Les aventures du Pourquoi Pas ?

Sur les routes d'Amérique du Nord, à bord du Pourquoi Pas ?

Le tueur en série qui traverse la frontière


Retour aux États-Unis signifient évidemment repassage à la douane. Si la première douanière m’avait semblé un peu insistante au niveau des questions, là j’ai le droit à la plus que totale. Outre le fait que Pourquoi pas ? a le droit à une fouille absolument complète et totale, j’ai l’impression que je vais y passer moi aussi si ça continue.
– Vous faîtes quoi dans la vie ?
– Je suis designer graphique. Je travaille comme freelancer.
– Et c’est votre seule sources de revenu ?
– À part la prostitution, oui. [Ok, il est possible que je me sois contenté de répondre « oui », je me souviens plus exactement]
– Donc vous n’avez pas d’autre travail ?
– Non.
– Alors pourquoi est-ce que vous avez des cartes d’affaires de photographe avec vous ?

Long moment de silence. Je visualise. Mes cartes d’affaires sont : dans une petite poche, de la poche principale de mon sac à dos photo, qui traîne à l’arrière du van. Ok ! Quand le monsieur fait une fouille complète et intégrale, le monsieur fait une fouille complète et intégrale.
– Ma crainte, à ce moment présent, c’est que vous restiez aux États-Unis, et que vous y fassiez de l’argent en vendant des photos.

J’aurais envie de lui expliquer que sa crainte est ridicule. Que je ferais beaucoup plus d’argent en bossant comme graphiste, en faisant de la conception internet, je peux bosser au contrat pour n’importe quelle compagnie américaine, au noir, sans que ça se remarque jamais, vu que je n’aurais même pas besoin d’être dans les bureaux. Je sais très bien que si je dis ça, je remets probablement plus jamais les pieds aux États-Unis. Je lui explique donc, à la place, la vérité. Je ne suis pas assez bon photographe pour être professionnel ; mes cartes, je les donne aux gens que je rencontre et qui veulent voir mon travail.

– Est-ce que c’est votre véhicule (ça doit faire quatre fois qu’il pose la question) ?
– Oui
– Est-ce que c’est vous qui avait mis les ronds verts dessus ?
– Non, c’est le propriétaire précédent. Moi, par contre, j’ai ajouté le texte.
– Qu’est-ce que c’est exactement ?
– L’adresse de mon carnet de voyage. Je trouvais amusant que les gens voient le van et puisse aller voir sur le site internet.
– Vous pouvez me donner l’adresse ?

Je lui dicte. Il la rentre. Il va admirer mon blog. Flash soudain dans ma tête. Brigitte commentant une photo de moi, en disant « sur la deuxième, tu as l’air d’un tueur en série » et moi répondant, à peine une heure avant « mais je suis un tueur en série ». Tout cela étant écrit en français, j’ai quand même une chance de m’en sortir. Mais je me sens quand même très bête tout à coup. Le douanier reste un moment à admirer mon site. Il semble déçu. Il ne m’enverra pas en prison. Il me redonne les clés, dépités. « Bon voyage ». Merci !

One Response to “Le tueur en série qui traverse la frontière”

  1. August 15th, 2010 at 7:18 pm

    Paul says:

    Quoi de pire qu’un douanier qui s’ennuie et qui tue le temps en tuant celui des autres ? Tu pourrais toujours expliquer que tu fais de la contrebande d’accordéons diatoniques bourrés d’explosifs et importés de France par ton papa qui te ravitaille chaque année bien régulièrement…

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