Première tempête de sable
Et puis tous se termine ; trop rapidement. Les bâtiments s’effondrent les uns après les autres, les flammes diminuent, le brasier se calme tranquillement. Je n’attendrais pas la fin complète. J’en ai assez pour aujourd’hui. Je remonte sur mon petit vélo, et tente de rentrer au camp.
Tente, parce que le vent se lève tranquillement. De plus en plus. Des nuages de poussière remplissent le ciel nocturne. C’est con : je m’étais habillé léger ce soir. Je n’ai ni le masque, ni les lunettes, alors que je me retrouve dans ma première vraie tempête de sable. En fait, c’est exactement la même chose qu’une tempête de neige, sauf qu’on ne risque pas de mourir de froid, et qu’après, on ne peut pas faire de bataille de boules de neiges. Il y a des gens un peu partout, mais ils disparaissent rapidement dans le sable. C’est comme la musique : on l’entend, mais comme il y a de la musique absolument partout, difficile de savoir où l’on va. Bref, il n’y a pas vraiment de points de repères. La plus part des lumières, se sont des véhicules qui se déplacent, donc…
J’avance au hasard, suivant la masse de gens dans un premier temps, puis me retrouvant de plus en plus tout seul. Je pense que la plupart du monde s’est arrêté pour attendre que ça passe. Moi je continue bravement (bêtement ?). Je me dirige au jugé, essayant de garder la direction que je pense être la bonne. Man, qui pourtant est un repère extrêmement efficace, est invisible. J’en ai plein les yeux, c’est pas agréable. En même temps, j’ai aucune inquiétude : je me dirige vers un demi cercle ; les chances que je rate la ville sont à peu prêt nulles. Et une fois que j’aurais rejoint les bâtiments, je retrouverais le camp sans problème. L’expérience n’en reste pas moins intense, et je suis très content quand Man réapparaît. Je me suis pas complètement planté au niveau de l’orientation, mais je ne pensais pas arriver ici quand même. Avec mon nouveau point de repère, je retrouve la ville puis le camp assez rapidement. Celui-ci est vide. Je passe devant un miroir, me regarde. Explose de rire. Je prends quelques photos pour immortaliser mes 75 ans.
Metropolis, la fin est proche
Et puis Drew nous parle d’une rumeur qu’il a entendu. Il se passerait quelque chose au temple, ce soir, à la tombée de la nuit, puis ensuite quelque chose d’énorme, plus tard, à Métropolis. Personnellement, ce genre de rumeurs suffit à faire mon plan de soirée. Je prends mon petit vélo et me dirige vers le temple. La rumeur ne semble pas trop s’être répandu. Il n’y a pas vraiment de mouvement de foules. En même temps, pour le moment, il n’y a rien à voir. À chaque fois que je suis allé au temple, il y avait au moins une personne en train de jouer de la musique. Je regrette fortement l’absence de piano en ces lieux d’ailleurs. Ce soir, c’est un gars qui joue de la guitare ; j’aime énormément ce qu’il fait ; ça convient parfaitement à l’endroit.
Et puis il y a un gars qui passe avec un mégaphone, et qui confirme que ce soir, à Métropolis, il va y avoir quelque chose à ne pas manquer. Le mouvement de foule commence à se créer.
Métropolis, je n’y suis pas allé. Ça fait parti des énormes constructions que l’on retrouve, passé Man et le temple. Ça, ça veut dire pas mal loin. Il s’agit de 4 immeubles (relativement haut si l’on considère qu’ils ont été construits juste pour l’occasion) référence directe aux bâtiments de San Francisco. Un gigantesque cercle de sécurité entoure tout ça, et une équipe de surveillance s’assure que personne ne rentre. On est vraiment très loin. Vue l’allure des bâtiments, vu le programme, je m’attends à priori à une magnifique mise à feu. Après tout, il faut bien compenser la Fallah que j’ai ratée ! Je m’assoie, prépare mon matériel photo, et attend sagement. Tout le monde converge, petit à petit. Contrairement à la Tohu, la place ne manque pas vraiment. Les gens s’étalent à n’en plus finir. L’ambiance est bon enfant, la tension monte petit à petit.
C’est également devenu un point de convergence pour les véhicules mutants. Les véhicules équipés de lance flamme semblent s’être installés régulièrement, tout autour du cercle. Les flammes sortent donc d’un peu partout, de plus en plus souvent, au fur et à mesure que la tension monte. Et puis il y a une première lumière, quelques autres. Des feux d’artifices, des flammes qui commencent. Le tout prend feu, petit à petit. On nous a promis des grosses explosions ? On en aura trois. Embrasement complètement hallucinant, où de véritables boules de feux remplissent le ciel. Au jugé, les bâtiments font une trentaine de mètres de haut. Au jugé toujours, les boules de feu doivent faire dans les soixante mètres. C’est hallucinant ! J’adore. Tout comme j’aime mon appareil photo, que je maîtrise parfaitement. Je peux prendre quantité de photos, donc, et ajuster les réglages super rapidement, au fur et à mesure de la combustion. Je suis ravis. C’est un peu un cadeau bonus, vu que je m’attendais à ne voir que Man et le temple en grosse combustion. J’aurais donc eut ma Fallah moi aussi !
Saumon fumé au milieu du désert
Retour au camp pour la bouffe commune. Je suis agréablement surpris de découvrir que toutes ces bouffes communes sont bien organisées, bien préparées. Du coup, à chaque fois on mange vraiment bien. Un bon repas par jour, ça se prend bien. Surtout quand les gens sortent du saumon fumée d’une glacière. Certes, là encore, c’est une abération de manger du saumon fumée en plein désert… mais c’est bon !
Critical Tits Mass
Je quitte juste au moment du Critical Tits Mass. Le « Critical Mass », c’est un mouvement qui a commencé je ne sais plus où, mais qui s’est pas mal répandu. Tout les premiers vendredi du mois, les vélos envahissent les grandes villes, pour revendiquer la place à laquelle ils ont le droit. La masse faisant la force du critical mass, c’est un peloton qui se déplace dans les villes, à la vitesse de son choix, et généralement en imposant son rythme à tout le monde. Le Critical TIts Mass de Black Rock City est une invitation à toutes les femmes de la ville à se promener les seins à l’air. Évidemment, il y en a toujours pas mal plein, tout le temps et partout. Des gens nus ou semi-nus. Là, c’est pas loin de 3000 femmes qui se déplacent toutes ensembles, toutes en vélo. C’est plus amusant à voir qu’autre chose.
Essayer de préparer la suite
Les crêpes, c’était définitivement une bonne idée. Je fais halluciner un certains nombre de personnes quand je sors du van, à moitié endormi, une assiette remplie d’une quarantaine de crêpes à la main. Les gens se précipitent dessus tout en me remerciant. Laura me fait un câlin ; plusieurs autres personnes suivent. Je ne peux pas imaginer plus belle façon de commencer une journée. C’est agréable, ça fait du bien. Quelqu’un a amené un pot de nutella. La vie est belle.
Avec tout ça, je nai pas beaucoup dormi et j’ai du mal à me réveille. Depuis le début de la semaine, la température monte un peu plus à chaque jour. Je me demande jusqu’à où on va se rendre… en tout cas, c’est très clairement trop à mon goût. Le chaud semble être comme le froid : les 2 ou 3 degrés qui séparent la journée d’hier à celle d’aujourd’hui font vraiment toute la différence. Comme ceux qui font passer de -18 à -21. J’avoue que je serais curieux de savoir combien il fait. J’essaie de comparer avec mes souvenirs de la Death Valley, quand on a eut un +45, mais on avait la clim dans la voiture, on se cachait régulièrement, et on y restait qu’une journée. C’est très clair que la semaine sera un exercice d’endurance ; je le ressens de plus en plus. J’aime connaître mes limites pour plein de choses, je les connaitrais probablement bientôt pour le désert. J’ai l’impression que la journée de lundi sera de trop. Mais en même temps, j’ai bien envie de partir en fin de journée lundi. Pas envie de partir en même temps que tout le monde et rejouer le jeu du traffic une fois de plus. Et puis surtout, j’ai envie de voirl les lieux vides. Enfin… relativement vides. Tout ne disparaîtra pas lundi, c’est évident, mais il ne restera quansiment plus rien je pense.
Mon programme d’après Burning Man se précise. Remonter en Oregon me semble définitivement la chose à faire. En arrivant depuis Klamath Falls, j’ai traversé une très belle zone désertique, où je pensais m’arrêter à mon retour. Plus j’y pense, plus j’ai l’impression que je referais des photos par la fenêtre, et que ça sera bien assez. Enfin, pour ça on verra lundi comment je me sens. Je me donne trois ou quatre semaines pour remonter la côte ouest. Oregon et Washington. J’en parle un peu autour de moi, et j’ai vraiment l’impression que c’est la chose à faire. Il semblerait en plus que ce soit la plus belle période pour découvrir la zone alors… pourquoi ne pas en profiter ? Et puis après, deux options : retour sur Montréal quasiment direct, via Yellowstone, le sud du Dakota et Chicago, ou retour sur Montréal un peu moins direct, via Yellowstone, le sud de l’Utah et ses canyons, Four Corners, St Louis et Chicago. La deuxième option me tente plus, mais est pas mal plus longue. Donc ça va dépendre de la tête de mon budget dans trois semaines. Ça dépendra aussi de deux ou trois événements plus ou moins hors de mon contrôle. Enfin, au moins je suis à nouveau décidé, et je sais où je m’en vais.
Il fait chaud, je n’ai pas vraiment d’énergie. Pas plus le goût de bouger que ça. Je passerais donc l’après midi au camp, comme pas mal de gens en fait, à simplement discuter, et rien faire. C’est aussi l’une des raisons pour laquelle je suis là après tout : rien faire, me reposer, relaxer. Certes, par cette température, le repos n’est pas des plus agréables, mais c’est toujours ça. Tout le monde a apporté des trucs à grignoter. Du coup, l’après midi à relaxer à un petit côté « après-midi grignotage sans fin (et sans faim d’ailleurs) ». Enfin, une fois de temps en temps, pourquoi pas j’imagine ?
De retour au temple
Il y a un petit feu ; un groupe de personnes est assis autour. Je prends ma place. Les gens se parlent naturellement, spontanément, et je me retrouve à discuter pendant quelques temps avec une fille de Colombie Britannique. Échange d’impressions, de sentiments. Elle me confirme un autre ressenti : Burning Man, c’est tout ce que l’on veut. Burning Man, c’est ce que l’on en fait. On trouve tout ce qu’il nous faut, et ça vient répondre exactement à nos besoins. Elle me dit que si je reviens l’année prochaine, je verrais très probablement quelque chose de complètement différent. Je la crois sans problème. Je lui dis, à moitié en rigolant, que c’est une excellente thérapie.
Le temple est un endroit extrêmement serein, qui déborde de témoignages en tout genre. La plupart sont pour des personnes décédées. Il y a également beaucoup de preuves d’amour. L’ensemble est extrêmement touchant. Tout cela partira en flamme dans quelques jours à peine. Je reste un long moment à réfléchir/méditer, sur beaucoup de choses. Je suis dans un état d’esprit très particulier. Le temple me met à chaque fois dans un état d’esprit étrange. Je ne serais même pas surpris quand, à un moment, perdu dans mes réflexions, perdu dans la musique qui joue autour, je verserais quelques larmes. Sans raison apparente.
J’apprendrais à un moment qu’il est 4h du matin.
Je finis par reprendre la route du camp. Une dernière chose à faire avant d’aller me coucher : faire cuire des crêpes pour tout le monde. Pour le plaisir de voir leur tête demain matin. J’en ferais une quarantaine, pendant que le soleil se lève. Je peux me coucher, en paix avec moi même.
Une autre soirée à danser
De retour au camp, il y a un groupe de gens qui se prépare tous à aller à la même place, à l’autre bout du monde, pour aller danser. Comme d’habitude, un groupe d’une dizaine de personnes, c’est dur à mettre en branle, mais on se retrouvera finalement à marcher tous ensemble dans la joie et la bonne humeur. Après seulement ces quelques jours, je sens que je suis totalement à ma place au milieu de tout le monde. J’ai fait mon trou, j’ai pris l’espace qui me fallait, et on m’a laissé exactement ce dont j’avais besoin. Tranquillité quand j’ai besoin d’être seul, amis quand j’ai envie de discuter… je m’intègre sans problème. C’est d’ailleurs, il me semble, la première fois que je réussi aussi bien et aussi rapidement une intégration dans un groupe. Quand je dis que Burning Man est un endroit fait pour moi…
La marche est longue, mais on finit par arriver à une scène avec de la musique sympa, et c’est reparti pour une soirée à danser. Je déborde d’énergie et d’enthousiasme. Je m’amuse comme un fou. Les gens partent, petit à petit, fatigué. Je me retrouve tout seul, à continuer pendant un moment encore. Il y a du feu un peu partout autour de nous. Régulièrement, une grande traînée de flamme illumine le ciel. Et puis finalement, lassé par la musique, je décide de continuer mon chemin. Je m’offre un détour par le temple.
Crachage de feu et thunder dome
Sur le chemin nous ramenant au camp, on passe à côté d’un groupe d’artiste de feu, qui me laisse utiliser leur matériel. Je me retrouve donc avec un bâton, et ma bouteille de parafine. Ça faisait longtemps ! C’est la première fois que j’essaie le bâton. Ça tombe bien, ça fait un moment que je voulais essayer. Ça vient confirmer une impression : si j’aime les poïs, si je trouve même ça plus beau que le bâton, j’ai vraiment l’impression que ce n’est pas un outil qui me convient. Le bâton, par contre, me suit parfaitement. Le genre de mouvements que j’aime faire accompagne très bien le bâton. Il est temps que je change d’arme !
On s’arrête aussi au « Thunder Dome ». Le dôme du tonnerre. Oui, exactement comme dans Mad Max ! Une énorme structure en métal, une demi sphère, à l’intérieur duquel deux personnes se battent. Les spectateurs se massent autour du dôme, et grimpent dessus pour mieux assister au spectacle. Sanglant ? Pas tant que ça, quand on se bat attaché par des élastiques et avec des épées en mousse. Mais grandiose et épique, sans aucun doute !

























































