Les aventures du Pourquoi Pas ?

Sur les routes d'Amérique du Nord, à bord du Pourquoi Pas ?

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Le parking habituel

Et maintenant, il faut redescendre. Je pourrais prendre le même chemin, éventuellement, mais je préfère essayer de trouver le sentier. Je n’ai aucune idée de où il part, mais il y a un couple au sommet du dôme. Je les rejoins ; on discute un peu pendant la descente. Ils sont de Los Angeles, et sont bien sympa. Oui, ils ont des prénoms, mais je bas un record. À peine le gars me les dit que je les ai déjà oublié. Même pas le temps de répéter. C’est grave docteur ?

Le chemin bifurque à un moment. Ils partent à droite, je pars à gauche. Je finis sagement la descente, dans le noir, dans les bois, en chantant à tue tête pour traumatiser les ours. Et au cas où je tombe sur un ours sourd, je ramasse une énorme branche sur le bord du chemin.

Je reviens au Pourquoi Pas ? sans encombre. Une fois de plus, je quitte le parc, pour retourner sur mon petit parking habituel. J’y suis bien, on y dort bien, et j’ai des toilettes juste à portée ! En plus, j’ai eut une idée pendant ma descente nocturne. Si j’ai le début et la fin de mon livre, un peu de milieu aussi, je n’avais pas encore réussi à ce que mon personnage quitte Montréal. Ça y’est, c’est fait, avec l’aide d’une bibliothécaire des plus charmantes. Comme quoi, on trouve toujours de l’aide dans des endroits inattendus ! Et puis j’en profite aussi pour ajouter Névé, petite boule de poils blanche qui m’avait traversé l’esprit il y a quelques jours. J’écris dans un désordre le plus complet, mais j’aime ça. Et peut être même qu’à la fin ça tiendra la route !

Les joies de la technologie

Et puis je me pose avec mon livre, et mon logiciel qui est une vraie catastrophe… sauf que toutes mes dernières journées y sont enregistrées, ainsi que pas mal de jours sur lesquelles j’avais du retard… bref… chaque opération demande des heures d’attentes que je ne comprends pas. Ça me permet d’avancer dans ma lecture. En fait, je laisse complètement tomber le blog. Dès que je peux, j’uploade tout ce que j’ai, et je désinstalle ce logiciel au plus vite !

Parce que maintenant il faut redescendre ?

Je ne m’attarde pas tant que ça en haut non plus. C’est beau d’être seul et tranquille, mais en même temps, justement, je suis seul, et ça me stress un peu. Après avoir voulu avoir les câbles pour moi tout seul, j’espère maintenant avoir un peu de compagnie pour la descente. C’est ce qui me stress le plus. Dans la montée, j’étais plus inquiet par la perspective de devoir redescendre. Enfin… maintenant que je suis en haut, je n’ai plus le choix… une fois où j’étais monté au grenier avec Dominique, Michael et Xavier, à l’époque où il y avait juste une échelle trop courte pour y accéder, j’avais réussi à négocier pour qu’ils aillent chercher une échelle plus longue pour que je puisse redescendre. Mais là, je ne me vois pas vraiment négocier. Je vois pas vraiment avec qui négocier, ni quoi de toutes façons…

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Je pars tranquillement, en respirant lentement. Je ne me presse pas, je vais à la vitesse qui me convient. J’ai les câbles pour moi tout seul. Au loin, deux personnes apparaissent. Parfait, je ne suis plus vraiment tout seul. Je me répète à nouveau mon mantra dans la descente. Ça marche aussi bien. Premier passage difficile, lentement, sans problème. Deuxième passage difficile, sans problème non plus. J’ai pris le truc, j’ai le rythme, en fait ça se fait beaucoup mieux que je pensais. Découvrir que ça descend aussi bien, que mes chaussures ne glissent toujours pas, fait retomber le stress d’un coup. Je ne descendrais pas en courant, mais je descendrais assez rapidement quand même. Et je sentirais le stress disparaître complètement au moment de finalement quitter les câbles, et de revenir sur un chemin normal. Je l’ai fait ! J’ai eut ma vengeance. J’ai réussi à grimper le Half Dome, alors que j’avais déjà fait un sommet dans la même journée. Je suis heureux, content, fier.

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Le retour du fils de la vengeance de la mort qui tue et du parasol maudit

Et finalement, la Cable Route apparaît devant moi. Toujours aussi impressionnante, toujours aussi intimidante pour le jeune homme parfois atteint de vertige que je suis. La bonne nouvelle, par contre, c’est qu’elle est quasiment vide. Il y a juste quelques personnes en train de descendre. Je vais pouvoir monter à mon rythme, comme j’en ai envie, sans me faire bousculer. Je reste un peu mal à l’aise quand même… enfin… j’attaque. Je monterais sans gant, me rappelant le commentaire de Fannie « je fais de l’escalade, j’ai plus confiance en mes mains qu’en des gants ». J’avoue que je partage un peu cet avis. Je serais plus à l’aise à mains nues.

Le début se fait sans problème, mais ça devient vite pas mal plus raide. Une fois de plus, je suis fasciné par mes chaussures, qui s’agrippent à la roche. Je croise les deux premières personnes sans problème : il y a largement assez de place. Mais juste après, je vois un gars qui, au lieu de descendre à reculons, comme il est on ne peut plus logique et normal de faire, se retourne avant de se glisser sous les câbles. Je commence à le maudire intérieurement. Pourquoi est-il obligé de faire n’importe quoi ? Finalement, il s’assoie, cramponné au câble, le temps de faire quelques photos. Ok, il n’a pas forcément l’intention de faire n’importe quoi, mais en même temps, ça a suffit à me donner un coup de stress. Je me sens beaucoup moins confortable. Je me force un peu pour monter encore deux « étapes » (les petites barres en bois, qui servent plus ou moins de marches pour se reposer). J’arrive à une saillie dans le rocher, ou je peux m’asseoir très confortablement. Il reste encore quelques personnes dans la descente. Je m’installe, et j’attends. J’essaie de me calmer, de me raisonner, de me dire que si il y a tant de gens qui montent à tout les jours et que ce n’est pas fermé, ça ne doit pas être si dangereux. S’il y avait des morts à tout les jours, ça serait sans doute fermé depuis longtemps. Ce qui est bien, c’est que je peux reprendre mon souffle sans problème. Le fait de pouvoir contrôler ma respiration aide énormément. Je sais que je suis allé un peu plus loin que la première fois. Fannie m’avait dit que j’avais fait demi tour dans l’endroit le plus difficile. Ça veut dire que je n’ai plus trop d’efforts à faire. Je m’invente un petit tantra hyper positif que je me répète en boucle. C’est fou comment ça aide ! Je reprends l’ascension, un peu rapidement, sans m’arrêter, pour ne pas me poser trop de questions. Et puis soudainement, c’est beaucoup moins raide, ça se fait tout seul, sans problème. J’ai un peu du mal à y croire. J’ai réussi à le faire. Je suis rendu au sommet.

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Pour les photos de la Cable Route, version « avec touristes » :

http://sc.c-pp.biz/calivada/?p=406

Et si je changeais de programme ?

En même temps que ma passe annuelle, j’ai le droit à un petit journal d’information sur le parc. J’ai déjà mon guide Lonely Planet qui, en l’occurrence, déborde vraiment d’informations, mais le journal me donne quelques infos complémentaires. J’apprends, par exemple, qu’il n’y a plus de passes disponibles pour Half Dome. Je ne pourrais pas le faire demain. Je ne le ferais pas aujourd’hui non plus. Une autre fois ? Peut être… en même temps, je n’ai toujours pas de nouvelles de Laura… je voulais être à San Francisco samedi ou dimanche pour la voir, mais sans nouvelle d’elle, ça va être dur à gérer. Et puis j’ai très clairement planifié une pause à Chicago sur le chemin du retour. Je pourrais toujours la voir là bas. Je ne sais pas comment j’arrive à me débrouiller pour être toujours un peu pressé par le temps, pour toujours essayer de tout faire à la course, alors que ce n’est pas du tout mon but. J’avais en tête l’idée de prendre ça relaxe après Burning Man, et je retombe à nouveau dans le même rythme, celui d’avoir toujours un rendez-vous un peu plus tard. Et si j’arrêtais ? Si je prenais -enfin- ça relaxe. Depuis le temps que je le dis ! Changement de programme numéro 4832 donc. Je resterais à Yosemite aussi longtemps que j’en aurais envie. Je verrais Laura à Chicago, et je ferais un petit tour pour voir Jane à San Francisco quand je serais tanné de monter des montagnes. Or il se trouve que des montagnes, dans le coin, ça ne manque pas ! La décision prise, je me sens beaucoup mieux.

J’ai fait la lessive

Mes vêtements noirs ne sont plus gris mais à nouveau noir. Mes vêtements blancs ne sont plus gris mais à nouveau blanc. Mes vêtements… bref, vous avez compris !

Petits cours pratiques

Comme prévu, je trouve une laverie assez rapidement. Et en plus, j’arrive à pirater une connexion internet dans les environs. C’est parfait. Pour compléter, il y a une épicerie où je vais pouvoir acheter du produit à lessive et un coupe ongles (oui, ça aussi ça devient nécessaire). Je prépare donc mon sac de linge sale, change de pantalon pour laver celui que je porte présentement, prends mon porte feuille pour aller faire les courses, faire la porte, et regarde mon pantalon à l’intérieur. Oui, celui dans lequel j’ai mis mes clés en sortant de la voiture. « Seb embarré en dehors du Pourquoi Pas ?, deuxième prise ». Bon, en même temps, j’ai mon portefeuille et une épicerie juste à côté, ça ne devrait pas poser trop de problèmes. Tout ce dont j’ai besoin, c’est d’un cintre. La suite, je maîtrise parfaitement.

Bon, évidemment, ils en ont des cintres, mais juste en plastique. Les vieux modèles pour voleur de voitures, ils ont arrêté de les faire. Pas grave, je trouve mon bonheur au rayon « barbecue ». Et oui, je vais devenir le premier voleur de voitures qui débarre les portes de l’extérieur avec des piques à brochettes ! Je fais donc mes petites emplettes, et m’installe avec mes piques. Échec critique avec le premier : je le laisse tomber dans la porte. Celle-ci fera sans doute « gling gling » à l’avenir… Je recommence donc avec un deuxième, en faisant plus attention. Je n’en ai que trois, je n’ai pas trop le droit à l’erreur !

Je me rends malheureusement compte que les piques à brochettes vendus chez Safeway sont trop courts pour pratiquer du crochetage de serrure. Je me bas pendant un moment, espère, attends un miracle, sans succès. En même temps, je suis au milieu d’un parking. Je me dis que peut être quelqu’un appellera la police, et que je pourrais demander un coup de main. La seule personne qui s’intéresse à ce que je fais discute un peu avec moi, me dis qu’il n’a pas vraiment ce qu’il faut pour m’aider. Je lui demande s’il y a un poste de police pas trop loin ; il me répond en rigolant qu’ils ne pourront pas faire grand chose pour moi, à part m’arrêter parce que je suis allé à Burning Man. Mouais, bon… en tout cas, la chose est claire : très prochainement, je laisse une clé cachée à l’extérieur du van !

Tiens, en parlant de police, j’en vois une de l’autre côté de la rue. Je vais donc lui demander de l’aide ; il me confirme ce que je pensais : comme à Montréal, les policiers n’ont plus le droit d’intervenir pour ouvrir les voitures barrées de l’intérieur. J’oublie de demander la raison à l’agent qui se trouve devant moi. Tout ce qu’il peut faire, c’est appeler une dépanneuse. Eux ont le droit de le faire. Il se renseigne : ça coûte 90$. Pour ce prix là, je dois pouvoir en acheter pas mal des cintres !

Je remercie monsieur l’agent, retourne faire un tour dans l’épicerie, sans succès. Je ne vois rien de mieux. Je tente ma chance dans une boutique de linge, mais comme me dit la madame, maintenant ils n’ont plus que des cintres en plastique. Les cintres en métal, c’est vieux. Vieux ? Mon regarde se porte de l’autre côté de la rue. Un motel. Rien de tel, il me semble, pour trouver des vieilleries miteuses et crasseuses ! Je demande donc de l’aide à la madame de l’accueil, qui me revient gentiment avec trois cintres en plastique. Ok, donc mon accent est toujours aussi mauvais. Je la remercie, lui réexplique. Ah ! Non, elle n’a pas de cintres en métal. Pas grave ; des motels, ça ne manque pas. Je m’essaie dans un deuxième. La madame, ici, comprends tout de suite. Bon, mon accent n’est quand même pas si mauvais alors. Elle revient rapidement avec un vrai cintre en métal. Yé ! Je suis persuadé d’être sauvé.

Je m’en reviens au van. Démonte le cintre, le tord, le pli. Trente secondes après, la porte est ouverte. Okay, ça y’est, me voilà rendu grand maître de l’ouverture de portes par l’extérieur avec un cintre en métal. Bon, par contre ça me prendra un bon 5 minutes à ressortir le cintre de la porte, mais j’y arrive quand même ! Tout cela s’est fait en plein milieu d’un parking très achalandé. Comme quoi, j’en ai confirmation une fois de plus : ayez l’air naturel, et vous pouvez voler tout ce que vous voulez !

Le photographe philosophe qui a fait le Vietnam

J’ai très clairement une étiquette « je reviens de Burning Man » sur le front. L’air un peu hagard, involontairement, en reprenant contact avec la civilisation. À marcher un peu au hasard, à moitié perdu, à essayer de comprendre ce qui m’arrive. Ça paraît que j’essaie de reprendre contact avec le monde, et que j’ai du mal. Ça paraît aussi que je n’ai toujours pas pris de douche, et que j’ai les cheveux plein de poussières.

À plusieurs reprises, des gens m’approchent, me demandent comment s’était. Évidemment, dans le coin, tout le monde connaît Burning Man. Reno est une pause obligée pour énormément de Burner. Je discute un peu, au hasard, ça fait du bien. Et puis il y a cet homme, quand même assez âgé, assis sur sa marchette. Il repère mon appareil photo plein de poussière. On commence à discuter. Burning Man ? Bien sûr qu’il connaît ; il était aux deux premiers. D’après ce que j’ai lu, le premier, c’était seulement 20 personnes… me voilà assez impressionné… on parle pendant pas mal de temps. De voyages, évidemment, mais aussi de linguistique. Je ne sais plus pourquoi, je lui fais part à un moment d’à quel point je suis surpris de retrouver des noms français absolument partout en Amérique du Nord, que ce soit dans les noms de rivières ou de villes. Lui est originaire de la Nouvelle Orléans, alors le « français », il connaît un peu ça aussi. Il est allé à Montréal, pour sa première lune de miel. C’est très clair : le français de la Nouvelle Orléans n’a rien à voir avec le français de Montréal dans les années 70. Discuter avec cet homme me fait quand même du bien. À un moment, il me recommande très fortement de lire «le Petit Prince » ; ça fait une douzaine d’années que des tonnes de personnes me recommandent de lire ce livre ; une douzaine d’années que les gens me disent que je leur fais penser au petit prince, et que ce livre est fait pour moi. J’ai finalement craqué en avril dernier, après que Fannie me l’ai recommandé. Je suis d’accord, ce livre était fait pour moi. J’en discute un peu avec cet homme, qui m’explique que je dois absolument lire « lettre de la terre » de Mark Twain. Je prends note du titre, parce que le concept me plaît bien : Satan demande à Dieu ce que devient la Terre. Celui-ci, avec un univers complet à surveiller, n’en a pas la moindre idée. Du coup, Satan va faire un tour sur Terre, jeter un oeil, et faire un rapport à Dieu. À lire absolument semble-t’il, mais difficile à trouver. Je m’y mets dès que possible.

On discute encore un petit peu, et puis je reprends mon chemin. Je m’installe pendant quelques temps dans un petit café où ils ont internet. Encore une autre nécessité dans mon retour à la réalité. Je dois voir où en sont les contrats qui s’en viennent, donner encore quelques nouvelles, échanger un peu… à la table d’à côté, deux personnes regardent une vidéo de la mise à feu de Man. Je ne peux m’empêcher de sourire avec nostalgie. On discute un tout petit peu… c’est long un an !

Le cadeau bonus

Le debriefing

Cette année, j’ai eut la chance d’assister pour la première fois à Burning Man. Je suis arrivé là bas sans vraiment savoir à quoi m’attendre, sachant simplement que je me joignais à un immense mouvement de foule de plus de 50000 personnes. Ça a commencé par un immense embouteillage, au milieu d’une tempête de sable, entouré de véhicules en tout genre. RVs grand luxe, autobus scolaire tirant une remorque plus longue que lui, westfalia, voitures normales… tout y est passé. Bref, j’avais très clairement l’impression que je n’avais aucune idée de ce dans quoi je m’embarquais et c’est probablement une excellente façon d’aborder la question. Moi, tout ce qui m’intéressait, c’est qu’il y avait beaucoup de feu partout, tout le temps, que c’était une ambiance très cool qui valorisait la créativité, l’art, l’originalité. Je suis arrivé là bas sans pouvoir me préparer : j’avais quitté Montréal depuis bien longtemps, et je n’avais pas du tout prévu, initialement, de me retrouver à Black Rock City. Je n’avais donc avec moi que les choses que je pensais absolument nécessaire pour ma survie pendant mon voyage. Je n’ai acheté, en prévision de Burning Man, que de quoi faire des litres et des litres de chocolat chaud, des crêpes et de la polenta.

J’avais entendu dire que Burning Man était un lieu de débauche, que je n’aurais pas le choix de prendre de la drogue. On m’avait dit que les États Unis étaient un pays tellement régulé, tellement légiféré, qu’ils avaient besoin, une semaine par an, de cette débauche complète et totale pour pouvoir supporter le reste. Toute cette partie là ne m’intéressait pas.

J’avais lu que Burning Man était un lieu d’échange, de partage, et de cadeaux. Un lieu où l’argent n’avait pas sa place. Un lieu où l’on pouvait échanger, donner ou recevoir, mais pas acheter. « Gift economy ». L’économie du cadeau. Toute cette partie là m’intriguait au plus haut point.

J’avais compris que les gens se déguisaient pendant une semaine. Qu’ils déconnectaient complètement du monde réel, pour rentrer dans l’univers de la Playa, la vie à Black Rock City. Jouer un rôle ne m’intéressait pas du tout. Je comprends parfaitement ce besoin de se déguiser pour pouvoir être plus facilement soit même ; je l’ai moi même pratiqué pendant quelques temps, et ça m’a fait le plus grand bien. Mais je trouvais un peu ironique que tout ces gens jouent un rôle pendant une semaine ; jouent à être gentils, généreux, ouverts d’esprits… pour oublier tout ça au moment de quitter Black Rock City.

Au moment de franchir la porte, deux personnes de l’accueil m’ont souhaité la bienvenue à la maison, m’ont fait un gros câlin, et m’ont invité à sonner la grosse cloche comme c’était ma première visite. Je me suis prêté au jeu bien sagement, avec un petit dédain amusé pour ces gentils hippy de la côte ouest.

Bref, je me suis bien fait avoir…

D’abord, c’est très clair, raconter Burning Man, ce n’est pas possible. J’ai écris autant que je pouvais ce que je ressentais pendant huit jours, mais je sais que j’en ai oublié énormément, et je connais la limite des mots. Il y a des sentiments, des sensations, qu’il n’est tout simplement pas possible d’exprimer. Repassons donc au travers de certains lieux communs :

– La drogue : comme il est dit dans le guide de survie Black Rock City, les organisateurs n’encouragent ni ne découragent l’usage de drogue. Toutefois, on reste dans l’état du Névada, où la loi s’applique, comme ailleurs. En théorie, donc, la drogue est interdite. En théorie également, la police se promène et surveille. En pratique, à part du pot (weed/beuh/herbe) je n’ai rien vu. Mais vu le genre d’environnement, il est très clair qu’on doit trouver toute sorte de produits. Personnellement, je n’en ai eut aucunement besoin.

– Le sexe : BRC est la ville où « tout est permis ». Donc évidemment, le sujet qui arrive juste après la drogue, c’est le sexe. Non, BRC n’est pas une partouze géante et permanente. Il paraît que l’on peut voir plein de choses en pas mal de place. Je n’ai pas cherché à voir quoi que ce soit, et je n’ai rien vu. Des monsieurs et des madames tout nus ? Oui, beaucoup. Plein. Le naturisme est en vogue à BRC, et n’a rien de plus dérangeant ou de plus choquant qu’ailleurs. Aussi bien les jeunes demoiselles de 20 ans que les « vieux » monsieurs de 50 pratiquent. C’est du « fait dont ce que vous voulez, on fait ce qu’on veut, pis tout le monde est heureux comme ça ».

– La musique : tout le temps, partout, sans arrêt. Musique en tout genre, venant de plein d’endroits différents. Pour attirer l’attention, pour le plaisir, ou pour danser. Musique souvent intense : Techno, Dubstep, et autres joyeusetés du genre. Côté musical, BM peut être vu comme une rave qui dure 8 jours, 24h sur 24. La ville est bruyante, festive, joyeuse. N’ayez pas le sommeil trop léger !

– La poussière : Black Rock est un désert de poussière. Pas de sable, de poussière. Encore plus fin, encore plus petit, encore plus étroit, qui vole pour un rien. Un coup de pied dans le sol, et c’est un magnifique nuage devant vous. Black Rock, c’est une vallée assez venteuse. Alors de la poussière, après quelques heures à peine, vous en aurez absolument partout, et n’envisagez même pas de vous en débarrasser. Ça ne servira à rien. Il y a des tempêtes de sable/poussière, des tonnes de mini tornades. Les masques et les gogle (lunettes protectrices) sont de mise.

– Les déguisements : je dirais que 85% des habitants de BRC sont déguisés. Du fait de l’omniprésence de la poussière et de la nécessité de s’en protéger, beaucoup de déguisements inclus masques et lunettes de protection. Le look « madmax » est donc pas mal à la mode. Sinon, on reste dans un milieu assez hippy, beaucoup de vêtements légers, pour se protéger du soleil. Le déguisement devient aussi une façon de se protéger, et de pouvoir jouer un autre rôle beaucoup plus facilement. Grâce aux costumes, les gens endossent plus facilement une personnalité Burning Man.

– la « gift économie » : comment est il possible de faire une ville complète, avec ses bars, ses lieux de divertissements, sans argent ? C’est possible, et ça marche. Je n’ai pas trop pratiqué cette partie là… pourtant, il y a énormément de place où l’on vous invite simplement à passer, et à prendre un verre. Vous arrivez avec votre coupe, on l’a remplit, et c’est tout. Les personnes qui prévoient offrir de l’alcool prévoie en conséquence, et quand y’en a plus, y’en a plus. Les gens se font des cadeaux entre eux, de façons relativement spontanées. Je me suis retrouvé à offrir des photos aux gens, imprimées, encadrées, ça a surpris, j’ai eut beaucoup de succès. Dans le camp où je restais, on distribuait des morceaux de melon d’eau (pastèques) à qui en voulait. On en proposait aux gens qui passaient dans la rue. Le plaisir d’offrir, et d’entamer la discussion après ça. Donner sans rien attendre en retour est un privilège magnifique.

– l’art : la création artistique est en effet absolument partout. L’esplanade (l’immense nomansland qui sépare “Man” du reste de la cité sert de lieu d’exposition. Les artistes sont invités à exposer leurs oeuvres après les avoir faites enregistrées. On en retrouve de toutes sortes, de tout les styles, de partout. L’Esplanade est un magnifique musée à ciel ouvert, à visiter, à revisiter, et à voir évoluer. Ça c’est pour l’art statique.

– les véhicules mutants : les véhicules mutants, c’est la partie « mouvantes » des créations artistiques. Le nom explique assez bien : il s’agit de véhicules qui ont été modifiés, transformés, créés. Du papillon géant à l’autobus déguisé en licornes ou en dragon, de la voiture directement sortie des pierres à feu au scooter/cupcake, on trouve absolument tout. Il est interdit aux voitures et autres véhicules de rouler dans BRC. Les véhicules mutants sont l’exceptions. Beaucoup des plus gros (tramway, autobus, etc…) font des circuits plus ou moins réguliers, et servent de transports en communs. Sans vraiment d’arrêts programmés. Une façon magnifique de découvrir la ville, donc, puisqu’elle vous amène d’un endroit à un autre, sans trop savoir où, quand, ni comment. Beaucoup de véhicules sont également des sortes de bars ou discothèques mobiles. Montez à bord, discutez, dansez, puis descendez quand vous voulez passer à autre chose.

– les vélos : moyen de transport par excellence dans BRC. La plus part des vélos ne sont pas attachés. Les gens roulent, les posent là où ils ont besoin d’aller, puis les récupèrent plus tard. Avec la masse de vélo, pour être sûr de les reconnaître, toutes les techniques sont bonnes pour les personnaliser. Les fleurs et autres décorations colorées ayant évidemment le plus la cote. C’est donc un joyeux bordel plein de vélos circulant dans tout les sens.

– le feu : c’est pour ça que je suis allé là bas en premier lieu. Je savais qu’à un moment, Man allait brûler, et je voulais voir ça. Mais ce n’est pas que ça… le feu est très clairement la thématique principale de BRC, et on le retrouve donc décliné sous toute forme d’utilisation. Les plus classiques étant les lance flammes sur les véhicules mutants, et les artistes de feux (poïs, bâtons, etc…) qui pratiquent un peu partout, tout le temps. Et puis il y a aussi ces installations artistiques, qui font appelle au feu, d’une façon ou d’une autre. Bref, une odeur mélange de propane et d’essence flotte en permanence sur BRC, mais on l’oublie rapidement.

– le bilan carbone ? Catastrophique. Mais pour des raisons artistiques, j’ai toujours considéré que l’on pouvait se permettre énormément.

Bon, c’est bien beau tout ça, mais Burning Man, c’est quoi exactement ? si j’ai pris le temps de détailler tout ça, c’est justement parce que Burning Man, c’est ça. Et c’est rien d’autre. La ville est créée par les habitants, les événements sont créés par les participants. À part la mise à feu de Man et du Temple, il n’y a pas vraiment de choses organisées. Mais chaque camp (regroupement de personnes, souvent des amis, s’installant à une même place sous un même thème) offre généralement des activités. Il y a un guide complet de tout ce qu’il est possible de faire. Bref… c’est simple : Burning Man, c’est exactement ce que vous voulez que ce soit. Ça peut être une saoulerie sans fin pendant 8 jours. Ça peut être une semaine sous l’extasie. Une semaine à danser. Une semaine à regarder des oeuvres d’arts. Une semaine à se promener, rencontrer des gens, discuter observer. Une semaine à méditer. À vous reposer. À vous déconnecter. À parler à des inconnus. Ça peut être spirituel, festif, gastronomique… il n’y a pas de limite. Et c’est aussi simple que ça. Je sais que quand je retournerais à BRC, je vivrais sans doute quelque chose de complètement différent, car dans un état d’esprit complètement différent. Mais en même temps, je serais exactement à la même place, dans le même genre d’ambiance, avec le même genre de monde. C’est moi qui ferait de mon prochain Burning Man ce que j’ai envie qu’il soit.

Et on brûle qui, quoi et quand ?

L’attraction principale, évidemment, c’est « Man », le samedi soir. Sa combustion est un moment extrêmement festif et joyeux. Les gens sont là pour s’amuser, faire la fête, danser. Bref, c’est une explosion de joie de vivre.

Pourtant, ce n’est pas ce qui m’a le plus marqué. Le plus intense, c’est définitivement le temple, dont la mise à feu se fait dans un silence quasi complet le dimanche soir. Moment de recueillement, façon de vivre un deuil pour beaucoup, et de dire au revoir à la Playa. Moment extrêmement spirituel, à côté duquel il est difficile de passer.

En bonus, on a eut Metropolis, le vendredi soir. Un spectacle relativement semblable à la Fallah de Montréal. C’est beau, c’est joyeux, ça brûle partout, c’est impressionnant.

Et puis tout brûle, partout, tout le temps. Entre les artistes de feu, les véhicules avec leurs lances flammes, et les oeuvres d’art qui projettent des flammes dans tout les sens, il ne faut pas avoir peur de se brûler !

Et l’apocalypse ?

C’est l’un des sentiments qui m’a le plus marqué à Black Rock City. Évidemment, les lieux et l’accoutrement des gens y sont pour beaucoup. Cette ambiance tout droit sortie de Mad Max et Waterworld laisse définitivement imaginer le pire. Pour beaucoup, c’est aussi le côté « on se débrouille avec ce qu’on a ». Car à Burning Man, il n’y a pas de magasins. Alors on bricole, on troc, on échange, et ça, sans aucun doute, donne un côté post catastrophique à la chose. Enfin, il y a le côté festif ; cette envie de célébrer, dans la joie et la bonne humeur. Bref, tout cela me rassure énormément, en me donnant l’impression que si l’apocalypse devait arriver, le monde se transformerait en un Burning Man géant et perpétuel : plus rien n’a d’importance, juste les gens. On célèbre le fait d’être en vie, on se débrouille avec ce que l’on a. Étrangement, dans un contexte où l’on peut se poser des questions sur l’avenir de la planète, il y a presque un côté rassurant à se dire « oui, la fin du monde ça pourrait être ça ». Non, je ne souhaite pas vivre dans un désert perpétuel. Mais je suis convaincu que si le pire arrivait, les humains comprendraient enfin que le plus important, c’est de célébrer la vie est d’être heureux. De vivre, tout simplement. Pas de travailler, pas d’acheter, pas d’avoir plus de possessions que son voisin. Ni une plus grosse voiture. Pas besoin d’acheter, vu que l’on peut échanger, donner, demander. C’est ainsi que mon optimisme sans faille envisage de transformer une éventuelle catastrophe. Mon grand regret, dans tout ça, c’est ce sentiment qu’il faut une catastrophe pour que les gens le réalisent. Pourquoi ne pourrait on pas comprendre, aussi simplement que ça, que la vie est belle, et qu’il faut en profiter, arrêter de se prendre la tête sur tant de choses superficielles et ridicules que nous « imposent » le capitalisme ? Oui, Burning Man c’est un peu une communauté anarchiste qui dure une semaine. Pas une vraie communauté, évidemment ; entre autre parce qu’elle n’est pas du tout autarcique, et pas du tout viable sur du long terme. Mais en même temps, il n’y aurait pas tant de choses à changer pour que ça le devienne. Un exemple simple bête et concret ? Les villes sont sales, les gens ne font pas attention, jettent leurs papiers gras partout. Black Rock City est propre, parce que les gens sont conscient, font attentions, et se surveillent. Ce n’est pas plus dur ou plus facile qu’ailleurs. C’est simplement une conscientisation qui en vaut la peine. Conscientisation qui, malheureusement, est bien vite oublié une fois que l’on quitte Burning Man. Et ça, ça reste le plus regrettable, le plus dommage.

Et les effets secondaires ?

Je suis resté moi même, confronté à un modèle de société idéale à laquelle j’aspire. Non pas orienté sur le travail et le surpassement, mais sur le plaisir et la vie au quotidien. Sur l’échange, le partage, et la rencontre. À ce niveau là, Burning Man ne m’a rien appris ; juste prouvé que ce monde idéal à laquelle j’aspire peut exister. Comme je le disais plus haut, juste une semaine par an, mais il ne faudrait pas grand chose pour étendre sa longévité. Pour faire de Black Rock City un lieu semi-permanent. Après tout, les communautés anarchistes existent, et ont prouvé qu’elles sont viables. Non, Black Rock City n’est pas une ville anarchiste, mais c’est pourtant quelque chose qui s’en rapproche, au niveau des idéaux, des approches, et de tout le reste. Donc non, je ne ressors pas de là complètement bouleversé et changé. Juste un peu plus convaincu que j’ai raison, que tout est possible. J’ai trouvé un endroit où être moi même à 100% est juste exactement parfait. Même à Montréal, je n’ai jamais connu ce sentiment de pleinitude, de ne pas avoir à me poser la moindre question. À agir, tout simplement. Alors oui, évidemment, maintenant j’aspire à revenir à Black Rock City. Et la prochaine fois que je franchirais les portes (l’année prochaine ?) quand les hippy rigolos me diront « welcome home », je les remercierais. Mon sourire sera sincère, tout comme mon câlin, et la joie qui gonflera mon coeur.

Et en conclusion ?

J’ai à quelques reprises comparés Vegas et Black Rock City. La principale différence entre les deux : « What happend in Vegas stay in Vegas… but what happend in Black Rock City must travel the world. »