Aujourd’hui, on roule vers le nord
La conclusion du jour, ou plutôt de la nuit, c’est que soit Pourquoi Pas ? joue parfaitement les caméléons, soit tout le monde s’en fout que je dorme dans mon van au milieu de la rue. Je ne sais pas pour laquelle des deux options choisir, et ça n’est pas plus grave que ça.
Les deux madame hollandaises n’avaient pas tout à fait tord avec leur prédiction météo. Elles avaient juste 24 heures d’avance. Aujourd’hui, donc, c’est ciel gris, et accumulation de nuages. Et, non sans surprise, c’est baisse de motivation et d’énergie. Je regarde la météo au nord, au sud, à l’ouest. Ils annoncent de la pluie en fin de journée partout. Je n’ai aucune idée de ce que je pourrais bien choisir comme destination.
Alors à la place, je commence la journée tranquillement, en retournant au cap du désappointement, un peu désappointé moi même. Une première balade m’amène à un premier phare. Un peu plus loin, une deuxième balade m’amène à un deuxième phare. Mais tout cela sous un ciel gris et fade, ça perd un peu en intérêt je trouve.
La route, ici, fait une boucle. Elle part du village de Ilwaco (charmant petit village où on peut voler la connexion internet du musée et dormir dans sa voiture) pour revenir jusqu’à Ilwaco. Le cap me déçoit un peu (le nom, c’est parce que quand je ne sais plus qui est arrivé au cap, il espéré avoir un bateau qui l’attendait, et il n’en a pas eut ; vous avez vu la tête du pont hier, y’a de quoi être désappointé en effet), mais c’est peut être juste la faute de la météo. Toujours est il que je ne reste pas plus longtemps que ça, et que je reprends la route qui me ramène à Ilwaco, où je passe un bon moment à rien faire sur internet. Je ne sais pas où aller, je ne sais pas vraiment quoi faire, alors je tue le temps. C’est quand même une activité agréable à pratiquer de temps en temps. J’essaie de réfléchir au concept de « retour » et à celui de « l’après retour ». J’ai bien l’impression que je vais rebondir deux ou trois semaines vers la France le temps de fêter Noël avant de revenir à Montréal pour de bon. Ça fait toujours ça de plus à planifier. Je continue à me demander ce que je ferais après les sources chaudes. Je continue à me dire que je verrais rendu là, ce que mon humeur me dicte, ou ce que la vie me réserve.
Je finis, à un moment, je sais plus pour quelle raison, par lever les yeux de mon ordi. Sous la pancarte du musée, il est écrit que c’est gratuit le jeudi. Belle coïncidence, nous sommes jeudi. La vie est quand même bien faite. Certains jours mieux que d’autres, certes, mais quand même. Je rentre donc, et suis accueilli par deux charmantes madames, qui semblent limite être surprise d’avoir un visiteur. Je ne m’excuse pas de les déranger, car elles ont l’air bien content de me voir. Elles me racontent un peu ce qui m’attend, me disent que j’ai le droit de faire uniquement des photos du caboose (wagon de queue) qui est dehors, et c’est tout. Bon, bin je vais dehors, je fais les photos du caboose, et je range l’appareil photo dans la voiture.
Le Columbia Pacific Heritage Museum est un petit musée sans prétention. Probablement géré en grande partie par des bénévoles qui passent la moitié de leur temps à essayer de trouver des subventions. Quand ça n’est pas gratuit, c’est 5$. La première partie parle du mode de vie des amérindiens à l’époque où Lewis et Clark sont arrivés. Je jette un petit coup d’oeil rapide, mais ne m’attarde pas. Les paniers en osier et les pointes de flèches en silex ne me passionnent pas plus que ça. La suite m’intéresse un peu plus, par contre, vu qu’elle donne quelques informations sur l’expédition de Lewis et Clark. En fait, ce que je trouve super intéressant, c’est la liste du matériel emporté, ainsi que la liste des membres de l’expédition, avec précisé pour chacun la fonction et les compétences. Je ne peux pas m’empêcher de faire la comparaison avec la préparation d’une partie de jeux de rôles, où les joueurs se concertent dès le début pour la création des personnages, histoire d’avoir une équipe la plus équilibrée possible, et d’oublier le moins de choses possible. Ici, c’est pareil. Il y a un intendant qui a fait la liste de toutes les courses à faire (de la longueur de corde totale à emporter à la quantité de poudre à fusil à acheter), et ils ont aussi fait un check up des compétences de tout le monde. Le gars qui sait construire un bateau ? On l’a. Le chasseur ? On l’a. Le cartographe ? On l’a. L’interprète ? On l’a. Bref… je trouve assez fantastique de voir des traces d’un peu tout ça. J’imagine qu’à l’époque c’était quand même quelque chose. Un peu après, il y a un résumé de ce que Jefferson a demandé à Lewis (dans le monde du jeu de rôle, on appelle ça le briefing du MJ) et quelques petits extraits du journal de l’expédition (le debriefing des joueurs).
En fait, j’imagine très bien la scène :
MJ : alors que vous approchez du sommet de la colline, vous entendez très clairement du bruit en provenance de l’autre versant.
Concertations entre les joueurs.
Joueur qui court le plus vite : pendant que les autres m’attendent, je monte aussi discrètement que possible jusqu’à la crête, en me cachant derrière les buissons et les arbres. Je charge mon pistolet, juste au cas où, mais je le garde à la ceinture. Je ne veux surtout pas paraître agressif si quelqu’un me voit.
Le joueur lance un D20 et réussit son jet de discrétion.
MJ : il y a un buisson parfait juste au sommet de la colline, dans lequel tu arrives à te glisser sans un bruit. Il te donne une vue parfaite sur ce qui vous attend. Il y a une dizaine de typie, quelques guerriers et plusieurs sqaw. Tout ça ressemble à un village des plus paisibles.
Le joueur observe encore un peu, puis va rejoindre le groupe pour raconter ce qu’il a vu. Tout le monde est excité : ils rencontrent enfin des amérindiens !
Capitaine Clark : Bon, on va faire comme on a prévu. Janey [la seule amérindienne de l’expédition] va établir le premier contact avec son mari Toussaint [le seul français de l’expédition] et leur fils. Ça sera beaucoup moins effrayant que si on débarque tous en même temps et armés.
…
La suite présente une petite expo sur les gardes côtes et la vie dans la région, où je ne m’éternise pas. J’arrive ensuite sur une mini présentation de la traversée du Pacifique en solitaire à la rame par D’Aboville. Bon, ça non plus ça ne me passionne pas. La dernière partie, enfin, présente le travail d’un certains Arthur Shumway. Né en 1889, il a été ingénieur civil à la ville de Vancouver (pas celle de Colombie Britannique : il y en a une autre, à Washington, juste de l’autre côté de la rivière Columbia par rapport à Portland), et il a déménagé dans le coin au moment de prendre sa retraite. De 1921 jusqu’à 1957 (année de sa mort) il a construit des maquettes de train (ça devrait faire réagir un lecteur, cette information, en principe). Le musée a récupéré une cinquantaine de wagons, et deux locos (dont une 2-8-2 mikado). Tout ça est construit au 1/24e et comme le modélisme ferroviaire n’était pas encore beaucoup pratiqué à l’époque, la plupart des pièces sont construits à la main, à base de cageot de fruits, de pièces de métal récupéré, etc… .Évidemment, il y a aussi une belle collection de bâtiments, pour faire un joli diorama. Et si on met 25 sous dans la machine, les trains tournent pendant un petit moment !
Cette petite visite toute simple m’a bien relancé, et j’ai enfin un peu d’énergie et l’envie de bouger. Il serait temps ! Il est un peu plus de 13 heures quand je quitte finalement Ilwaco, et m’engage, une fois de plus, sur la 101 nord.
Une des choses qui me fascinent, c’est comment un paysage peut changer relativement rapidement. Si la côte de l’Oregon est relativement escarpée et compte de nombreuses falaises, passé le fleuve Columbia, Washington est beaucoup plus plate. Je roule tranquillement, regardant des paysages très clairement moins inspirant que ceux que je voyais ces derniers jours, même s’ils sont beaux pareils. Le ciel est de plus en plus gris, mais j’arrive à attraper un 14 secondes de soleil à un moment. Ça sera mon seul ensoleillement pour aujourd’hui. La 101 ne suit pas tout le temps exactement la côte. En fait, il y a deux grandes baies qui se suivent l’une après l’autre, et entre les deux, la 101 va tout droit. Moi je fais un détour pour le plaisir de longer l’océan, mais j’avoue que ça n’ajoute pas grand chose. Aussi, la deuxième fois où j’ai le choix entre aller tout droit plus vite et faire un autre détour par l’océan, je prends l’option rapide. Mon objectif est déjà repéré sur la carte : Olympic National Forest. Parce que qui dit « National Forest » dit que je peux dormir un peu où je veux !
J’arrive finalement à destination, une quarantaine de minutes avant que le soleil se couche (ces derniers temps, il a tendance à se coucher vers 18h30). Je commence à regarder à droite à gauche, voir si je trouve de quoi d’inspirant. Il y a un lac, je jette un oeil. Il me plaît bien.
Pas moyen de dormir à côté : il y a plein de petits chalets et autres cabines que l’on peut louer quand l’été est là. Quand c’est l’automne, par contre, on reste bien au chaud à Seattle ou à Olympia ! En fait, il y a quand même un moyen de dormir pas loin du lac : il y a un camping. Je fais le tour. Complètement vide ; absolument personne. Un camping pour moi tout seul, ça me plaît. C’est en auto perception, je continue à faire mon méchant qui ne paie pas. J’ai mon argumentation de prête si jamais quelqu’un passe me dire bonjour.
Pourquoi Pas ? est installé bien comme il faut. J’ai une envie soudaine d’avancer le dernier projet qu’il me reste à faire. Je travaille donc tranquillement, sans voir le temps passer. Dehors, il commence à pleuvoir. Des petites ondées passagères, qui ne durent pas. On verra bien à quoi ça ressemblera demain ! La bonne nouvelle, c’est que ma fenêtre arrière de remplacement est étanche, ce qui est bien agréable. La mauvaise nouvelle, c’est qu’à priori, je n’ai plus du tout de poussière à l’arrière du Pourquoi Pas ? et que je ne vais donc pas pouvoir réécrire mon « no dust, only happiness ». Et je vais faire comment à Portland, samedi, moi, hein ? Enfin… tout ça, c’est dans bien longtemps ! L’heure a bien avancé, et je commence à être bien fatigué. Il me semble que tard de même, il serait temps que je me décide à me coucher. En plus, la journée de demain devrait être bien remplie en principe…























