Les aventures du Pourquoi Pas ?

Sur les routes d'Amérique du Nord, à bord du Pourquoi Pas ?

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La demoiselle de l’Alaska

Ma décision semble pas mal prise. Quoi qu’il en soit, j’ai tout mon temps, et je décide donc de finir la journée ici, pour retourner aux sources pendant la nuit. Je me débouche une bière pour fêter le fait que je n’ai plus à conduire.

Et puis je vois Joseph revenir, en pleine discussion avec une fille qui était aussi aux sources, et avec qui j’ai échangé quelques mots. Joseph m’avait dit qu’il resterait peut être ici ce soir, et qu’il s’était joint à un groupe sympa la veille. Après tout, on est vendredi soir, donc il y a pas mal de gens qui restent ici plusieurs jours. J’ai envie de rencontrer des gens, de parler, de discuter. Je sors donc du van, la bière à la main, et commence à leur parler, simplement, naturellement, sans me poser de question. La demoiselle de l’Alaska, dont j’aimerais bien me rappeler le nom, voit ma bière, et demande si elle peut goûter. Elle l’aime bien, elle regarde l’étiquette, et le sujet part sur les bières de micro brasserie. Les deux semblent adorer le sujet. Je fais deux heureux en leur donnant les deux guides que j’ai, avec toutes les adresses des brasseries de la côte ouest. Pas fou, j’en fais des photos avant, pour garder une trace de l’information.

Je ne sais plus comment le sujet est venu. La demoiselle voyage avec un petit groupe, dans un bus d’écoliers réaménagés. Et elle fait une remarque du genre « dans le bus, j’ai toutes mes affaires de cirque ». Je lève un sourcil intrigué. « Ah oui, quel genre ? ». « Fire poï ». Difficile d’éviter le grand sourire. Je lui explique que je fais un peu des poïs moi aussi, et que je crache, et surtout que je fais des photos. Elle m’invite à se joindre à eux ; ils sont pas loin. Ils ont un camp, à 5 minutes à pied. J’y vais en repérage. Il y a quelques personnes, un feu, quelques tentes, l’endroit est magnifique. Passer la soirée avec du monde, ça va me faire un bien fou. Je m’excuse, le temps d’aller chercher quelques affaires dans le van.

C’est en faisant la liste dans ma tête que je réalise que je suis quand même bien équipé pour me joindre à un groupe de ce genre. Poïs lumineuse, massues et balles de jonglages, djembé, et plein d’autres petits trucs bien amusant. Et puis, détail amusant, j’ai 5 litres de parafine liquide. Pourquoi autant ? Les restes de Burning Man, mais aussi les restes de mon voyage en Californie avec Fannie. On en avait acheté 3 litres, que l’on avait finalement pas utiliser. Je les avais laissé chez Jane (un peu gênant, ce genre de choses, quand on prend l’avion), et elle les avait gardé bien sagement. Tout le monde est super heureux de me voir arriver avec tout ce combustible. Parce qu’eux n’avaient plus rien.

La fin de soirée est un classique que j’adore. Une vingtaine de jeunes, 5 ou 6 performeurs, et trois heures continues à jouer avec le feu. J’en profite même pour faire un peu de poïs version qui brûle, ça faisait longtemps. Et surtout, je crache. Beaucoup. Et puis guitare, djembé discussions… pendant des heures. J’ai l’impression qu’il est super tard quand je retourne au Pourquoi Pas ?, pourtant je ne suis pas très fatigué. En effet, il est juste 23h30. Mais en même temps, la nuit est tombée il y a 4 heures, alors… enfin, je revois tout le monde demain de toutes façons. Et qui sait, peut être que je passerais une soirée de plus avec eux ?

Une partie des gens :

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Épées de feu :

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Épée de feu :

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Poïs :

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Cracher :

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Bébelle full sympathique :

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La demoiselle à qui je redemanderais le nom demain, qui vient d’Alaska, et qui mange du feu le soir au fond des bois (il est très clair que vous n’avez pas fini de la voir cette photo. Elle est déjà sélectionnée pour Brasier 2, le retour de la vengeance de l’exposition qui tue).

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Umquat Hot Spring

Après les chutes, la route continue pendant 3 kilomètres. Là, on tourne à droite, sur un chemin non asphalté, et non signalé. On continue pendant encore 3 kilomètres, et on arrive enfin au parking. De là, il reste un petit 5 minutes de marche en montée à faire, mais je ne suis pas encore rendu là.

D’abord, je m’arrête sur le parking le temps de manger. Il est 13h, j’ai un tit creux. La porte du van est ouverte. Je discute un peu avec un gars, un peu bizarre. Il fait parti d’un groupe d’une dizaine de personnes, qui font du rafting tous ensemble. Ça grosse fierté, c’est qu’ils ont été saouls continuellement (ou presque) pendant 5 jours. Ouais, bin je suis bien content qu’ils quittent les sources là maintenant, parce que je suis pas sûr que ça me tenterait un groupe de jeunes ivrognes pour me tenir compagnie au milieu de nul part.

Car au milieu de nul part, je finis par y arriver. Et le milieu de nul part, c’est tout bonnement magnifique. Le premier bassin est couvert et semi artificiel. Il y en a deux autres « en haut », plus ou moins naturel aussi. Pas très grand ; je dirais pour 3-4 personnes max. Ces trois bassins sont à températures de montagnes. L’eau sort directement de la montagne pour les alimenter. Et ils sont pas mal chaud. Et comme on est à flan de montagnes, l’eau coule, et forment d’autres bassins, plus bas. Eux sont cent pour cent naturels, et plus on descend, plus l’eau a eut le temps de refroidir en coulant sur la roche. Il y a déjà quelque personnes dans les premiers bassins. Sur le parking, un panneau indique que de nombreuses personnes préfèrent profiter des sources en étant nues, et qu’il ne faut pas se choquer. Je ne me choque donc pas. Au contraire, je trouve ça vraiment très sympa, même si le naturisme n’est toujours pas mon truc, que d’autres puissent le pratiquer.

Je m’installe dans le premier bassin totalement naturel. L’eau est juste parfaite. Les bassins inférieurs sont un peu plus petit, mais on peut tenir sans problème à plusieurs. Celui où je suis est assez profond : si je m’assoie au fond, je peux faire des bruits de moteur dans l’eau avec ma bouche. Et surtout, les rebords sont façonnés par les dépôts calcaires. Ils sont donc tout en rondeur. Un confort qu’une baignoire en résine n’égalera pas. Je relaxe, ferme les yeux, me repose, tout en essayant de prendre une décision concernant mon avenir proche.

Et puis comme il faut bien s’activer un peu, je change de bassin. Je remonte à un des premiers, mais je n’y reste pas. Trop chaud. À la place, je redescends jusqu’au dernier. La dimension est parfaite pour s’allonger, la tête bien appuyé sur le rebord. J’échange à quelques reprises quelques mots avec mon voisin du dessus. À un moment, je lui sors un « la vie est difficile » qui le fait mourir de rire. Faut dire qu’il est aussi confortablement installé que moi ! Mais limite, mes questionnements existentiels et moi même, on le pense un peu. Mon voisin est bien sympa, on jase un peu. Il s’appelle Joseph. Je m’en rappelle !

Ça fait plus d’une heure et demi que je suis là. Plus d’une heure que je suis dans ce bassin en particulier. Il me semble qu’il est temps que je change à nouveau de bassin. Je reviens à mon précédent, pour reprendre quelques degrés. Et je m’offre une magnifique chute. C’est glissant de la pierre mouillée quand on est pieds nus ! Joseph a la gentillesse de m’arrêter. Bon, je ne serais pas allé beaucoup plus loin, mais j’apprécie quand même.

Je me suis trouvé un magnifique petit coin de paradis, que je n’ai pas nécessairement envie de quitter. Il me semble que faire des photos d’étoiles, pendant que j’attends, allongé dans l’eau chaude, au milieu de la nuit, ça pourrait être sympa. En plus, j’ai vu les poubelles du parking : aucun ours dans le secteur. Parfait ! En attendant, les photos de jour, ça ressemble à ça :

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Et le gars qui souffre énormément, il ressemble à ça :

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La vie est difficile, mais elle est belle pareil.

Elk

Elk, ça veut dire Élan (oui, l’animal). Je sais pas si c’est un surnom qu’il se donne, ou si c’est un prénom que je ne connais pas et que je ne sais pas orthographier. Je m’étais arrêté à un 42e promontoire pour faire mon 42e panoramique du lac. Je l’ai vu arrivée, avec sa barbe relativement longue, son vieux short usé, et son énorme sac à dos. Si mettre des froufrous à son vélo ça veut dire « je vais à Burning Man », se promener dans le coin avec une barbe de 3 mois et un sac à dos géant, ça veut dire « je suis un randonneur, un vrai de vrai ». Au moment où il passe à côté du van, il fait une remarque sur mon « no dust, only happyness ». C’est amusant, c’est le deuxième aujourd’hui. Le premier, c’était un peu plus tôt, il m’avait demandé comment s’était passé Burning Man. Ah oui, j’ai aussi rencontré un canadien, à un autre moment de la journée. De Victoria. Comme je lui ai dit « même pays, mais pas exactement voisin ». Bref, c’était la journée des rencontres aujourd’hui, et Elk était le troisième. Je lui ai demandé, par curiosité, s’il faisait la « Pacific Crest Trail ». Il a confirmé. Ça fait 5 mois qu’il est parti. Tout ça ? C’est parce que ce charmant petit chemin de randonnée part de la frontière du Mexique, et remonte tout en haut. C’est où ça ? Au moins une bonne partie du Canada. Peut être jusqu’en Alaska, je sais pas trop. Bref, c’est long, mais c’est un seul sentier, sans interruption, qui permet de voir plein de sommets magnifiques. Si j’ai bien compris, il est parti de la frontière Mexicaine, il est allé jusqu’au nord de l’Oregon, et il redescend en Californie. Ou un truc du genre. Bref, c’est un fou psychopathes, c’est sûr. Mais par contre, c’est super intéressant de discuter avec lui. Moi, une rando de 6 mois, ça m’intéresse pas. Mais un deux ou trois semaines, genre la « John Muyr Trail », je pourrais assez facilement me laisser convaincre. Les ours ? « pas de problèmes, j’ai un container spécial pour la nourriture ; je le laisse en dehors de la tente, et ils jouent avec la nuit ». Bon, ça au moins, c’est rassurant !

Il me demande si par hasard je vais au centre d’informations. À priori, ce n’était pas forcément prévu, mais en même temps, c’est pas un gros détour, et je le prends un peu en pitié. Il rêve d’une douche (chose que je comprends parfaitement !) et de faire le plein de nourriture. Moi, j’hésitais à faire la boucle complète et total. Ça me décide. On fait donc un peu de route ensemble, je le dépose, et je fais demi tour.

J’en profite, puisque j’y suis, pour m’arrêter au magasin de souvenirs du parc. J’y trouve un livre sur les parcs nationaux américains. Une photo par parc ou par monument national. Je jette un oeil rapide, et passe à deux doigts de l’acheter en voyant une photo de Bryce Canyon. Et puis je me raisonne. Je ne veux pas gâcher la surprise. Je ne connaissais rien de Bryce Canyon, je ne connais rien de Zyon, je sais juste qu’il faut que j’aille les voir, que c’est grandiose. Et en effet, la photo de Bryce me dit que je n’ai plus le choix. Pour la petite anecdote, je faisais de la modélisation 3D à une lointaine époque. Le logiciel que j’utilisais s’appelait Bryce, et faisait notamment de très bon rendu paysagers. Quand je vois le type de terrain qu’il proposait par défaut, et que je le compare à la photo que j’ai vu, je sais d’où vient le nom du logiciel ! Fin de l’anecdote. Début du retour dans le passé, très très proche : ce matin, au sommet de Scott, j’ai aussi discuté avec deux personnes. Je parlais de mes plans de voyage, quand l’un des deux m’a dit « Grand Canyon, c’est magnifique en effet. Et si vous y êtes à la mi octobre, ça ne devrait pas être encore fermé par la neige ». Oups. Hein ? Quoi ? Il faut que je regarde tout ça de plus prêt moi…

Erika et Alice

J’ai quitté la 101, pour m’engager sur la 199, qui va donc m’amener dans de nouveaux paysages. Crater Lake, tout le monde me dit que c’est magnifique, qu’il faut absolument que j’y aille. Dans ce contexte, je me dis que c’est en effet une bonne idée d’arrêter de prendre mon temps, et d’y aller pour de vrai.

Ça ne fait pas très longtemps que je roule quand je vois deux filles sur le bord de la route, un pouce en l’air, et une tite pancarte « on est gentille ». J’ai rien contre la compagnie, mais j’ai un vélo dans le van. Enfin, après un peu de rangement, il y a de la place pour les demoiselles. Alice s’endort rapidement à l’arrière. Elle est « little bit hangover ». Autant dire qu’elle en a viré une solide hier au soir. Erika, elle, a été plus raisonnable, et on discutera donc tout le long de la route. Elles rentrent chez elles, à Eugène. Je pourrais donc les avancer un peu, mais dans 120 kilomètres, je tourne à droite, elle à gauche.

La discussion est assez classique. Comme souvent avec des autostopeurs au demeurant. Elles reviennent du Nouveau Mexique, où elles sont allées voir un ami si j’ai bien compris. Erika me confirme quelques informations que j’avais sur l’Oregon, et me confirme également que je dois aller à Crater Lake. Bon, depuis le temps je m’en doutais, mais au moins, comme ça, ça commence à être pas mal sûr !

La route est magnifique. Petite gorge au milieu des montagnes, avec des arbres magnifiques un peu partout. Je ne prends pas de photos. Je voudrais éviter de traumatiser mes passagères. Et puis de temps en temps, juste admirer et se souvenir, ça fait du bien, non ?

Rameen et les psycho donuts

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J’avais déjà rencontré Rameen à Vegas. Oui, je sais, c’est la classe à placer dans une conversation. « Oui oui, je le connais, on s’est vu à Vegas, l’autre fois ». Bon, c’est des choses qui arrivent aussi ! J’avais pas trop eut l’occasion de faire connaissance avec lui. On a plus l’occasion de discuter cette fois.

On a un peu faim, et lui a une envie de donut (beignets). Il nous parle de psycho donut, une place bien sympa qui vient d’ouvrir juste à côté. On y va. La place est vraiment très sympa. Décoration mélange d’asile psychiatrique et savant fou, avec un menu assez drôle à lire. Et dans le présentoir, on voit une pizza. Le principe est simple : le prix commence à 30 $ le matin à 8h, et descend de 2$ toutes les heures. Il est 7h40, elle ne coûte plus que 6$. 4$ dans 20 minutes. On décide d’attendre… puis on change d’avis. Ça nous inspire énormément, et passer à côté de ça, ça serait dommage. Nous voilà donc devant une magnifique pizza. Un fond en beigne, et quatre différentes sections : Oreo, Crunch, Reese et mélange céréale bizarres. Vous savez pas quoi ? C’est délicieux ! Et ça nourrit en masse ! On n’en viendra pas à bout en s’y mettant à trois, mais ça fera un petit déjeuner parfait ! Pizza froide au petit déjeuner, j’adore !

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La poussière

Je ne suis pas spécialement fatigué. Je pourrais éventuellement faire les 10 kilomètres qui me séparent de la voiture. Mais en même temps, sachant que c’est sur le bord de la route, je préfère le faire en stop. Je marche, me retournant quand j’entends un bruit de moteur. J’admire mon look. Oui, c’est clair, je viens de faire une randonnée, et ça paraît. Je ne suis pas un fou psychopathe qui pense trouver des victimes innocentes au milieu du parc Yosemite.

Mes pantalons sont sales ; plein de poussières. Ils en ont fait des kilomètres ces derniers jours… La poussière… il y’en avait particulièrement beaucoup sur le chemin que j’ai fait aujourd’hui, et ça se voit au niveau des vêtements. Mais surtout, ça m’a permis de remarquer quelque chose de très particulier. La poussière, ici, a une odeur que j’adore. Très souvent, il s’y mêle un peu de sapin en décomposition. Avec le magnifique soleil (et la magnifique chaleur associée) il se dégage de tout cela une petite odeur sucrée, limite mieleuse, que je n’avais jamais senti avant. Cette poussière donne limite fin. Je me suis surpris, à quelques reprises, à donner des coup de pieds dans la terre, histoire de créer un petit nuage autour de moi. Si agréable à respirer… Yosemite est un bonheur pour tout les sens.

J’ai beau avoir mon look de randonneurs chevronnés, il faudra une douzaine de voitures avant qu’une s’arrête. Les rencontres, quand on fait du stop, sont toujours aussi passionnante, même si on n’a pas longtemps pour discuter. Il s’appelle Greg et vient de San Francisco. Son ascendance irlandaise est indéniable. Il y a même de la musique irlandaise qui joue quand je monte à bord. À moins que ce soit une création de mon esprit, mais je ne pense pas. Il déménage en ce moment même vers le Colorado, parle couramment l’espagnol pour avoir passé 4 mois en Amérique du Sud (encore un qui a fait Terre de Feu -> Colombie, encore un qui me rend jaloux). Il n’a pas vraiment de plan pour ce soir. Pas de bol, moi j’en ai, je dois travailler. Sinon, je pense que je lui aurais proposé une petite soirée autour d’une bière. Je manque de compagnie ces derniers temps ! Enfin… rencontre brève, mais vraiment sympa. Il hésitait à passer quelques jours à Yosemite, mais finalement, il va les passer à Zion. Oui, lui aussi devrait être sur mon chemin.

Bruce

L’arrivée sur ce petit plateau, c’est aussi l’occasion de rencontrer Bruce, qui vient de Boston. Enfin non. Il est originaire de San Francisco, mais vit à Boston depuis des années maintenant. On discute un peu, il a fait Dana de nombreuses fois il y a longtemps… quand il était étudiant, il travaillait comme serveur dans un restaurant à Yosemite. Il servait les clients le matin, partait faire une randonnée, et servait les clients le soir. Encore un job qui me fait rêver tient ! Il doit avoir dans la quarantaine bien avancée. Il dit lui même que c’est peut être la dernière fois de sa vie qu’il monte là haut, entre autre à cause d’un genou qui fatigue.

On continue la route ensemble au début, mais je monte très clairement plus rapidement que lui. C’est pas grave, je lui donne rendez-vous au sommet. Cette dernière ascension à un petit côté « chacun pour soit ». Il y a bien un certains nombre de sentiers marqués, mais ils disparaissent de temps en temps. Après tout, ce n’est que pierraille et éboulis. Enfin… à force de slalom, entre les pierres, j’arrive finalement en haut. Je le reconnais tout de suite : la montée n’a pas grand chose d’intéressant. C’est un peu comme si on allait tout droit ; alors au final, on ne découvre pas vraiment de nouveaux paysages. On voit juste de plus en plus loin.

La petite balade relaxe

Voilà… c’est décidé, aujourd’hui, je me repose. J’ai repéré une petite randonnée tranquille, pour me dégourdir un peu les jambes. Parce que oui, je l’admets, je grince un peu aujourd’hui ! La balade se trouve juste avant l’entrée du parc, et s’appelle « 20 lakes basin ». Elle fait un 8 des plus inspirants, slalomant de lac en lac, sans jamais descendre sous les 10000 pieds (3000 m). Parfait, non ? Très peu de dénivelé, et à peine 15 kilomètres. Oui, je sais, mes visions des promenades relaxes ne sont plus les mêmes maintenant qu’au début de l’été !

Je n’ai mangé qu’une pomme en guise de petit déjeuner. Il n’y a donc que ça et 6 barres de céréales qui me séparent de la polenta d’hier matin. Me semble que c’est pas grand chose. Me semble, d’ailleurs, que j’ai faim. Je me laisse aller. En fait, j’aime ça manger en fonction de mes envies, et non de la logique. Je n’ai quasiment rien manger hier, aujourd’hui je me fais une overdose de pattes qui me convient parfaitement. Et puis je pars tranquillement.

Tout commence au lac Saddlebag, beau petit lac de barrage, avec sa petite armée de pêcheurs tout autour. Je commencerais par la berge ouest ; le retour se fera par le côté est.

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Tout cela est bien calme, et bien reposant. J’avance lentement, laissant à mes jambes le temps de se remettre en place. Et puis finalement, on finit par faire le tour, et arriver dans la belle petite vallée cachée en arrière.

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Comme le dit mon guide, le fait de déjà partir en altitude fait que l’on se sent tout de suite à l’écart, tranquille. Le paysage est grandiose, les montagnes autour de toute beauté. Et puis ça commence à monter un petit peu. À peu prêt la seule grimpette au programme. Tant mieux. Je monte lentement. Ça fait un moment, déjà, que j’ai repéré une personne qui me suit, et qui va finir par me rattraper. Je décide de m’arrêter un peu.

Elle me rattrape, et on commence à discuter un peu. Elle s’appelle Diana, et vient du Lac Tahoe. Elle est toute contente d’apprendre que je viens de Montréal et que je parle français. Elle connaît un peu la langue elle aussi, et elle en profite pour pratiquer un tout petit peu, glissant une phrase, un mot, de temps à autre. Je trouve ça assez amusant.

Elle travaille comme violoniste. La plus part du temps, dans des mariages. Du coup, elle a beaucoup de temps pour voyager. Elle adore la randonnée, et me donne quelques conseils, qui ne sont malheureusement pas sur mon chemin. Du moins pas sur celui prévu pour le moment… On continue de marcher tout en discutant.

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Et puis finalement, on se sépare, elle allant d’un côté, moi de l’autre. On échange nos coordonnées au cas où. En principe mon chemin ne repasse pas par le lac Tahoe, mais qui sait ? Et puis elle parlait de peut être venir à Montréal un jour, alors pourquoi pas ?

J’ai dormi avec Rodger

Il ne me reste plus qu’un dernier sujet d’inquiétude : il est 19h30, la nuit commence à tomber, Pourquoi Pas ? est à 30 kilomètres de marche derrière moi… il faut vraiment qu’il y ait une navette… j’espère avoir bien compris ce que disais le guide… il me restera l’option de faire du pouce, mais c’est pas comme si j’allais juste à côté… c’est prêt de 90 kilomètres en voiture ; on est vendredi soir, les gens arrivent au parc, ils n’en partent pas… je commence à me demander si je n’ai pas fait n’importe quoi…
Il y a deux navettes différentes à Yosemite. Celles qui circulent uniquement dans la vallée, et qui sont gratuites, et celles qui traversent le parc. C’est de celle là dont j’ai besoin. Je marche deux kilomètres avant de finalement trouver l’arrêt. Les horaires sont indiqués. Enfin les horaires pour l’une des deux navettes. Celle qui va dans la mauvaise direction. La prochaine est dans 20 minutes. Mais pas d’horaire pour celle qui m’intéresse… moment de stress… bon, j’ai mon portefeuille, je suis au milieu de Yosemite, au pire je me paie une nuit à l’hôtel, ça me donnera l’occasion de prendre une douche ET un bain. Mais franchement, ça me tente pas. Et puis je suis pas sûr que j’ai envie d’abandonner Pourquoi Pas ? toute la nuit… deux personnes arrivent à me renseigner sur les horaires de la navette que je veux prendre. Elle passe juste une fois par jour. À 17h. Merde. Raté… ne me reste plus que le stop… je prends la navette de la vallée, pour aller au début de la route qui en sort. Il fait nuit.

Je m’installe sur le bord de la route. Il y a encore un peu de trafic. Je fais un grand sourire aux voitures qui passent, mais personne ne semble motivé à s’arrêter. Je continue à penser que j’ai été stupide, que j’aurais du prévoir un peu plus… et puis finalement, un camion s’arrête. Pas de chance, le gars ne va pas dans la bonne direction. Ça me redonne espoir, tout en m’en enlevant aussi : donc les voitures s’arrêtent de temps en temps, mais en même temps, je vais dans un endroit vraiment moins fréquenté…

Je reprends ma place sur le bord de la route. Un autre véhicule s’arrête. Un gars dans la cinquantaine, qui me demande si j’ai beaucoup de stock. Non, j’ai juste mon sac à dos tout petit. Sa voiture, par contre, déborde de tout les côtés. On discute un peu. En fait, lui ne sait pas où aller. Il n’a pas d’endroit où dormir ce soir, et prévoit juste sortir du parc pour trouver un endroit confortable en dehors. Il n’avait pas nécessairement prévu d’aller dans ma direction, mais pourquoi pas après tout. Il accepte de m’embarquer. Je pousse un soupir de soulagement. J’ai beau débordé d’optimisme et de positivisme, sur ce coup là, j’en ai peut être un peu trop fait… ou peut être pas. J’aurais attendu juste 15 minutes.

Il s’appelle Rodger. Avec un « d » qu’il tient de son père. Sa mère ne voulait pas, mais son père à insister. Il est originaire de Seattle, mais déménage avec sa soeur en Arizona. La voiture est pleine de choses à déménager. Il a une petite tente, qu’il prévoie installer quelque part. Il est sympa, et me rend un peu un service énorme en me ramenant jusqu’au Pourquoi Pas ?. Du coup, en échange, je lui propose de l’héberger pour la nuit. Ça sera plus confortable et plus simple que la tente. Il accepte. L’idée est simple : sortir du parc, se garer sur le premier parking venu, et dormir.

Je n’avais pas réalisé la distance qui me séparait du van. Il faudra un peu plus d’une heure pour le retrouver. Rodger est sympa, un peu bizarre, mais ça va. Par contre, pas toujours très attentif quand il conduit. Comme il le dit lui même « je suis conduit moins bien quand j’ai quelqu’un avec moi, ça me déconcentre souvent un peu ». Mouais, bon… enfin… on arrivera finalement au van, et je rembarquerais avec grand plaisir dans le Pourquoi Pas ?. Rodger me suit. On sort du parc. Cent mètres après, il y a un parking. On s’arrête. Je fais de la place pour tout le monde. Je grignote deux barres de céréales rapidement, mais la faim est partie…

On discute encore cinq minutes, puis je monte me coucher. Je lis quelques pages de mon guide, à la recherche d’autres randonnées aussi magnifiques que celle ci. J’en ai repéré une qui semble assez tranquille, pour demain. Parce que demain, c’est jour de repos. J’ai bien marché aujourd’hui !

Laura

J’ai déjà vu Laura danser à quelques reprises, brièvement. J’étais occupé à danser moi aussi, alors je regardais pas trop. Mais là, pendant que je joue du djembé, je suis entièrement disponible pour l’admirer. Elle danse avec toute son âme, avec tout son corps, avec toute son énergie. Elle se laisse aller, sans aucun blocage, sans aucune limite. C’est sauvage et animal, mais en même temps emprunt de beauté et de sensualité. J’ai l’impression de ne jouer que pour elle, et ça me convient parfaitement. Aucune idée de combien de temps je jouerais ; ça fait un moment que j’ai mal aux mains, mais ça n’est pas bien grave. J’envisage de faire une pause quand elle vient me dire qu’elle rentre au camp. Ça me convient parfaitement de m’arrêter, alors je repars avec elle. Je la complimente sur sa façon de danser. Elle m’explique qu’elle a appris dans plusieurs pays d’Afrique différents. Ça paraît. Les personnes qui ont appris la danse africaine ont une façon unique de danser.

Elle m’avait un peu parlé, quelques jours plus tôt, de son programme pour les jours prochains : elle s’en va en Oregon retrouver sa copine qui travaille à Portland en ce moment. Du coup, on reparle un peu de ça. Parce que moi, mes plans sont toujours indécis. L’Oregon semble avoir remporté le match, mais j’ai encore quelques hésitations sur le chemin à prendre pour m’y rendre. Elle me dit qu’elle n’a qu’une semaine, et qu’elle sera à San Francisco à partir du 11. J’aime bien Laura. Elle déborde de sincérité, elle me paraît être totalement et complètement honnête, naturelle. J’ai l’impression que si elle disait un mensonge, elle prendrait feu. Depuis que je suis parti, je répète que mon voyage se construit au fur et à mesure des rencontres et des gens. Je sais maintenant où je vais : il faut que je sois à San Francisco le 11. Ça me convient parfaitement. Je reverrais Jane et Laura. Ça permettra de faire durer un peu plus longtemps le plaisir des nouvelles rencontres.

Mon hésitation était due à la proximité du parc Yosemite. Comme je le disais pas mal plus tôt, j’ai une revanche que j’ai envie de prendre sur le Half Dome. Je me disais que la Cable Route avec un tout petit sac serait sûrement beaucoup plus facile et moins désagréable. Je m’imaginais faire la randonnée avec un Camel Back et beaucoup de barre de céréales. Hors, j’ai trouvé un Camel Back… et puis il y a le levé de soleil sur Mono Lake, que je n’ai pas pris en photo la dernière fois. Je regarde une carte. Vu mon état de propreté, j’aurais besoin d’une rivière ou d’un lac. Me semble que ça serait beaucoup mieux qu’une douche. La carte me montre le Lac Tahoe, à 50 kilomètres de Reno. J’en ai entendu parlé comme étant un endroit assez beau. Jane me confirme. Voilà. C’est fait. Je sais où je dormirais demain. Une fois de plus, je regarde mon voyage se construire tout seul. Une fois de plus, j’aime vraiment ça.