Natural Bridge et Rogue Gorges
Une autre nuit un peu bizarre, où je me réveille de temps à autre. Non pas à cause des ours qui se baladent dans le coin (s’il y en a, ils sont discrets, et ne m’empêchent pas de dormir) ; simplement à cause des idées qui tournent dans ma tête et me font faire des rêves bizarres. La nuit, en altitude, sur le bord d’un lac, il ne fait pas très chaud. Mais j’ai tout ce qu’il faut pour ne pas avoir froid. Je me réveille comme d’habitude vers 10h, et je reprends la route tranquillement. Cette fois, en principe, je devrais arriver à Crater Lake !
Mon premier arrêt se fera sur le bord de la rivière Rogue, pour aller voir un pont naturel. À vrai dire, en m’arrêtant, je m’attends à quelque chose du même genre que dans le parc Yoho en Colombie Britannique, ou à une autre déclinaison sur le principe du rocher Percé. La première chose que j’apprends en arrivant, c’est l’origine du nom de la rivière. En fait, ce beau petit cours d’eau (qui se trouve accessoirement être un fleuve côtier) a dans un premier temps été nommé « La rivière Coquine ». Oui, encore une bande de joyeux francophones qui se promenaient par là et qui, arrivés les premiers, ont commencé à nommer un peu tout. D’ailleurs, si « Portland » est assurément un nom anglophone, j’aurais plutôt tendance à penser que « Eugène » doit également son existence à des colons français. Comme chaque fois que je vois des traces de la colonisation francophone, je suis impressionné et surpris. Les colons français sont très clairement allés partout, et ils ont laissé des traces. Après tout, la piste de l’Oregon, que suit Jacques Poulin dans Volkswagen Blues, qui passe aux miles îles, puis par Saint Louis, avant de rejoindre la côte ouest, c’est bien ici qu’elle vient. Tout cela me donne envie de lire les aventures de Lewis et Clark tient ! Accessoirement, mon passage par St Louis sur le chemin du retour, est programmé depuis un bon moment déjà. Oui, j’ai envie de voir l’Arche !
Le deuxième panneau que je lirais m’explique la formation du pont naturel. Et en fait, ça n’était pas du tout ce à quoi je pensais. Résumons : il y a bien bien bien longtemps, le coin n’était pas fréquentable du tout. Ça explosait dans tout les coins, ça envoyait des coulées de laves à droite à gauche. Bref, c’était pas la joie. Il se trouve que les coulées de laves, en refroidissant, créent parfois de longs « tubes » souterrains. Oui, exactement comme ça :
Ce que l’on pourrait assez aisément prendre pour les ruines d’un système d’égout de l’Empire Romain (à cela prêt que les romains n’ont, à priori, jamais construits de villes en Amérique du Nord) est en réalité les restes d’un conduit magmatique. La suite est simple : une rivière se promène, elle passe par là, elle voit un magnifique conduit, et elle se précipite dedans. Le pont, au final, n’est pas tout à fait un pont au sens strict du terme, mais bien une zone de trente mètres pendant laquelle la rivière disparaît. La partie visible de la rivière, c’est simplement là où le conduit s’est écroulé.
Un tout petit peu après, la route s’arrête à nouveau, pour des jolies petites gorges toutes simples. Là encore, pourtant, ce n’est pas la méthode classique qui a été employée pour creuser les gorges (de l’eau pendant des milliers d’années). On retrouve simplement un autre conduit souterrain, plus profond, qui s’est écroulé. C’est facile et rapide, des fois, de se faire des jolies gorges.

















