J’ai marché par delà le vent
Je n’ai pas envie de m’attarder en ville. J’ai envie de rejoindre le lac Tahoe, et de me plonger dedans. Je rêve de plage, de natation, d’eau, de propreté. Quitter Reno se fait sans trop de mal ; après tout, ce n’est qu’une petite ville.
La route en direction du lac Tahoe monte vite dans la montagne. La pleine s’étale rapidement. Je quitte le paysage aride pour me retrouver dans une zone boisée. Les effets météos de cette barrière de montagnes sont vraiment faciles à voir… la plaine asséchée, alors que la montagne a le droit à des arbres magnifiques.
Et puis au moment de passer un col, il y a un grand parking, et un départ de randonnée. Intrigué, je m’arrête. J’ai envie de marcher ; je n’ai pas eut mes montagnes ce matin, je vais jeter un oeil aux panneaux de description. Le départ est à 2685m, l’arrivée à 3284m. 600 mètres de dénivelés, donc, en 15.5 kilomètres. Ils recommandent 5h, Je regarde ma montre, c’est parfait, j’aurais juste le temps de revenir avant que la noirceur s’installe. Et ça me permettra de vérifier si je suis toujours en forme. Après tout, le Half Dome m’attend à Yosemite.
La balade se fait sans problème. Le départ est bien tranquille, on s’éloigne de la vallée pour en rejoindre une autre ; on marche sous les arbres, il fait un grand soleil, mais il y a un peu de vent. Il ne fait pas si chaud que ça. Pas grave, j’essaie d’éviter de répéter certaines erreurs, j’ai donc de quoi me protéger contre le froid.
On croise une jolie cascade et un magnifique « Meadow ». Je sais que les traducteurs proposent « pré », mais ce mot ne me convient pas. Un meadow n’est pas exactement un pré, selon moi. Je n’imagine pas des vaches brouter dans un meadow. Il y a, pour moi, un côté « humidité », « isolé » et « haute montagne » qui fait que je n’ai jamais vraiment trouvé un équivalent français satisfaisant. Par défaut, je reste donc sur le mot anglais. La vraie montée commence juste après.
Et surtout, plus on monte, plus le vent est fort. Ça faisait longtemps que je ne m’étais pas trouvé dans des rafales aussi fortes. D’ailleurs, je me demande si ça m’était déjà arrivé… une chose est sûre, c’est la première fois que j’ai à forcer pour ralentir alors que je marche en montant ! Quand le vent est de côté, je marche incliné à 30 degrés environ… quand le vent est de face, j’ai du mal à avancer. Quand il est de dos, j’ai besoin de m’arcquebouter pour ne pas aller trop vite. C’est limite désagréable, mais ça n’en reste pas moins une expérience intense. Et puis soudainement, quand on arrive au sommet, alors qu’il n’y a plus rien pour protéger du vent, celui-ci disparaît. Je l’entends encore, je le sens encore un tout petit peu, mais il n’est quasiment plus là. Je redescends de quelques mètres, il est à nouveau aussi fort. Je remonte, il n’est quasiment plus là. J’avais déjà marché au dessus des nuages… je ne savais pas qu’il était possible de marcher au dessus du vent !
J’attaque la descente assez rapidement, sauf à nouveau, au début, à cause des rafales. Une fois de plus, c’est la première fois que je dois forcer autant pour descendre une montagne ! Je suis de retour au Pourquoi Pas ? sans le moindre problème. À peine quatre heures après être parti. Je suis toujours en pleine forme, tout va bien, Half Dome, ne bouge pas, me voilà qui arrive.























