Archive for the ‘A few words on the road’ Category
Maria Island jour 2 : McRaes Isthmus et Haunted Bay
Altitude départ : 15 ; altitude arrivée : 100 ; point culminant : 210
Dénivelé : + 350, -275
Distance : 30 km ; Temps de marche : 8 heures.
Aujourd’hui, donc, on s’en va au sud, voir à quoi ça ressemble. La tente était bien confortable, et on a relativement bien dormi. Je suis quand même sorti, au milieu de la nuit, en entendant les opossums farfouiller dans les sacs. Parce que si la tente est confortable, elle n’est pas assez grande, par contre, pour que l’on garde les sacs avec nous. Mais ce n’est pas grave. Maintenant, je suis prévenu, et la nourriture était quand même bien en sécurité. Par contre, ma petite virée nocturne m’a permis d’observer un ciel tout simplement grandiose. Forcément, avec le lampadaire le plus proche à trente kilomètres, si ce n’est plus, et un ciel assez dégagé, la vue sur les étoiles et la voie lactée était à couper le souffle. Dans mon demi sommeil, par contre, je pense avoir un peu exagéré ce que j’ai vu… quoi qu’il en soit, j’en garde une image impressionnante !
On part pour un bon vingt kilomètres aller-retour. Avec le pique nique, la crème solaire, et tout ce qu’il faut. Pas de gros dénivelé au programme, si ce n’est monter un peu vers la fin, avant de redescendre brutalement jusqu’au bord de l’eau. Pas mal de distance, par contre, que l’on préfère attaquer tranquillement. Le chemin, comme la veille, est large. Il permet aux petits véhicules d’entretien du parc de circuler. Assez sableux également, la marche n’est pas forcément des plus agréables. On se retrouve sur l’isthme assez rapidement. Mais on finira par découvrir que celui-ci n’est pas aussi étroit que ce que l’on pensait. Il n’a pas l’air si large que ça sur la carte, mais comme il est boisé, il n’est pas possible de voir des deux côtés en même temps. Ce qui est vraiment dommage, vu que les deux baies qui le compose sont très belles. Pas grave, on en admirera d’abord une, puis une autre. Iris en profitera pour se baigner un peu. Toujours trop froid pour moi par contre.
On s’enfonce alors dans une forêt d’eucalyptus. Plus le temps passe, et plus j’aime ces arbres. Il n’y a pas de chênes en Australie. Enfin pas de façon endémique. Ils ont été importé par la suite. Mais l’eucalyptus m’y fait fortement penser. Un bois sombre et dur, avec un dessins assez particulier. Et avec une silhouette assez similaire (même si cette photo n’en est pas le meilleur exemple).
La marche n’est pas inintéressante, sans être franchement passionnante non plus. Je finis par attendre avec assez d’impatience le moment où l’on va attaquer la descente, et voir le bout du paysage. Moment qui fini par arriver. La récompense en vaut quand même la peine !
On s’installe confortablement sur les cailloux, histoire de savourer notre pique nique. Bien au chaud au soleil. On discute du planning des prochains jours. On essaie de tout faire rentrer dans un carcan temporel un peu contraignant. On arrive à une solution qui nous plait… mais qui implique de marcher 10 kilomètres supplémentaires aujourd’hui. On n’est pas vraiment sûr d’en avoir envie. On décide donc de rentrer tranquillement. On verra comment on se sent à l’arrivée.
Le chemin du retour se fait tout aussi rapidement qu’à l’aller. À ceci prêt que ça paraît encore plus long. Marcher dans le sable, sous le soleil, n’est vraiment pas agréable. On prend une pause à nouveau sur le bord de l’eau au retour, mais ça ne fait pas tout. On est écoeuré de marcher quand on arrive finalement à la tente.
On décide de prendre notre temps. On a des petits biscuits, un petit thé avec ça, ça pourrait quand même faire du bien. Si on se repose un peu, on devrait être capable de repartir pour les dix kilomètres supplémentaires et les deux grosses heures que ça représente. Un marcheur solitaire arrive à ce moment là. Je lui demande s’il veut du thé. Il accepte. On échange quelques mots rapides. Il nous propose du chocolat. Il y a des choses qui ne se refusent pas.
On hésite encore un peu, mais ça nous simplifierait vraiment l’organisation des jours suivants de marcher encore un peu. En fait, l’idée est de remonter dans le nord de l’île, au départ du sentier qui permet de gravir le mont Maria, point culminant de l’île avec ses 711 mètres. On marche plus aujourd’hui, pour marcher moins demain, Un deal qui pourrait être intéressant au final. Et qui signifie aussi que, puisque l’on ne vise pas un terrain de camping, mais que l’on va dormir au milieu de nul part, on peut en fait s’arrêter un peu quand on veut. L’idéal serait d’aller au bout, mais si on pose les sacs avant, ce n’est pas bien grave non plus. On démonte la tente, on refait les paquetages, les réserves d’eau, et on part. Sans amener trop d’eau : il y a plusieurs ruisseaux indiqués sur la carte, on devrait pouvoir se servir en chemin.
Alors que l’on avance et que le ciel commence à s’obscurcir, je me demande si c’était une bonne idée… la pluie semble de plus en plus inévitable. En plus de la tente, on a une petite bâche pour rouler les sacs dedans pour la nuit, mais s’il pleut un peu fort, les sacs seront trempés… alors j’espère très fort que le mauvais temps ne s’installera pas, et que notre idée lumineuse ne deviendra pas un plan catastrophe.
À priori, la météo semble rester sur mode nuageux mais non pluvieux. On avance bien, malgré la fatigue et les sacs quand même assez lourd. Le premier ruisseau sur la carte est à sec. Tout comme le deuxième. Le troisième, par contre, est bien vigoureux. On remplit donc une bouteille d’eau supplémentaire pour la cuisine. Et puis surtout, les ruisseaux nous permettent de suivre notre avancée, et de calculer combien de temps ils nous restent. Jusqu’à ce que l’on arrive finalement à la dernière ligne droite. Une dernière petite côte. On a bien marché, on a bien monté, bien descendu… et on est très heureux d’arriver !
Iris reprend son souffle pendant que je monte la tente puis que je m’occupe du repas. Je n’ai aucune idée de si on a le droit de dormir ici ou pas. En même temps, je ne vois pas trop qui pourrait venir ici au beau milieu de la nuit ! On est tranquille. Rien ni personne aux environs. Juste quelques oiseaux qui gazouillent. Le repas est vite expédié. Une fois de plus, je mets le sac en position « anti opossums ». La bonne nouvelle, c’est qu’ils ne savent pas exploser la toile de sac à dos à coup de griffes. Ce qui est quand même mieux. Autant pour le sac que pour les stocks de nourriture.
Une fois de plus, on s’endort sans le moindre problème.
Maria Island jour 1 : Painted Cliffs, Wombat et Frenchs Farm
Cette fois-ci, il n’y a pas Bernd pour nous faire sortir de la ville. Pour quitter Hobart, il y a un seul pont, à tendance autoroute. Pas évident pour faire du stop. C’était un peu mon inquiétude du trajet… j’ai commencé par m’offrir une petite heure de marche pour rejoindre Iris au centre ville. Avec, une fois de plus, le sac sur le dos. Plus lourd que la fois précédente : Bernd nous prête une tente plus adaptée, mais plus lourde. Et surtout, j’ai de la nourriture pour les prochains jours. Pas de voitures sur l’île. Pas d’épicerie non plus.
On se fait un petit déjeuner consistant en ville, tout en discutant sur la meilleure démarche à suivre pour quitter Hobart. Il y a, une trentaine de kilomètres plus loin, une ville qui s’appelle Sorell. Ça peut être pas mal de la rejoindre comme première étape, et on décide donc de se faire un petit panneau pour y aller ; avant de se diriger vers l’une des rues qui quitte Hobart. Je tiens mon panneau au dessus de l’épaule, plus par principe, mais sans conviction. L’idée était quand même bonne : une voiture s’arrête avant même que l’on arrive au carrefour que l’on avait prévu de rejoindre. On se fera déposé à Sorell quelques dizaines de minutes plus tard. On marche un peu, le temps de se rendre à un meilleur spot. Là où j’avais attendu un long moment la fois précédente. On attend une minute que la voiture suivante s’arrête, et nous embarque pour dix kilomètres. À peine le temps de sortir de la voiture, de déposer les sacs, que la voiture d’après s’arrête, prête à nous embarquer ! Le gars va jusqu’à Triabunna, où nous devons prendre le ferry. Le problème, c’est que tout s’est passé tellement vite, qu’on va avoir une éternité à attendre là bas. On ne pensait pas que ça marcherait aussi bien ! Alors à la place, on s’arrête à Orford. Le temps de manger une crème glacée, et de jeter un oeil à une ville qui, au final, ne semble pas présenter beaucoup d’intérêt. On retourne lever le pouce sur le bord de la route. Ce sera finalement un gars qui pêchait juste à côté qui nous embarquera, après une vingtaine de minutes d’attente. Pour nous déposer au ferry.
Il y a deux écoles de stop. Avec et sans panneau. Pour l’occasion, à part pour quitter Hobart, nous avons avancé sans panneau. Est-ce à cause de ça que c’est allé beaucoup plus rapidement que les deux autres fois ? Ou le hasard ? Ou le fait que le stop est, selon moi, plus facile quand on est en couple qu’un gars tout seul… aucune idée. On fera sans doute d’autres expériences, et on verra bien !
Le bateau arrive finalement pour nous embarquer. Nous attendrons une heure de moins que prévu : je me suis planté sur les horaires ! Bonne nouvelle que l’on soit en avance, dans ce contexte, vu que des bateaux, il n’y en a que deux par jours.
Il n’y a pas grand monde à bord. Nous sommes 5 passagers. Deux autres français (qui sont venus nous parler parce que « vous comprenez, vous parlez français aussi, alors il fallait que l’on vienne vous voir ») et une fille, qui se fait la côte est en cinq jours. C’est rapide, mais c’est faisable.
La traversée se fait assez rapidement, et offre une vue assez sympa sur Freycinet, et nous donne un aperçu agréable de ce qui nous attend pour les prochains jours.
Altitude départ : 0 ; altitude arrivée : 15 ; point culminant : 30
Dénivelé : + 30, -15
Distance : 9 ; Temps de marche : 3 heures.
Maria est en deux parties. L’île nord, la plus grande, où arrive le bateau, et où se trouve le plus de choses à voir, et une petite île sud, reliée à l’autre par un tout petit isthme. Il y a un camping, juste avant l’isthme, à une petite dizaine de kilomètres du quai d’arrivée, qui permet par la suite de partir faire l’un des deux chemins pour découvrir l’île sud. C’est notre objectif pour ce soir. Il est 16h30 quand nous arrivons, presque 17h le temps de gérer quelques petites formalités. Deux heures et demi de marche avant que le soleil se couche, c’est juste ce qu’il nous faut. Il faudra simplement ne pas prendre trop notre temps en chemin.
La marche commence tranquillement, sur un chemin assez large, et on avance bien. Avant de s’arrêter, trente minutes plus tard, pour admirer les Painted Cliffs, le principal attrait touristique de l’île. C’est d’ailleurs d’avoir vu les photos de ces falaises qui n’en sont pas qui nous ont donné envie de venir découvrir l’île. Le temps est un peu couvert, ce qui n’est pas idéal pour la lumière pour les photos ; il n’empêche que les Painted Cliffs sont à la hauteur de leur célébrité (certes assez locale). C’est superbe !
On ne reprendra pas la marche bien longtemps. Juste après, on voit ce groupe de kangourous (ou de wallabies, on ne maîtrise pas encore très bien la subtile différence) en train de paître tranquillement dans un champ. Les kangourous, on commence à être assez habitués, et à ne plus trop faire attention. Par contre, là bas, l’un des kangourous n’a pas du tout la forme d’un kangourou. Non, celui-ci, il semble plutôt être cubique. Forme caractéristique du wombat. Le wombat, c’est le genre d’animal que vous savez que ça existe, parce que quelqu’un, quelque part, un jour, vous en a parlé. Vous avez lu le blog d’un ami qui est parti en Australie, il était écrit wombat dedans. Le mot vous est resté, parce qu’au scrabble, ça permet de se débarrasser d’un W. Mais à part ça, on sait pas trop. On voulait en voir, ça avait l’air super cute, mais comme c’est un animal nocturne, c’est pas évident à croiser. Pourtant, en cette fin d’après midi, nous avons enfin levé le voile sur ce mystérieux wombat. Il rentre dans la catégorie des animaux bin bin bin relaxe. Il est gros, il a des petites jambes, il apprécierait que vous ne le forciez pas à bouger. Il veut juste brouter tranquillement. À priori, l’humain n’essaie pas de le manger, et ça l’arrange. Un peu comme le kiwi, je pense que le wombat fait parti de ces animaux qui doivent leur survie non pas à leur parfaite adaptabilité, mais simplement à l’absence de prédateur. Arrêtez donc de vous demander où Lucas est parti cherché ses ewoks, et avouez simplement qu’il est mignon !
Jusqu’au moment où, finalement, il commence à trouver pénible tout ces paparazzis, et décide de s’en aller fièrement, continuer son petit bonhomme de chemin.
Et nous de faire de même, puisqu’il nous reste encore une bonne trotte à faire. On repart tout guilleret par cette rencontre imprévue mais vraiment joyeuse. L’enthousiasme baisse petit à petit, alors que les kilomètres s’éternisent. On met du temps avant de finalement voir le toit de la petite maison qui nous sert de point de repère. La nuit commence à tomber, les moustiques à sortir. On laisse tomber les sacs. On monte la tente rapidement. On mange tout aussi rapidement. Et on disparaît à l’abris des bêbêtes qui piquent pour faire un bon dodo !
Les soirées qui se suivent
J’ai éventuellement fini par revenir à Hobart. Chris et ses trois enfants sont partis assez tôt le lendemain matin ; je suis resté avec Michelle pour aider à nettoyer la maison qu’ils avaient loué. Après tout, il est toujours agréable de pouvoir rendre ce que l’on a reçu. Même si c’est juste un peu. J’ai finalement dormi bien au chaud et à l’abris de la pluie et j’ai en plus eut le droit au petit déjeuner. Michelle a également payé des frittes à tout le monde pour le repas de midi. On s’est aussi arrêté à Sorel, le temps de partager un chocolat chaud avec ses parents. Là encore, on ne m’a pas laissé mettre la main à la poche. Évidemment, Michelle m’a déposé à la porte de chez Bernd, faisant quand même un détour assez conséquent par rapport à où elle habite. Confronté à la gentillesse et la générosité des gens, je reste toujours un peu sans voix. Coincé. Bloqué. Quand j’étais moi même l’hôte, celui qui ne voyageait pas, je n’avais aucun problème à être le généreux. En me disant que j’aimerais bien que ça m’arrive en retour. Mais à chaque fois que l’on a droit à un retour, on veut redonner quand même… Michelle est tout simplement adorable…
Les choses ont repris leur rythme tranquillement de retour chez Bernd. J’hésitais à repartir tout de suite pour quelques jours. À aller affronter le Mont Anne, qui là bas m’attend… et puis finalement, je suis resté sur une option plutôt relaxe. Reprendre mon souffle, pour mieux repartir.
Le temps est vite passé. Il y a eu une soirée jeu, qui s’est finie un peu tard. Et des bagages à terminer. Mon sac est encore plus lourd que la dernière fois. Cette fois, il y a de la nourriture pour deux. Demain, je rattrape Iris, et on va en direction de Maria Island. Passer quelques jours. On sait pas combien. Le temps qu’il nous faudra.
Ça me paraît un beau petit projet tout simple !
Le gars qui joue à chat perché avec la marée haute
Voyager en stop à quelque chose d’extrêmement particulier. On ne va pas comprendre pourquoi les voitures ne s’arrêtent pas. Après un moment, la rancoeur commence à s’installer vis à vis de tout ces véhicules qui ne s’arrêtent pas, mais qui ont de la place. Ils font des haussements d’épaules, des sourires, des signes de la main. Moi, je leur demande juste quelques kilomètres… chaque véhicule qui passe, c’est un peu de patience qui s’effrite. Et si on a beaucoup marché les derniers jours et que l’on transporte un gros sac à dos, la patience s’effrite d’autant plus vite. On sent cette impatience s’accumuler ; cette incompréhension à l’égard de ces gens qui vous ignorent complètement… et en même temps, on sait parfaitement qu’au moment où une voiture va s’arrêter, tout va disaparaître. Le compteur est remis à zéro, et repartira la prochaine fois que l’on se retrouvera sur le bord de la route à attendre.
Je venais tout juste d’arriver à Coles Bay, après un petit peu plus de 4 kilomètres de marche non prévue. J’ai vu un van sortir d’une maison à reculons. Un peu en avant de moi. J’ai fait signe et montré mon panneau, mais il est parti. Une voiture a suivi juste après. La fenêtre ouverte. Une dame regarde mon panneau et me dit « je vais à Hobart seulement demain ». Elle ne dit rien d’autre. Au moment où je m’apprête à tenter un « est-ce que vous pouvez quand même m’avancer un peu », elle ajoute « mais je vais quand même jusqu’à la grand route si vous voulez ». Le compteur est remis à zéro. Je fais un grand sourire, et accepte avec plaisir. Dix mètres plus loin, le van attend. Le chauffeur fait signe ; il allait me dire que lui aussi allait à Hobart demain matin. J’ai l’impression que le monde m’en veut personnellement. Mais en même temps, je ferais un premier bon de trente kilomètres. Le plus difficile selon moi…
Ça fait cinq minutes que je discute avec Michelle quand elle me dit « tu sais, si tu n’es pas pressé de rentrer, on va à la plage se faire un barbecue avec un ami et cinq enfants. Si tu veux passer la soirée avec nous, tu auras juste à planter la tente dans le jardin, et on partira ensemble demain matin ». J’accepterais volontiers l’invitation… mais je n’ai juste plus rien à manger avec moi… « c’est pas grave, quand il y en a pour deux adultes et cinq enfants, il y en a pour un adulte en plus ». Je n’ai pas vraiment d’autres raisons de refuser. Mon mini contrat m’attendra bien une journée de plus, et j’envoie un texto à Bernd pour lui dire que je ne rentrerais que le lendemain.
Les gens qui voyagent ont tous des anecdotes. Ceux qui voyagent en stop vont toujours vous parler de cette personne qu’ils ont rencontrés, qui les a invité à manger ; sur leur bateau ; à passer la soirée avec eux ; ou que sais-je d’autres… j’ai moi même partager des moments très sympas avec des gens que j’avais ramassé sur le bord de la route. Voyager parfois comme chauffeur, parfois comme auto-stopeurs donne parfois cette impression de « ce que j’ai donné me reviens ». Non pas au centuple par un vieux barbu abstrait et à l’existence contestable, mais par d’autres êtres humains, généreux et agréables.
Oui, je voyage pour les paysages et les photos que j’ai fait aujourd’hui même au sommet du mont Amos. Mais je voyage aussi pour tout ces gens que je rencontre. Toutes ces personnes qui me font réaliser que l’espèce humaine a quand même de bonnes bases et que tout n’est pas perdu. Voyager me permet de regarder vers l’avenir avec un optimisme indéniable.
On s’arrête brièvement pour faire des courses à Bicheno. Ma proposition de participer aux dépenses est poliment déclinée. On s’arrête à nouveau une dizaine de kilomètres après Bicheno, pas très loin de la plage.
Michelle est la mère célibataire de Sebastian et Alex, qui étaient dans la voiture également. Le van est conduit par Chris, originaire du Kensas, qui a ensuite déménagé en Californie avant de venir s’installer en Tasmanie. Passionné de surf, père célibataire de Kinen, Mikah et Ava. Les enfants ont entre 6 et 13 ans a vu de nez. Ils se connaissent bien, et débordent d’énergie !
Un peu plus loin sur la plage, il y a une rivière qui se jette dans la mer. Sebastian a très envie de faire du canoë. Le Sébastien avec un accent et un ‘e’, celui qui a fait de la randonnée et qui est très fatigué, se retrouve pourtant à aider Chris à porter le canoë sur un petit kilomètre. Enfin… j’ai quand même pu me reposer un peu dans la voiture, je survis donc à l’expédition !
La suite du programme consistera à faire une énorme réserve de bois, se faire cuire des brochettes comme on peut, faire un gros feu de bois, et griller des shamallow. Petite soirée toute simple, super agréable, et très tranquille. J’ai regardé rapidement à l’épicerie si par hasard je trouvais de la paraffine liquide, histoire de donner un mauvais exemple aux enfants, mais je n’ai rien trouvé d’autre que du kérosène ou de l’éthanol. N’étant pas sûr de mon coup, j’ai préféré laisser faire. La seule autre chose que j’ai pour remercier tout le monde pour leur gentillesse, c’est mon appareil photo. Alors j’en profite, autant que possible.
La soirée aurait pu se terminer là. On aurait fini nos guimauves, et on serait rentré tranquillement. Mais au moment même ou le paquet de guimauves était terminé, il a commencé à pleuvoir. Branle bas de combat, tout le monde par en courant sous la pluie. Je me suis retrouvé à tirer le canoë tout seul (au final, moins fatiguant que de le porter à deux). C’est aussi à ce moment là que l’on a découvert que la marée avait montée, et que les grosses vagues recouvraient complètement la plage. Je m’en suis surtout rendu compte quand j’ai du courir et sauter sur une dune pour éviter de me retrouver les chaussures détrempées. J’ai failli crier « chat perché », mais j’imagine que personne n’aurait compris. Et la vague non plus.
C’est à ce moment là que tout s’est enligné. Un peu comme on entend le « clic » dans les films quand le voleur trouve le code du coffre fort. Ou le genre d’alignement qui permet à un astrologue de prédire la fin du monde. Tout était parfaitement à sa place. Trempé, fatigué, épuisé, à tirer un canoë en courant pour éviter une vague sous la pluie alors que j’ai passé les derniers jours à marcher… c’est pour ce genre d’instant, complètement improbable et impossible, que je voyage. C’est pour ce moment précis où, mort de rire, on refait la liste des événements qui nous ont amené à cet endroit précis, à ce moment précis. Il a fallut une météo pourrie en début de semaine pour que je reporte mon voyage à Freycinet de quelques jours ; que je me perde dans la brume et que je change mon planning ; que je sois suffisamment têtu pour continuer ma randonnée quand même ; que je marche pendant une heure sans personne pour me ramasser. Et que finalement Michelle s’arrête. Si j’arrivais deux minutes plus tard à Coles Bay, c’était raté… J’aime prendre le temps de reregarder en arrière. D’analyser la succession improbable des événements. Me demander quand tout a commencé.
Si mes parents ne m’avaient pas offert « Albatros II » de Colin Thiele, quand j’avais une dizaine d’années, me faisant rêver d’Australie pour la première fois… me serais-je retrouver sur cette plage ?
Je contemple le passé et les successions d’événements avec plaisir. J’aime voir ces enchaînements d’improbabilités. Où tout commence, et où tout se termine. J’aime voir comment la vie nous promène tranquillement, en nous prenant par la main, et comment il est si agréable de la suivre, et d’avancer en suivant les signes qu’elle nous réserve, pour nous amener là où l’on veut. Il suffit de lui faire confiance. Tout simplement.
Freycinet jour 4 : Hazards beach track et Mount Amos
Altitude départ : 4 ; altitude arrivée : 14 ; point culminant : 454
Dénivelé : + 470, -460
Distance : 12 + 4 km ; Temps de marche : 5 + 1 heures.
Je ne fais définitivement pas confiance en ma tente, et c’est bien dommage. J’avais beau être à l’abris du vent, celui-ci c’est encore fait plaisir cette nuit, et a offert une série de rafale vraiment impressionnante. Bref, j’ai passé la nuit dans un demi sommeil, à me demander si la tente n’était pas en train de tomber, si un des piquets ne venait pas de se faire arracher, si je n’allais pas bientôt être dans une situation désagréable. J’ai aussi eu une petite visite de possum pendant la nuit, mais celui-ci n’a rien trouvé. Je fais désormais attention !
Au final, j’ai du dormir 4 ou 5 heures. Vraiment pas l’idéal pour se reposer… mais bon, au moins je commencerais la journée tôt. Mon objectif est d’être de retour au parking à midi pour faire l’aller retour jusqu’au mont Amos, celui-ci prenant habituellement 3 heures. Ça me laisserait amplement le temps de rentrer à Hobart. Je me projette déjà… je me souviens après 10 jours passés à Yosemite en ne mangeant quasiment pas de viande, à quel point un steak me faisait rêver. Certes, je suis resté moins longtemps. Mais il n’y a pas eut de viande non plus ; et un peu de protéines, ça pourrait faire du bien. Je me vois déposer au centre ville d’Hobart, et m’offrir un petit restaurant bien mérité. La récompense du combattant. Je salive d’avance. J’anticipe. Peut être un peu trop. Je n’arriverais pas à Hobart ce soir…
Je prends mon temps pour me préparer. Je n’aime pas me précipiter. J’ai calculé mes affaires avec suffisamment de marges justement pour ne pas avoir à me stresser. Mais une fois de plus, je me retrouve sac à dos sur les épaules ; celles-ci protestent un peu quand même. Elles rejoignent mes jambes et mes pieds et mon dos dans le club des tannés.
Remonter Hazards Beach se fait assez rapidement. Là encore, le sable n’est pas trop mou, et la marche reste supportable. Et puis j’attaque la dernière ligne droite. Plusieurs kangourous m’encouragent silencieusement sur le bord de la route. Je profite bien un peu du paysage, mais il n’y a pas grand chose à voir. Rien que je n’ai déjà vu. Et rien qui ne vaille ce que j’ai vu la veille, même si il y a quelques belles formations rocheuses.
J’arrive au parking. Il est midi. L’heure parfaite pour me faire un dernier petit repas. J’ai calculé la bouffe juste comme il faut. Voir même peut être un peu short. J’aurais sans doute préféré avoir un tout petit peu plus. Je n’ai pas eut faim, mais avoir de l’énergie en randonnée, c’est toujours bienvenu.
Autre calcul parfait : ma bouteille de gaz rend l’âme quand mon repas est prêt. J’avais commencé à m’inquiéter la veille en la sentant presque vide. Tout aura parfaitement tenu. La tente, le matelas de sol, le sac de couchage, la bouteille de gaz. Je remercie tout ça. Je n’arrive toujours pas à savoir ce que je ferais de la tente… à la fois hyper pratique et pas du tout… à voir.
Enfin… il me reste une dernière petite formalité à accomplir. 450 mètres plus haut, le mont Amos m’attend. Il est indiqué comme très raide et épuisant, ne convenant qu’à des randonneurs expérimentés et bien équipés. En contrepartie, il promet de magnifiques points de vue au sommet. Ça vaut la peine de souffrir une dernière fois, non ?
Je cache une fois de plus mon sac ; je ne vois pas l’intérêt de l’amener jusqu’au sommet avec moi. Je pars le coeur léger mes les jambes lourdes. L’ascension démarre tranquillement pendant une petite demi heure. Puis on arrive au panneau « au delà de ce point, le chemin devient difficile et dangereux sans équipement adéquat ». Belle promesse… ça commence à monter plus raide en effet, la plupart du temps, directement sur du granit de surface. Parfait pour descendre très rapidement quand c’est mouillé. Mais là, j’ai un grand ciel bleu, aucun risque de pluie. Le bâton m’aide bien quand même.
Le sommet de Amos est relativement plat. Mais juste avant, il y a un dernier petit passage raide. 120 mètres de dénivelés, sur environ 200 mètres de distance. On n’est pas loin de l’angle à 45 degrés ! Mais personnellement, j’adore. Je me retrouve à courir à 4 pattes sur la roche. C’est certes épuisant, mais un vrai moment de bonheur en même temps. Je rattrape une mère avec ses deux enfants qui sont coincés. Je leur montre par où passer… ils n’ont pas trouvé le bon chemin. En même temps, j’envisage de leur dire de faire demi tour un peu… ça me paraîtrait plus raisonnable… je cours encore un peu, fait un peu d’escalade… j’ai oublié que j’ai mal aux jambes et au dos. Je m’amuse et j’aime ça.
Et puis le sommet est là. En fait, le sommet c’est un plateau pas très grand, avec quatre formations rocheuses dans les coins. Genre de mini forteresse, parfaitement bien aménagée. J’irais au sommet de seulement deux, les deux autres étant un peu plus compliqué à accéder. J’ai à nouveau le droit à quelques paysages époustouflants. Je revois à nouveau toute la péninsule, sous un autre angle. Tout ces endroits où j’ai été. La vue est superbe. Je crapahute dans les rochers, m’amusant comme un petit fou. J’ai le sommet pour moi tout seul ; ça ne le rend que meilleur ! Une fois de plus, je mets les panoramiques de côté pour un peu plus tard.
La descente se fait avec autant de plaisir que la montée. Le bâton, pour l’occasion, est rangé. Je descends à quatre pattes une bonne partie du temps. Je manque prendre un mauvais chemin à un moment, mais je m’en compte assez rapidement et fait demi tour. Je croise quelques personnes dans la montée. Tous sont épuisés. Moi j’ai un grand sourire. La descente est belle. C’est rare qu’une descente soit agréable, mais pour l’occasion, c’est le cas. En tout cas pour le début.
La dernière demi heure s’éternise un peu. Mes jambes se rappellent soudainement qu’elles souffrent et qu’elles ont trop marchées. Mais cette fois, c’est fini. Je peux récupérer mon sac. Hobart m’attend. Je prépare mon petit carton, reprend mon sac à dos… et recommence à marcher. Je suis fatigué, mais en même temps il y a pas mal de petites routes dans le parc. Donc plus j’avance, plus j’aurais de chances de me faire embarquer.
Une heure plus tard, après m’être offert un petit quatre kilomètres de marche en bonus, la première voiture s’arrête finalement. Je reprends courage. Je repense à mon restaurant…
Freycinet jour 3 : Bryans Beach, Mount Freycinet, Hazards Beach
Altitude départ : 4 – altitude arrivée : 4 ; point culminant : 620
Dénivelé : + 670, – 670
Distance : 18 km ; Temps de marche : 8 heures.
Ne pas dormir à cause des opossums est inhabituel. Ne pas dormir à cause de la pluie est plus classique. Ma tente n’ayant pas de sol sur la plus grande partie de sa surface, je suis inquiet à l’idée de voir de l’eau ruisseler à l’intérieur. Et puis même à l’abris du vent, il y a quelques rafales qui m’inquiètent un peu. Je passe donc une autre nuit à me réveiller régulièrement avant de me décider à me lever pour de bon vers 9h du matin. J’ai une journée à nouveau bien chargée aujourd’hui, à cause de mes erreurs de la veille. J’ai remplacé un 8 kilomètres de plat par un 10 kilomètres avec 600 mètres de dénivelé… sans compter les à côté.
J’ai rarement faim en me réveillant, ce qui est toujours pratique quand des opossums ont mangé votre petit déjeuner. J’ai une première petite marche pour me réveiller, consistant à faire un aller retour jusqu’à Bryans Beach. Deux petites heures aller-retour, et sans sac à dos. Ça me permet de commencer la journée très tranquillement. Et de découvrir une petite plage, un peu cachée, mais tout aussi belle que les autres.
L’aller retour se fait assez rapidement, comme prévu. De retour à la tente, je me prépare un petit repas rapide, rempli les réserves d’eau, et repart. Je ne ferais pas l’erreur de me contenter de trois litres d’eau cette fois. Sauf que 6 litres, ça commence à vraiment faire son poids. La bonne nouvelle, c’est que je ne porterais pas trop mon sac aujourd’hui.
J’ai le droit à un magnifique ciel bleu. Le mont Freycinet m’attend tranquillement. J’ai le temps, tout va bien. Je retraverse Cooks Beach. Je cache mon sac à dos derrière un arbre. Je n’aurais pas besoin de lui, vu que je fais un aller-retour jusqu’au sommet. Je pars avec un appareil photo et trois litres d’eau. Le premier kilomètre est tranquille, puis ça commence à monter. De plus en plus.
La marche est agréable ; j’avance bien ; j’en profite. À cause des arbres, je ne vois pas trop le paysage évoluer autour, jusqu’à ce que j’arrive au croisement. À gauche, ça monte sur Freycinet, à droite sur le mont Graham. C’est là que j’aurais du passer hier. Le mont Graham, 40 mètres plus bas que le mont Freycinet, ne m’intéresse pas plus que ça. En même temps, la vue pourrait être intéressante aussi. On verra quand je serais de retour ici. Chaque chose en son temps.
Il est clairement indiqué sur la description de la randonnée que ça monte beaucoup. Et aussi que le chemin n’est pas toujours évident à trouver. Ce qui est très honnête. Les indications sont souvent assez difficile à voir. Je fais quand même confiance à mon instinct, et cette fois ci, il ne me trompe pas. Graham me sert d’indicateur pour savoir combien il me reste à marcher. Ma logique est assez simple : quand le sommet de la montagne sera alignée avec la mer, ça devrait vouloir dire que je suis à peu prêt à la même hauteur. Et donc qu’il ne me reste plus qu’une quarantaine de mètres à grimper.
Ma théorie ne me paraît pas trop ridicule. En l’occurrence, une fois le sommet aligné, il ne me reste plus qu’un peu d’escalade à faire… oui, ça passe vraiment par des endroits sympa. À grimpouiller comme on peut sur des gros blocs de pierre. Et puis très rapidement après, j’arrive au sommet. Je n’ai pas trop souffert, je suis encore assez en forme. Mais surtout, la vue est tout simplement grandiose. Je vais d’un endroit à un autre, d’un rocher à un autre, multipliant les panoramiques, pour saisir l’ensemble. Je vois tout. Le mont Amos, qui m’attend demain. Le Wineglass Bay Look out, la baie elle même. Hazards Beach. Southern Island, tout l à bas au sud. Et beaucoup plus loin, une partie du reste de la Tasmanie.
J’ai fait pas mal de panoramiques… que je réserve pour dans quelques temps. Un projet qui me tient à coeur depuis un bon moment. Du coup, je les mets de côté. Je les révèlerais plus tard. LE temps de les préparer, et de tout ajuster…
Depuis le croisement, il m’a fallut juste trois quart d’heures pour atteindre le sommet. Comme quoi, des fois une grimpette bien sévère, ça permet d’économiser du temps ! Je reste un moment à admirer la vue, avant d’attaque la redescente. J’hésite un moment sur le chemin du retour. Est-ce que je m’offre le plaisir du Mont Graham en plus ? Ça veut quand même dire un autre 200 ou 300 mètres de dénivelé… j’hésite jusqu’à la dernière minute. J’ai encore beaucoup à marcher aujourd’hui. Je vais donc rester raisonnable.
Le chemin du retour se fait sous le signe des animaux. Il y a énormément de lézards tout le long de la route. Un dragon des montagnes, c’est plus rare à priori. Mais très facile à photographier. D’après les infos que j’ai, il est tellement persuadé d’être un roi du camouflage qu’il ne bouge pas, sûr que l’on ne peut pas le voir. Avoir su, j’aurais changé d’objectif pour en profiter un peu plus. Mais j’étais persuadé qu’il allait disparaître au moindre mouvement. Et puis deux magnifiques serpents noirs aussi. À priori, des “Whitelipped”. Il y a trois variétés de serpents en Tasmanie. Les trois sont relativement dangereux. Je n’avais pas vraiment l’intention d’aller lui faire des chatouilles de toutes façons.
Je ne regrette pas ma décision d’avoir laissé faire Graham. Quand je récupère mon sac, j’ai mal aux jambes et au pied. Il me reste encore une heure et demi de marche à faire. Je m’offre une pause, le temps de manger. Je ressens le manque d’énergie. Je ne pense pas que mon habitude de marcher uniquement propulser par des barres de céréales soit si mauvaise. Apport d’énergie constant et intense, ça aide à monter des montagnes ! Enfin, je me contenterais de riz aux légumes. C’est toujours mieux que rien !
J’arrive à survivre à ma dernière heure et demi de marche, mais je suis quand même bien heureux d’arriver. Cette fois-ci, il n’y a tout simplement personne. Pas d’être humain à au moins 4 ou 5 kilomètres à la ronde. Une plage juste pour moi, un coucher de soleil magnifique, et une tente installée pas loin de l’eau, mais à l’abris du vent. J’ai toutes les images de la journée dans la tête. Je me couche tôt. Je dois me lever tôt demain. J’ai 6-7 heures de marche de prévu, plus un retour à Hobart en stop. Une dernière journée où il faut que je sois en forme !
Freycinet jour 2 : Wineglass Bay à Cooks Beach
Altitude départ : 5 – altitude arrivée : 4 ; point culminant : 500
Dénivelé : + 530, – 530
Distance : 18 km ; Temps de marche : 8 heures.
J’ai déjà eu de très nombreuses raisons pour dormir mal. En camping, on peut encore en trouver pas mal d’autres. La température était parfaite. Il n’y avait pas trop de vent. Le matelas est confortable. J’ai pourtant passé la nuit à être réveillé. Par tous les possums qui sont venus me rendre visite. Les uns après les autres. À chaque fois que j’en éclairais un avec la flash light, il me regardait avec un grand air innocent sur le thème « bin quoi, c’est pas ici le buffet à volonté ». Non mon gars ; désolé, tu es arrivé trop tard. La bouffe est bien rangée dans le sac désormais, et je referais pas la même erreur. C’est, à vrai dire, le défaut de la tente : elle est constituée principalement d’une toile pyramidale. Puis dans un coin seulement, un tapis de sol et une moustiquaire pour fermer le tout. Le reste est donc entièrement ouverte. Et si les possums ne peuvent me dire me grignoter les pieds, ils peuvent entrer et sortir sans problème de la tente. Il faudra que je réfléchisse aux nombreuses conséquences de la chose…
Il est dix heures quand je me réveille. D’aucun trouverait cela scandaleux une heure de réveil partout. En camping. Et pour faire de la randonnée. Moi je dis que si j’ai dormi aussi tard, c’est que j’en avais besoin ! C’est donc parfaitement mérité. Quand je me réveille, le camping est entièrement vide. Ça sent les randonneurs sérieux. Sauf les trois français. Eux sont encore là. Ils ne font pas la boucle. Ils venaient juste passer une petite nuit dans la nature. On échange quelques mots. Mais pas de coordonnées. C’est aussi ça le plaisir de voyager. Il y a des rencontres que l’on aime et que l’on veut renouveler. D’autres qui sont tout aussi sympa, mais qui se suffisent à elle même. Et pour la deuxième fois, mon sac commence par passer par le service des douanes, avant d’avoir l’approbation pour le départ.
Les prévisions météos étaient mauvaises pour aujourd’hui, et je m’attendais à me réveiller sous la pluie. Mais le ciel est relativement bleu, et les nuages assez haut. La suite du chemin monte jusqu’au mont Graham à 579 mètres, avant de redescendre jusqu’à environ 300, où il y a un embranchement pour le mont Freycinet (620 mètres, point culminant du parc). Petit détour d’une paire d’heures, avant de redescendre sur la plage de l’autre côté. Je le ferais si le ciel est dégagé. Mais ça se couvre très rapidement. J’ai l’impression qu’il n’y aura pas beaucoup de photos aujourd’hui. Dommage de faire les sommets le jour où il y a de la brume. Ça monte un peu raide dès le début, et le sac commence à peser un peu, mais ça va quand même. Mes réserves d’eau ont baissé beaucoup plus vite que ce que je pensais. Il faudra vite que je me trouve un ruisseau pour reremplir mon camelback. Trois litres pour une telle distance, incluant un repas, n’était définitivement pas assez. C’est pas grave. J’apprends ! Je trouve finalement mon ruisseau, rempli ma bouteille secondaire à faire bouillir plus tard, et reprend le chemin.
Il y a des endroits où la voie est très mal marquée. Je ne suis pas sûr exactement de où je dois aller. Mais j’arrive quand même à me retrouver. La brume n’aide pas, il faut bien le dire. Et puis il y a cet endroit, particulièrement bordélique, et cette impression étrange de tourner en rond un peu trop. J’hésite un peu. J’ai moins l’impression d’être sur un chemin. J’avance un peu. Si, c’est bien le chemin. Est-ce que je dois aller à droite ? À gauche ? Je vois un fléchage à gauche. Parfait. Je reprends la marche, maugréant un peu contre ces chemins mal balisés. Si les sentiers très fréquentés se suivent sans problème, ceux un peu plus secondaire sont un peu plus difficile à suivre.
J’essaie d’avoir un ordre d’idée de où je suis grâce à la carte topographique. Mais il faut croire que je ne suis pas aussi bon que ça pour la lecture de carte, car je n’arrive pas à me situer. J’ai quand même l’impression de bien avancer. J’ai 11 kilomètres à faire, c’est quand même plutôt relaxe comme distance. Je fais une pause pour manger, et faire bouillir de l’eau histoire de pouvoir recommencer à boire. Il ne fait pas très chaud, tout la haut dans la brume.
Ça fait 4 heures que je marche quand je vois la plage. J’avoue être franchement fier de moi. Je ne comprends pas très bien pourquoi j’ai raté le début de chemin pour Freycinet. En même temps, vu comme c’est mal indiqué, je ne suis pas si surpris de l’avoir raté. Et sans regret, vu que je ne l’aurais pas fait dans la brume de toutes façons.
Et puis il y a ce doute soudain. Ce quelque chose qui ne marche pas. Cette baie qui arrive bien trop tôt, et surtout qui n’est pas exactement à l’endroit où elle devrait être. Cet arbre, puis cet autre qui ont un côté déjà vu. Ces montagnes, qui n’ont rien à faire là. Qui devraient être derrière moi.
Je suis attaqué par un mélange de sentiments. Stupidité, frustration, déception. Un léger sentiment d’inquiétude également. Ces randonneurs stupides qui se perdent en montagne, ça ne se voit que dans les films. Si vous suivez le chemin, il n’y a aucun problème. Je ne sais tout simplement plus quoi penser. Plus quoi faire. Je suis quand même un peu fatigué. Je n’ai pas assez d’eau pour tenir la soirée. Et puis je n’ai pas envie de repasser la soirée ici…
Je revois très clairement l’endroit où je me suis perdu. Ce chemin où j’ai hésité à tourner à droite ou à gauche. J’ai donc perdu la piste à un endroit, tourné sur moi même, revenu au chemin principal, et fait demi tour. J’ai bien senti que j’étais un peu déboussolé, que je n’allais pas exactement dans la bonne direction. Comme quoi, peut être qu’une petite boussole serait un achat intéressant à envisager… ça sert très rarement, mais quand il y a un doute, ça peut être extrêmement utile ! Je ne comprends quand même pas que j’ai pas reconnu le paysage. Il y a bien eut un endroit où une pierre m’a fait penser à une autre que j’avais vu plus tôt. Il y a aussi ce petit passage, qui m’a plus. Dans les deux sens. Mais que je n’ai pas reconnu :
Avouez que parmi les 27 photos précédentes, vous ne vous êtes pas dit « oh, c’est pareil ».
Je me pose quelques minutes sur le bord de la plage, à regarder la baie. Je fais quoi ? Je n’ai pas envie de faire demi tour à nouveau et réattaquer l’ascension. Je prends donc le chemin du retour. Il y a un embranchement plus loin qui me permettra d’atteindre Cooks Beach par un autre chemin (c’est l’avantage des boucles, il y a toujours deux routes).
Le sac s’est alourdi un peu… mais je marche courageusement. Je remonte Wineglass Bay et, au lieu de remonter jusqu’au point de vue, attaque le chemin qui permet de traverser la péninsule. La bonne nouvelle c’est que la marche sur le sable n’est pas trop pénible.
J’arrive à Hazards Bay, de l’autre côté de la péninsule. J’ai un panneau qui m’indique le parking de départ à 2h30 de marche sur ma droite. Un autre qui m’indique le prochain camping, à 2h30 de marche, sur ma gauche. Le problème, c’est que si je vais à gauche, il faut que je continue jusqu’au camping d’après. Et que je rajoute une autre heure et demi. Pourquoi ? Parce que ce dernier camping me permettra d’aller jusqu’au bout de la péninsule, de m’attaquer à Freycinet demain, et surtout, parce que lui a de l’eau.
Je suis là pour voir le parc. Je veux en profiter au maximum. Ça va me faire plus de marche aujourd’hui, mais ça va aussi décaler une partie de la marche prévue pour les deux prochains jours. Et bien je souffrirais plus. Je suis jeune, je suis capable. Je tourne à gauche, avec enthousiasme.
Le sac est rendu horriblement lourd. C’est fou comme ça serait plus facile sans rien sur le dos. Je commence à avoir vraiment mal aux pieds. Je préférais mes anciennes chaussures de marche. Celles avec lesquelles j’avais affronté Yosemite, sans jamais avoir trop mal aux pieds. Celles-ci sont moins confortables.
Mais je continue à avancer. La veille, le français de Toulouse dont le nom m’est toujours pas revenu, disait en parlant du GR20 (qui est dans ma liste de choses à faire) que la marche c’est 55% pour de volonté. Rendu là, la volonté n’a plus rien à voir. Je mets un pied devant l’autre, avançant de façon mécanique, attendant simplement d’arriver au bout. J’ai mal aux épaules, j’ai mal au dos, je suis tanné de marcher. Je passe le premier camping. Il me reste une heure et demi. Dans les bois. Je me perds dans le camping. Le chemin est mal indiqué. Je le retrouve à nouveau, en maugréant d’autant plus contre le fléchage trop aléatoire à mon goût.
J’arrive à la dernière plage. Tout la bas au bout, c’est le repos qui m’attend.
La dernière ligne droite est parfois la plus facile, parfois la plus dure. Depuis Wineglass Bay, je n’ai presque fait que marcher sur le sable. Aucun dénivelé, mais pas une marche agréable pour autant. Il n’empêche que quand j’arrive finalement au camping, je pose mon sac avec un bonheur difficile à égaler. Il y a pas mal de tentes, éparpillées de tout côté. Je trouve un endroit qui me plait. Avec une vue magnifique sur l’océan. Installe la tente. Plante les piquets comme je peux dans le sable. Construit l’ensemble. Coup de vent. Deux piquets sautent. Je les remets. Coup de vent. Deux autres piquets sautent. J’ajuste un peu tout ça. Je bataille un long moment. Je pensais que ça serait simple ce soir, car je maîtrise la tente maintenant. Mais vent + sable, ce n’est pas l’idéal. Cette tente a définitivement besoin des piquets pour tenir… Je me bas encore un moment, avant de me dire qu’en même temps, je suis un peu stupide. Quand viendra le temps de dormir, je m’en foutrais complètement de la vue sur la plage. Je m’éloigne un peu, à l’abris du vent, sous les arbres. Il y a quelques goûtes, à droite à gauche. Rien de trop menaçant pour le moment.
Je remonte la tente. C’est plus rapide. Et les piquets tiennent. Il y a moins de vent. Je m’installe à l’intérieur pour écrire sur un petit calepin qui me sert à prendre quelques notes pour quand viendra le moment de retranscrire tout ça sous forme de blogue. Le vent se fait de plus en plus fort. J’ai beau être à l’abris des arbres, un peu, ça bouge encore pas mal. La pluie s’arrête un peu. Il n’empêche que ça pourrait bien recommencer à pleuvoir. Il ne fait pas encore nuit. Mais je vois bien le plan galère, de la tente qui s’écroule au beau milieu de la nuit, sous la pluie. Et puis vue la force des rafales, quand je pense aux gros arbres juste à côté de moi, je me dit que je ne suis pas forcément à la meilleure place.
Je ressorts. Démonte la tente à nouveau. Embarque tout ça. M’enfonce dans un bosquet très touffu de petits arbres. Je n’ai plus un souffle de vent. Et rien qui risque de me tomber sur la tête. L’endroit est juste parfait. La prochaine fois, je le choisirais en premier tiens !
J’ai eut l’occasion de voir que le ciel était magnifique. Il ne fait pas encore nuit ; il est un peu tôt pour dormir. Je me dirige donc vers la plage. Il n’y a personne. Je l’ai pour moi tout seul. Le vent souffle de plus en plus fort. Plein nord. Je réfléchis. Oui, ce matin, il était plein sud. Il y a une ou deux heure aussi. Il vient juste de tourner soudainement.
Je reste un long moment à contempler la danse magnifique des nuages. Tout les ennuis de la journée s’envole devant ce spectacle merveilleux. Les nuages bas, accrochés à Freycinet et à Amos un peu plus loin, se déchirent petit à petit. Le vent les emporte. Dans le lointain, le ciel paraît plutôt clair. La journée devrait être belle demain. Le ciel est grandiose. Je ne me lasse pas de l’observer. Il change à tout les instants.
Je réfléchis à mes plans pour la journée de demain. En marchant plus que prévu les deux prochains jours, en tassant un peu tout ça, je devrais être capable de voir absolument tout. Freycinet devrait être entièrement dégagé demain. Je pense bien que je vais aller lui rendre la visite que j’ai raté aujourd’hui !
Il commence à tomber quelques goûtes à nouveau. Je ne pense pas que ça durera longtemps. Je rentre quand même me mettre à l’abris sous la tente, dont je testerais l’étanchéité… je remercie les nuages et le vent pour ce spectacle magnifique qu’il vient de m’offrir, et qui m’a permis d’oublier mon cuisant échec d’orientation…
Freycinet jour 1 : Wineglass Bay
Le réveil s’est fait plus tard que je l’avais initialement planifié, mais c’était prévu. La nuit a été courte, mais je suis quand même en forme. Je finalise mon sac assez rapidement, finalement prêt à partir vers 10h15. Bernd me dit que si je patiente un tout petit peu, il me donne un lift vers la sortie de la ville, car il a une course à faire là bas. C’est parfait pour moi.
À 10h30, je suis donc sur le bord de la route, avec mon petit carton mal orthographié. Freycinet s’écrit Freycinet. Non pas Frecinet comme je l’ai cru à un moment. Ça ne semble pas empêcher les voitures de s’arrêter. Le profil des gens qui s’arrête est relativement le même que d’habitude : généralement, des hommes seuls dans les 40-50 ans. Ou un couple d’âge plus ou moins avancé. Les vans, eux, ne s’arrêtent pas. Une rencontre assez sympathique, avec ce couple qui a des enfants un peu partout dans le monde. Petit bout de trajet agréable avec eux. J’aime bien la conclusion du gars « je te souhaite d’apprécier de continuer d’aimer autant la vie, ce qui me fait aucun doute ». Je me retrouve perdu au milieu de nul part. Puis encore plus au milieu de nul part après un petit lift de quelques kilomètres seulement. Une autre voiture s’arrête. Petite. Genre Clio. Ou Echo. Ils sont trois dedans. Un allemand et deux suédois. Steph, Elin et Robert. Ils vont à Freycinet. Ils vont faire Wineglass Bay. On s’entend bien. Je me demandais dans quel sens attaquer la boucle, j’ai la réponse à ma question.
Je prends quelques informations à l’entrée du parc, notamment sur l’état des réserves d’eau un peu partout. Un ou deux ruisseaux buvables (après ébullition) et des réserves d’eau de pluie correct dans un des campings. J’ai donc une journée complète à tenir. Je partirais avec 3 litres.
Sur le parking, je retrouve un des vans qui ne s’étaient pas arrêter pour m’emarquer. Je suis toujours curieux sur le profil des gens qui voyagent en van. Deux filles françaises. Je reconnais à leur décharge qu’il n’y avait pas de places pour moi. J’arriverais à échanger deux trois mots avec elle à un moment, elles ne sont pas sympathique du tout. Je préfère largement mon allemand et mes deux suédois.
Inspection des douanes obligatoires avant le départ.
On attaque la marche. Eux voyagent léger ; moi j’ai 15 kilos sur le dos.
Jour 1 :
Altitude départ : 14 – altitude arrivée : 5 ; point culminant 220
Dénivelé : + 206, -215
Distance : 4.2 km ; Temps de marche : 2 heures.
La montée jusqu’au point de vue, je l’ai déjà faite, mais la refaire est bien agréable. Certes, je suis un peu plus chargé, mais ça monte quand même bien. Juste plus lentement. On croise aussi ces deux américains qui viennent juste de tomber en panne de batterie. Je les prends donc en photo, avec la promesse de leur envoyer par email par la suite. Ça ne coûte rien, et ça leur fait plaisir. Ce n’est pas la première fois que je le fais ; et je me souviens à Bali le gars qui avait fait une photo de nous sous l’eau avec son appareil étanche. Échange de bons procédés j’imagine.
La descente sur Wineglass Bay se fait elle aussi sans problème. Le sac commence à peser un peu, mais j’ai désormais un bâton de marche en plus avec moi, et c’est vrai que ça aide aussi. La baie est magnifique… mais comme disait Iris à Tasman « prend ça Wineglass Bay » ; je suis d’accord avec elle. Si la baie est belle, ce n’est pas la plus belle de Tasmanie. Elle mérite quand même une petite marche, mais le point de vue que l’on avait en hauteur valait déjà bien la peine. Au loin, au bout de la plage, un peu sur la droite, on devine Mount Freycinet. Le point culminant de la péninsule. J’ai rendez-vous avec lui demain. Je l’attends avec impatience. Mes collègues de marche sont plus courageux que moi. Il faudra, un jour, que j’apprenne à me mettre à l’eau froide. Je ne comprends juste pas pourquoi je n’y arrive pas. J’aime l’eau, les vagues sont superbes et font rêver, mais je sais bien que ce n’est pas la peine d’essayer.
Mes compagnons de marche font finalement demi tour après leur baignade. Et je finis la marche le long de la baie tout seul comme un grand. Le camping m’attend juste après. Je m’installe tranquillement. Il y a pas mal de monde, ce qui est assez logique pour un samedi soir. Je monte ma tente sous le regard curieux des kangourous du coin. Kangourous qui doivent bien se moquer de moi. Je n’ai pas le mode d’emploi. C’est la première fois que je la monte ; ça n’a rien d’intuitif. Jusqu’à ce comprenne finalement que les crochets ne servent pas à faire tenir les machins mais les bidules, et qu’il n’y aucun truc pour accrocher le chose. À partir de là, je me retrouve finalement avec une vraie maison. Et oui, le bâton de marche devient le pilier central de la tente. Astucieux. Et pas mal pour gagner du poids !
La maison construite, je profite de la lumière de fin de journée, qui est tout simplement superbe. L’eau change de couleur toutes les deux minutes, selon la couverture des nuages et l’angle du soleil. Rien qui ne rende bien en photo, malheureusement… mais un souvenir d’une couleur jamais vue jusqu’à présent.
Je rentre à la tente me faire à manger. Sur le regard tout aussi attentif des kangourous. Sans doute pense-t’il que vu mon incompétence à monter la tente, je serais aussi incompétent à cuisiner, et j’en renverserais partout. Malheureusement pour eux, je me débrouille plutôt bien avec ma petite casserole et mon mini brûleur. Je ne sais pas si j’ai fait pitié au couple là bas, où s’ils trouvent juste mignon mes interactions avec mon voisin kangourou, mais à un moment, la femme vient me voir et me demande si je veux un peu de poissons qu’ils viennent juste de pêcher. J’imagine qu’ils ont trop pour deux, peut être pas assez pour quatre. Toujours est il que je me retrouve avec ce magnifique morceau de poisson, et qu’il est délicieux. Et puis les cadeaux spontanés, gratuits, sans rien demander en retour, j’ai toujours aimé ça. Ma journée semble se placer sous le signe de la générosité. Entre ces gens qui m’ont offert généreusement une place dans leur voiture, Elyn qui m’a offert des biscuits, et ce couple qui m’offrent un saumon. Je ne peux pas m’empêcher d’avoir une crise de nostalgie en repensant à Burning Man.
Est-ce que c’est la nostalgie de Burning Man, qui est aussi un lieu de rencontre, qui me pousse ? Je ne sais pas. Il n’y a que des couples qui voyagent ensemble. Pas vraiment facile de me joindre sans avoir l’impression de déranger… et puis il y a ces trois personnes qui viennent juste d’arriver. Tout sourires et bonne humeur. Oserais-je dire que c’est inhabituel pour des français ? Toujours est il que j’ai une occasion d’échanger quelques mots avec eux, et que je décide de pousser un peu. Je demande si ça dérange que je passe la soirée avec eux, ils m’accueillent tout sourire. Comme bien souvent, ne me demandez pas de me rappeler leurs noms. Il y a un couple, qui vient de Toulouse. Ils voyagent avec une fille de Perpignan, qu’ils ont rencontré en faisant du fruit picking à Mornington. Ils me parlent du fruit picking avec le même enthousiasme que tout les autres. « On s’est fait 1300$ en 10 jours ». C’est vrai que la somme est alléchante. Quelques mathématiques ramènent ça à 130$ par jours, probablement aux environs de 15$ de l’heure. Juste un peu au dessus du salaire minimum, donc, impôts déduis… par contre, il est vrai que le gros avantage est que tu arrives, tu es engagé sans condition, et que tu restes le temps que tu veux. Très pratique pour pouvoir remettre un peu d’essence dans le van quand on est perdu au milieu de nul part. Les restaurants et autres classiques de backpackers attendent que l’on reste plus longtemps évident. La discussion s’étire un peu dans la soirée. Les échanges sont agréables. Ma dernière nuit a été très courte, mais je ne ressens pas trop de fatigue quand je vais finalement me coucher.
S’il y a des kangourous dans les environs du camping, il y a aussi des opossums. C’est un peu le bordel dans ma tente, avec les sachets explosés. La bonne nouvelle, c’est qu’ils n’ont à peu prêt rien ouvert de ma bouffe. À part les crumpets que j’avais prévu pour mes petits déjeuners. Bon, bin je ferais les prochains jours sans petit déjeuner j’imagine. On verra comment arranger tout ça. Et je m’endors finalement, tout heureux, dans ma petite tente au milieu de nul part.
Ma cabane en Tasmania
Le temps semble se décider à s’éclaircir un peu. Encore quelques prévisions d’averses, mais bien faibles et plutôt minimes. Si je veux la faire ma rando, si je veux essayer mon matériel, il faudra bien que je me décide à y aller ! Donc s’est partir. Retour à Frecynet dans 7-8 heures environ. La pluie m’a bien rendu service au final, vu que ça m’a permis d’être présent juste quand des anciens clients ont eut besoin d’un programmeur flash de tout urgence. Le décalage horaire n’est vraiment pas évident à gérer (en gros, mes heures de sommeil correspondent exactement aux heures de bureaux au Québec) mais on s’en est pas trop mal sorti. Petit ajustement de programme, par contre, je dois revenir mardi, pour finaliser/ajuster/corriger/terminer tout ça. Rien de bien grave. Ça me convient.
Je laisse derrière moi une cabane qui avance moins vite que prévu, et qui est loin d’être terminée encore. Je n’ai pas vraiment de remords en fait. D’autant plus qu’une paire de bras américains a été livrée il y a quelques jours pour me remplacer. Parfait. Vue l’heure avancer, je ne parlerais pas ce soir de ce que je pense d’Helpx, mais à premier trois expériences relativement semblables et différentes, je me sens prêt à faire une première mise au point je pense. Sur ce, je pense qu’il est temps que je vous abandonne, histoire de dormir un peu !
Pique-nique foie gras et champagne au jardin botanique de Hobart
Je l’avais dit en parlant de celui de Melbourne. Les jardins botaniques sont vraiment à la mode en Australie. Donc après Sydney, après Melbourne, nous avons décidé de faire un petit saut au jardin botanique de Hobart. Un petit saut histoire de marquer notre première année ensemble. Et comme la maman de Iris a été très généreuse dans son colis survie de Noël, et bien on a pu en profiter comme il fallait !
La météo n’était pas trop au rendez-vous par contre. On a pu pique niquer tranquillement sur notre banc, et faire un petit tour rapide des jardins, mais il faudra très clairement y retourner pour voir la suite ! En même temps, la météo se prêtait relativement bien à la visite. Encore différent de Sydney et de Melbourne, le jardin botanique d’Hobart est aussi beaucoup plus petit. Plus dense. Plus touffue. Et du coup, une petite pluie, ça vient faire ressentir les odeurs tourbées et herbeuses des lieux. À noter : une belle collection de fougères, une jolie chênaie, et une impressionnante déclinaison d’araucaria (les très gros, sur les dernières photos).
Et puis finalement, la pluie augmentant, nous avons décidé de fuir. Sauf que pour quitter le jardin botanique sans voiture, ça n’est pas très évident. On s’est donc caché sous un abris bus, essayant de faire du stop. Sans succès, vu le peu de véhicules. Au final, j’ai sauté sur deux charmantes vieilles madames qui revenaient du jardin, leur demandant si elles pouvaient nous déposer au centre ville. Elles ont accepté avec un grand sourire, et nous ont amené jusqu’à un café où on s’est offert un chocolat chaud bien mérité !
On avait quasiment eut aucune pluie depuis notre arrivée en Tasmanie. Juste quelques goûtes éparses chez Sarah. Les deux madames du jardin nous ont dit qu’elles étaient bien heureuses de voir de la pluie, et je les comprends bien. Les prédictions sont à la pluie pour les 5-6 prochains jours, donc pour moi, la randonnée est en stand by.
C’est assez amusant, parce que la veille, j’étais tombé par hasard sur les infos météos de Hobart. Au 30 janvier, il n’était tombé que 4 mm de pluie, pour une moyenne de 45 mm d’habitude. Sauf qu’avec la pluie du 30 et l’énorme tempête du 31, le cumul du mois est rendu à 56mm. Comme quoi, il ne faut pas désespérer avant la fin !
Par contre, il est vrai que passer de 32 dimanche à 14 mardi, ça surprend !






