Les aventures du Pourquoi Pas ?

Sur les routes d'Amérique du Nord, à bord du Pourquoi Pas ?

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De retour prêt de l’océan

En me réveillant ce matin, j’ai vu tout le monde autour du bus. Ils finissaient tranquillement le rangement. Ils partent aujourd’hui, mais ne sont pas pressés. La route les attendra de toutes façons. Je reste un moment à discuter avec eux, avant de le dire au revoir. Je sers Tassa dans mes bras une dernière fois. J’ai peur de ne pas la revoir. Je trouverais ça dommage que nos routes ne se recroisent pas… elle a toutes les informations pour me contacter. Elle sait que je serais de retour dans le nord de la Californie aux environs du 12-13 octobre. À partir de là, tout est entre ses mains.

Pourquoi Pas ? a hérité de quelques sourires en fin de semaine. La poussière est tenace, tant qu’il ne pleut pas, les souvenirs resteront.

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D’après le (i) que je peux voir en dessous de happyness, il semblerait que l’orthographe correct soit « happiness ». Ça me paraît étrange, mais possible. À vérifier à un moment.

Je fais un dernier babaille à tout le monde par la fenêtre. Une fois de plus, je me sens vide. Peut être aurais-je du leur proposer ma compagnie quelques temps de plus. Ou peut être pas… La voix grave et reposante de Leonard Cohen m’accompagnera une bonne partie de la journée. Je ne suis pas d’humeur à grand chose aujourd’hui. La première idée était de m’arrêter à la première « grande » ville venue, pour faire réparer les freins. Mais en même temps, j’ai besoin de m’éloigner un peu. Juste avant que je parte, Clam expliquait sa théorie sur la « géo-solution » : les problèmes restent toujours là où on les laisse. Partir permet de se débarrasser de bien des problèmes. Ce n’est pas tout le temps une solution, mais je suis quand même assez d’accord avec lui. Et j’avoue que c’est un peu dans cet optique que j’ai envie de rejoindre l’océan ce soir. Mettre pas mal de kilomètres entre Umquat Hot Spring et moi même. La carte me confirme que je trouverais là bas aussi des villes pour faire réparer Pourquoi Pas ?. Je compte sur la roue pour ne pas s’en aller tout de suite.

Je refais les 25 kilomètres jusqu’au magasin et au téléphone pour la troisième fois. Cette fois, par contre, j’en profite pour m’arrêter devant ce rocher magnifique.

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Je ne roule pas très longtemps avant de tomber sur une nouvelle cascade. Oui, la route est définitivement parfaite pour les amateurs de chutes d’eau.

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Une fois de plus, le chemin n’est pas très long, mais passe dans des endroits magnifiques. Ce sera ma seule pause de la journée. Après ça, je reprends la route, direction l’océan. À l’entrée de l’autoroute, je reconnais tout de suite la fille qui attend, avec son chien. Pixi ; elle faisait partie du campement. Elle va vers le sud. Je ne peux pas l’avancer beaucoup, mais on fait quelques kilomètres ensemble. Je l’abandonnerais un peu après, dans un relais routier. Moi je m’arrêterais un peu dans le parking d’un Mc Donald, histoire de prévenir tout le monde de mes derniers changements de planning. Après tout, j’étais attendu à Chicago, Albany (couchsurfing) et Montréal ! Ça m’occupe un bon moment à nouveau. En fait, j’ai hâte d’être libéré de mes dernières obligations. J’ai envie de m’éloigner d’internet pour un moment ; je me demande si je vais vraiment y arriver. Ça reste à voir.

Le reste de la route est magnifique, encore et toujours. On est plus très haut en altitude, et l’automne recommence à disparaître. Le ciel est gris, mais il ne pleuvra pas (je ne compterais pas les 9 gouttes qui ont touché le pare brise comme de la pluie). En fait, ma dernière vraie pluie remonte à Jasper. Ça fait un certains bail maintenant ! Et puis le ciel se dégage soudain, et j’arrive sur le bord de l’océan sous un ciel qui aurait été presque tout bleu si le soleil n’était pas couché. Je roule encore un peu. Trouve un parking pour m’arrêter, avec vue sur la mer. À priori, je n’ai pas le droit d’être là. Mais on est lundi soir, j’ai envie d’être sur le bord de l’eau, j’ai envie du bruit des vagues, je prends une chance. Au pire, j’ai mon argumentation de prévue. J’espère juste qu’on me laissera dormir demain matin. J’ai l’impression qu’un peu de repos m’aidera à me sentir moins vide !

Une fin de semaine dans les sources chaudes.

Je viens de retrouver, le temps d’une longue fin de semaine, une partie des sentiments qui m’avaient habité au cours de Burning Man. Pendant ces quelques jours, Tassa, Clam, Mowglie, Joseph, Cassy, Pixi, Forest, et tout les autres, m’ont à nouveau donné un exemple magnifique du sens de la communauté. Installés sur le bord de la rivière, au pied d’une cascade magnifique, juste en face des Sources Chaudes d’Umquat. Il suffit de traverser le cour d’eau pour les rejoindre.

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Quiconque passe à portée de voix se voie invité ; à prendre un café, fumer une cigarette, manger quelque chose… je me suis joins à la communauté tout naturellement le vendredi soir. J’ai apporté mes quelques talents, beaucoup d’essence, et j’ai été accueilli avec énormément de générosité, d’amitié, et de nourriture. La différence, c’est que cette communauté, temporaire et aléatoire (un bus scolaire réaménagé en provenance du Vermont, un autre bus scolaire réaménagé, pour une famille de 7 enfants, et quelques amis de passage), se forme, se déforme, et se transforme. Elle se déplace sans jamais s’arrêter. Ce sont des descendants directs du mouvement hippie, version bohème. Ils boycottent Burning Man pour la plupart, parce que c’est payant, et que c’est cher. À la place, la plupart participe à des Rainbows Gathering. Des rassemblements gratuits, d’envergure changeante, et ayant lieu un peu partout aux États Unis. Il paraît qu’il y en a un dans l’état de Washington, en novembre…

Tassa a 21 ans. Originaire de l’Ohio, elle a passé toute sa jeunesse en Alaska. Elle fugue a 16 ans pour aller rejoindre sa mère, dans la région des grands lacs. À 17 ans, elle a pris la route. Ça fait 4 ans qu’elle voyage, qu’elle mène une vie de nomade. Elle me fascine au plus haut point. J’ai besoin de la comprendre, j’ai besoin de saisir ses motivations. Mais elle partira toute seule de son côté, moi du miens. Ma vie est trop rapide pour elle, et elle se revendique hautement indépendante. Elle va passer quelques temps dans le nord de la Californie ; j’aurais peut être l’occasion de la recroiser. Son rêve, c’est d’avoir son propre « school bus » à elle, pour emmener des enfants avec elle, et leurs apprendre les arts du cirque. Les vieux autobus jaunes sont rachetés, réparés, aménagés. Ils sillonnent les routes de l’Amérique du Nord. On les retrouve surtout sur la côte ouest, tellement ouverte à ce niveau. Nous sommes dans une forêt nationale, le camping sauvage est donc autorisé. En plus des deux autobus, il y a beaucoup de groupes, installés un peu partout, dans la forêt, qui profitent gratuitement des sources chaudes. Tout le monde cohabite sans le moindre problème.

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Deux jours complets à découvrir ces gens et leur mode de vie. La journée à discuter, à relaxer dans les sources chaudes, à se pratiquer à jongler. Le soir, au coin du feu, guitares, tamtams, chants. Un accordéon, aussi, qui passait par là. Comme presque à chaque fois, je me demande ce que serait ma vie aujourd’hui si à la place de « piano classique » j’avais choisi la guitare a 10 ans… je n’ai aucun regret : je continue à préférer le piano ; il s’agit simplement de curiosité. Et d’un (tout petit) peu de jalousie.

On a fait une petite virée en van le samedi, pour aller faire le plein. Il n’y avait plus rien à boire. Le magasin le plus proche, tout comme le téléphone le plus proche, sont à 30 kilomètres de route. Tout est partagé sans que l’on se pose de questions. De temps en temps, quelqu’un fait à manger. Il y en a une certaine quantité, imprécise, aléatoire. Des gens ont des cigarettes, d’autres non. Ce ne sont pas toujours les mêmes. Le tabac se passe d’une main à une autre sans soucis.

J’ai perdu le décompte du temps horriblement vite. J’ai déconnecté de beaucoup de choses, je me suis retrouvé à un niveau de vie des plus simples. Manger du gruau avec une capsule de bière, dans un couvercle en plastique, ça marche parfaitement et un morceau de boîte en carton convient parfaitement pour faire une assiette. On fait avec ce que l’on a, on se débrouille, et ça fait du bien. On ne se complique pas. On vit, on est heureux, et c’est tout. Ça fait plaisir d’entendre Tassa répéter à plusieurs reprises “I love my life”. J’aime ce mode de vie où, contrairement à Burning Man, il n’y a rien à faire. L’animation, c’est nous qui la faisons, quand on en a envie. Sinon, on peut aller aux sources chaudes, jongler, ou se promener dans les environs.

Là où je suis sincèrement impressionné, c’est l’état du campement. Le soir, c’est une vingtaine de personnes au coin du feu. Dans la journée, il y a toujours des gens qui se promènent, qui font à manger, du thé, du café… le samedi, quand je me suis couché, c’était un chaos relativement impressionnant. Le lendemain, quand je me suis levé, le ménage avait été fait. J’ai fait ma part, le dimanche après midi. Je me suis promené pour ramasser ce qui traînait. Faire du « MOOPING ». Le terme me plaît et est resté. L’ensemble était relativement propre. Définitivement plus propre que ce que j’aurais attendu d’un groupe identique mettons… en France, par exemple.

En fait, l’une des rares choses qui me dérangent, même si c’est un peu bête, c’est qu’ils ont quasiment tous le même look. Et en même temps, ça semble parfaitement normal… les dreads, ça évite de se laver les cheveux. La barbe, pas besoin de la raser. Les vêtements sombres, ça se voit moins quand c’est tâché. L’équipement provenant des surplus militaires ? C’est ce qu’il y a de moins cher. Le tatouage et les piercings marquent leur volonté d’être marginaux… je n’aurais pas assez de temps pour les connaître, pour comprendre leur mode de vie. J’aurais sans doute dû poser des questions… après tout, les 70$ de bières ont été payé avec une carte bancaire. Et quand vient le temps de noter un numéro de téléphone, c’est dans leur cellulaire qu’ils le font. Débrouillardise et musique/mendicité ? C’est tout à fait possible. Tassa m’explique qu’ils ne paient quasiment jamais l’essence pour le bus. Ils arrivent toujours à négocier un peu de diesel au prêt des stations. Comment ? Je n’en ai pas la moindre idée. Et puis il y a aussi les chiens, quasiment omniprésents. Je ne comprends pas. Mais le fait que je n’aime pas les chiens y est sûrement pour beaucoup. Il y a 5 ou 6 chiens en permanence, ça fait du bruit, et jusqu’à trois chats.

Je fais une deuxième petite virée le dimanche, pour rejoindre le téléphone cette fois. Il fallait que j’appelle Amtrak, pour annuler mon billet de train. C’est fait. C’est confirmé. Je ne fêterais pas mes 30 ans à Montréal. San Francisco semble finalement l’emporter. Enfin, pour en être sûr, j’attendrais quand même dimanche prochain. Pourquoi Pas ? me refait le coup des freins qui ne marchent plus, et ça ça m’interpelle beaucoup. Angoissé, pas vraiment. Si c’est à nouveau la roue arrière droite, est-ce que ça veut dire que ça a été mal réparé ? Ou que ça va se reproduire tout les 5000 kilomètres ? Et si c’est une autre roue, est-ce que ça veut dire que ça va se reproduire pour les deux restantes ? Encore, et encore, et encore des questions qui viennent tout compliquer dans ma tête. Un sac à dos et un pouce, c’est bien rare que ça tombe en panne.

Je me déconnecte de plus en plus en ce moment, et je sens bien que j’en ai besoin. Demain, je pars, quelque part. Je sais pas trop où. À priori, l’océan… je n’ai pas le goût de reconnecter. Bien sûr que j’envie la liberté de Tassa. Tout comme j’envie ces gens, dans leur lofts Ikea du centre ville. Ces nouveaux parents, heureux un enfant dans les bras. Ces gens qui travaillent sur la route. Trop d’incompatibilité dans trop d’avenirs possibles et fascinants. Comme j’essaie d’expliquer à Tassa, je suis à un carrefour, et je n’ai aucune idée de la direction à prendre pour le moment. J’essaie de lui expliquer, parce que j’ai beau parler anglais sans aucun problème maintenant, il y a encore, des fois, des concepts qui me bloquent. En fait, j’aimerais tenter la même expérience en France ou dans un endroit francophone, où je pourrais, en plus, partager mes histoires. Un conteur qui ne peut conter, ça sonne triste à mes oreilles.

L’automne s’est installé en une fin de semaine. C’est impressionnant comme tout a tourné instantanément…

La demoiselle de l’Alaska

Ma décision semble pas mal prise. Quoi qu’il en soit, j’ai tout mon temps, et je décide donc de finir la journée ici, pour retourner aux sources pendant la nuit. Je me débouche une bière pour fêter le fait que je n’ai plus à conduire.

Et puis je vois Joseph revenir, en pleine discussion avec une fille qui était aussi aux sources, et avec qui j’ai échangé quelques mots. Joseph m’avait dit qu’il resterait peut être ici ce soir, et qu’il s’était joint à un groupe sympa la veille. Après tout, on est vendredi soir, donc il y a pas mal de gens qui restent ici plusieurs jours. J’ai envie de rencontrer des gens, de parler, de discuter. Je sors donc du van, la bière à la main, et commence à leur parler, simplement, naturellement, sans me poser de question. La demoiselle de l’Alaska, dont j’aimerais bien me rappeler le nom, voit ma bière, et demande si elle peut goûter. Elle l’aime bien, elle regarde l’étiquette, et le sujet part sur les bières de micro brasserie. Les deux semblent adorer le sujet. Je fais deux heureux en leur donnant les deux guides que j’ai, avec toutes les adresses des brasseries de la côte ouest. Pas fou, j’en fais des photos avant, pour garder une trace de l’information.

Je ne sais plus comment le sujet est venu. La demoiselle voyage avec un petit groupe, dans un bus d’écoliers réaménagés. Et elle fait une remarque du genre « dans le bus, j’ai toutes mes affaires de cirque ». Je lève un sourcil intrigué. « Ah oui, quel genre ? ». « Fire poï ». Difficile d’éviter le grand sourire. Je lui explique que je fais un peu des poïs moi aussi, et que je crache, et surtout que je fais des photos. Elle m’invite à se joindre à eux ; ils sont pas loin. Ils ont un camp, à 5 minutes à pied. J’y vais en repérage. Il y a quelques personnes, un feu, quelques tentes, l’endroit est magnifique. Passer la soirée avec du monde, ça va me faire un bien fou. Je m’excuse, le temps d’aller chercher quelques affaires dans le van.

C’est en faisant la liste dans ma tête que je réalise que je suis quand même bien équipé pour me joindre à un groupe de ce genre. Poïs lumineuse, massues et balles de jonglages, djembé, et plein d’autres petits trucs bien amusant. Et puis, détail amusant, j’ai 5 litres de parafine liquide. Pourquoi autant ? Les restes de Burning Man, mais aussi les restes de mon voyage en Californie avec Fannie. On en avait acheté 3 litres, que l’on avait finalement pas utiliser. Je les avais laissé chez Jane (un peu gênant, ce genre de choses, quand on prend l’avion), et elle les avait gardé bien sagement. Tout le monde est super heureux de me voir arriver avec tout ce combustible. Parce qu’eux n’avaient plus rien.

La fin de soirée est un classique que j’adore. Une vingtaine de jeunes, 5 ou 6 performeurs, et trois heures continues à jouer avec le feu. J’en profite même pour faire un peu de poïs version qui brûle, ça faisait longtemps. Et surtout, je crache. Beaucoup. Et puis guitare, djembé discussions… pendant des heures. J’ai l’impression qu’il est super tard quand je retourne au Pourquoi Pas ?, pourtant je ne suis pas très fatigué. En effet, il est juste 23h30. Mais en même temps, la nuit est tombée il y a 4 heures, alors… enfin, je revois tout le monde demain de toutes façons. Et qui sait, peut être que je passerais une soirée de plus avec eux ?

Une partie des gens :

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Épées de feu :

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Épée de feu :

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Poïs :

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Cracher :

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Bébelle full sympathique :

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La demoiselle à qui je redemanderais le nom demain, qui vient d’Alaska, et qui mange du feu le soir au fond des bois (il est très clair que vous n’avez pas fini de la voir cette photo. Elle est déjà sélectionnée pour Brasier 2, le retour de la vengeance de l’exposition qui tue).

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Une décision… finale ?

Après plus de deux heures à mariner, j’ai finalement l’impression d’arriver à une conclusion qui me plaît, et qui est presque rationnelle.

1- Rentrer à Montréal, ça prend du temps, ça coûte un peu cher, et il y a un risque que je sois déçu
2- Mon trip en train, je peux plus ou moins me l’offrir n’importe quand, et ça peut être une excuse pour un 64e voyage à San Francisco
3- L’aller-retour en train jusqu’à San Francisco revient à trop cher. Je ne paierais pas ça juste pour assister à l’événement de décompression.
4- En même temps, je suis un peu bête de vouloir faire ça en train, alors que j’ai un van, non ?
5- Ah bin oui tiens, je pourrais conduire jusque là bas.
6- La carte me confirme qu’en ligne droite, ce n’est pas si loin.
7- Et dans ce cas, je n’aurais qu’à retourner vers la côte, comme prévu, mais repartir vers le sud (que je ne connais pas). Ce n’est donc pas du kilomètrage inutile, mais bien du tourisme, encore !
8- Et puis vendredi ou samedi, je rejoins l’autoroute, et je redescends plein sud, en une demi douzaines d’heures. Ensuite, je remonte un peu plus lentement, en regardant ce qu’il y a sur le bord de l’autoroute, vu que ce coin là, je le connais pas encore.

Tout cela me plaît beaucoup ! Pour combien de temps, c’est ça la question !

Umquat Hot Spring

Après les chutes, la route continue pendant 3 kilomètres. Là, on tourne à droite, sur un chemin non asphalté, et non signalé. On continue pendant encore 3 kilomètres, et on arrive enfin au parking. De là, il reste un petit 5 minutes de marche en montée à faire, mais je ne suis pas encore rendu là.

D’abord, je m’arrête sur le parking le temps de manger. Il est 13h, j’ai un tit creux. La porte du van est ouverte. Je discute un peu avec un gars, un peu bizarre. Il fait parti d’un groupe d’une dizaine de personnes, qui font du rafting tous ensemble. Ça grosse fierté, c’est qu’ils ont été saouls continuellement (ou presque) pendant 5 jours. Ouais, bin je suis bien content qu’ils quittent les sources là maintenant, parce que je suis pas sûr que ça me tenterait un groupe de jeunes ivrognes pour me tenir compagnie au milieu de nul part.

Car au milieu de nul part, je finis par y arriver. Et le milieu de nul part, c’est tout bonnement magnifique. Le premier bassin est couvert et semi artificiel. Il y en a deux autres « en haut », plus ou moins naturel aussi. Pas très grand ; je dirais pour 3-4 personnes max. Ces trois bassins sont à températures de montagnes. L’eau sort directement de la montagne pour les alimenter. Et ils sont pas mal chaud. Et comme on est à flan de montagnes, l’eau coule, et forment d’autres bassins, plus bas. Eux sont cent pour cent naturels, et plus on descend, plus l’eau a eut le temps de refroidir en coulant sur la roche. Il y a déjà quelque personnes dans les premiers bassins. Sur le parking, un panneau indique que de nombreuses personnes préfèrent profiter des sources en étant nues, et qu’il ne faut pas se choquer. Je ne me choque donc pas. Au contraire, je trouve ça vraiment très sympa, même si le naturisme n’est toujours pas mon truc, que d’autres puissent le pratiquer.

Je m’installe dans le premier bassin totalement naturel. L’eau est juste parfaite. Les bassins inférieurs sont un peu plus petit, mais on peut tenir sans problème à plusieurs. Celui où je suis est assez profond : si je m’assoie au fond, je peux faire des bruits de moteur dans l’eau avec ma bouche. Et surtout, les rebords sont façonnés par les dépôts calcaires. Ils sont donc tout en rondeur. Un confort qu’une baignoire en résine n’égalera pas. Je relaxe, ferme les yeux, me repose, tout en essayant de prendre une décision concernant mon avenir proche.

Et puis comme il faut bien s’activer un peu, je change de bassin. Je remonte à un des premiers, mais je n’y reste pas. Trop chaud. À la place, je redescends jusqu’au dernier. La dimension est parfaite pour s’allonger, la tête bien appuyé sur le rebord. J’échange à quelques reprises quelques mots avec mon voisin du dessus. À un moment, je lui sors un « la vie est difficile » qui le fait mourir de rire. Faut dire qu’il est aussi confortablement installé que moi ! Mais limite, mes questionnements existentiels et moi même, on le pense un peu. Mon voisin est bien sympa, on jase un peu. Il s’appelle Joseph. Je m’en rappelle !

Ça fait plus d’une heure et demi que je suis là. Plus d’une heure que je suis dans ce bassin en particulier. Il me semble qu’il est temps que je change à nouveau de bassin. Je reviens à mon précédent, pour reprendre quelques degrés. Et je m’offre une magnifique chute. C’est glissant de la pierre mouillée quand on est pieds nus ! Joseph a la gentillesse de m’arrêter. Bon, je ne serais pas allé beaucoup plus loin, mais j’apprécie quand même.

Je me suis trouvé un magnifique petit coin de paradis, que je n’ai pas nécessairement envie de quitter. Il me semble que faire des photos d’étoiles, pendant que j’attends, allongé dans l’eau chaude, au milieu de la nuit, ça pourrait être sympa. En plus, j’ai vu les poubelles du parking : aucun ours dans le secteur. Parfait ! En attendant, les photos de jour, ça ressemble à ça :

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Et le gars qui souffre énormément, il ressemble à ça :

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La vie est difficile, mais elle est belle pareil.

Crater Lake, la conclusion

J’ai finalement fait Crater Lake extrêmement rapidement. Je pensais y consacrer une demi journée de plus (ce qui aurait déjà été très rapide) mais finalement ça ne sera même pas le cas. Je dirais qu’il y a deux façons d’apprécier Crater Lake. Ce que je viens de faire : passer rapidement, monter à droite à gauche quelques montagnes, faire plein de photos, et continuer la route… ou bien l’option où l’on décide de relaxer, de prendre tout son temps. Pourquoi ne pas prévoir un pique nique au sommet du Mont Watchman, et un autre au sommet du Mont Scott ? Pourquoi ne pas passer l’après midi à discuter dans les escaliers d’une tour de guet en attendant de voir le soleil se coucher ? Pour moi, la réponse est fort simple : non pas, pour une fois, parce que je n’ai pas le temps. Non, cette fois, c’est parce que je voyage seul. Crater Lake aurait pu être un endroit d’intense et profonde méditation, mais j’en ai déjà fait beaucoup sur les sentiers de Yosemite, et j’ai trop de questions dans ma tête en ce moment pour vraiment apprécier la relaxation. Quoi qu’il en soit, Crater Lake est définitivement un endroit à voir, à revoir, et apprécier. Lentement. Très lentement.

Fin de soirée

Me voilà à nouveau complètement mêlé sur la suite du programme. Rentrer à Montréal pour ma fête me tente énormément, mais j’ai l’impression que je n’aurais pas beaucoup d’amis disponibles. Rentrer pour pas voir grand monde, ça perd en intérêt. Et, fidèle à mon côté caméléon/influençable, ne pas voir une énorme vague d’intérêt concernant mon retour à Montréal vient un peu saper ma motivation à moi. En fait, ce qui me fait remettre un peu tout ça en question, c’est le commentaire sur la météo, et la possibilité que Grand Canyon soit fermé. Si c’est juste lui, c’est pas un problème. Mais à priori, Yelowstone ferme complètement le 12 novembre. Les autres parcs que j’ai l’intention de faire restent ouverts à l’année longue. Mais j’ai l’intention de rester encore pas mal de temps dans des régions de montagnes. Et si je rentre sur Montréal, je « perds » deux semaines d’une météo favorable, mais pour un temps limité. En même temps, j’hésitais à redescendre sur San Francisco, mais le prix du billet de train aller-retour est trop cher. Dommage. Il y avait un événement « post burning man » le 10-10-10. Ça tombait bien, c’était parfait. Bref… si je ne rentre pas à Montréal, si je ne vais pas à San Francisco, je fais quoi ? Je suis vraiment perdu dans toutes ces considérations, sans arriver à me décider, et c’est un peu fatiguant… je roule avec tout ça dans un coin de ma tête, espérant que j’arriverais à trouver une réponse. Il faut que j’annule au plus tard mon billet dimanche si je ne pars pas. Ça me laisse deux jours…

Il y a une petite route qui part à gauche. Qui indique « Clearwater Watterfalls Campground ». Magnifique petit terrain de camping 5 emplacements, en autoperception. Je gare le van, et passe la soirée à monter des photos panoramiques pour me changer les idées…

Le Mont Thielsen

Le programme après ça est fort simple. Quitter le parc, et rouler un peu en direction de Diamond Lake. Vous vous souvenez ? Il y a très longtemps, alors que j’étais en train de faire le tour du lac Supérieur, j’ai ramassé deux auto-stoppeurs, qui faisait une tournée musicale au canada. L’une des deux (Kate, il me semble) venait de l’Oregon, et m’a fait une petite liste de choses à voir/faire. Et il y avait, dans la liste, Umpqua Hot Spring. À la base, sources chaudes, ça fait envie. Si en plus elles sont recommandées comme étant les plus belles de l’Oregon… bref j’ai programmé mon itinéraire pour me diriger par là bas.

L’arrivée à Crater Lake par le sud est magnifique. Le départ de Crater Lake par le nord l’est tout autant. On commence par un mini désert. 15 mètres de cendres volcaniques, qui ne semblent pas très très fécondes.

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Oui, vous avez bien vu la magnifique montagne dans l’axe de la route. Superbe, non ? Moi aussi je l’ai repérée. D’ailleurs, un peu plus loin, la route offre un autre point de vue (quand je vous dis que la route est magnifique) :

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Étape numéro 1 : trouver son nom. Mont Thielsen. Ça c’est fait.

Étape numéro 2 : trouver une connexion internet pour trouver des informations. Un peu plus difficile, mais j’y arrive finalement. Tant mieux, parce que j’avais un certains nombre de choses à voir sur internet.

Étape numéro 3 : lire la description de la piste, et se demander ce qu’est une difficulté de classe 4 par rapport au 60 derniers mètres.

Étape numéro 4 : trouver la réponse sur wikipedia. « classe 3 : chemin dangereux, les chutes ne sont pas nécessairement fatales, mais restent dangereuses. classe 4 : risque de chute mortelle, matériel de sécurité recommandé ».

J’adore les sommets, mais je ne suis pas casse cou. De toutes façons, avec le vertige, je peux pas être casse cou, c’est pratique. Bref… je pourrais faire toute la montagne, sauf les 60 derniers mètres… mais ça a un petit côté frustrant je trouve. Tant pis, ça sera pour une autre fois, je ne ferais pas Thielsen demain.

Elk

Elk, ça veut dire Élan (oui, l’animal). Je sais pas si c’est un surnom qu’il se donne, ou si c’est un prénom que je ne connais pas et que je ne sais pas orthographier. Je m’étais arrêté à un 42e promontoire pour faire mon 42e panoramique du lac. Je l’ai vu arrivée, avec sa barbe relativement longue, son vieux short usé, et son énorme sac à dos. Si mettre des froufrous à son vélo ça veut dire « je vais à Burning Man », se promener dans le coin avec une barbe de 3 mois et un sac à dos géant, ça veut dire « je suis un randonneur, un vrai de vrai ». Au moment où il passe à côté du van, il fait une remarque sur mon « no dust, only happyness ». C’est amusant, c’est le deuxième aujourd’hui. Le premier, c’était un peu plus tôt, il m’avait demandé comment s’était passé Burning Man. Ah oui, j’ai aussi rencontré un canadien, à un autre moment de la journée. De Victoria. Comme je lui ai dit « même pays, mais pas exactement voisin ». Bref, c’était la journée des rencontres aujourd’hui, et Elk était le troisième. Je lui ai demandé, par curiosité, s’il faisait la « Pacific Crest Trail ». Il a confirmé. Ça fait 5 mois qu’il est parti. Tout ça ? C’est parce que ce charmant petit chemin de randonnée part de la frontière du Mexique, et remonte tout en haut. C’est où ça ? Au moins une bonne partie du Canada. Peut être jusqu’en Alaska, je sais pas trop. Bref, c’est long, mais c’est un seul sentier, sans interruption, qui permet de voir plein de sommets magnifiques. Si j’ai bien compris, il est parti de la frontière Mexicaine, il est allé jusqu’au nord de l’Oregon, et il redescend en Californie. Ou un truc du genre. Bref, c’est un fou psychopathes, c’est sûr. Mais par contre, c’est super intéressant de discuter avec lui. Moi, une rando de 6 mois, ça m’intéresse pas. Mais un deux ou trois semaines, genre la « John Muyr Trail », je pourrais assez facilement me laisser convaincre. Les ours ? « pas de problèmes, j’ai un container spécial pour la nourriture ; je le laisse en dehors de la tente, et ils jouent avec la nuit ». Bon, ça au moins, c’est rassurant !

Il me demande si par hasard je vais au centre d’informations. À priori, ce n’était pas forcément prévu, mais en même temps, c’est pas un gros détour, et je le prends un peu en pitié. Il rêve d’une douche (chose que je comprends parfaitement !) et de faire le plein de nourriture. Moi, j’hésitais à faire la boucle complète et total. Ça me décide. On fait donc un peu de route ensemble, je le dépose, et je fais demi tour.

J’en profite, puisque j’y suis, pour m’arrêter au magasin de souvenirs du parc. J’y trouve un livre sur les parcs nationaux américains. Une photo par parc ou par monument national. Je jette un oeil rapide, et passe à deux doigts de l’acheter en voyant une photo de Bryce Canyon. Et puis je me raisonne. Je ne veux pas gâcher la surprise. Je ne connaissais rien de Bryce Canyon, je ne connais rien de Zyon, je sais juste qu’il faut que j’aille les voir, que c’est grandiose. Et en effet, la photo de Bryce me dit que je n’ai plus le choix. Pour la petite anecdote, je faisais de la modélisation 3D à une lointaine époque. Le logiciel que j’utilisais s’appelait Bryce, et faisait notamment de très bon rendu paysagers. Quand je vois le type de terrain qu’il proposait par défaut, et que je le compare à la photo que j’ai vu, je sais d’où vient le nom du logiciel ! Fin de l’anecdote. Début du retour dans le passé, très très proche : ce matin, au sommet de Scott, j’ai aussi discuté avec deux personnes. Je parlais de mes plans de voyage, quand l’un des deux m’a dit « Grand Canyon, c’est magnifique en effet. Et si vous y êtes à la mi octobre, ça ne devrait pas être encore fermé par la neige ». Oups. Hein ? Quoi ? Il faut que je regarde tout ça de plus prêt moi…

Les hoodoos qui n’en sont pas

Ici, il semblerait que les gens aient plaisir à ne pas faire comme tout le monde. Alors ils utilisent des volcans pour faire leurs gorges et leurs ponts naturels plutôt que des bonnes vieilles rivières qui prennent très longtemps. Et évidemment, c’est la même chose pour les hoodoos. Je trouve ça très amusant de me promener dans une région où les choses à voir sont « les mêmes » que dans les Rocheuses canadiennes. Après le pont naturel et les gorges, finir avec des hoodoos me paraissaient donc normal. En réalité, je les appelle hoodoos parce que ça ressemble énormément à des cheminées des fées, mais ça n’en est pas. Et d’ailleurs, ça mériterait plus de s’appeler « cheminée des fées » puisque ce sont de vraies cheminées. Vous suivez ? Presque ? Tant mieux. Pour fabriquer des Pinacles (si je commence à employer un vocabulaire correct, ça vous aidera peut être) c’est assez simple. Vous commencez par faire exploser un volcan. Le volcan va faire une magnifique coulée de lave, et vous vous arrangez pour qu’il fasse un énorme tas de cendres par dessus. La lave est toujours très chaude au dessous, et contient plein de gaz, qui vont monter en pression. Et comme ils sont sous pression, ils vont aller faire le eau. La chaleur de ces gaz montant pétrifie la cendre, et ça fait une cheminée. Ensuite, avec le temps, la cendre non pétrifiée va s’en aller (pluie, rivière, érosion, etc…). Et ça ne laisse plus que des magnifiques cheminées (avec, en cadeau bonus, une très belle vue sur Scott) :

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