Les aventures du Pourquoi Pas ?

Sur les routes d'Amérique du Nord, à bord du Pourquoi Pas ?

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La route jusqu’à Astoria

– Toc toc toc ! Park Ranger !

Oups…

Bon, en même temps elles sont très sympathiques ces deux madames, et si je m’excuse d’avoir dormi là où je n’avais pas le droit, j’ai l’impression qu’elles s’excusent encore plus de me demander de quitter l’endroit où je suis. Je leur promets donc de partir très rapidement, et en effet, deux minutes après, le Pourquoi Pas ? est sur la route. En même temps, il est 8h30, c’est une heure parfaite pour se faire réveiller. Je n’irais quand même pas jusqu’à les remercier… je me demande comment elles le prendraient !

Je reviens donc deux kilomètres en arrière, à « Anderson Viewpoint » histoire d’avoir un petit point de vue matinale sur les environs. Les deux hollandaises d’hier disaient qu’ils annonçaient un temps couvert et de la pluie pour aujourd’hui. Elles peuvent commencer à regarder une autre chaîne météo !

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Ensuite, et bien je reprends une fois de plus la route, qui me fait aller de plus en plus vers le nord, sans que ça paraisse nullement au niveau des températures ou de la météo. Avec tout ça, j’ai oublié de préciser que j’ai franchit le 45e parallèle hier en milieu d’après midi.

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Dans mon livre à moi, un phare c’est comme une valeur sûre de paysage magnifique et donc, en règle générale, je m’arrête quand il y en a un d’annoncé. Et comme à chaque fois, je ne regrette absolument pas. Celui de Cape Meares, même s’il est le plus petit de l’Oregon, est situé dans un endroit tout simplement superbe. Les falaises tombent dans une mer avec des vagues magnifiques, et la brume ne s’est pas encore tout à fait levée. C’est juste parfait.

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À Cape Meares, on trouve aussi « Octopus Tree ». Personne ne sait si c’est naturel, ou si des indiens lui aurait forcé un peu la main. Moi je le trouve bien joli cet arbre pas de tronc (de la famille des Sitka Spruce).

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Bref, l’endroit me plaît tellement beaucoup que même s’il est seulement 10h30, je décide de faire mon petit déjeuner. Ou mon repas de midi. À moins que ce soit un brunch. En même temps, sandwich de Cornedbeef, en brunch, c’est un peu décevant… Après, il n’est pas si pire que ça mon Cornedbeef. Et puis manger avec un paysage comme ça devant soit, comment dire…

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Peu de temps après, la route rejoint l’estuaire de la rivière Tillamook qui, si j’ai bien compris, se la joue aussi « baie » en même temps. Ce que la quatrième photo montre (un peu) c’est que l’endroit semble extrêmement populaire au niveau des pêcheurs. C’est assez impressionnant, à vrai dire, de voir tout ces bateaux, les uns sur les autres (ça paraît un peu moins sur la photo que j’ai prise, dans un endroit moins peuplé, que dans la réalité).

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Et tout cela nous amène dans la magnifique ville de Tillamook, où je retrouve la 101 (que j’avais quittée pour prendre l’itinéraire touristique le long de la côte). Tillamook, je lis le nom depuis un bon moment. Parce qu’à Tillamook, il y a une fromagerie, et ils font aussi de la crème glacée qui voyage pas mal en Oregon à ce que j’ai compris. Ma première pause sera pourtant à une autre fromagerie. Celle de « blue heron ». Quelques fromages en dégustation. Du brie. Du brie fumée. Du brie aux piments. Et un fromage bleu. J’essaie le brie classique, extrêmement gras et épais, et le bleu, qui me fait penser à un bleu danois. Je ne m’éterniserais donc pas plus. Je m’arrête à nouveau, deux kilomètres plus loin, devant l’immense fromagerie de Tillamook. Quand je dis immense, ça n’est pas exagéré. Je ne me souviens plus du tonnage quotidien de fromages produit. Beaucoup trop probablement. Surtout quand je découvre qu’ils ne produisent que du Cheddar. J’avais un petit espoir que peut être ils auraient un ou deux fromages intéressants. Je les goûte tous, histoire d’être sûr que je peux confirmer que ça ne présente absolument aucun intérêt. L’autre partie « amusante » de la fromagerie, c’est la visite auto-guidée. En gros, il y a un certains nombre de panneaux d’informations, et surtout, on peut admirer les employés à l’oeuvre par des fenêtres. Tout cela me rappelle de lointains souvenirs de découpeurs de jambons à la chaîne… quoi que… j’ai l’impression que ma job aux jambons d’Aoste étaient plus intéressantes ! Toujours est il que je me demande comment j’aurais réagis si j’avais vu des touristes me faire des « tatas » pendant que je travaille…

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Je me paie une crème glacée chocolat-mûres pour me remonter le moral. Bin en fait, mon moral va parfaitement bien, mais on va dire que c’était à titre préventif, juste au cas où !

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Et je reprends la route à nouveau. J’avoue que je n’aime pas vraiment la région. On a perdu les falaises, les montagnes et la forêt. C’est juste un très grand estuaire, avec des villes pas très belles, pis des vaches. Heureusement, ça ne dure pas trop longtemps !

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Nouvelle pause, un peu plus loin, pour aller jeter un oeil à une plage en principe jolie. Je me gare à côté d’une voiture blanche d’où sort une fille avec un magnifique manteau rose, et un chapeau encore plus magnifique. Elle me sourit et me dit bonjour. Moi j’aime les gens qui me sourient et me disent bonjour, alors je lui rends sourire et salutations, avant d’aller faire un petit tour sur la plage.

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Et puis j’ai l’idée d’un plan machiavélique. Enfin non, l’idée je l’avais déjà eut avant, mais je n’avais pas encore pu la mettre à exécution. La plus part du temps, ce sont les gens qui viennent me parler, et ça serait bien que de temps en temps, ce soit moi qui aille vers les gens je trouve. Et franchement, la demoiselle avec son chapeau, elle a l’air full sympathique et charmante. Alors quand je repasse à côté d’elle après mon petit tour sur la plage, je lui dis que j’ai l’intention de me préparer un thé, et lui demande si elle en veut. Évidemment, ça n’est qu’un demi mensonge, puisque partager un thé avec quelqu’un me tente bien, mais le boire tout seul m’intéresse moins. Elle accepte l’invitation, et on se retrouve à discuter pendant une bonne heure, surtout de tout, un petit peu de rien.

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Elle s’appelle Anya et habite Portland en ce moment. Quand je lui ai demandé d’où elle vient, elle m’a répondu « d’un peu partout ». Par la suite, j’ai compris qu’elle a grandi en Europe (notamment en Angleterre) et en Afrique, avant de se retrouver coincée dans l’Oklahoma pendant plusieurs années, et que ça ne fait pas longtemps du tout qu’elle a pu venir s’installer dans l’Oregon. Elle aime l’océan, ça lui manquait, et elle est heureuse d’habiter pas loin de la côte. Elle a travaillé dans un truck stop, comme monitrice de tir à l’arc, comme vendeuse dans un magasin d’outils, comme secrétaire dans un cabinet de comptabilité, et en ce moment elle travaille dans un restaurant rapide sur le campus universitaire de Portland. Je continue à aimer ces petites rencontres aléatoires. J’aime « voler » des petits bouts d’histoire à ces inconnus que je croise sur la route. Je ne sais pas ce que j’en ferais. Peut être rien. Après tout, c’est avant tout le plaisir de parler à ces inconnus qui me plaît. Évidemment, j’ai du lui redemander son prénom quand on s’est dit au revoir, vu que je l’avais oublié. Elle m’a dit que par contre, pour elle, c’était facile de se souvenir du mien. Elle a appelé son piano « Sébastien ». Moi je trouve que c’est un joli nom pour un piano ! Comme je lui dis, je suis très fier de savoir que quelque part dans le monde il y a un piano qui porte mon nom !

Et puis elle doit rentrer à Portland. Elle travaille ce soir. On se dit « au revoir » ; on se dit « peut être à bientôt ». Et la voiture blanche disparaît. Pourquoi Pas ? démarre un peu après, direction Astoria, avec une pause « gros rocher » un peu avant d’arriver.

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Le Pélican et les Hollandaises

La brasserie du Pélican est annoncée depuis un moment sur la route. J’ai vu plusieurs panneaux publicitaires, et bien évidemment, ils en parlent aussi dans mon petit livret du parfait amateur de bières perdu dans l’Oregon. J’ai hésité, j’ai hésité, j’ai hésité. Et puis je me suis dit que ça fait un moment, quand même. Alors j’ai arrêté d’hésiter. J’ai sans doute fini d’être convaincu par la magnifique terrasse donnant sur la plage…

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Me semble que c’est inspirant, et que ça donne soif. Au moment où le serveur m’invite à m’installer à la dernière table libre, deux vieilles madame avec chienchiens ridicules demandent si elles peuvent s’asseoir. Les pauvres tites madame, je ne veux pas qu’elles soient tristes. Et puis la table permet d’accomoder au moins 8 personnes. Je les invite donc à partager. Elles acceptent en me remerciant. Si j’ai tout suivi, elles sont originaires de Hollande, mais habite désormais à Portland. La brasserie du Pélican est une brasserie intelligente : ils servent des carrousels de dégustation. Chose qui, à ma grande surprise, est encore relativement rare dans le monde des microbrasseries. C’est pourtant au moins aussi inspirant que le paysage !

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Le petit caché en arrière dans son coin, c’est du cidre. Ils n’avaient plus de la deuxième bière de saison, alors ils ont remplacé. C’est pratique, le cidre ça aide à désaltérer. Oui, certains diront que j’avais aussi un verre d’eau, mais bon…

Devant mon magnifique plateau, les madame me demandent si je suis un amateur. Je me permets de répondre que oui, et que j’aime beaucoup les bières de micro brasseries. Elles font l’erreur de me demander si on trouve de bonnes bières au Québec. Je réponds que pour moi, c’est le paradis pour les amateurs de bières. Évidemment, l’une des deux commencent à dire que oui, mais quand même, la Belgique, tout ça tout ça. Puis elle enchaîne en me disant que je devrais aller visiter la brasserie Heineken, où ils font de la très bonne bière. Je me demande si je l’ai vexée pour qu’elle devienne soudainement si méchante. Non mais, franchement… Heineken… je préfère encore la Molson, tient ! Et en plus, c’est vrai ! J’ai limite envie de lui mettre du ketchup sur ses frites pour me venger. Mais je me dis que vu son âge, la tite madame pourrait bien faire une crise cardiaque, alors je me contente poliment de réorienter la conversation.

Si un jour vous passez sur la côte, faîtes une pause à la brasserie du Pélican. Leurs bières ne sont pas à se rouler par terre, ne sont pas phénoménalement révolutionnaire, mais elles sont quand même bien bonne, et j’aime bien les noms. La Kiwanda (une crème ale) a été, je pense, ma plus belle surprise. J’ai eut grand plaisir à la boire, moi qui habituellement ne suis pas un grand fan de ces bières légères. Elle a une très belle personnalité, et a mérité que je reparte avec une version en bouteille, parce que c’est comme ça. La Mac Pelican’s (bière d’inspiration écossaise) personnellement le nom suffit à plaire à mon humour un peu simple. Ma référence personnelle, en terme d’écossaise, c’est l’Adel Scott. Bière industrielle, certes, mais légèrement tourbée et assez sucrée qui me plaît particulièrement. Il n’y a absolument rien de l’Adel dans la Mac Pelican, sauf peut être un petit côté tourbé, en effet, en tout début. Très légère, là encore, pas trop sucrée, mais fortement sympathique. Comme je sais que je vais souvent vers les IPA et les stout, la Mac Pelican sera la 32e bière du Pourquoi Pas ? (enfin il me semble ; je suis à nouveau mélangé dans le calcul). J’ai continué avec la Indian Pelican Ale (oui, évidemment, une IPA). Toujours aussi facile de me séduire, on dirait. Elle sera, ma deuxième préférée de la dégustation, mais je la trouve quand même décevante pour une IPA. Le goût manquait un peu de tonus. Par contre, je dois lui reconnaître une odeur des plus agréables (teintée, accessoirement, d’une légère odeur de chanvre, du genre de celui qu’on fume). La Doryman (Dark Ale) passera relativement inaperçue. Je ne saurais déjà plus vous en parler. La Tsunami (stout) arrivera à la première place du palmarès. Avec une entrée en bouche des plus légères, elle se dévoile dans une gradation qui fait qu’elle mérite parfaitement son nom, laissant après son passage une très agréable amertume à tendance café. Je garde également un très bon souvenir de la bière de saison que j’ai goûté, je me souviens l’avoir bien apprécié, mais là aussi, sa description m’échappe déjà. Peut être que je pourrais me mettre à faire mes dégustations avec un papier et un stylo ?

Un dimanche à la mer

La journée des autostoppeurs

Bonne nouvelle : cette nuit j’ai bien dormi. Très bien même. J’étais en effet dans un coin très tranquille, et le fait de ne pas entendre beaucoup de voitures est un plus agréable en ce moment !

Le programme du jour est simple : rouler jusqu’à Eugène. Ça représente un peu plus de 500 kilomètres, que j’ai bien l’intention de parcourir tranquillement, en admirant le paysage et en prenant mon temps.

Sauf qu’en même temps, le paysage dans les environs du lac Trinity n’est pas aussi beau que ce que j’imaginais. En fait, la route se contente de circuler entre les arbres, et on ne voit quasiment pas le lac. L’avantage, c,est que je ne m’arrête pas, je me contente d’avancer sans trop me poser de questions. J’arrive finalement à l’endroit où la route monte assez raide, et qui est annoncé depuis une trentaine de kilomètres, pour prévenir les véhicules avec remorque d’éviter de s’aventurer. Ça monte, en effet, rapidement, pour nous amener dans une nouvelle vallée, cette fois beaucoup plus intéressante.

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Cette nouvelle vallée, plus habitée, est également plus sèche. Mais le relief est très clairement plus intéressant, et le paysage typique de certaines zones de la Californie. Et puis la route offre, à quelques reprises, des points de vue magnifique sur le mont Shasta ; une nouvelle montagne dans la liste des montagnes que je trouve magnifique. Et que j’espère bien monter un jour !

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La route me ramène finalement à Yreka, où je fais une petite pause rapide au Wallmart, à la recherche d’huile à lampe, mais sans succès. Je reprends l’autoroute à l’échangeur où j’ai rencontré Mowgly. Sauf que cette fois, je continue vers le nord.

La 5, dans la région, est tout simplement magnifique. Elle monte et descend, au hasard des cols et des montagnes, et j’en profite autant que possible.

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Si magnifique, d’ailleurs, qu’à un moment je décide de prendre une route secondaire, qui a la bonne idée de la longer, ce qui me permet de profiter d’autant plus du paysage. En fait, tout ça me permet de me rendre compte qu’une autoroute, ça n’est pas nécessairement horriblement laid dans un paysage. Certes, le paysage serait sans doute plus beau s’il n’y avait pas cet immense ruban de goudron. Mais en même temps, je trouve qu’elle s’intègre bien, et je viens même à me demander si elle est vraiment dérangeante.

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À partir de là, par contre, la paysage devient de moins en moins intéressant. J’essaie à plusieurs reprises de quitter l’autoroute, mais sans que ça change grand chose. Je passe à côté de la ville d’Ashland, qui était l’objectif de Pixi. On m’en a parlé en bien. J’envisageais de m’arrêter brièvement, mais ça me paraît sans intérêt, vu depuis l’autoroute. Juste après, je passe à côté de Medford, où se rendait Robert. Une autre tentative de prendre une route plus intéressante me fait retourner à Grand Pass, tout aussi inintéressante la deuxième fois. Je réintègre l’autoroute à l’endroit même où j’avais déposé Erika et Alice. Et puis encore un peu plus loin, le prix de l’essence et la vacuité récurrente de mon réservoir me fait arrêter à l’endroit où j’avais déposé Pixi. Je trouve amusant de repasser dans tout ces endroits, sans même que ce soit programmé. J’aime ces clins d’oeil à mes péripéties passées. Le plus amusant, c’est que je n’ai quasiment pas emprunter une route sur laquelle j’avais déjà roulé. En prenant des petites parallèles, en faisant des petites boucles, en allant au hasard, j’arrive à trouver des itinéraires alternatifs.

J’arriverais finalement à Eugène vers 18h30, une paire d’heures avant ce que j’imaginais. Je vais quand même directement chez Caroline, la couchsurfeuse qui me prête un coin de parking pour la fin de semaine. Elle est un peu surprise de me voir arriver aussi tôt, d’autant qu’elle n’a pas fini les choses qu’elle avait à faire. Ce n’est pas vraiment un problème. J’ai beaucoup roulé aujourd’hui ; je pars me promener au hasard dans le quartier de l’université, histoire de me changer les idées.

Un vrai campus à l’américaine, où on retrouve même des résidences aux noms étranges (phi delta teta, epsylon khi, etc…). Me semble que je savais ce que ça voulait dire à une époque, et que j’ai oublié. Le campus est assez sympa, et les bâtiments bien éclairés. Je reste un peu surpris par le cimetière en plein milieu du campus, mais pourquoi pas…

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Après une petite heure de balade, je retourne finalement chez Caroline. Petit souper rapide de macaronis au fromage, et puis on va prendre une bière, juste à côté, au Macminivil, ou quelque chose du genre. Les bières (je goûterais une stout et une IPA spéciale) ne sont pas mauvaise, mais reste très légère. On discute un peu ; on parle évidemment de voyages, de couchsurfings, de gens… c’est étrange… je n’avais pas fait de couchsurfing depuis Chicago. J’ai été hébergé chez plusieurs personnes depuis, mais c’était des rencontres par hasard, ou des amis d’amis. Ça fait bizarre de « redécouvrir » ce mode de voyage…

Il est un peu tard, on rentrera finalement se coucher. Ici, l’automne est très clairement installé, et la nuit est fraîche. Je découvre rassuré que le chauffage du Pourquoi Pas ?, qui semblait capricieux la dernière fois que j’avais tenté de l’utiliser, fonctionne très bien. Il n’empêche que je dormirais avec le gros sac de couchage ce soir !

Retour dans le nord

Après avoir été cambriolé, je me suis presque demandé à chaque fois que je rentrais chez moi si j’allais retrouver la porte débarrée. Ça m’a finalement passé quand j’ai déménagé, un peu plus d’un an après.

Cette nuit, c’était la première nuit que je dormais à nouveau seul, et j’avoue que je n’ai pas vraiment bien dormi. Je pensais être à côté d’une petite route tranquille et déserte, mais il y a quand même eut du passage, et je me demandais à chaque voiture si elle allait s’arrêter. Le côté « amusant », c’est que des fois je me demandais si elle allait s’arrêter pour prendre une autre vitre comme cible, et d’autres fois je me disais qu’elle allait simplement me dire que je n’avais pas le droit de dormir ici. Bref, je me réveille encore bien fatigué, ce qui n’est jamais vraiment agréable. Je me demande juste combien de temps ça durera. En même temps, si on y pense bien, n’ayant plus de vitre arrière… enfin bon…

Le fait de se réveiller dans les bois, par contre, est vraiment super agréable. Même si c’est humide, froid, et encore sombre. Ces arbres géants aident à retrouver la sérénité.

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Je reprends la route assez rapidement, à nouveau sur un chemin inconnu, vu que lors de mon précédent passage, je m’étais offert un détour par la côte. Cette fois-ci, donc, je continuerais sur l’Avenue des Géants, histoire d’admirer encore quelques grands arbres. Toute bonne chose ayant une fin, je me retrouve à nouveau sur la 101. Après avoir délaissé une pub pour une brasserie (après tout, il est juste 11h du matin) je me laisse par contre tenter par une pub indiquant une fromagerie à Loleta, et je m’offre donc un petit détour par une mini ville tout mignonne et sympathique.

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Dans la fromagerie, il y a un gigantesque frigo, avec plein de fromages en dégustations. Que des produits maison. Le problème, c’est que les produits maisons, c’est « cheddar », « Monterey Jack », « Avarti », et tout plein d’autres trucs sans intérêt. Je les goûte tous, dans le doute, me disant que j’arriverais peut être à trouver quelque chose, mais non. Franchement, rien. Je me rabattrais donc sur un petit sac de fromage en grains. C’est toujours amusant à grignoter en roulant ! À un moment, la fromagère me demande d’où je viens. Du coup, on discute un peu, je lui explique un peu mon voyage. Elle me regarde un peu de travers et me demande « est-ce que vous avez le droit de voyager seul au moins » ? Sous-entendu, donc « est-ce que vous êtes majeur » ? La majorité, ici, est à 21 ans. Ça fait une différence avec 18, mais ça fait un moment que l’on ne m’a pas rajeunit d’autant. Comme je paie par carte de crédit, elle demande à voir ma carte d’identité. Je n’arrive pas à savoir si c’est juste par sécurité, ou si c’est parce qu’elle est persuadée que je mens, que je suis mineur en fugue, et qu’elle a envie de me dénoncer à la police. Elle semble très désappointé, et s’excuse même à plusieurs reprises en découvrant que je suis un vieillard sur qui les années sont clémentes. Dans cette même fromagerie, je vois une carte postale d’une maison complètement folle. Je retourne. C’est dans le centre ville d’Eureka. Je n’avais pas forcément prévu de m’y arrêter, mais c’est sur mon chemin, alors pourquoi pas ? Et puis à Loleta, il y a aussi une boulangerie. Je jette un oeil. Les baguettes m’inspirent énormément, et je partirais donc avec l’une d’elle. Contrairement aux fromages, c’est une parfaite réussite, et ça sera mon repas de midi : un sandwich croûtémie (ça change du croûtoumie).

Retour sur la 101, arrivée à Eureka, parking sans problème en centre-ville, et petite promenade aléatoire dans le vieux quartier, et ses quelques magnifiques spécimens de maisons victoriennes.

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Et puis il y a surtout celle que j’ai repéré sur la carte postale, et que franchement, je trouve magnifique dans son style. Depuis que j’ai déménagé dans un manoir victorien (notez bien que j’ai dit « depuis que j’ai déménagé » plutôt que « depuis que j’habite dans », qui n’est pas vraiment encore tout à fait le cas), je fais de plus en plus attention à tout ce qui est victorien. Et je me rends compte que j’aime bien ça. Même si je l’associerais plus facilement à la région de Boston et de Providence à cause des écrits de ce cher Howard Philipp, j’ai vu quelques modèles intéressants à Santa Cruze et à San Francisco. Celui-ci, en tout cas, est très clairement un lieu de rassemblement d’adepte du mythe.

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L’heure passant, je m’en retourne tranquillement vers la voiture. J’avais prévu de reprendre la route, mais une micro brasserie m’a fait un croche pied, et j’ai donc été obligé de passer un peu de temps à déguster une « 8 balls », une brune sans grand intérêt.

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Et puis cette fois, pour de vrai, je remonte en voiture, direction Arcata. Je sais bien que ma démarche est irrationnelle, et que je ne retrouverais pas Tassa. Même si elle est à Arcata présentement, je n’ai pas l’intention d’arpenter toutes les rues au hasard pour la retrouver. De toutes façons, d’après Mowgly, elle avait prévu d’être à Big Bend elle aussi… c’est sans doute parce que je n’y crois pas, et que je n’ai pas vraiment envie d’y croire, que je le hasard ne me fait pas croiser Tassa. De toutes façons, le hasard est un truc bizarre qui fait que quand tu essaies de faire qu’un truc arrive par hasard, c’est plus du hasard, et par conséquent, ça ne peut pas arriver par hasard.

Je reprends le volant, pour prendre la 299 en direction de Redding. Mais je ne prévois pas me rendre jusque là, je tourne un peu avant, à Weaverville, pour prendre une petite route parallèle à l’autoroute 5 (la 3) qui me ramènera à Yreka. Ça commence à être dur de trouver des routes que je ne connais pas dans le coin, mais ça continue à marcher encore !

La route commence assez jolie, et ne fais que s’améliorer. L’automne, c’est très clairement la saison où les auto-stoppeurs poussent sur le bord des chemins. Je m’arrête pour en ramasser deux.

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Le gars s’appelle Monk, la fille, je ne suis même pas sûr qu’elle a pensé à dire son nom. Les deux sont… disons bien fatigués. Je discute quand même un peu avec Monk, pendant que la fille, un sourire gigantesque aux lèvres, regarde défiler le paysage, en rigolant toute seule de temps en temps. Monk à 20 ans, originaire de l’Illinois (dans le coin de Chicago donc) ; sur la route depuis 3 ans, parce qu’il aime la liberté. L’hiver, il le passe dans sa maison (chez ses parents, j’imagine). Il économise de l’argent, en but d’acheter un bateau, et de faire le tour du monde. Ce qui est assez amusant, c’est qu’il est à la fois très fatigué, et probablement un peu gelé, mais qu’il se rappelle des bonnes manières de l’auto-stoppeurs. Donc il parle, il pose des questions, mais souvent il oublie d’écouter la réponse, et passe à autre chose. Bref, ça fait un peu de compagnie, mais pas trop longtemps, c’est parfait. Je les dépose à la sortie de Weaverville, et je prends sagement la route numéro 3. J’ai même pu faire des photos, parce que franchement, la route était grandiose, et ça le justifiait. Plutôt trois fois qu’une !

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Je roule encore un peu, parce que demain je dois être à Eugène. J’ai même une couchsurfeuse qui m’attend. Ça faisait longtemps ! Eugène, c’est encore pas mal loin d’ici, mais rendu à Yreka, c’est que de l’autoroute. J’ai déjà fait les routes panoramiques alternatives, et depuis le temps que je veux découvre Eugène, Portland et le nord de l’Oregon, il faut que je me décide. Et ça implique de me bouger un peu, bon !

Je regarde à gauche et à droite de la route. À priori, je suis de retour dans le pays de Big Foot, version sud est (alors que Happy Camp est au nord ouest avant). Mais personnellement, je n’ai aucun problème avec lui, donc tout va bien. J’hésite, à un moment, à rouler jusqu’à Yreka, et à me trouver une aire de repos, mais je n’ai pas envie de m’arrêter trop tard ce soir. J’ai envie de jongler un peu et puis j’ai toujours un contrat à avancer. J’aurais la matinée de demain pour la route panoramique et magnifique, et ensuite le début d’après midi pour l’autoroute.

Je trouve finalement un endroit qui me convient. Un petit chemin qui n’en est pas vraiment un, et qui s’éloigne de la route principale. De jour, je suis un peu visible, mais de nuit et la lumière éteinte, on ne me verra pas de la route. Et comme ça n’est pas un chemin, aucun risque, en principe, que quelqu’un passe à côté du van. Ça devrait donc être parfaitement tranquille. Je jongle un peu pendant qu’il fait encore jour. J’ai quasiment pris le truc avec les trois massues, mais c’est pas tout à fait ça. Si je continue régulièrement, par contre, ça ne devrait bientôt plus être un problème. Avec trois balles, par contre, ça marche tout seul, et j’envisage de plus en plus d’en rajouter une quatrième.

Quand la nuit tombe, je réintègre tranquillement le Pourquoi Pas ?. Je finis ma baguette de pain, que j’accompagne de quelques crottes de fromage. En guise de légumes, j’ai acheté deux avocats un peu plus tôt. J’en jette un des deux complètement pourri, et l’autre ne goûte pas grand chose. Enfin… c’est toujours ça ! Installé bien confortablement, il ne me reste plus qu’à me plonger dans mon livre pour quelques heures, avant d’éteindre sagement la lumière, et de m’offrir une longue et belle nuit de sommeil !

Bye bye Frisco

Je me suis endormi très tard hier. Je n’avais tout simplement pas envie de me coucher. Je ne sais pas vraiment pourquoi. Et comme je dors dans le salon, la nuit ne sera pas très longue, même si je me réveille vers 10h. J’ai quelques petits préparatifs à faire avant de quitter San Francisco. En fait, je suis assez fier de moi : en arrivant avec une date précise de départ, j’arrive à me motiver à partir. Le fait que Mowgli ait envie de reprendre la route doit sans doute me motiver également. J’aimerais quitter San Francisco vers 14h. La fin de matinée se passe on ne peu plus simplement. Bagels et fromage à la crème, puis je range le van pendant que mon ligne se lave et se sèche. Au moment de dire au revoir à Jane, je lui parle du rendez-vous prévu aux Sources Chaudes de Big Bend avec le bus des Fats Kids Kitchen. L’idée lui plaît bien. Depuis San Francisco, ça n’est pas très loin. Et puis on a tellement l’habitude de se revoir ces derniers temps que ce dire « au revoir » n’est plus vraiment un problème ! Une dernière petite pose à la librairie usagée au centre-ville de Berkeley, où je m’étais arrêté la fois d’après. Je complète mes lectures avec les tomes 8 et 9 de David Eddings. Ils n’ont malheureusement pas le 10, et je trouve ça très cruel. Par contre, je suis très heureux de trouver une édition du journal de Lewis et Clark. Ça risque d’être intense à lire, mais je m’y mettrais sans doute à un moment. Je trouve également “letter from the earth” de Mark Twain, que l’on m’avait recommandé à Reno. Bref, je suis très content d’avoir trouvé tout ce que je cherchais, et le fait de ne pas reprendre la route tout seul me plaît énormément. Si on considère aussi qu’il fait au moins 30 degrés dehors et un soleil parfaitement estival, on ne peut pas demander grand chose de plus !

Il y a trois façons principales de remonter vers le nord depuis la Californie. Il y a la « 1 », la route côtière, que j’ai déjà prise. Magnifique, mais pas très rapide. Il y a la « 5 » que l’on a pris pour arriver. Laide, mais très rapide. Et puis il y a la « 101 », qui est un peu entre les deux. Ça roule vite, sans suivre la côte, mais dans des paysages qui valent la peine. Enfin… les paysages finiront par valoir la peine après un bon deux heures de routes, quand on aura quitté une interminable série de petites villes de banlieues, toutes plus laides les unes que les autres. La 101 et la 1 fusionnent un peu avant l’Avenue des Géants. Jusque là, je serais donc sur une route inconnue. Mon but est de rejoindre Artaca, puis d’être à Eugène vendredi, ou samedi au plus tard. Pourquoi samedi ? Parce que j’espère bien retrouver un certain marchand de flûtes…

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Avoir de la compagnie dans le van aide les kilomètres à passer plus vite. Mowgly me confirme l’information que Robert « Crazy Bob » m’avait déjà donné : c’est la saison des récoltes, dans la Californie du nord, alors tout les « kids » ont tendance à converger vers là bas. « Kids », c’est la façon dont Mowgly désigne ses semblables. Vous comprendrez, évidemment, que même si on est en automne, ça n’est pas des vendanges que je parle. La région du vin, c’est juste au nord de San Francisco. Ensuite, c’est l’herbe.

Tanné de conduire, et le paysage s’améliorant, on fait une petite pause sur le bord d’un cours d’eau sympa.

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En fait, si c’était possible, je m’arrêterais ici. L’endroit est parfait, et mon but n’est pas de rouler 800 kilomètres par jour. Maintenant qu’on est dans des paysages qui en valent la peine, et que je suis moins pressé par le temps, les étapes plus courtes me conviennent parfaitement. Malheureusement, le parking est sur le bord de la route, et ça descend raide pour aller sur le bord de l’eau. Pas moyen, donc, de rester là pour la nuit. On repart en même temps qu’une demoiselle et de ses deux enfants. On discute trente secondes avec elle. Elle demande à Mowgly s’il veut un peu de pote (herbe) ; celui-ci accepte avec un grand sourire, et part avec une jolie poignée de la toute nouvelle récolte toute fraîche.

On reprend la route avec la même idée en tête : trouver dès que possible un endroit sympa pour s’arrêter. Malheureusement, la chose semble rare, et on perd la jolie rivière au profit d’une ville. Moins idéal… on en profite pour un mini ravitaillement chez Wallmart. Au moment de quitter l’autoroute, on voit un couple de stoppeurs sur le bord de la route. Mowgly n’a évidemment pas de problèmes à avoir plus de compagnie, et le van parfaitement rangé, je n’ai aucune inquiétude à l’idée de rentrer à quatre dedans. Ils sont encore là quand on finit l’épicerie, sauf qu’ils vont vers le sud, et nous vers le nord. En même temps, l’idée de trouver un endroit sympa et de passer la soirée tous ensemble les tente bien, et ils embarquent quand même. On roulera encore une trentaine de kilomètres avant de finalement trouver un endroit sympa, tranquille, et à priori loin de tout.

Mowgly s’occupe de l’aspect social, je m’occupe de l’aspect pratique. Pendant qu’ils discutent tranquillement assis dans l’herbe, je prépare un repas tout simple, mais qui sera accueilli avec enthousiasme par Josh et Karly. Jane et Rameen m’ont donné quatre boîtes de cornedbeef qu’ils ne mangeront pas. Pour un seul homme, une boîte ça fait beaucoup, mais partagé en quatre, c’est parfait. Ouf. Plus que trois ! Et puis pendant le repas, Josh nous apprend que c’est son anniversaire aujourd’hui. Je réfléchis rapidement. Je regrette de ne pas avoir de bananes ; j’aurais volontiers refait des bananes flambées. Et puis j’ai une petite étincelle dans mon cerveau. Il me reste un peu du mélange à crêpes que j’avais acheté pour Burning Man. Ils hallucinent donc complètement quand je sers des crêpes au sucre flambées au Brandy en guise de dessert. Après tout, un anniversaire, ça vaut bien ça, non ?

Je me retire dans mes appartements un peu après. Je suis fatigué, un peu, et puis j’ai envie de lire, un peu aussi. Je propose à Mowgly une place dans le van, mais il préfère dormir à la belle étoile. Il prétend avoir un excellent sac de couchage. S’il est aussi bon que celui de Tassa, je comprends parfaitement qu’il n’ait pas peur du froid ! Josh et Karly, par contre, sont un peu moins bien équipés, mais j’ai un sac de couchage de trop, qu’ils utilisent volontiers.

Je m’installe confortablement, mon livre à la main. Je me déciderais finalement à me coucher pour de vrai, après en avoir lu les 200 premières pages.

Redding

Redding, personnellement, je n’en ai jamais entendu parler. Mowgly, lui, n’a eut que des échos négatifs, mais veut se faire une opinion de lui même. Juste avant d’arriver, on voit un panneau annonçant le magnifique pont/cadran solaire, connu dans le monde entier, et qu’il faut absolument voir. J’adore jouer les touristes, et je propose donc une pause à Mowgly, qui accepte.

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Voilà. Vous avez vu le magnifique pont cadran solaire connu dans le monde entier, et dont personne n’avait jamais entendu parler avant. Pendant qu’on discute tranquillement avec Mowgly, deux filles passent, et Mowgly les interpelle pour avoir plus d’infos sur les choses à voir et faire à Redding. Elles confirment qu’il n’y a rien à voir, et rien à faire. On discute un peu avec elles. Karine et Laura. J’ai dit à Mowgly que c’était ma fête demain ; du coup, il veut me payer une bière. Karine et Laura confirment qu’il n’y a pas d’endroit où prendre une bière à Redding…

On se dirige vers le « centre ville » espérant voir quelque chose. En gros, il n’y a pas de centre ville. Bref, c’est clair, on a vérifié plusieurs fois, Redding, c’est nul, et y a rien à voir. Voilà, c’est dit. Je propose à Mowgly de ne pas l’abandonner ici. Il accepte, et on reprend la route vers le sud.

Mowgly

À un moment, je ne sais pas trop quand exactement, j’ai décidé de devenir extrêmement positif. De me dire que tout arrivait pour une certaine raison, et qu’il y avait toujours des conséquences positives à un événement négatif. Ça faisait parti des questions que je me suis posé alors que je roulais. Comment un tel réveil peut-il se transformer en quelque chose de positif ?

J’ai eut la réponse peu de temps après. Je me suis arrêté dans un Wallmart, le temps d’acheter une nappe orange et du gros scotch solide. Le choix de la couleur n’a pas été évident. Le vert m’inspirait quand même aussi, et le rose était des plus tentant.

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Avec un gros marqueur noir, par contre, ça me fera une belle surface d’expression pour ajouter des choses plus tard.

Je quitte le Wallmart, prend l’entrée de l’autoroute, voit un autostoppeur, et m’arrête, bien évidemment. Il me reconnaît le premier. Faut dire que le van aide quand même pas mal ! Mowgly, que j’ai rencontré la fin de semaine passée, aux sources chaudes. Le groupe s’est éclaté après la rencontre, chacun partant de son côté. Après avoir rencontré Pixi, voir Mowgly me fait super plaisir.

Il s’en va à Redding, qui est sur mon chemin. Comme je lui dis, je n’avais pas prévu de m’arrêter là bas, c’est donc une excellente raison pour y aller. Mowgly est originaire du Mexique, mais il est venu vivre en Californie avec ses parents. Il voulait étudier, s’intégrer à la société comme il faudrait le faire normalement. Il a fait deux ans d’enseignement supérieur, avant de finalement tout laisser tomber suite à une série de coups du sort. Il rêve d’avoir une ferme à lui. Comme il dit, les connaissances dont il a besoin pour ça, il peut très bien les acquérir ailleurs qu’à l’école. Il a 21 ans, sur la route depuis un peu plus d’une année maintenant.

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Une journée avec un seul trou, mais beaucoup plus gros.

Agréable surprise ce matin au réveil : un ciel bleu tout simplement magnifique. Il fait chaud, mais pas trop. On est bien. C’est définitivement l’automne, ici aussi. Mais un automne ensoleillé, j’aime ça personnellement. Le site du camping où je suis est tout petit, mais très joli, et j’en profite pour faire le tour. J’aime de plus en plus ces petites marches, courtes et relaxes, au réveil. Ça commence toujours très bien la journée je trouve.

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C’est l’occasion aussi de découvrir que, si le Pourquoi Pas ? est bien propre après la pluie d’hier, il reste quand même pas mal de poussière là où je ne l’avais pas nettoyé du tout. Suffisamment pour réécrire mon petit credo personnel.

Je reprends la route un peu après, rejoignant la 199, pour la deuxième fois. Je ne me suis pas trompé : elle est aussi belle que dans mes souvenirs. Je revois l’endroit où j’ai récupéré les deux auto-stoppeuses la dernière fois. Aujourd’hui, il n’y a personne. Je continue donc, pour redécouvrir juste après le début d’une gorge magnifique, et un pont qui traverse la rivière pour aller vers « Stout Grove ». J’ai toujours aimé les Stouts, je me dis que peut être il y a un Séquoïa géant qui distribue de la Guinness. On sait jamais, alors je vais voir. Dans le doute… occasion également de découvrir un magnifique petit pont couvert. Comme quoi, il peut être tout petit, et pourtant très beau ! Il s’agit peut être du plus petit pont couvert du monde. Il faudrait que je me renseigne.

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On continue un peu sur une route de plus en plus petite, avant d’arriver à Stout Grove. Malheureusement pas de guinness, mais quelques arbres géants magnifiques, pour faire changement, et un magnifique exercice de mikado :

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Je rejoins la route principale juste après, et m’offre une pause là où je ne l’avais pas fait la fois d’avant, à cause de mes passagères. Parce que c’est magnifique à garder en souvenir dans ma tête, mais je trouve que c’est encore plus magnifique à garder en souvenir en photos.

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Les gorges, si on peut les appeler ainsi, ne sont pas très longues. Assez rapidement après, la vallée s’élargit à nouveau. Le décor reste magnifique, mais le plus spectaculaire est en arrière. Et il y a là quelqu’un, sur le bord de la route, avec son énorme sac à dos. Je ne vais pas très loin sur cette route. À peine une vingtaine de kilomètres. Mais j’ai bien compris que quand on fait du pouce, même avancer de seulement vingt kilomètres, ça peut être pas mal. Il s’appelle Robert et vient de l’Arizona. Je lui donne la quarantaine, il m’apprendra qu’il a cinquante sept ans et un background assez complexe. Il a passé quelques temps dans la marine, et beaucoup de temps à déménager dans la plupart des États Unis. Trois ex femmes, cinq enfants, trois petits enfants. À 55 ans, il a réalisé qu’il n’avait pas vu la mer depuis 20 ans. Il a quitté son désert en Arizona, a pris le train, et a fait les 150 derniers kilomètres en stop. Ça fait deux ans qu’il voyage, parfois en voiture, parfois en train, parfois en bus, parfois en stop. Il a une personnalité un peu étrange ; je me demande, d’ailleurs, s’il n’est pas mythomane. Peut être, peut être pas. En tout cas, on discute beaucoup, et je le trouve quand même bien agréable. Il me confirme d’ailleurs pour me confirmer que Bryce et Zion sont à ne pas manquer. Il a habité juste à côté de Zion pendant plusieurs années. Je n’aurais aucun soucis météo avant la mi novembre. Après ça, il y a des risques non nul de tempêtes de neige qui peuvent fermer les parcs pendant quelques jours. Selon lui, en 7 à 10 jours, j’aurais un très bon aperçu. Ça correspond assez bien avec le timing que j’imagine, si jamais je vais là bas. Tout mes projets sont désormais sujets à des « si » pis des « peut être » pis des « on verra bien ». Rien de précis, rien de fixe. Je suis à San Francisco dimanche, après ça, on verra bien où le vent m’emportera.

Comme tout les backpackers, Robert (qui me dit que je peux aussi l’appeler CB pour Crazy Bob) n’est pas vraiment pressé, et donc je m’offre quand même une autre petite pause photo à un moment.

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Je lui explique que je m’en vais visiter « Oregon Cave National Monument », des grottes qui semblent être plutôt belles et qui valent peut être le détour, on verra bien. Comme il semble intéresser, et comme ma passe annuelle me permet de rentrer gratuitement dans tout les parcs et monuments nationaux, en invitant jusqu’à trois personnes, je l’invite à se joindre à moi. Il accepte avec enthousiasme. On s’engage donc sur une route magnifique de trente kilomètres, tout en lacets et en montées, pour finalement arriver. On ne peut visiter qu’avec un guide. Le prochain départ est à 15h ; dans 45 minutes. J’ai un tit creux. Je n’ai pas encore mangé aujourd’hui, et je propose donc à Robert de partager mes pâtes au fromage. Il complète avec une tomate et un avocat, et m’offre même un carreau de chocolat en dessert. Un vrai petit moment de bonheur. Comme quoi, partager ça vaut la peine !

Pendant qu’on mange, une dame vient dire bonjour. Elle m’explique qu’elle a vu Pourquoi Pas ? la veille au matin, au phare, et qu’elle l’a revu une autre fois sur la route et sur le bord d’une plage. Elle trouve très amusant de le revoir une fois de plus aujourd’hui aux grottes, et trouvait que ça justifiait de dire bonjour. Je trouve ça très sympathique de sa part. C’est vrai qu’il est toujours aussi facile à repérer mon Pourquoi Pas ?.

La visite de la grotte dure une heure et demi, et vaut vraiment la peine. Ça me rappelle beaucoup de vieux souvenirs de quand je faisais de la spéléo, et que j’étais tout petit petit. Ça me donnerait presque envie d’en refaire tient ! Parce qu’une grotte tout aménagé, avec des lumières partout, c’est confortable et agréable, mais devoir se débrouiller en rampant dans la boue, ça aussi un côté amusant ! La visite a été l’occasion d’apprendre deux trois choses, plus ou moins importantes. Par exemple, si vous avez besoin d’un moyen mnémotechnique pour arrêter de confondre les stalagmites qui mites, et les stalactites qui tites, dîtes vous que G c’est pour « ground » (sol) et C pour « cell » (plafond). Comme ça, vous ne confondrez plus ! Sinon, d’après le guide, il y a 40 ans, la température moyenne de la grotte était de 4 degrés. 5 degrés il y a 20 ans et 6 degrés de nos jours. Le réseau visitable a considérablement grandi, notamment pendant la dépression : comme il fallait bien occuper les chômeurs, il y a eut pas mal d’investissements faits dans les parcs nationaux. Dans les grottes, ça s’est traduit sous la forme de « on creuse de tunnels pour relier les différents réseaux de la grotte qui resteraient sinon inaccessible ». Bon, par contre, l’avantage d’une grotte très légèrement éclairée, c’est qu’avec un bon appareil photo, et un bon objectif, le résultat vaut vraiment la peine. Pas toujours évident de faire la mise au point, et les poses sont forcément un peu longues (souvent au 1/4 de seconde, mais avec un réflex, il est possible de rester stable sur ce genre de durée). Ma première série de photo souterraine donc.

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Sinon, pour la petite anecdote, les « graffitis » ont été écrit par certains des premiers visiteurs de la grotte, dans les années 30. Une vingtaine d’années plus tard, quand on a essayé de les nettoyer, il était trop tard : c’est une grotte qui est toujours « vivante » : il y a encore de l’eau qui coule de partout, elle continue d’évoluer, de changer, et donc de faire des dépôts calcaires un peu partout. Les textes disparaîtront d’eux même, avec le temps, recouvert par une nouvelle couche de calcaire.

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On ressort de la grotte un peu après, et on remercie le guide vraiment très sympa. Un petit détour sur le chemin pour retourner à l’accueil permet d’avoir un joli point de vue sur les montagnes environnantes.

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Oui, les nuages ont profité que l’on ne regardait pas pour ressortir. En même temps, j’étais plus surpris par le grand ciel bleu du début de journée, vu que la météo annonçait une journée nuageuse.

Un peu après, on retourne au van, et je ramène Robert jusqu’à Cave Jonction, là où il pourra se chercher un lift jusqu’à Medford, sur l’autoroute 5. Moi, de mon côté, je reviens quelques kilomètres en arrière, pour prendre la route de « Happy Camp ». Le nom me plaît bien. C’est une petite ville dans une vallée, et c’est sur mon chemin. Je ne m’y rendrais pas ce soir, c’est un peu trop loin, mais je m’y arrêterais sans doute deux minutes demain. Robert est un grand fan de Bigfoot (yéti/sasquatch/bonhomme carnaval version plein de poiles). Personnellement, je rentre dans la catégorie « fortement sceptique », mais bon. Il m’a expliqué à un moment de la journée qu’il l’a entendu, alors qu’il était perdu dans le noir complet, sans lumière, dans les bois. Il paraît aussi qu’il a été enregistré, et que les sons correspondaient. Il paraît enfin que là où l’on l’a vu, c’est à Happy Camp.

J’ai roulé une quinzaine de kilomètres dans la montagne, pour m’éloigner de la vallée. Il n’y a rien, à part la route. Je me suis trouvé un petit endroit très tranquille, bien isolé, avec personne pour me déranger. Vous l’avez deviné, sans doute, en lisant le nom des grottes : j’ai refait un mini saut dans l’Oregon. J’y dormirais cette nuit ; c’est bête, mais je suis content. J’aime l’Oregon. Ce soir, je me suis fait cuir mon steak. Serais-je en train de devenir végétarien ? Assurément pas. Il n’était pas mauvais du tout, mais en effet, je n’avais plus ma rage de protéines animales. Enfin ; peut être que j’aurais la visite de Big Foot cette nuit…

Un petit panneau, pas loin de où je dors, me raconte un mini bout d’histoire du coin. Au début du 20e siècle, le sud de l’Oregon et le nord de la Californie rentraient un peu dans la catégorie « au milieu de nul part, genre tsé comme inaccessible ». Isolés et ignorés de Salem (capitale de l’Oregon) et de Sacramento (capitale de la Californie), les gens en ont finalement eut assez. Suivant un meneur d’hommes du nom de Jefferson, la région a fait sécession et s’est déclarée indépendante le 27 novembre 41. Une région sans taxes sur les revenus, les ventes, ou les propriétés. Quelques jours plus tard avaient lieu Pearl Harbor, et les rebelles ont laissé tombé le mouvement sécessionniste pour redevenir soudainement patriotes. Il semblerait que les gens du coin gardent quand même un petit côté indépendantiste. Jefferson a son propre réseau de radio public…

Une fin de semaine dans les sources chaudes.

Je viens de retrouver, le temps d’une longue fin de semaine, une partie des sentiments qui m’avaient habité au cours de Burning Man. Pendant ces quelques jours, Tassa, Clam, Mowglie, Joseph, Cassy, Pixi, Forest, et tout les autres, m’ont à nouveau donné un exemple magnifique du sens de la communauté. Installés sur le bord de la rivière, au pied d’une cascade magnifique, juste en face des Sources Chaudes d’Umquat. Il suffit de traverser le cour d’eau pour les rejoindre.

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Quiconque passe à portée de voix se voie invité ; à prendre un café, fumer une cigarette, manger quelque chose… je me suis joins à la communauté tout naturellement le vendredi soir. J’ai apporté mes quelques talents, beaucoup d’essence, et j’ai été accueilli avec énormément de générosité, d’amitié, et de nourriture. La différence, c’est que cette communauté, temporaire et aléatoire (un bus scolaire réaménagé en provenance du Vermont, un autre bus scolaire réaménagé, pour une famille de 7 enfants, et quelques amis de passage), se forme, se déforme, et se transforme. Elle se déplace sans jamais s’arrêter. Ce sont des descendants directs du mouvement hippie, version bohème. Ils boycottent Burning Man pour la plupart, parce que c’est payant, et que c’est cher. À la place, la plupart participe à des Rainbows Gathering. Des rassemblements gratuits, d’envergure changeante, et ayant lieu un peu partout aux États Unis. Il paraît qu’il y en a un dans l’état de Washington, en novembre…

Tassa a 21 ans. Originaire de l’Ohio, elle a passé toute sa jeunesse en Alaska. Elle fugue a 16 ans pour aller rejoindre sa mère, dans la région des grands lacs. À 17 ans, elle a pris la route. Ça fait 4 ans qu’elle voyage, qu’elle mène une vie de nomade. Elle me fascine au plus haut point. J’ai besoin de la comprendre, j’ai besoin de saisir ses motivations. Mais elle partira toute seule de son côté, moi du miens. Ma vie est trop rapide pour elle, et elle se revendique hautement indépendante. Elle va passer quelques temps dans le nord de la Californie ; j’aurais peut être l’occasion de la recroiser. Son rêve, c’est d’avoir son propre « school bus » à elle, pour emmener des enfants avec elle, et leurs apprendre les arts du cirque. Les vieux autobus jaunes sont rachetés, réparés, aménagés. Ils sillonnent les routes de l’Amérique du Nord. On les retrouve surtout sur la côte ouest, tellement ouverte à ce niveau. Nous sommes dans une forêt nationale, le camping sauvage est donc autorisé. En plus des deux autobus, il y a beaucoup de groupes, installés un peu partout, dans la forêt, qui profitent gratuitement des sources chaudes. Tout le monde cohabite sans le moindre problème.

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Deux jours complets à découvrir ces gens et leur mode de vie. La journée à discuter, à relaxer dans les sources chaudes, à se pratiquer à jongler. Le soir, au coin du feu, guitares, tamtams, chants. Un accordéon, aussi, qui passait par là. Comme presque à chaque fois, je me demande ce que serait ma vie aujourd’hui si à la place de « piano classique » j’avais choisi la guitare a 10 ans… je n’ai aucun regret : je continue à préférer le piano ; il s’agit simplement de curiosité. Et d’un (tout petit) peu de jalousie.

On a fait une petite virée en van le samedi, pour aller faire le plein. Il n’y avait plus rien à boire. Le magasin le plus proche, tout comme le téléphone le plus proche, sont à 30 kilomètres de route. Tout est partagé sans que l’on se pose de questions. De temps en temps, quelqu’un fait à manger. Il y en a une certaine quantité, imprécise, aléatoire. Des gens ont des cigarettes, d’autres non. Ce ne sont pas toujours les mêmes. Le tabac se passe d’une main à une autre sans soucis.

J’ai perdu le décompte du temps horriblement vite. J’ai déconnecté de beaucoup de choses, je me suis retrouvé à un niveau de vie des plus simples. Manger du gruau avec une capsule de bière, dans un couvercle en plastique, ça marche parfaitement et un morceau de boîte en carton convient parfaitement pour faire une assiette. On fait avec ce que l’on a, on se débrouille, et ça fait du bien. On ne se complique pas. On vit, on est heureux, et c’est tout. Ça fait plaisir d’entendre Tassa répéter à plusieurs reprises “I love my life”. J’aime ce mode de vie où, contrairement à Burning Man, il n’y a rien à faire. L’animation, c’est nous qui la faisons, quand on en a envie. Sinon, on peut aller aux sources chaudes, jongler, ou se promener dans les environs.

Là où je suis sincèrement impressionné, c’est l’état du campement. Le soir, c’est une vingtaine de personnes au coin du feu. Dans la journée, il y a toujours des gens qui se promènent, qui font à manger, du thé, du café… le samedi, quand je me suis couché, c’était un chaos relativement impressionnant. Le lendemain, quand je me suis levé, le ménage avait été fait. J’ai fait ma part, le dimanche après midi. Je me suis promené pour ramasser ce qui traînait. Faire du « MOOPING ». Le terme me plaît et est resté. L’ensemble était relativement propre. Définitivement plus propre que ce que j’aurais attendu d’un groupe identique mettons… en France, par exemple.

En fait, l’une des rares choses qui me dérangent, même si c’est un peu bête, c’est qu’ils ont quasiment tous le même look. Et en même temps, ça semble parfaitement normal… les dreads, ça évite de se laver les cheveux. La barbe, pas besoin de la raser. Les vêtements sombres, ça se voit moins quand c’est tâché. L’équipement provenant des surplus militaires ? C’est ce qu’il y a de moins cher. Le tatouage et les piercings marquent leur volonté d’être marginaux… je n’aurais pas assez de temps pour les connaître, pour comprendre leur mode de vie. J’aurais sans doute dû poser des questions… après tout, les 70$ de bières ont été payé avec une carte bancaire. Et quand vient le temps de noter un numéro de téléphone, c’est dans leur cellulaire qu’ils le font. Débrouillardise et musique/mendicité ? C’est tout à fait possible. Tassa m’explique qu’ils ne paient quasiment jamais l’essence pour le bus. Ils arrivent toujours à négocier un peu de diesel au prêt des stations. Comment ? Je n’en ai pas la moindre idée. Et puis il y a aussi les chiens, quasiment omniprésents. Je ne comprends pas. Mais le fait que je n’aime pas les chiens y est sûrement pour beaucoup. Il y a 5 ou 6 chiens en permanence, ça fait du bruit, et jusqu’à trois chats.

Je fais une deuxième petite virée le dimanche, pour rejoindre le téléphone cette fois. Il fallait que j’appelle Amtrak, pour annuler mon billet de train. C’est fait. C’est confirmé. Je ne fêterais pas mes 30 ans à Montréal. San Francisco semble finalement l’emporter. Enfin, pour en être sûr, j’attendrais quand même dimanche prochain. Pourquoi Pas ? me refait le coup des freins qui ne marchent plus, et ça ça m’interpelle beaucoup. Angoissé, pas vraiment. Si c’est à nouveau la roue arrière droite, est-ce que ça veut dire que ça a été mal réparé ? Ou que ça va se reproduire tout les 5000 kilomètres ? Et si c’est une autre roue, est-ce que ça veut dire que ça va se reproduire pour les deux restantes ? Encore, et encore, et encore des questions qui viennent tout compliquer dans ma tête. Un sac à dos et un pouce, c’est bien rare que ça tombe en panne.

Je me déconnecte de plus en plus en ce moment, et je sens bien que j’en ai besoin. Demain, je pars, quelque part. Je sais pas trop où. À priori, l’océan… je n’ai pas le goût de reconnecter. Bien sûr que j’envie la liberté de Tassa. Tout comme j’envie ces gens, dans leur lofts Ikea du centre ville. Ces nouveaux parents, heureux un enfant dans les bras. Ces gens qui travaillent sur la route. Trop d’incompatibilité dans trop d’avenirs possibles et fascinants. Comme j’essaie d’expliquer à Tassa, je suis à un carrefour, et je n’ai aucune idée de la direction à prendre pour le moment. J’essaie de lui expliquer, parce que j’ai beau parler anglais sans aucun problème maintenant, il y a encore, des fois, des concepts qui me bloquent. En fait, j’aimerais tenter la même expérience en France ou dans un endroit francophone, où je pourrais, en plus, partager mes histoires. Un conteur qui ne peut conter, ça sonne triste à mes oreilles.

L’automne s’est installé en une fin de semaine. C’est impressionnant comme tout a tourné instantanément…