne compte pas l’Alaska et les îles). Voilà. C’est là que je suis. C’est surprenant, je ne me serais pas attendu à ce que ce soit ici. Pourtant, c’est bel et bien là. De tout ce voyage, en principe, je ne devrais jamais être plus loin de Montréal qu’en cet instant précis.

La liseuse

Laura fait du backpacking, alors elle n’a pas vraiment la place pour un cadre, mais elle acceptera quand même la photo.

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Le plein ?

La journée commencera relativement tôt ce matin, par quelqu’un qui frappe à la fenêtre du van. Ça non plus on ne me l’avait pas encore fait. Bon, au moins ça répond à mon interrogation d’hier au soir. Je suis sur un camping, en autoperception. Et j’ai pas autoperceptionner. Et le monsieur qui toc à la fenêtre aimerait bien que je paie le camping. 8$ ? J’ai pas la monnaie, mais lui il l’a. Je paie. Je n’arriverais pas à me rendormir. À la place, je tourne un peu dans mon lit, savourant le fait que si j’ai envie de prendre mon temps, bin je peux prendre mon temps. En plus, après tout, on est dimanche, non ? Je lis un chapitre de mon livre histoire de me réveiller tranquillement. C’est fou… même à la 43e lecture, même en anglais, je suis toujours aussi fan de David Eddings ! Étrangement, pourtant, alors que je me replonge une fois de plus avec le même délice dans la Belgariade et la Malorée, cette nuit c’est à Ténébreuse que j’ai rêvé ! Une vision de Ténébreuse très influencé par James Cameron et Avatar d’ailleurs. Étrange…

Bref… je prends mon petit déjeuner céréalier, bien confortablement sur le fauteuil arrière. Au moment de partir, je découvre que l’emplacement de camping était de seulement 3$. Ai-je eut une amande de 5$ sans le savoir, ou est ce que le monsieur va boire une bière à ma santé ce soir, aucune idée !

Je reprends à nouveau la route d’où je viens, et qui me ramène à la mini station service. En passant, j’ai confirmation que j’avais raison hier soir. Je ne m’étais pas embarqué sur la bonne route. Comme quoi, mon instinct n’est pas si mauvais que ça !

Quatre dollars le galon, ça fait 1.05 $ le litre. C’est le prix que j’ai l’habitude de payer au Canada, et ça ferait sûrement rêver des européens. Mais aux États Unis, j’ai l’habitude de payer l’essence entre 2,75 et 3,35 le galon. Alors évidemment, dans ce temps là, ça paraît beaucoup plus cher. Alors non, ça ne sera pas un plein. Juste un petit 20$ dans le réservoir, en attendant de retrouver la civilisation !

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Vers le bout du monde !

Il y a un endroit, sur la carte, que j’ai repéré avant même de quitter Montréal. Je vous raconterais pourquoi, si je le rejoins à un moment… parce que si ma première tentative n’a pas échoué, elle a failli être grandement compromise. En tout cas, elle a été retardé d’une journée.

J’aurais pu continuer le long de l’Avenue des Géants. Il me semble que je pourrais rouler pendant des heures entre ces troncs gigantesques sans jamais me lasser. En fait, je pourrais encore plus facilement m’arrêter et regarder en l’air pendant des heures sans jamais me lasser. Pourtant, plutôt que de continuer vers le nord en suivant la route, je prends une bifurcation qui m’amène vers l’ouest. D’après mon Atlas qui sait tout, je me dirige présentement vers Honeydew, avec l’intention de continuer ensuite vers Petrolia.

C’est quand ça fait un petit moment que je roule que je regarde l’aiguille de l’essence. Tiens, ça faisait longtemps que j’avais pas joué à me faire peur avec une potentielle panne sèche… la route tourne dans tout les sens, montant une montagne qui n’en finit plus. J’ai confiance au Pourquoi Pas ? pour être capable de tenir encore un moment. Par contre, quand je reregarde la taille du point désignant Honeydew sur la carte, je commence à avoir moins confiance. Et puis ce n’est pas de la ligne droite à 80 kmh que je fais. C’est de la route de montagne en lacet… ça me paraît consommer pas mal plus… Honeydew se fait attendre… mais j’y arriverais finalement. Enfin… c’est ce que je crois comprendre. Je traverse un mini pont, tout en longueur. Juste après, il y a une épicerie qui fait aussi station service (avec une seule pompe). Il est 17h10. Le tout ferme, évidemment, à 17h. J’hésite, je regarde, mais il n’y a personne. Je reprends donc la route, me disant que peut être la ville d’après m’apportera de l’essence.

Je roule un moment, attaque une côte un peu raide, puis encore un peu plus raide. Le goudron disparaît. Je suis en train de me demander où je m’en vais, et à quoi je suis en train de jouer. L’essence à la ville d’après, s’il y en a, sera tout aussi fermé. Et si je tombe en panne dans un endroit comme ça, c’est une joyeuse galère assurée. Certes, j’ai un vélo pour aller à la prochaine station service, mais si je pouvais éviter… un éclair de lucidité frappe mon cerveau. Après tout, j’ai tout mon temps. Et puis j’ai un doute d’être sur la bonne route ! Je fais donc demi tour. Il est 17h30 quand je gare Pourquoi Pas ? dans ce que je n’arrive pas à identifier comme une zone de pique-nique ou un terrain de camping. Demain, j’irais faire le plein, et j’irais demander ma route. Pour ce soir, je vais prendre ça tranquille, et dormir au presque bout du monde.

Je passe un moment à me pratiquer à jongler, avec les quilles et avec les balles. Ça faisait longtemps, et je me rends compte que ça me manquait. Ça détend, ça relaxe. Il faut que je pense à m’arrêter plus tôt ! Et puis je me pose avec mon livre. Je tombe dedans, et n’en sors plus. Il est relativement tard quand je le referme. Fini. J’aurais peut être du acheter plus de deux livres à Berkeley. Je passe un peu de temps sur l’ordinateur, regarde un peu la carte, me demande où je vais aller demain. Je lis encore un peu, et puis je me décide finalement à me coucher. On verra bien demain ce que demain a à m’apporter !

Tant de choses à voir !

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