Les aventures du Pourquoi Pas ?

Sur les routes d'Amérique du Nord, à bord du Pourquoi Pas ?

Retour dans le nord


Après avoir été cambriolé, je me suis presque demandé à chaque fois que je rentrais chez moi si j’allais retrouver la porte débarrée. Ça m’a finalement passé quand j’ai déménagé, un peu plus d’un an après.

Cette nuit, c’était la première nuit que je dormais à nouveau seul, et j’avoue que je n’ai pas vraiment bien dormi. Je pensais être à côté d’une petite route tranquille et déserte, mais il y a quand même eut du passage, et je me demandais à chaque voiture si elle allait s’arrêter. Le côté « amusant », c’est que des fois je me demandais si elle allait s’arrêter pour prendre une autre vitre comme cible, et d’autres fois je me disais qu’elle allait simplement me dire que je n’avais pas le droit de dormir ici. Bref, je me réveille encore bien fatigué, ce qui n’est jamais vraiment agréable. Je me demande juste combien de temps ça durera. En même temps, si on y pense bien, n’ayant plus de vitre arrière… enfin bon…

Le fait de se réveiller dans les bois, par contre, est vraiment super agréable. Même si c’est humide, froid, et encore sombre. Ces arbres géants aident à retrouver la sérénité.

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Je reprends la route assez rapidement, à nouveau sur un chemin inconnu, vu que lors de mon précédent passage, je m’étais offert un détour par la côte. Cette fois-ci, donc, je continuerais sur l’Avenue des Géants, histoire d’admirer encore quelques grands arbres. Toute bonne chose ayant une fin, je me retrouve à nouveau sur la 101. Après avoir délaissé une pub pour une brasserie (après tout, il est juste 11h du matin) je me laisse par contre tenter par une pub indiquant une fromagerie à Loleta, et je m’offre donc un petit détour par une mini ville tout mignonne et sympathique.

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Dans la fromagerie, il y a un gigantesque frigo, avec plein de fromages en dégustations. Que des produits maison. Le problème, c’est que les produits maisons, c’est « cheddar », « Monterey Jack », « Avarti », et tout plein d’autres trucs sans intérêt. Je les goûte tous, dans le doute, me disant que j’arriverais peut être à trouver quelque chose, mais non. Franchement, rien. Je me rabattrais donc sur un petit sac de fromage en grains. C’est toujours amusant à grignoter en roulant ! À un moment, la fromagère me demande d’où je viens. Du coup, on discute un peu, je lui explique un peu mon voyage. Elle me regarde un peu de travers et me demande « est-ce que vous avez le droit de voyager seul au moins » ? Sous-entendu, donc « est-ce que vous êtes majeur » ? La majorité, ici, est à 21 ans. Ça fait une différence avec 18, mais ça fait un moment que l’on ne m’a pas rajeunit d’autant. Comme je paie par carte de crédit, elle demande à voir ma carte d’identité. Je n’arrive pas à savoir si c’est juste par sécurité, ou si c’est parce qu’elle est persuadée que je mens, que je suis mineur en fugue, et qu’elle a envie de me dénoncer à la police. Elle semble très désappointé, et s’excuse même à plusieurs reprises en découvrant que je suis un vieillard sur qui les années sont clémentes. Dans cette même fromagerie, je vois une carte postale d’une maison complètement folle. Je retourne. C’est dans le centre ville d’Eureka. Je n’avais pas forcément prévu de m’y arrêter, mais c’est sur mon chemin, alors pourquoi pas ? Et puis à Loleta, il y a aussi une boulangerie. Je jette un oeil. Les baguettes m’inspirent énormément, et je partirais donc avec l’une d’elle. Contrairement aux fromages, c’est une parfaite réussite, et ça sera mon repas de midi : un sandwich croûtémie (ça change du croûtoumie).

Retour sur la 101, arrivée à Eureka, parking sans problème en centre-ville, et petite promenade aléatoire dans le vieux quartier, et ses quelques magnifiques spécimens de maisons victoriennes.

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Et puis il y a surtout celle que j’ai repéré sur la carte postale, et que franchement, je trouve magnifique dans son style. Depuis que j’ai déménagé dans un manoir victorien (notez bien que j’ai dit « depuis que j’ai déménagé » plutôt que « depuis que j’habite dans », qui n’est pas vraiment encore tout à fait le cas), je fais de plus en plus attention à tout ce qui est victorien. Et je me rends compte que j’aime bien ça. Même si je l’associerais plus facilement à la région de Boston et de Providence à cause des écrits de ce cher Howard Philipp, j’ai vu quelques modèles intéressants à Santa Cruze et à San Francisco. Celui-ci, en tout cas, est très clairement un lieu de rassemblement d’adepte du mythe.

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L’heure passant, je m’en retourne tranquillement vers la voiture. J’avais prévu de reprendre la route, mais une micro brasserie m’a fait un croche pied, et j’ai donc été obligé de passer un peu de temps à déguster une « 8 balls », une brune sans grand intérêt.

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Et puis cette fois, pour de vrai, je remonte en voiture, direction Arcata. Je sais bien que ma démarche est irrationnelle, et que je ne retrouverais pas Tassa. Même si elle est à Arcata présentement, je n’ai pas l’intention d’arpenter toutes les rues au hasard pour la retrouver. De toutes façons, d’après Mowgly, elle avait prévu d’être à Big Bend elle aussi… c’est sans doute parce que je n’y crois pas, et que je n’ai pas vraiment envie d’y croire, que je le hasard ne me fait pas croiser Tassa. De toutes façons, le hasard est un truc bizarre qui fait que quand tu essaies de faire qu’un truc arrive par hasard, c’est plus du hasard, et par conséquent, ça ne peut pas arriver par hasard.

Je reprends le volant, pour prendre la 299 en direction de Redding. Mais je ne prévois pas me rendre jusque là, je tourne un peu avant, à Weaverville, pour prendre une petite route parallèle à l’autoroute 5 (la 3) qui me ramènera à Yreka. Ça commence à être dur de trouver des routes que je ne connais pas dans le coin, mais ça continue à marcher encore !

La route commence assez jolie, et ne fais que s’améliorer. L’automne, c’est très clairement la saison où les auto-stoppeurs poussent sur le bord des chemins. Je m’arrête pour en ramasser deux.

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Le gars s’appelle Monk, la fille, je ne suis même pas sûr qu’elle a pensé à dire son nom. Les deux sont… disons bien fatigués. Je discute quand même un peu avec Monk, pendant que la fille, un sourire gigantesque aux lèvres, regarde défiler le paysage, en rigolant toute seule de temps en temps. Monk à 20 ans, originaire de l’Illinois (dans le coin de Chicago donc) ; sur la route depuis 3 ans, parce qu’il aime la liberté. L’hiver, il le passe dans sa maison (chez ses parents, j’imagine). Il économise de l’argent, en but d’acheter un bateau, et de faire le tour du monde. Ce qui est assez amusant, c’est qu’il est à la fois très fatigué, et probablement un peu gelé, mais qu’il se rappelle des bonnes manières de l’auto-stoppeurs. Donc il parle, il pose des questions, mais souvent il oublie d’écouter la réponse, et passe à autre chose. Bref, ça fait un peu de compagnie, mais pas trop longtemps, c’est parfait. Je les dépose à la sortie de Weaverville, et je prends sagement la route numéro 3. J’ai même pu faire des photos, parce que franchement, la route était grandiose, et ça le justifiait. Plutôt trois fois qu’une !

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Je roule encore un peu, parce que demain je dois être à Eugène. J’ai même une couchsurfeuse qui m’attend. Ça faisait longtemps ! Eugène, c’est encore pas mal loin d’ici, mais rendu à Yreka, c’est que de l’autoroute. J’ai déjà fait les routes panoramiques alternatives, et depuis le temps que je veux découvre Eugène, Portland et le nord de l’Oregon, il faut que je me décide. Et ça implique de me bouger un peu, bon !

Je regarde à gauche et à droite de la route. À priori, je suis de retour dans le pays de Big Foot, version sud est (alors que Happy Camp est au nord ouest avant). Mais personnellement, je n’ai aucun problème avec lui, donc tout va bien. J’hésite, à un moment, à rouler jusqu’à Yreka, et à me trouver une aire de repos, mais je n’ai pas envie de m’arrêter trop tard ce soir. J’ai envie de jongler un peu et puis j’ai toujours un contrat à avancer. J’aurais la matinée de demain pour la route panoramique et magnifique, et ensuite le début d’après midi pour l’autoroute.

Je trouve finalement un endroit qui me convient. Un petit chemin qui n’en est pas vraiment un, et qui s’éloigne de la route principale. De jour, je suis un peu visible, mais de nuit et la lumière éteinte, on ne me verra pas de la route. Et comme ça n’est pas un chemin, aucun risque, en principe, que quelqu’un passe à côté du van. Ça devrait donc être parfaitement tranquille. Je jongle un peu pendant qu’il fait encore jour. J’ai quasiment pris le truc avec les trois massues, mais c’est pas tout à fait ça. Si je continue régulièrement, par contre, ça ne devrait bientôt plus être un problème. Avec trois balles, par contre, ça marche tout seul, et j’envisage de plus en plus d’en rajouter une quatrième.

Quand la nuit tombe, je réintègre tranquillement le Pourquoi Pas ?. Je finis ma baguette de pain, que j’accompagne de quelques crottes de fromage. En guise de légumes, j’ai acheté deux avocats un peu plus tôt. J’en jette un des deux complètement pourri, et l’autre ne goûte pas grand chose. Enfin… c’est toujours ça ! Installé bien confortablement, il ne me reste plus qu’à me plonger dans mon livre pour quelques heures, avant d’éteindre sagement la lumière, et de m’offrir une longue et belle nuit de sommeil !

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