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De retour au temple
Il y a un petit feu ; un groupe de personnes est assis autour. Je prends ma place. Les gens se parlent naturellement, spontanément, et je me retrouve à discuter pendant quelques temps avec une fille de Colombie Britannique. Échange d’impressions, de sentiments. Elle me confirme un autre ressenti : Burning Man, c’est tout ce que l’on veut. Burning Man, c’est ce que l’on en fait. On trouve tout ce qu’il nous faut, et ça vient répondre exactement à nos besoins. Elle me dit que si je reviens l’année prochaine, je verrais très probablement quelque chose de complètement différent. Je la crois sans problème. Je lui dis, à moitié en rigolant, que c’est une excellente thérapie.
Le temple est un endroit extrêmement serein, qui déborde de témoignages en tout genre. La plupart sont pour des personnes décédées. Il y a également beaucoup de preuves d’amour. L’ensemble est extrêmement touchant. Tout cela partira en flamme dans quelques jours à peine. Je reste un long moment à réfléchir/méditer, sur beaucoup de choses. Je suis dans un état d’esprit très particulier. Le temple me met à chaque fois dans un état d’esprit étrange. Je ne serais même pas surpris quand, à un moment, perdu dans mes réflexions, perdu dans la musique qui joue autour, je verserais quelques larmes. Sans raison apparente.
J’apprendrais à un moment qu’il est 4h du matin.
Je finis par reprendre la route du camp. Une dernière chose à faire avant d’aller me coucher : faire cuire des crêpes pour tout le monde. Pour le plaisir de voir leur tête demain matin. J’en ferais une quarantaine, pendant que le soleil se lève. Je peux me coucher, en paix avec moi même.
Fin de soirée
Je rentre au camp avec dans l’idée de me coucher tranquillement, mais juste après, trois autres personnes arrivent. Kelly, Sam et Rufus. On reste un moment dans le van à discuter, jusqu’à un peu tard dans la nuit. C’est le fun, et ça fait du bien. J’apprends très tranquillement pas vite à connaître mes nouveaux amis. Jusqu’à ce que finalement tout le monde aille se coucher. Et une fois de plus, je me mets au lit également, bercé par la musique et les cris des gens.
Petit déjeuner et chocolat chaud
Dans le désert, il fait chaud le jour, et froid la nuit. Je peux confirmer. On se réveille donc au milieu de la nuit parce qu’il fait froid, puis le matin parce qu’il fait trop chaud. Étrangement, à aucun moment je me suis réveillé à cause du bruit. En fait, on a la chance d’être dans un coin relativement tranquille comparé à d’autres endroits. Et puis il faut dire que la musique et les cris des gens heureux, je trouve ça plus agréable comme berceuse que le moteur des camions. Je n’ai, évidemment, rien personnellement contre les camions, mais quand je dors… et puis pour pas que je me désacoutume, il y a quelqu’un, quelque part, qui a une sirène de train. Donc de temps en temps, au milieu de la nuit, j’ai le droit à mes klaxonnes de trains. Alors je me sens bien. C’est pas tout à fait un vrai, mais ça imite assez bien, donc ça va.
Burning Man, c’est très clair, est un événement complètement fou. Black Rock City est vivante 24h sur 24 pendant une semaine. Je pourrais courir dans tout les sens, participer à des centaines de choses. Mais j’avoue que pour le moment, j’ai le goût de m’immerger tranquillement. Je veux prendre ça tranquille, découvrir la place, le voisinage, le centre ville… donc après un début de journée plutôt relaxe, dans le camp, avec tout ces gens que j’apprends (avec grand plaisir) à connaître ; proposer du chocolat chaud pour tout le monde de bon matin est une très bonne méthode pour lier connaissance.
Je n’ai malheureusement pas des photos de tout le monde dans le camp, mais c’est un bel aperçu quand même.
Avant de partir sur mon petit vélo dans les rues de Black Rock City.
Gaufres matinales
Y’a pas à dire, le quasi centre-ville de Eugene, c’est beaucoup plus tranquille qu’une aire de repos sur le bord de l’autoroute. J’ai peut être bien entendu passer deux ou trois voitures à plusieurs moments dans la nuit, mais très clairement pas plus que trois.
Je me réveille en prenant mon temps. Il est neuf heure passé. Je range deux trois petites choses, réorganise encore un peu l’intérieur du van à cause de toute la nourriture que j’y ajouté hier. C’est clair, je peux survivre à un siège maintenant. Et puis finalement, je me dirige vers la porte de la maison. Celle-ci est ouverte. Je frappe, pas de réponse. J’hésite un peu. Je me sens quand même un peu timide à matin. Mais j’entends des pas, j’entends une voix. Sarah m’accueille avec un grand sourire. Alex, son fils qui va à Burning Man, est là également. On discute un peu pendant que Sarah fait cuire des gaufres. Étrangement, ce petit déjeuner dominical me fait penser à un petit déjeuner, pris bien longtemps au paravent, à Kamloops, chez Carly, une couchsurfeuse qui m’avait alors hébergé. Ambiance bon enfant, sur le thème « y’a plein de bonnes choses, prend donc ce que tu veux ». Les gaufres au yaourt et sirop de fruit (unkleberry, il va me falloir la traduction) au petit déjeuner, c’est que du bonheur. Surtout quand on prend le dit petit déjeuner à l’arrière de la maison. Je fais remarquer à Gretchen que je trouve leur jardin magnifique. Genre de jungle contrôlée ; je suis sûr que mon père adorerait.
Évidemment, la rencontre Orégon-Charbinat ne sera pas simple à organiser. Pourtant, les atomes crochus sont là :

« Si vous avez un jardin et une bibliothèque, vous avez tout ce qu’il vous faut ».
Je trouve magnifique la relation entre Sarah et Alex. Ils sont très proches, et il y a une belle complicité. La relation entre Gretchen et Alex semble aller très bien également. Je n’ose pas poser de questions, mais si j’ai bien compris, ça fait un bon moment que Sarah et Gretchen sont ensemble. D’ailleurs, Sarah a présenté Gretchen comme sa femme. J’ai hésité, à ce moment là, à demander si le mariage gay était légal en Oregon, et depuis quand. En tout cas, ça ne me surprendrait pas plus que ça. Les gens ici ont l’air non seulement accueillant, mais également ouvert d’esprit. En même temps, difficile d’être l’un sans l’autre, non ?
Pizza au bleu, oignons caramélisés, et bière
Je marche au hasard. À droite, à gauche, d’un stand à l’autre. Une partie marché, une partie artisans. Une partie marché biologique même. L’ambiance est délicieuse, les odeurs me font saliver, je résiste. Et puis je me retrouve à côté d’un stand de pizzas, où ils promettent une pizza « fromage bleu + oignons caramélisés ». Leur voisin ? La brasserie Nincasi, qui propose une IPA double. J’ai beau faire tout les efforts du monde, je succombe. Je repère une petite place à une table où deux dames dans la quarantaine discutent. Elles répondent d’un sourire quand je demande si je peux m’installer avec elle. La bière est excellente, la pizza magnifique. Je commence à discuter. Les questions classiques. D’où je viens, où je m’en vais. Burning Man ? Oui, bien sûr on connaît. J’ai une amie dont la fille y va. Évidemment, Burning Man c’est juste à côté d’ici (en terme nord américain : moins de 10h de route).
– Est-ce que ça fait longtemps que vous êtes à Eugène ?
– Je viens juste d’arriver. Au départ, je pensais juste faire ma lessive.
– Et vous avez un endroit où rester ce soir ?
– Bin je sais pas encore si je vais rester ici ce soir où reprend la route. Mais c’est sûr que je repasserais.
– Bon, bah tenez : voilà mon numéro de téléphone, si vous avez besoin de quoi que ce soit. C’est toujours pratique de connaître des gens dans les endroits où l’on voyage. N’hésitez pas à m’appeler ! Et puis ma fille adorerait vous rencontrer. Elle a étudié en France pendant deux ans.
– Bin.. euh… merci !
– On doit y aller, on a rendez-vous pour notre pédicure.
On dit quoi dans ce temps là ? Bonne pédicure ? Dans le doute, je me contente d’un « bonne journée ». Ça fait à peine trois heures que je suis là, j’ai déjà deux personnes qui sont prêtes à m’acommoder côté hébergement. Je suis tombé dans une ville de fous on dirait bien. Et en plus, j’aime ça !
Sarah
Et puis finalement, j’arrive à Eugène. Je suis les panneaux qui m’amènent au centre ville. Au moment où j’arrive, je vois une foule de gens à pied se promener dans tout les sens. Au loin, je vois des petits stands, signe évident qu’il se passe de quoi. Je gare Pourquoi Pas ? à côté d’un parcomètre. Je vérifie : le samedi c’est payant. J’hésite. Et puis je me dis que mon van à petit pois verts immatriculés au Québec il pourrait bien faire pitié par ici. J’ai vraiment pas envie de payer un parking aujourd’hui.
Première étape : trouver une connexion internet afin de localiser une buanderie. Ça se fait très rapidement, puisqu’il se trouve qu’il y a un Starbuck un bloc plus loin. Parfait. Je repère 4 adresses de laveries dans les environs, et je retourne au van, récupérer mon linge sale. Je vois bien qu’il y a un événement qui se déroule. J’entends la musique, je vois tout les gens. Je vais regarder ça d’un peu plus prêt dans pas longtemps. Je me prépare pour l’expédition laverie.
– Bonjour !
– Bonjour.
– C’est tu un van aménagé que vous avez ?
– Oui !
– Je peux regarder l’intérieur ?
– Oui oui, bien sûr.
Elle a dans la soixantaine, un sourire très agréable et chaleureux.
– J’ai l’habitude de voyager dans un van du même genre. C’est très confortable. Vous venez de où ?
– Je viens de Montréal.
– Et ça fait longtemps que vous êtes à Eugène ?
– En fait, je viens juste d’arriver.
– Vous avez un endroit où rester ce soir ?
– Et bien à vrai dire, je ne pensais pas rester. Je m’en vais à Burning Man, je sais pas si vous connaissez ?
– Burning Man ? Bien sûr ! J’ai un fils qui y va aussi !
– Donc comme j’ai pas mal de route à faire, je pensais juste faire mon lavage et repartir.
– Je comprends. Mais il y a beaucoup de chose à voir en fin de semaine.
– C’est ce dont j’ai l’impression en effet. Vous pensez que ça vaut la peine de rester ?
– Absolument ! Tenez, voilà notre adresse. Vous pourrez garer votre van, c’est sécuritaire. Et puis si vous voulez prendre une douche, pas de problèmes ! Vous arrivez de loin avec votre accent, la moindre des choses, c’est que l’on vous montre que l’Oregon est accueillant !
Elle m’écrit une adresse sur un bout de papier, avec quelques indications. Je la regarde faire, bouché. L’invitation est si généreuse, si gentille, que je ne me vois pas dire non. Je me retrouve projeté dix ans en arrière. C’était la première fois que je venais au Québec. J’avais fait la connaissance d’une fille qui s’appelait Marie-Noëlle. Ses parents étaient d’accord pour que je plante ma tente dans leur jardin les deux premiers jours de mon voyage, invitation que j’avais énormément apprécié. Le lendemain matin, les voisins voyant que je dormais sous tente m’avaient invité à dormir chez eux. L’invitation, à l’époque, m’avait laissé aphone pour plusieurs jours (ou presque). Finalement, dès le deuxième soir les parents de Marie-Noëlle m’avait laissé dormir à l’intérieur, et m’invitaient même à leur chalet pour la fin de semaine. Depuis, j’ai découvert couchsurfing, et la générosité de l’accueil de certaines personnes. Mais couchsurfing, à la base, part d’une requête de la personne qui a besoin d’être hébergée. Sarah, puisque c’est son nom, m’a tout à fait spontanément invité à venir installé mon van chez elle, et à y prendre ma douche. Elle ne me connaît pas : elle vient juste de me dire bonjour parce qu’elle aimait bien mon van. Certes, comme le dit si bien couchsurfing, « si je suis venu jusqu’ici, c’est sans doute pas pour lui voler sa télé ». Je sais que j’ai l’air full sympathique avec mon petit van, mal rasé, et mal habillé. Mais quand même.
Finalement, Sarah continue son chemin avec ses amis : ils ont l’air d’avoir un rendez-vous. Moi, je prendrais la route de la buanderie. Je jette mon linge dans la laveuse, et m’installe tranquillement, mon ordi sur les genoux. Un peu après, je me lève, jette mon linge dans la sécheuse, et me réinstalle.





























