Dernière ligne droite
Je commence à avoir vraiment mal aux jambes, et je mangerais bien une ou deux barres de céréales pour me donner un dernier boost d’énergie. Malheureusement, j’ai mangé la dernière au sommet de Half Dome. Je sais que je suis presque rendu. Il ne reste qu’une dernière petite montée, et une longue descente pénible. J’avais dit à Fannie que j’avais assez d’énergie pour grimper la petite montée en courant. Et puis finalement, par flemme, je ne l’avais pas fait. Je la regarde, qui me nargue à nouveau. Au point où j’en suis… mes jambes se posent un peu des questions, ne comprennent pas trop ce qui leur arrivent, mais me voilà en haut, sans aucun problème. La dernière descente est longue, comme la première fois. Elle aussi, je la coure de temps en temps. C’est à la limite moins fatiguant.
Vernal Falls
Et puis j’arrive finalement à mes chéries ; Vernal Falls, qui avaient presque réussi à déloger Wapta Falls dans mon coeur. Elles se partagent désormais la première place dans ma liste de cascades préférées… elles aussi ont perdu beaucoup, pourtant, elles gardent cette magnificience qui m’avait fasciné. La paroi d’où elles tombent est encore aussi lisse, encore aussi belle.
Septembre :
Et oui ma bonne dame, pour la deuxième fois, c’est tout pareil la même !
Nevada Falls
J’attaque la redescente, avec enthousiasme et un grand sourire. Je reconnais les paysages avec amusement. Je n,aurais jamais pensé revenir ici aussi rapidement. D’ailleurs, même en quittant Montréal, je ne pensais pas revenir ici. Même en arrivant à Burning Man, je ne pensais pas continuer vers le sud… j’aime toujours autant mon plan de voyage complètement erratique, qui me fait faire des choses complètement folles.
Je retrouve Nevada Falls. Je les avais vu au printemps, les revoilà à la fin de l’été. La différence de débit est impressionnante ! Elles sont encore jolies, mais ce n,est pas comparable à la puissance qu’elles avaient deux mois plus tôt.
En juin :
Mais si ma bonne dame ! Puisque je vous dis que c’est la même !
Parce que maintenant il faut redescendre ?
Je ne m’attarde pas tant que ça en haut non plus. C’est beau d’être seul et tranquille, mais en même temps, justement, je suis seul, et ça me stress un peu. Après avoir voulu avoir les câbles pour moi tout seul, j’espère maintenant avoir un peu de compagnie pour la descente. C’est ce qui me stress le plus. Dans la montée, j’étais plus inquiet par la perspective de devoir redescendre. Enfin… maintenant que je suis en haut, je n’ai plus le choix… une fois où j’étais monté au grenier avec Dominique, Michael et Xavier, à l’époque où il y avait juste une échelle trop courte pour y accéder, j’avais réussi à négocier pour qu’ils aillent chercher une échelle plus longue pour que je puisse redescendre. Mais là, je ne me vois pas vraiment négocier. Je vois pas vraiment avec qui négocier, ni quoi de toutes façons…

Je pars tranquillement, en respirant lentement. Je ne me presse pas, je vais à la vitesse qui me convient. J’ai les câbles pour moi tout seul. Au loin, deux personnes apparaissent. Parfait, je ne suis plus vraiment tout seul. Je me répète à nouveau mon mantra dans la descente. Ça marche aussi bien. Premier passage difficile, lentement, sans problème. Deuxième passage difficile, sans problème non plus. J’ai pris le truc, j’ai le rythme, en fait ça se fait beaucoup mieux que je pensais. Découvrir que ça descend aussi bien, que mes chaussures ne glissent toujours pas, fait retomber le stress d’un coup. Je ne descendrais pas en courant, mais je descendrais assez rapidement quand même. Et je sentirais le stress disparaître complètement au moment de finalement quitter les câbles, et de revenir sur un chemin normal. Je l’ai fait ! J’ai eut ma vengeance. J’ai réussi à grimper le Half Dome, alors que j’avais déjà fait un sommet dans la même journée. Je suis heureux, content, fier.
Le Half Dome pour moi tout seul
C’est grand, c’est plat, il y a juste deux personnes. Qui attaquent la descente. J’ai le sommet du Half Dome pour moi tout seul… difficile d’imaginer que ce soit possible ! Je prends mon temps, je tourne autour, j’admire la vue sur la vallée, qui est à couper le souffle. En rien comparable avec Cloud Rest, qui est une crête, et qui offre un magnifique panorama à 360. Half Dome, il faut faire le tour pour voir toutes les montagnes environnantes. C’est grandiose également. Je suis en haut, je suis heureux, je profite un peu de la tranquillité des lieux. Un petit coup d’oeil à ma montre me confirme que je suis parfaitement dans les temps.
Le retour du fils de la vengeance de la mort qui tue et du parasol maudit
Et finalement, la Cable Route apparaît devant moi. Toujours aussi impressionnante, toujours aussi intimidante pour le jeune homme parfois atteint de vertige que je suis. La bonne nouvelle, par contre, c’est qu’elle est quasiment vide. Il y a juste quelques personnes en train de descendre. Je vais pouvoir monter à mon rythme, comme j’en ai envie, sans me faire bousculer. Je reste un peu mal à l’aise quand même… enfin… j’attaque. Je monterais sans gant, me rappelant le commentaire de Fannie « je fais de l’escalade, j’ai plus confiance en mes mains qu’en des gants ». J’avoue que je partage un peu cet avis. Je serais plus à l’aise à mains nues.
Le début se fait sans problème, mais ça devient vite pas mal plus raide. Une fois de plus, je suis fasciné par mes chaussures, qui s’agrippent à la roche. Je croise les deux premières personnes sans problème : il y a largement assez de place. Mais juste après, je vois un gars qui, au lieu de descendre à reculons, comme il est on ne peut plus logique et normal de faire, se retourne avant de se glisser sous les câbles. Je commence à le maudire intérieurement. Pourquoi est-il obligé de faire n’importe quoi ? Finalement, il s’assoie, cramponné au câble, le temps de faire quelques photos. Ok, il n’a pas forcément l’intention de faire n’importe quoi, mais en même temps, ça a suffit à me donner un coup de stress. Je me sens beaucoup moins confortable. Je me force un peu pour monter encore deux « étapes » (les petites barres en bois, qui servent plus ou moins de marches pour se reposer). J’arrive à une saillie dans le rocher, ou je peux m’asseoir très confortablement. Il reste encore quelques personnes dans la descente. Je m’installe, et j’attends. J’essaie de me calmer, de me raisonner, de me dire que si il y a tant de gens qui montent à tout les jours et que ce n’est pas fermé, ça ne doit pas être si dangereux. S’il y avait des morts à tout les jours, ça serait sans doute fermé depuis longtemps. Ce qui est bien, c’est que je peux reprendre mon souffle sans problème. Le fait de pouvoir contrôler ma respiration aide énormément. Je sais que je suis allé un peu plus loin que la première fois. Fannie m’avait dit que j’avais fait demi tour dans l’endroit le plus difficile. Ça veut dire que je n’ai plus trop d’efforts à faire. Je m’invente un petit tantra hyper positif que je me répète en boucle. C’est fou comment ça aide ! Je reprends l’ascension, un peu rapidement, sans m’arrêter, pour ne pas me poser trop de questions. Et puis soudainement, c’est beaucoup moins raide, ça se fait tout seul, sans problème. J’ai un peu du mal à y croire. J’ai réussi à le faire. Je suis rendu au sommet.
Pour les photos de la Cable Route, version « avec touristes » :
http://sc.c-pp.biz/calivada/?p=406
Les escaliers du Mordor
J’avais oublié à quel point cette dernière ascension est impressionnante, surtout de loin. Avec Fannie, je l’avais comparé au chemin que prennent Frodon et Gollum pour entrer en Mordor. Oui, j’assume parfaitement mes références culturelles. La moitié des marches sont sculptées à même la pierre, l’autre moitié est plus ou moins empilée pour faire quelque chose de passable.

Évidemment, ça ne rend pas grand chose en photo. En plus, je me suis dit que j’avais déjà fait des photos en juin dernier, et que c’était pas la peine d’en refaire. En fait, non, je n’en avais déjà pas fait en juin dernier. Il ne vous reste plus qu’à regarder le Seigneur des Anneaux si vous voulez avoir une meilleure idée de l’ascension !
Tickets s’il vous plaît
Pour accéder à la Cable Route, il y a un premier dôme, déjà bien raide à monter. En bas du dôme, deux personnes attendent.
« Bonjour, vous avez vos billets pour faire le dôme ?
– Euh… ce n’est pas seulement les samedis et les dimanches ?
– Non. Vendredi, samedi, dimanche et jours fériés.
– Ah oui mais euh…
– Mais bon. Bonne nouvelle, il nous en reste quelques uns !
– Ah bin ouf… merci beaucoup ! »
J’ai eut un moment d’inquiétude. Arriver jusqu’ici et devoir faire demi tour, ça m’aurait frustré un peu. J’étais prêt à argumenter pendant un moment, négocier, tout ça tout ça, mais finalement, je n’en ai pas besoin. Tant mieux.
On prend une grande respiration
Et puis soudain, je reconnais le chemin. À gauche, on redescend vers Nevada Falls, à droite, on remonte vers Half Dome. Je viens donc de rejoindre le sentier que j’avais déjà fait avec Fannie. J’attaque tout ça d’un bon pas, en continuant de surveiller ma montre pour être sûr que je vais pas me retrouver dans le noir au milieu de nul part. Si le milieu de nul part est beau dans le jour, il est beaucoup plus désagréable de nuit.
Cloud Rest est dans les 3300 mètres environ. Je suis arrivé en haut sans être essoufflé, sans avoir le souffle court. En fait, depuis Banff, je suis quasiment tout le temps au dessus des 2000 mètres d’altitude. J’avais fait deux sommets un peu au dessus de 3000, et j’avais en effet senti la différence d’altitude. Mais depuis, à part les quelques jours en Oregon, je suis resté toujours au dessus de 2000, et très souvent proche des 3000. Du coup, je suis parfaitement acclimaté à l’altitude. Je me souviens qu’avec Fannie on avait très clairement ressenti le manque d’oxygène. On avait fait la fin de la randonnée beaucoup plus tranquillement. Je suis très clairement en meilleure forme, et l’oxygène n’est pas un problème. Ça fait du bien !


























