Les aventures du Pourquoi Pas ?

Sur les routes d'Amérique du Nord, à bord du Pourquoi Pas ?

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Reprendre vie, tranquillement pas vite.

Le réveil qui sonne à 8h30 du matin, c’est vraiment pas sympa, surtout quand la veille on a été inspiré jusqu’à très tard. Mais bon, c’est pour Pourquoi Pas ?, alors je suis prêt à faire quelques efforts quand même. Je me lève donc, difficilement, et roule jusqu’au garage. Dehors, le ciel est presque bleu. Il y a un peu de brouillard, mais ça semble vouloir se dégager un peu. La météo, si proche de la côte, relativement dans le nord, au milieu de l’automne, c’est pas folichon. J’ai été très chanceux jusqu’à présent, l’automne tardant à s’installer, mais maintenant qu’il est là, il semblerait bien qu’il n’ait plus l’intention de partir. Donc en gros, les prévisions météos pour les six prochains mois, c’est « ciel couvert et pluie ». La bonne nouvelle, c’est que je vais bientôt remplacer la pluie par de la neige…

Je laisse le van aux bons soins du garagiste, pendant que j’attends sagement dans la salle d’attente. Le verdict arrivera une petite heure plus tard. Une pièce à changer. Avec la main d’oeuvre, la facture va être un peu salé ; mais je peux pas vraiment y faire grand chose. Faire le chemin de retour uniquement de jour, je n’y crois pas. Au contraire, d’ailleurs, je me voyais bien faire des immenses étapes de nuit. Ça fait toujours du bien. Donc dans ce contexte, pas le choix, une fois de plus, de faire réparer. Je demande une info rapide pour un remplacement de pare brise arrière… à priori, vu ce à quoi je devrais m’attendre, à ce niveau là, y a pas urgence, et j’attendrais donc.

Je dispose d’une paire d’heures à tuer. Je profite du soleil pour aller me promener dans les rues de Portland, un peu au hasard à nouveau. Je me dirige quand même vers le bord de l’eau, suivant mon feeling, suivant les rues qui semblent plus inspirantes. Et puis à un moment, je me retrouve à un arrêt de tram. Je me rappelle que c’est gratuit dans le centre ville. Alors juste pour le plaisir, juste parce que ça fait longtemps que je n’ai pas pris le tram, j’embarque. C’est toujours aussi agréable. Je ne fais qu’un arrêt, mais celui-ci me permet de traverser la rivière, histoire de voir de l’autre côté. Je reprends le pont à pied, en sens inverse pour le chemin du retour. Je reviens jusqu’au garage, où je poireaute encore une petite demi heure, avant de récupérer finalement les clés, et une facture, légèrement inférieure à ce que l’on m’avait dit. Le patron a accepté de me faire une tite ristourne comme je viens de loin. C’est bien aimable !

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Quand je suis de retour chez Danielle, elle est allée faire quelques courses ; on a beaucoup parlé de nourriture, à plusieurs reprises de fondues au fromage. Elle a trouvé une recette, et est en train d’en préparer une. Pour fêter ça, et la remercier, je vais chercher deux bouteilles de bière dans le van. Je suis définitivement fan de mon cellier sur roue. Je l’ai rempli consciencieusement, petit à petit, tout en avançant. Maintenant que je me mets à acheter des billets d’avion et à faire réparer le van toutes les deux semaines, et que je n’ai plus de contrats, mes finances sont un peu plus limitées, alors je n’ai pas le choix de tourner sur les stocks. Il n’y aura sans doute plus trente bouteilles quand je repasserais la frontière. C’est pas plus grave, sans doute. Ça simplifiera les formalités.

J’avais pensé retourner en ville avec Danielle pour l’après midi, profiter du soleil, mais celui-ci n’est pas resté. Les nuages sont déjà de retour. À la place, on reste bien au chaud chez elle, à discuter, et à jouer de la musique. Je l’écoute, elle m’écoute, on s’écoute quand on fait jouer des enregistrements, ou des fois on joue ensemble. On se trouve très facilement à ce niveau là, et c’est un vrai plaisir.

Sa coloc nous parle à un moment de la projection d’un documentaire sur le chocolat, en fin d’après midi. Projection accompagnée d’une petite dégustation gratuite. Ça semble assez intéressant, et ça nous obligera à bouger un peu. C’est pas un mal. Ça fait du bien de sortir, de temps en temps. En fait, il s’agit d’un documentaire sur les enfants esclaves dans les plantations de cacao en Côte d’Ivoire. Je trouve personnellement le documentaire moyennement intéressant. C’est organisé par une coop spécialisée dans le commerce de chocolat équitable, évidemment. Il y a donc quelques discussions sur la question également. Quelques échanges. Le chocolat, quand à lui, est excellent. Ça fait bizarre, un peu, d’être de retour dans un monde « militant ». Je qualifierais de nihilistes la plupart des personnes que j’ai rencontré sur ma route. Des gens écoeurés de la société, qui ont décidé d’en sortir, plutôt que d’essayer de la changer. Me rappeler qu’il est aussi possible d’être actif plutôt que passif, ça a aussi du bon…

Il est encore tôt quand tout cela se termine. Il ne fait pas très chaud, mais il ne pleut pas, et c’est une belle soirée pour se promener. On retourne donc sur le bord de l’eau, où on passera finalement plus de temps à contempler la ville et à discuter qu’à réellement marcher. Les habitués de Montréal reconnaîtront peut être la tour de la Bourse (là où je travaillais, quand j’étais chez Canoë) au milieu de la première image. Une trentaine d’étages en moins simplement. Je trouve la ressemblance vraiment amusante ; il faudrait que j’essaie de me renseigner, voir si c’est le même architecte, la même inspiration, ou simplement une coïncidence.

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Je crois que je commence à comprendre quelque chose, même si je suis incapable de l’expliquer : mes projets, mes planifications, restent relativement stables et inchangés, tant que je ne les formule pas, tant que je ne les partage pas. Mes plans sont assez précis, et le reste pour une longue période. Et puis à un moment, je formule à haute voix « je vais faire ça », et comme par hasard, le lendemain se produit de quoi qui vient tout chambouler. On pourrait croire que je le fais exprès, mais je ne pense pas. D’ailleurs, c’est même un peu difficile à suivre, parfois. Pas toujours facile d’organiser de quoi, en sachant que ça change si souvent… le dernier exemple en date est extrêmement récent. J’ai formulé, tout juste hier, mes intentions de voyage. Une petite boucle en Oregon, puis un dernier petit babaille à la mer avant de rentrer à Montréal. Il semblerait que ça ne sera plus ça.

Danielle a le mal du pays un peu. Depuis un an, elle n’est jamais retournée au Kansas, et ça lui manque un peu. Elle aimerait y retourner, mais ça n’est pas très simple à organiser. En même temps, si vous prenez une carte, et que vous tracez une ligne « Portland – Montréal via Chicago » vous verrez que s’arrêter à Lawrence, au Kansas, c’est pas vraiment ce que l’on pourrait appeler un gros détour. Alors quand elle me dit qu’elle a le mal du pays, je n’hésite pas vraiment à lui proposer un lift. C’est même plus rationnel pour moi. On continue à prendre un peu notre temps en Oregon, et ensuite, plutôt que de revenir à Portland, on continue vers l’est. Et comme elle a vraiment envie de voir un phare, on commence par une petite boucle de deux jours sur le bord de l’océan. Ça lui laisse un peu plus de marge pour réfléchir à tout ça, et pour se préparer au voyage. Moi, ça ne change quasiment rien pour moi. Hormis le fait que je vais avoir une compagne des plus charmantes pour une bonne partie du voyage.

L’itinéraire de retour, je n’essaierais même pas de le formuler. Déjà parce qu’on hésite entre plusieurs options (allant de la ligne pas droite à la ligne vraiment mais vraiment pas droite du tout) et que si en plus je vous dis le chemin qu’on va prendre, on ne va pas le prendre. À la place, j’envoie un message à Jane, pour l’informer des nouveaux changements de plans, et voir si ça peut aller de paire avec une rencontre quelque part, sur la route. J’ai des envies de soleil et de désert, et ça, c’est plutôt dans le sud que ça se passe !

Les plans complètement chamboulés, on rentre tranquillement à l’appartement, histoire de fêter ça en regardant un film. Demain soir, on dort sur le bord de l’océan.

Petit mauvais plan, par contre, qui m’énerve un peu : si les phares arrières du van fonctionnent à nouveau, je découvre à la nuit tombée que les lumières du tableau de bord ne fonctionnent toujours pas, alors qu’elles devaient être réparées. Pas cool. Ça veut dire qu’il faut que je repasse au garage demain, et j’aime pas ça !

Une programmation de plus en plus précise

Ça fait quelques temps maintenant que je me sens prêt à rentrer à Montréal. Le moment approche tranquillement, et comme d’habitude, les éléments se mettent en place tranquillement, par eux même. Danielle n’a vu l’océan que quelques fois, et n’a jamais vu de phare. Moi, j’ai mangé beaucoup de côtes ces derniers temps, et j’ai des envies de désert. On a un compromis qui nous convient tout les deux. D’abord une boucle d’une semaine dix jours dans le sud de l’Oregon, puis une deuxième mini boucle de 2 jours sur la côte. Après tout, celle-ci est juste à une heure ou deux de route, et Anya m’avait dit que la route entre Portland et Astoria vaut vraiment la peine.

Tout cela devrait donc me faire terminer mes aventures Oregonaise aux alentours du 10 novembre. Je me donne une dizaine de jours pour compléter les 3500 kilomètres qui séparent Portland et Chicago. C’est presque beaucoup, je trouve, mais ça me permet de m’arrêter un peu en chemin pour regarder le paysage. Je sais qu’il va me falloir me vider la tête à la fin de ce voyage, et que quitter la côte ouest ne va pas être évident. Voir les kilomètres défiler par centaine me fera le plus grand bien pour ça. Je peux donc arriver à Chicago aux environs du 20 novembre. Deux trois jours à revoir mes amis de là bas, une journée pour aller à Toronto, une journée à Toronto (si Angela est disponible). Tout cela m’amène à Montréal vers le 25-26. Juste attend pour l’anniversaire de mon ami Laurence (le 27), pour voir un peu Olivier avant qu’il reparte, pour défaire mes bagages, et les refaire pour reprendre l’avion le 7 décembre, direction la France.

Ça me paraît bien tenir la route tout ça !

Il existe pourtant une alternative. Un genre de plan B, qui me plairait bien également. Il consisterait à réussir à vendre le van sur la côte ouest, et à rentrer en train sur Montréal. Intéressant aussi, non ?

D’ailleurs, pour les gens qui voudraient plus de détails, ou qui voudraient simplement voir des photos :

http://pourquoi-pas.info/?page_id=7276

Le mardi, on ne fait pas grand chose de plus

Après un autre début de journée complètement relaxe et tranquille, à essayer de trouver la motivation pour affronter le temps gris et pluvieux qui nous attend si on ose mettre le nez dehors, des oeufs à la coque finisse par nous donner le coup de pouce nécessaire. À priori, on prévoit toujours de partir jeudi ; moi j’ai un van à faire réparer, et Danielle veut essayer de chanter un peu pour faire un peu d’argent.

Je la dépose donc, histoire de savoir où la retrouver plus tard, puis je vais voir un garage. Évidemment, on est déjà le milieu de l’après midi, donc pour aujourd’hui, ça ne sera pas possible. Par contre, ça pourra se faire demain, si j’arrive avant 9h. Ça c’est cruel, mais en même temps, on ne me laisse pas vraiment le choix. Je retourne donc dans le coin où Danielle chante pour lui expliquer la situation. Je l’abandonne quelques temps à sa guitare, faire un petit tour en ville.

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Portland me fait quand même pas mal pensé à Grenoble. Peut être parce que c’est une ville de 450000 habitants, traversée par une rivière, avec quelques lignes de tram, et que l’automne y est gris, froid, humide, et pluvieux. N’empêche que ça me plaît bien, et que j’aime m’y promener. Il y a, comme à Grenoble, un atmosphère agréable au dessus de la ville. On s’entend que je parle d’atmosphère conceptuel. Parce que l’atmosphère qu’on respire à Grenoble, c’est peut être un peu exagéré de le qualifier d’agréable !

Je finis par rejoindre Danielle. Comme j’ai mon djembé dans mon van, je l’accompagne même un petit peu, mais pas très longtemps. Ça fait un bon moment qu’elle chante, et si à une époque elle était capable de chanter 6h d’affilées, elle manque un peu d’entraînement ces derniers temps. Alors à la place, pour la remercier pour l’hébergement, et pour le plaisir que j’ai eut à l’écouter chanter, je lui propose un restaurant. Ça fait un moment que ça me fait envie, et même si je sais que je dois être raisonnable, une fois de temps en temps, ça ne fait pas de mal.

Après avoir erré et hésité un moment, on se retrouve dans une taverne des plus sympathiques, avec un peu plus d’une centaine de bières à la pression, et un menu de pub classique. Le hamburger est excellent, la bière est excellente, les frites sont bonnes, la vie est belle !

On rentre à l’appartement. Ça fait un moment que je n’ai pas écris ; autant le livre que le blog ont besoin d’être mis à jour. Je passe donc la soirée sur l’ordi pendant que Danielle lit « Finegan Wake » de James Joyce. C’est la cinquième ou sixième fois qu’elle le lit, et elle m’a bien fait comprendre que je n’aurais pas le choix de le lire moi aussi ! Bon, bin pourquoi pas !

It’s a long way to Tipperary

Ce genre de panneau indicateur, j’ai toujours aimé. Mais si en plus vous rajoutez de l’humour, ça n’en est que meilleur. En tout cas, moi, ça me fait rire !

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Un dimanche bien au chaud

On ne se réveillera pas beaucoup plus tard. Mais bon, j’ai dormi un peu quand même, et je suis assez en forme. Danielle me confirme qu’elle aime le confort du Pourquoi Pas ?, et qu’elle n’a pas changé d’idée par rapport à la veille. Quelques jours sur la route, ça lui plaît bien.

Je pensais rester jusqu’à la fin de l’événement, mais le lendemain matin, les lieux sont encore plus calmes. On fait un dernier petit tour ; j’aime ce côté lendemain de veille, que je trouve très amusant. Je suis surpris, également, par la propreté des lieux. À San Francisco, c’était un bordel monstre, avec des tas de cochonneries partout. Ici, tout est plutôt propre, et ça fait plaisir à voir.

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Il y a bien un DJ esseulé qui continue à faire jouer de la musique, et plein d’énergie comme nous sommes, on dansera une dizaine de minutes, mais après concertation, on finira par aller faire une petite marche sur le bord de l’eau.

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Danielle m’avait prévenu que c’était joli, et je suis assez d’accord avec elle. Mais avec la pluie et les nuages et le vent et le froid, c’est un peu décourageant, et on fait rapidement demi tour.

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On décide de prendre l’option consistant à aller au chaud chez Danielle, et de jouer de la musique. Et puis il commence à faire faim ; j’ai une envie de crêpes ; envie qu’elle partage. En route, donc.

La première chose que je constate, en rentrant dans l’appartement de Danielle (après une pause des plus intéressantes/importantes à l’épicerie) c’est le magnifique piano dans le salon. Je suis prévenu, déjà, il est désaccordé, mais c’est pas grave. La colloc de Danielle arrive à peu prêt en même temps que nous. Les crêpes l’interpellent bien aussi, et je me mets donc au fourneau. Un vrai petit régal qui fait du bien. J’étais en manque de crêpes depuis un moment ; en manque de fromages également. Ça va mieux. Jambon + Brie, Oeuf + Fromage + Jambon, Poire + Chèvre + Miel, Banane + Chocolat. La vie est belle !

Et la fin de journée est tout simplement magnifique. J’écoute Danielle chanter et jouer de la guitare. Danielle m’écoute chanter et jouer du piano. J’écoute Danielle chanter et jouer de l’accordéon. Danielle m’écoute jouer de la flûte. Je l’écoute jouer du piano. Et puis finalement, on commence à mélanger. Piano et djembé, djembé et didgeridoo, guitare et flûte, piano et piano. C’est un vrai bonheur. On se comprend et on se complète. Je n’ai pas l’habitude du tout de jouer avec d’autres gens, mais avec Danielle, ça se passe sans problème, et les résultats sont des plus intéressants !

Je reçois en début de soirée un message de Jane. Elle a eut la bonne idée de se renseigner pour les sources chaudes. Juste jeter un oeil sur le site internet. Ça lui a permis d’apprendre qu’elles étaient fermées jusqu’à nouvel ordre. J’en discute un peu avec elle. Dans ce contexte, il n’y a plus vraiment de raison d’aller là bas spécifiquement. Je ne reverrais donc pas le bus école, Tassa et Mowgly. En tout cas, pas cette fois. Je ne vois pas l’intérêt d’aller là bas si les sources sont fermées : j’imagine qu’ils ne resteront pas en découvrant ça. On commence donc à essayer d’établir de nouveaux plans avec Jane. On verra où tout cela nous mènera !

Fin de soirée oblige, il recommence à faire faim. Rien de tel que des crêpes aux bananes flambées pour finir une journée en beauté !

Burnout : Portland Decompression

Pas de surprise : la nuit a été mauvaise, comme prévu. Je me réveille fatigué, et un peu frustré à cause de ça. Mon plan initial était de dormir sur une aire d’autoroute, en même temps ; ça aurait été bruyant de toutes façons. Mais sans doute un peu moins quand même. Enfin… j’ai de la route à faire, et pas vraiment de raisons pour m’éterniser.

La route jusqu’à Portland, sous la pluie, est d’un magnifique sans intérêt. Enfin presque. J’ai découvert lors de mon dernier passage que pour encourager les gens à s’arrêter, on trouvait du café gratuit (et surtout du chocolat chaud gratuit) sur les aires de repos. Personnellement, le concept me plaît bien. Il y a même quelques biscuits. Je me reposerais donc deux fois en 80 kilomètres, à titre de prévention. On sait jamais après tout ! Mais bon ; à part les aires de repos, donc, et l’abrutis de première qui a failli me rentrer dedans, par derrière, alors qu’il faisait un dépassement par la droite d’une voiture situé en arrière de moi, une voie à gauche (c’est assez surprenant de voir soudainement apparaître dans son rétroviseur une voiture qui roule super rapidement, qui pile, qui commence à déraper, avant de reprendre le contrôle, réaccélérer, changer de file, et finalement doubler par la gauche ; ça valait bien un autre chocolat chaud pour les nerfs ! ) à part ça, donc, rien de bien passionnant jusqu’à Portland. Par contre, un excellent feeling, et la conviction que ça va être un événement mémorable.

Première constatation : le fait que l’on puisse commencer à entrer sur le site à 15h ne signifie pas qu’une horde gigantesque de gens va faire la file à cette heure là. Il pleuvote, il n’y a pas grand monde, et l’endroit où tout cela va avoir lieu est bien petit, mais très prometteur. Et puis le parking étant juste de l’autre côté de la rue (et accessoirement fait de tel sorte que je pourrais y dormir sans problème), j’ai ma maison à portée de main. D’ailleurs, je commencerais par plusieurs aller retour, entre le van et le site, voir si les choses évoluent. Les gens arrivent au compte goûte, mais étrangement, le sentiment d’être de retour à Black Rock City est là. Ne me demandez pas pourquoi, je n’en ai aucune idée. Contrairement à San Francisco, les gens ne sont pas déguisés ; ils sont en habits de tout les jours. Mais la pluie vient rajouter un peu de saleté (c’est peut être ça !) et puis l’aménagement temporaire du site saute aux yeux. On retrouve le côté « camp de réfugiés » de Burning Man. Ici, le mot d’ordre est clair. Rien de commercial, rien à vendre, pas d’argent. À marcher tout seul, à errer au hasard (le tour du site se fait en 4 minutes 22) je me retrouve rapidement à parler à une ou deux personnes.

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Il y a une tente, avec un gars qui joue du violoncelle, version hautement et extrêmement expérimental. Et puis il y a une fille en train de dessiner sur une nappe, qui me fait un sourire adorable, alors que je sors de la tente, pour retourner faire un petit tour dans le van. Je lis un peu, range quelques affaires, prends mon temps. Il n’y a rien à faire, il n’y a pas grand monde, et pourtant j’adore l’atmosphère et la façon dont les lieux semblent vibrer. J’y replonge donc, avec le sourire. Mes pas me ramène sous la tente. La fille est toujours là, toujours en train de dessiner. J’attrape un feutre, je gribouille un « no dust, only happiness ». Je sais, je suis redondant, mais ça me plaît toujours. On commence à discuter. Elle s’appelle Danielle ; elle est originaire du Kansas, mais habite Portland depuis un an. Elle ne connaît pas grand monde en ville, et elle est venue seule, un peu au hasard. On se retrouve tout les deux bien content d’avoir finalement un peu de compagnie pour la soirée. Et puis elle est venue sans apporter de manteau. Comme j’en ai un deuxième, je lui propose. Elle accepte avec grand plaisir, et m’accompagne jusqu’au Pourquoi Pas ? pour le récupérer. La pluie commence à tomber un peu plus fort, du coup on reste un moment, bien au chaud à l’intérieur, à discuter. On fera, au final, plusieurs allers retours entre le van et le site, dépendant de la météo et de ce qui se passe.

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Danielle a quitté sa job il y a deux semaines. Elle était tannée, elle n’aimait pas ça. À la place, elle joue de la guitare, et elle chante dans la rue, pour payer son loyer. Elle joue aussi de l’accordéon et du piano. Dans ce contexte, évidemment, difficile de ne pas parler musique. Un sujet sur lequel on se retrouve étrangement. Elle apprend aussi le jonglage contact (avec boule de verre) ; moi c’est le jonglage qui bouge qui m’intéresse. On rigole, on s’entend bien, on semble partager pas mal de choses. Mue par une idée soudaine, je lui demande si elle a de quoi de prévu la semaine qui s’en vient. Elle réfléchit un peu. Son emploi du temps est parfaitement vide. L’idée d’une balade en van dans le sud de l’Oregon lui plaît bien. Je lui parle des sources chaudes, du bus scolaire, de ces amis que je m’en vais retrouver. Je suis persuadé qu’elle fiterait parfaitement avec tout le monde, et Pourquoi Pas ? l’a prouvé : la place pour deux, ça ne manque pas.

Je me sens proche de Danielle. J’ai toujours été rapide pour m’attacher aux gens, pour me sentir proche des gens que je rencontre. Je me demande à quel point le fait de ne pas avoir vu mes « vrais » amis depuis plus de trois mois vient encore intensifier les choses. Mais au final, à force de discuter, on oublie petit à petit ce qui se passe en dehors du van. On fera quand même une dernière excursion, entre 23h et 1h, histoire de voir les performances des artistes de feu. À cause de la pluie, je ne ferais pas beaucoup de photos, mais j’ai quand même grand plaisir à regarder. Plus de plaisir, encore, à regarder les yeux émerveillés de Danielle, qui n’a pas autant l’habitude que moi de voir ce genre d’événements.

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On écoute encore un peu de musique, mais il ne fait pas très chaud. On retourne une fois de plus se cacher dans le van, un grog à la main pour se réchauffer. On parle, on discute, on fait des plans. En fait, ce qui l’inquiète un peu, c’est comment revenir à Portland après les sources chaudes. Moi, ce qui m’inquiétait, c’était de devoir aller trop rapidement jusqu’au rendez-vous, et de ne pas pouvoir prendre assez de temps pour admirer le paysage. Je n’ai rien de prévu après les sources chaudes, je fais donc quelques ajustements dans ma tête. Je pensais partir dimanche (demain donc) ou lundi. En fait, ça arrange un peu Danielle si on part un peu plus tôt. Et ça m’arrange aussi, vu que je pourrais faire réparer les lumières du Pourquoi Pas ?. Comme Danielle peut m’héberger, le nouveau plan consistera finalement a partir seulement jeudi pour rejoindre le bus scolaire. Ça nous donne deux jours pour faire la route vers le sud rapidement, et plus de temps pour remonter jusqu’à Portland ensuite. De mon côté, ça voudrait dire qu’ensuite, je quitterais Portland pour Chicago. C’est logique, et ça se tient.

C’est bien connu. Le temps passe vite en charmante compagnie. Et on ne s’en rend pas compte. Je suis donc pas mal surpris, alors que je sors prendre l’air deux minutes à un moment, de voir qu’il fait quasiment jour dehors. Il est déjà 7h du matin. On discute quand même encore un peu, mais on finit par être raisonnable, à se taire, et à s’endormir bien au chaud à l’arrière du van.

Twilight

À priori, la saga Twilight a fait suffisamment de bruit pour que beaucoup de monde en entende parler. Best seller pour adolescent, écrit par Stéphenie Meyer, la trilogie de quatre tomes est en train d’être transformée en 5 films à succès. L’histoire est classique. Une demoiselle qui aime un vampire et un loup garou, et ne sait pas qui choisir. De quoi faire rêver toutes les adolescentes en mal de sensation. Les vampires de Stéphenie Meyer fuit la lumière du jour, non pas parce qu’elle est mortelle pour eux, mais parce que ça les fait scintiller dans tout les sens, et que ça n’est pas très discret. Alors la famille Culen (famille de vampire) s’est installé à Forks, l’endroit le plus gris de tout les États Unis. Bella se retrouve à devoir vivre à Forks. C’est une humaine normale, elle tombe en amour avec Edouard, un vampire, amour réciproque, tout ça tout. « Mords moi, fais de moi un vampire ; non, pas avant le mariage, bla bla bla ». Je me moque un peu, j’exagère, un peu aussi… pour avoir vu les films, je trouve ça sympathique et agréable. Pas révolutionnaire, juste plaisant. Mais bon, pour la ville de Forks, petite ville au milieu de nul part, qui se revendiquait capitale mondiale de la coupe de bois, ça a fait un coup de pub assez énorme, et ça a placé la ville sur la carte. Maintenant, il y a des magasins de souvenirs au centre ville où vous pouvez acheter les photos de vos vampires préférés, vous pouvez commander la tarte aux pommes préférées de Bella au restaurant du coin, et tout le tralala. En fait, je suis arrivé là dedans avec beaucoup de curiosité. Je me demandais l’impact que pouvait avoir un film pareil sur ce genre de communauté. Conséquence touristique relativement importante, et très bon pour l’économie locale à priori. En tout cas, je rigole beaucoup en voyant la quantité de produits dérivés !

À la découverte de la « rain forest »

Je serais réveillé une fois de plus, c’est vraiment une habitude !, par une voiture qui se promène sur le terrain de camping, et qui s’arrête pas loin. J’ai l’impression qu’une fois de plus je vais devoir expliquer pourquoi je n’ai pas payer… et puis non. Finalement, la voiture repart. Pourtant, c’était bien des responsables du camping : les toilettes ont été nettoyées depuis la veille. Peut être qu’ils ne gèrent pas les paiements, peut être que ça ne les intéresse pas, je n’en ai aucune idée, en fait, et c’est très bien comme ça.

Je dois passer la journée dans une des régions les plus pluvieuses (la plus pluvieuse ?) des États Unis, et le ciel gris me confirme que le programme météo semble bien fixé. Le lac, au réveil, est pas mal semblable à la veille :

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Je reprends ensuite la route vers le nord. Si la 101 longe la côte du nord de la Californie jusqu’au sud de Washington, dans le nord, l’océan disparaît de plus en plus souvent, et la route passe plutôt dans la forêt, comme ne le montre pas les photos.

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Ni ce panoramique.

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Je ne sais pas vraiment ce qui m’attend. Je n’ai aucune documentation sur la région, j’ai juste envie de suivre la 101, et de faire la boucle complète. Cette idée d’avoir remontée quasiment toute la côte ouest me plaît énormément. Tiens, d’ailleurs, en passant, 101 ça se prononce « one O one ». Je fais juste suivre les panneaux. Comme celui, par exemple, qui annonce un gros arbre. À peu prêt impossible à photographier, je fais quand même de mon mieux, parce que c’est tout simplement une merveille.

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Et puis rebelotte, un peu plus loin. Il est différent. Il revendique aussi le titre de « plus haut cèdre rouge du monde ». Un peu mal en point, mais toujours en vie. Et impressionnant à nouveau, encore dans un autre style.

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Mais la région est surtout connue pour ses forêts pluvieuses ( « rain forest »). Il y en a trois principales dans le Parc National du Mont Olympe. Je m’arrêterais à celle qui semble la plus connue, la « Hoh Valley ». Comme le nom l’indique, la caractéristique principale d’une « rain forest » c’est d’être pluvieux. Dans la vallée de la Hoh, les précipitations annuelles moyennes sont de 360 centimètres. Oui, il tombe 3,6 m de pluie par an. Je vous laisse imaginer ! L’image classique de ce genre d’endroit, ce sont les arbres recouverts de mousses. Des endroits complètement verts, sans aucune autre couleur. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que le deuxième nom de l’État de Washington c’est « Evergreen States ». Evergreen, ça désigne les arbres qui ne perdent jamais leurs feuilles. Mais ça veut aussi dire « toujours vert », évidemment. Et quand on se promène dans la forêt pluvieuse de la vallée de la Hoh, on comprend assez bien. Si des arbres, en général, c’est pas facile à photographier, des arbres couverts de mousse, dans un ciel parfois gris, parfois bleu, en contre jour, ou pas, c’est comme une prise de tête pas possible. J’ai fait de mon mieux, mais les photos sont loin de rendre hommage à la magnificence du paysage. Elles ne rendent pas non plus cet atmosphère lourd en humidité, mais pas insupportable ou oppressant. Il n’y a pas le chant des grenouilles, l’odeur de mousse humide. Il n’y a pas cette impression de paix, qui est encore différente de celle ressenti sous les séquoïa géants. En roulant sur l’avenue des géants, j’étais entouré de sagesse, de sérénité. J’étais écrasé par la magnificence des arbres, et le calme était un calme imposant. Ici, la vie semble tout simplement au ralenti. Au rythme de l’eau, au rythme des goûtes de pluie, et des éclaircies dans les nuages.

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Et non, même les cabines de téléphone n’échappent pas à la mousse omniprésente !

En fait, j’apprends une information qui me plaît beaucoup. J’étais persuadé que cette mousse était une mousse parasite, genre de lichen qui fait grandir des racines dans l’arbre, s’abreuve de la sève, et le tue petit à petit. En fait, non. L’air ici est tellement humide, tellement riche, que ces plantes sont des plantes aériennes. Elles n’ont pas besoin de racines. Elles puisent les nutriments directement dans l’air ambiant ! Évidemment, beaucoup d’arbres finissent par mourir, mais c’est parce qu’ils sont étouffés. Pas parce qu’ils sont vampirisé. Certes, du point de vue de l’arbre, le résultat est le même, et pas nécessairement positif, mais je trouve ça fascinant quand même !

Aujourd’hui, on roule vers le nord

La conclusion du jour, ou plutôt de la nuit, c’est que soit Pourquoi Pas ? joue parfaitement les caméléons, soit tout le monde s’en fout que je dorme dans mon van au milieu de la rue. Je ne sais pas pour laquelle des deux options choisir, et ça n’est pas plus grave que ça.

Les deux madame hollandaises n’avaient pas tout à fait tord avec leur prédiction météo. Elles avaient juste 24 heures d’avance. Aujourd’hui, donc, c’est ciel gris, et accumulation de nuages. Et, non sans surprise, c’est baisse de motivation et d’énergie. Je regarde la météo au nord, au sud, à l’ouest. Ils annoncent de la pluie en fin de journée partout. Je n’ai aucune idée de ce que je pourrais bien choisir comme destination.

Alors à la place, je commence la journée tranquillement, en retournant au cap du désappointement, un peu désappointé moi même. Une première balade m’amène à un premier phare. Un peu plus loin, une deuxième balade m’amène à un deuxième phare. Mais tout cela sous un ciel gris et fade, ça perd un peu en intérêt je trouve.

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La route, ici, fait une boucle. Elle part du village de Ilwaco (charmant petit village où on peut voler la connexion internet du musée et dormir dans sa voiture) pour revenir jusqu’à Ilwaco. Le cap me déçoit un peu (le nom, c’est parce que quand je ne sais plus qui est arrivé au cap, il espéré avoir un bateau qui l’attendait, et il n’en a pas eut ; vous avez vu la tête du pont hier, y’a de quoi être désappointé en effet), mais c’est peut être juste la faute de la météo. Toujours est il que je ne reste pas plus longtemps que ça, et que je reprends la route qui me ramène à Ilwaco, où je passe un bon moment à rien faire sur internet. Je ne sais pas où aller, je ne sais pas vraiment quoi faire, alors je tue le temps. C’est quand même une activité agréable à pratiquer de temps en temps. J’essaie de réfléchir au concept de « retour » et à celui de « l’après retour ». J’ai bien l’impression que je vais rebondir deux ou trois semaines vers la France le temps de fêter Noël avant de revenir à Montréal pour de bon. Ça fait toujours ça de plus à planifier. Je continue à me demander ce que je ferais après les sources chaudes. Je continue à me dire que je verrais rendu là, ce que mon humeur me dicte, ou ce que la vie me réserve.

Je finis, à un moment, je sais plus pour quelle raison, par lever les yeux de mon ordi. Sous la pancarte du musée, il est écrit que c’est gratuit le jeudi. Belle coïncidence, nous sommes jeudi. La vie est quand même bien faite. Certains jours mieux que d’autres, certes, mais quand même. Je rentre donc, et suis accueilli par deux charmantes madames, qui semblent limite être surprise d’avoir un visiteur. Je ne m’excuse pas de les déranger, car elles ont l’air bien content de me voir. Elles me racontent un peu ce qui m’attend, me disent que j’ai le droit de faire uniquement des photos du caboose (wagon de queue) qui est dehors, et c’est tout. Bon, bin je vais dehors, je fais les photos du caboose, et je range l’appareil photo dans la voiture.

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Le Columbia Pacific Heritage Museum est un petit musée sans prétention. Probablement géré en grande partie par des bénévoles qui passent la moitié de leur temps à essayer de trouver des subventions. Quand ça n’est pas gratuit, c’est 5$. La première partie parle du mode de vie des amérindiens à l’époque où Lewis et Clark sont arrivés. Je jette un petit coup d’oeil rapide, mais ne m’attarde pas. Les paniers en osier et les pointes de flèches en silex ne me passionnent pas plus que ça. La suite m’intéresse un peu plus, par contre, vu qu’elle donne quelques informations sur l’expédition de Lewis et Clark. En fait, ce que je trouve super intéressant, c’est la liste du matériel emporté, ainsi que la liste des membres de l’expédition, avec précisé pour chacun la fonction et les compétences. Je ne peux pas m’empêcher de faire la comparaison avec la préparation d’une partie de jeux de rôles, où les joueurs se concertent dès le début pour la création des personnages, histoire d’avoir une équipe la plus équilibrée possible, et d’oublier le moins de choses possible. Ici, c’est pareil. Il y a un intendant qui a fait la liste de toutes les courses à faire (de la longueur de corde totale à emporter à la quantité de poudre à fusil à acheter), et ils ont aussi fait un check up des compétences de tout le monde. Le gars qui sait construire un bateau ? On l’a. Le chasseur ? On l’a. Le cartographe ? On l’a. L’interprète ? On l’a. Bref… je trouve assez fantastique de voir des traces d’un peu tout ça. J’imagine qu’à l’époque c’était quand même quelque chose. Un peu après, il y a un résumé de ce que Jefferson a demandé à Lewis (dans le monde du jeu de rôle, on appelle ça le briefing du MJ) et quelques petits extraits du journal de l’expédition (le debriefing des joueurs).

En fait, j’imagine très bien la scène :

MJ : alors que vous approchez du sommet de la colline, vous entendez très clairement du bruit en provenance de l’autre versant.
Concertations entre les joueurs.
Joueur qui court le plus vite : pendant que les autres m’attendent, je monte aussi discrètement que possible jusqu’à la crête, en me cachant derrière les buissons et les arbres. Je charge mon pistolet, juste au cas où, mais je le garde à la ceinture. Je ne veux surtout pas paraître agressif si quelqu’un me voit.
Le joueur lance un D20 et réussit son jet de discrétion.
MJ : il y a un buisson parfait juste au sommet de la colline, dans lequel tu arrives à te glisser sans un bruit. Il te donne une vue parfaite sur ce qui vous attend. Il y a une dizaine de typie, quelques guerriers et plusieurs sqaw. Tout ça ressemble à un village des plus paisibles.
Le joueur observe encore un peu, puis va rejoindre le groupe pour raconter ce qu’il a vu. Tout le monde est excité : ils rencontrent enfin des amérindiens !
Capitaine Clark : Bon, on va faire comme on a prévu. Janey [la seule amérindienne de l’expédition] va établir le premier contact avec son mari Toussaint [le seul français de l’expédition] et leur fils. Ça sera beaucoup moins effrayant que si on débarque tous en même temps et armés.

La suite présente une petite expo sur les gardes côtes et la vie dans la région, où je ne m’éternise pas. J’arrive ensuite sur une mini présentation de la traversée du Pacifique en solitaire à la rame par D’Aboville. Bon, ça non plus ça ne me passionne pas. La dernière partie, enfin, présente le travail d’un certains Arthur Shumway. Né en 1889, il a été ingénieur civil à la ville de Vancouver (pas celle de Colombie Britannique : il y en a une autre, à Washington, juste de l’autre côté de la rivière Columbia par rapport à Portland), et il a déménagé dans le coin au moment de prendre sa retraite. De 1921 jusqu’à 1957 (année de sa mort) il a construit des maquettes de train (ça devrait faire réagir un lecteur, cette information, en principe). Le musée a récupéré une cinquantaine de wagons, et deux locos (dont une 2-8-2 mikado). Tout ça est construit au 1/24e et comme le modélisme ferroviaire n’était pas encore beaucoup pratiqué à l’époque, la plupart des pièces sont construits à la main, à base de cageot de fruits, de pièces de métal récupéré, etc… .Évidemment, il y a aussi une belle collection de bâtiments, pour faire un joli diorama. Et si on met 25 sous dans la machine, les trains tournent pendant un petit moment !

Cette petite visite toute simple m’a bien relancé, et j’ai enfin un peu d’énergie et l’envie de bouger. Il serait temps ! Il est un peu plus de 13 heures quand je quitte finalement Ilwaco, et m’engage, une fois de plus, sur la 101 nord.

Une des choses qui me fascinent, c’est comment un paysage peut changer relativement rapidement. Si la côte de l’Oregon est relativement escarpée et compte de nombreuses falaises, passé le fleuve Columbia, Washington est beaucoup plus plate. Je roule tranquillement, regardant des paysages très clairement moins inspirant que ceux que je voyais ces derniers jours, même s’ils sont beaux pareils. Le ciel est de plus en plus gris, mais j’arrive à attraper un 14 secondes de soleil à un moment. Ça sera mon seul ensoleillement pour aujourd’hui. La 101 ne suit pas tout le temps exactement la côte. En fait, il y a deux grandes baies qui se suivent l’une après l’autre, et entre les deux, la 101 va tout droit. Moi je fais un détour pour le plaisir de longer l’océan, mais j’avoue que ça n’ajoute pas grand chose. Aussi, la deuxième fois où j’ai le choix entre aller tout droit plus vite et faire un autre détour par l’océan, je prends l’option rapide. Mon objectif est déjà repéré sur la carte : Olympic National Forest. Parce que qui dit « National Forest » dit que je peux dormir un peu où je veux !

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J’arrive finalement à destination, une quarantaine de minutes avant que le soleil se couche (ces derniers temps, il a tendance à se coucher vers 18h30). Je commence à regarder à droite à gauche, voir si je trouve de quoi d’inspirant. Il y a un lac, je jette un oeil. Il me plaît bien.

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Pas moyen de dormir à côté : il y a plein de petits chalets et autres cabines que l’on peut louer quand l’été est là. Quand c’est l’automne, par contre, on reste bien au chaud à Seattle ou à Olympia ! En fait, il y a quand même un moyen de dormir pas loin du lac : il y a un camping. Je fais le tour. Complètement vide ; absolument personne. Un camping pour moi tout seul, ça me plaît. C’est en auto perception, je continue à faire mon méchant qui ne paie pas. J’ai mon argumentation de prête si jamais quelqu’un passe me dire bonjour.

Pourquoi Pas ? est installé bien comme il faut. J’ai une envie soudaine d’avancer le dernier projet qu’il me reste à faire. Je travaille donc tranquillement, sans voir le temps passer. Dehors, il commence à pleuvoir. Des petites ondées passagères, qui ne durent pas. On verra bien à quoi ça ressemblera demain ! La bonne nouvelle, c’est que ma fenêtre arrière de remplacement est étanche, ce qui est bien agréable. La mauvaise nouvelle, c’est qu’à priori, je n’ai plus du tout de poussière à l’arrière du Pourquoi Pas ? et que je ne vais donc pas pouvoir réécrire mon « no dust, only happiness ». Et je vais faire comment à Portland, samedi, moi, hein ? Enfin… tout ça, c’est dans bien longtemps ! L’heure a bien avancé, et je commence à être bien fatigué. Il me semble que tard de même, il serait temps que je me décide à me coucher. En plus, la journée de demain devrait être bien remplie en principe…

Astoria

Il est temps, je pense, de faire une petite parenthèse historique.

En 1803, le président Jefferson rachète la Louisiane à la France. À l’époque, la Louisiane, c’est pas juste l’état autour de la Nouvelle Orléans. C’est probablement un peu plus du tiers des États Unis aujourd’hui (hors Alaska). Ça va de la Nouvelle Orléans au sud est jusqu’à la frontière canadienne, dans les Rocheuses, au nord ouest. La mini carte, en haut à droite de la photo, permet de bien se rendre compte :

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Jefferson a demandé au capitaine Lewis de mener une expédition pour trouver un nouveau chemin jusqu’au Pacifique suite à ce récent achat. Lewis a demandé à son ami Clark de l’accompagner. L’expédition regroupait une quarantaine d’hommes (essentiellement des soldats) dont la mission, en plus de trouver une route jusqu’à l’océan, était de cartographier le plus possible les lieux, repérer les ressources naturelles, et établir des contacts avec les autochtones. L’expédition a quitté Saint Louis le 14 mai 1804, et a suivi le tracé que l’on repère assez facilement sur la carte. Ils sont arrivés à l’embouchure de la rivière Columbia le 7 novembre 1805 (avec une pause pour l’hiver dans le Dakota du Nord). Ils ont fondé un certains nombre de forts sur leur route, le tout dernier étant par la suite devenu la ville d’Astoria, qui se mérite le titre de plus ancienne ville à l’ouest des rocheuses. Évidemment, on trouve des marques historiques du passage de l’expédition un peu partout. Et tout aussi évidemment, une fois rendus au bout, ils ont fait demi tour, en partant le 23 mars 1806, pour arriver le 23 septembre de la même année. Toujours sur la carte, on peut voir deux tracés plus léger. Ce sont des explorations faîtes sur le chemin du retour.

Je n’ai toujours pas commencé de lire le journal de l’expédition, mais j’imagine que ça se fera un jour ou l’autre. En fait, je préfère avoir fait le tour des environs, pour que les noms me disent déjà de quoi. J’ai l’impression que ça sera un peu plus inspirant et plus parlant dans ce sens là.

La ville d’Astoria, donc, se retrouve pas très loin de l’embouchure de la rivière Columbia. Je devrais évidemment dire le fleuve Columbia, mais l’anglais ne distingue pas « fleuve » et « rivière », ce qui est bien dommage. Le fleuve Columbia est le plus grand fleuve de la côte ouest. Et c’est vrai qu’au niveau d’Astoria, il est pas mal impressionnant.

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Le pont qui relie l’Oregon à l’État de Washington a été construit entre 1962 et 1966. C’était le dernier tronçon inachevé de la route 101, qui longe toute la côte ouest, du Canada jusqu’au Mexique. Cette même route 101 que, dans l’ensemble, je suis depuis un moment maintenant. C’est le plus long pont à trois sections continues au monde.

La ville d’Astoria, de son côté, est très jolie et bien sympathique. Le bord de l’eau a été réaménagé pour permettre la circulation d’un vieux tramway, qui ne roule malheureusement que la fin de semaine. Dommage, parce qu’à 2$ l’accès quotidien illimité, je me serais sûrement fait une petite promenade, juste pour le plaisir. Peut être une prochaine fois ! Alors à la place, je me contente de me promener plus ou moins au hasard des rues.

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Si ça peut vous rassurer, moi aussi j’essaie de comprendre pourquoi la prison du conté et le musée du film d’Asturia sont un seul et unique bâtiment (7e photo). Peut être que je trouverais la réponse un jour !

Si le centre ville est sur le bord du fleuve, la ville est construit sur le flanc d’une colline, selon le même principe que San Francisco : les rues sont droites, raides, et intenses. Tout en haut de la colline, il y a « la colonne d’Astoria ». Une construction qui n’est pas la plus haute du monde, certes, mais probablement l’une des moins chères à visiter (1$ à payer à l’accueil quand celui-ci est ouvert). 164 marches pour une magnifique vue à 360 degrés des environs.

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Entièrement rénovée il y a quelques années, des fresques ont été peintes tout autour pour rendre hommage à l’histoire des lieux. De loin, ça donne l’impression que la tour est toute rouillée, et c’est un peu bizarre. Mais de prêt, c’est très beau !

Bon, d’accord. D’en haut, c’est encore plus beau !

Commençons par « plus ou moins le nord » avec, tout simplement, le fleuve Columbia. On devine le pont à droite, la ville au milieu, et des bateaux qui font la file pour aller plus loin. Portland ? Sans doute.

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Si on tourne vers la droite, ça nous amène vers l’est et le sud sur qui je n’ai pas grand chose à dire.

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On peut ensuite compléter le 360, afin de voir ce que l’on peut de l’ouest, et avoir confirmation que le temps est toujours magnifique par ici !

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Avec tout ça, moi, je ne suis toujours pas décidé sur mes plans pour la suite. Le soleil va bientôt se coucher, ce qui veut dire qu’il ne me reste pas longtemps à rouler. Je pensais arriver à Portland vendredi en fin de journée, mais je n’ai toujours pas de nouvelles de Alex (le fils de Sarah) ; j’ai envoyé une demande de couchsurfing à une couchsurfeuse que j’avais contacté à une autre occasion, je viens d’avoir la réponse. Elle n’est pas disponible. L’événement de décompression Burning Man, c’est de samedi 15 heures à dimanche 15 heures. Puisque je n’ai personne pour m’héberger le vendredi soir, je réalise que je peux très bien arriver à Portland le samedi en début d’après midi. Ça me laisse une journée complète en plus avant de rebrousser chemin. Les hésitations s’envolent donc. Je continuerais ma route jusqu’à Port Angeles, au bout de la route 101, et m’offrirais donc toute la côte de Washington en plus. À un rythme légèrement plus rapide, mais qui devrait rester raisonnable quand même. Port Angeles ; le nom ne laissera pas indifférent les amateurs de la saga Twilight. C’est là où Bella achète son livre sur les vampires, ainsi que sa robe de finissante. Oui, finalement je vais aussi me faire ma petite visite ridicule au pays de Twilight. Je trouve ça amusant, bon !

Donc ça implique de traverser le pont, ce qui, accessoirement, me plaît bien aussi comme projet.

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Arrivée de l’autre côté, mon premier plan était de me rendre au parc du cap « disapointment ». Il y a là bas un camping, et j’envisageais même de payer. Quand j’ai découvert, en y arrivant, que c’était 21 $, ça m’a un peu refroidit, mais je me suis que pour une fois, éventuellement… et puis je suis allé me chercher un emplacement, et j’ai vu tout ces campings cars gigantesques, et tout ces gens, dedans, en train de regarder leurs petites télés. Ou bien les deux voisins, qui font chacun leur feu de camp, mais qui ne se parlent pas. Ça m’a fait passer l’envie. J’ai fait demi tour, et je suis revenu dans la petite ville de Ilwaco, un peu avant. J’ai décidé que cette nuit je testais les capacités de caméléon du Pourquoi Pas ? ! Passera-t’il inaperçu garé dans une rue parmi d’autres voitures, c’est la question que je me demande. Je m’imagine une voix à l’accent marseillais me sortir à 2 heures du matin « police municipale, papier du véhicule s’il vous plaît ». Bon, évidemment, les chances que je tombe sur un policier marseillais récemment muté sur la côte ouest sont relativement faibles. Mais… qui sait !