Archive for the ‘[West Coast]’ Category
Redding
Redding, personnellement, je n’en ai jamais entendu parler. Mowgly, lui, n’a eut que des échos négatifs, mais veut se faire une opinion de lui même. Juste avant d’arriver, on voit un panneau annonçant le magnifique pont/cadran solaire, connu dans le monde entier, et qu’il faut absolument voir. J’adore jouer les touristes, et je propose donc une pause à Mowgly, qui accepte.
Voilà. Vous avez vu le magnifique pont cadran solaire connu dans le monde entier, et dont personne n’avait jamais entendu parler avant. Pendant qu’on discute tranquillement avec Mowgly, deux filles passent, et Mowgly les interpelle pour avoir plus d’infos sur les choses à voir et faire à Redding. Elles confirment qu’il n’y a rien à voir, et rien à faire. On discute un peu avec elles. Karine et Laura. J’ai dit à Mowgly que c’était ma fête demain ; du coup, il veut me payer une bière. Karine et Laura confirment qu’il n’y a pas d’endroit où prendre une bière à Redding…
On se dirige vers le « centre ville » espérant voir quelque chose. En gros, il n’y a pas de centre ville. Bref, c’est clair, on a vérifié plusieurs fois, Redding, c’est nul, et y a rien à voir. Voilà, c’est dit. Je propose à Mowgly de ne pas l’abandonner ici. Il accepte, et on reprend la route vers le sud.
Mowgly
À un moment, je ne sais pas trop quand exactement, j’ai décidé de devenir extrêmement positif. De me dire que tout arrivait pour une certaine raison, et qu’il y avait toujours des conséquences positives à un événement négatif. Ça faisait parti des questions que je me suis posé alors que je roulais. Comment un tel réveil peut-il se transformer en quelque chose de positif ?
J’ai eut la réponse peu de temps après. Je me suis arrêté dans un Wallmart, le temps d’acheter une nappe orange et du gros scotch solide. Le choix de la couleur n’a pas été évident. Le vert m’inspirait quand même aussi, et le rose était des plus tentant.
Avec un gros marqueur noir, par contre, ça me fera une belle surface d’expression pour ajouter des choses plus tard.
Je quitte le Wallmart, prend l’entrée de l’autoroute, voit un autostoppeur, et m’arrête, bien évidemment. Il me reconnaît le premier. Faut dire que le van aide quand même pas mal ! Mowgly, que j’ai rencontré la fin de semaine passée, aux sources chaudes. Le groupe s’est éclaté après la rencontre, chacun partant de son côté. Après avoir rencontré Pixi, voir Mowgly me fait super plaisir.
Il s’en va à Redding, qui est sur mon chemin. Comme je lui dis, je n’avais pas prévu de m’arrêter là bas, c’est donc une excellente raison pour y aller. Mowgly est originaire du Mexique, mais il est venu vivre en Californie avec ses parents. Il voulait étudier, s’intégrer à la société comme il faudrait le faire normalement. Il a fait deux ans d’enseignement supérieur, avant de finalement tout laisser tomber suite à une série de coups du sort. Il rêve d’avoir une ferme à lui. Comme il dit, les connaissances dont il a besoin pour ça, il peut très bien les acquérir ailleurs qu’à l’école. Il a 21 ans, sur la route depuis un peu plus d’une année maintenant.
Le réveil de Bigfoot
J’ai toujours le même problème quand viens le moment de bloguer certains événements, vu que je suis conscient que j’ai quand même quelques lecteurs, et j’ai toujours peur qu’ils s’inquiètent pour moi. Et puis finalement, j’ai pris l’option d’absolument tout raconter. Comme ça, je suis sûr que personne n’imagine des choses pires. Même si des fois…
Tout ça pour dire que je dormais on ne peut plus tranquillement et confortablement à l’arrière du Pourquoi Pas ? quand j’ai été réveillé par un bruit. Le genre de bruit qui fait que je commence à être plus attentif à ce qui m’entoure, juste au cas où. Le bruit persistant, j’ai jeté un regard par la vitre arrière. Oui, il y a bien là une voiture en train de manoeuvrer. Est-ce un ranger venu me dire que je n’ai pas le droit d’être là ? Je continue de regarder, voir ce qu’il se passe. Si quelqu’un sort de la voiture pour venir par ici, j’aurais le temps de préparer des explications, des arguments, et tout le nécessaire. Le premier choc m’a surpris, mais je n’ai pas compris ce dont il s’agissait. En fait, j’ai eut l’impression que la porte arrière du van s’ouvrait. Du coup, j’ai poussé dessus pour vérifier, mais non, elle était bien fermée. Au deuxième choc, le pare brise arrière a volé en éclat. Mon réflexe a été très simple : sauter derrière le siège arrière, roulé en petite boule, persuadé que je me faisais tirer dessus. En même temps, c’est pas mal ce qui était en train d’arriver après tout… j’ai entendu la voiture partir.
Je me suis levé, j’ai ouvert tout les rideaux, j’ai mis le contact, et je suis parti. Non, pas du tout pour essayer de rattraper la voiture. Simplement que quand on se fait tirer dessus à 4h45 du matin, on n’a pas nécessairement envie de rester là où l’on était. Je savais que Happy Camp se trouvait à 22 miles. J’y suis donc allé, espérant trouvé un commissariat de police. Petite ville, sombre et obscure au milieu de la nuit, sans âme qui vive. Ça ne donne pas envie de s’arrêter. J’ai repris la route, sans m’arrêter, attendant que le jour se lève.
La noirceur a fini par partir. Moi, de mon côté, j’ai repris mes esprits petit à petit, cherchant quand même à essayer de comprendre ce qui m’est arrivé, sans succès.
L’une des pensées étranges qui m’a accompagné pendant que je roulais, c’était « il fait nuit, je suis en train de rater le paysage qui semble être magnifique, c’est dommage quand même ». Mais l’argument de prendre des photos n’a pas été suffisant, même si, une fois le soleil revenu, je me suis trouvé plus relaxe, et capable de m’arrêter un peu.
Et puis finalement, j’arrive à Yreka, la grande ville du coin. Je trouve une connexion internet, je trouve un post de police. Évidemment fermé, un samedi matin à 8h. Je tourne un peu en ville, m’arrête pour me renseigner pour faire remplacer la vitre arrière, mais toutes les places sont fermées pour la fin de semaine. Et puis finalement, une voiture de police passe sur la route et s’arrête. Je commence à expliquer la situation, un shérif s’en vient, je réexplique, je fais une « déposition » (il note les informations dans un petit carnet de papier). Ils sont six policiers à tourner en rond autour du van, regardant dedans, dehors, observant, posant plein de questions. Il n’y a aucun impact à l’intérieur. Pas de balle. Pas de projectile. Ce qui, à posteriori, est quand même pas mal rassurant : dans ma tête, ça passe de « des psychopathes essaient de me tuer au milieu de la nuit » à « des jeunes cons à moitié saouls ont décidé de s’amuser avec des pistolets à billes de plastiques ». En y repensant aussi, une vraie balle aurait éclaté le pare brise dès la première fois. Mais bon. Ça n’en reste pas moins une expérience très désagréable, que j’aimerais bien éviter de reproduire.
L’adrénaline retombe. Ça fait un moment que j’ai faim, et que je rêve d’un petit déjeuner dans un petit restaurant familial. Me semble que c’est mérité ! Alors je m’arrête chez « Chez Grand Maman ». Loin d’être exceptionnel, mais ça fini de me libérer de mes dernières tensions. Ouf !
Une journée avec un seul trou, mais beaucoup plus gros.
Agréable surprise ce matin au réveil : un ciel bleu tout simplement magnifique. Il fait chaud, mais pas trop. On est bien. C’est définitivement l’automne, ici aussi. Mais un automne ensoleillé, j’aime ça personnellement. Le site du camping où je suis est tout petit, mais très joli, et j’en profite pour faire le tour. J’aime de plus en plus ces petites marches, courtes et relaxes, au réveil. Ça commence toujours très bien la journée je trouve.
C’est l’occasion aussi de découvrir que, si le Pourquoi Pas ? est bien propre après la pluie d’hier, il reste quand même pas mal de poussière là où je ne l’avais pas nettoyé du tout. Suffisamment pour réécrire mon petit credo personnel.
Je reprends la route un peu après, rejoignant la 199, pour la deuxième fois. Je ne me suis pas trompé : elle est aussi belle que dans mes souvenirs. Je revois l’endroit où j’ai récupéré les deux auto-stoppeuses la dernière fois. Aujourd’hui, il n’y a personne. Je continue donc, pour redécouvrir juste après le début d’une gorge magnifique, et un pont qui traverse la rivière pour aller vers « Stout Grove ». J’ai toujours aimé les Stouts, je me dis que peut être il y a un Séquoïa géant qui distribue de la Guinness. On sait jamais, alors je vais voir. Dans le doute… occasion également de découvrir un magnifique petit pont couvert. Comme quoi, il peut être tout petit, et pourtant très beau ! Il s’agit peut être du plus petit pont couvert du monde. Il faudrait que je me renseigne.
On continue un peu sur une route de plus en plus petite, avant d’arriver à Stout Grove. Malheureusement pas de guinness, mais quelques arbres géants magnifiques, pour faire changement, et un magnifique exercice de mikado :
Je rejoins la route principale juste après, et m’offre une pause là où je ne l’avais pas fait la fois d’avant, à cause de mes passagères. Parce que c’est magnifique à garder en souvenir dans ma tête, mais je trouve que c’est encore plus magnifique à garder en souvenir en photos.
Les gorges, si on peut les appeler ainsi, ne sont pas très longues. Assez rapidement après, la vallée s’élargit à nouveau. Le décor reste magnifique, mais le plus spectaculaire est en arrière. Et il y a là quelqu’un, sur le bord de la route, avec son énorme sac à dos. Je ne vais pas très loin sur cette route. À peine une vingtaine de kilomètres. Mais j’ai bien compris que quand on fait du pouce, même avancer de seulement vingt kilomètres, ça peut être pas mal. Il s’appelle Robert et vient de l’Arizona. Je lui donne la quarantaine, il m’apprendra qu’il a cinquante sept ans et un background assez complexe. Il a passé quelques temps dans la marine, et beaucoup de temps à déménager dans la plupart des États Unis. Trois ex femmes, cinq enfants, trois petits enfants. À 55 ans, il a réalisé qu’il n’avait pas vu la mer depuis 20 ans. Il a quitté son désert en Arizona, a pris le train, et a fait les 150 derniers kilomètres en stop. Ça fait deux ans qu’il voyage, parfois en voiture, parfois en train, parfois en bus, parfois en stop. Il a une personnalité un peu étrange ; je me demande, d’ailleurs, s’il n’est pas mythomane. Peut être, peut être pas. En tout cas, on discute beaucoup, et je le trouve quand même bien agréable. Il me confirme d’ailleurs pour me confirmer que Bryce et Zion sont à ne pas manquer. Il a habité juste à côté de Zion pendant plusieurs années. Je n’aurais aucun soucis météo avant la mi novembre. Après ça, il y a des risques non nul de tempêtes de neige qui peuvent fermer les parcs pendant quelques jours. Selon lui, en 7 à 10 jours, j’aurais un très bon aperçu. Ça correspond assez bien avec le timing que j’imagine, si jamais je vais là bas. Tout mes projets sont désormais sujets à des « si » pis des « peut être » pis des « on verra bien ». Rien de précis, rien de fixe. Je suis à San Francisco dimanche, après ça, on verra bien où le vent m’emportera.
Comme tout les backpackers, Robert (qui me dit que je peux aussi l’appeler CB pour Crazy Bob) n’est pas vraiment pressé, et donc je m’offre quand même une autre petite pause photo à un moment.
Je lui explique que je m’en vais visiter « Oregon Cave National Monument », des grottes qui semblent être plutôt belles et qui valent peut être le détour, on verra bien. Comme il semble intéresser, et comme ma passe annuelle me permet de rentrer gratuitement dans tout les parcs et monuments nationaux, en invitant jusqu’à trois personnes, je l’invite à se joindre à moi. Il accepte avec enthousiasme. On s’engage donc sur une route magnifique de trente kilomètres, tout en lacets et en montées, pour finalement arriver. On ne peut visiter qu’avec un guide. Le prochain départ est à 15h ; dans 45 minutes. J’ai un tit creux. Je n’ai pas encore mangé aujourd’hui, et je propose donc à Robert de partager mes pâtes au fromage. Il complète avec une tomate et un avocat, et m’offre même un carreau de chocolat en dessert. Un vrai petit moment de bonheur. Comme quoi, partager ça vaut la peine !
Pendant qu’on mange, une dame vient dire bonjour. Elle m’explique qu’elle a vu Pourquoi Pas ? la veille au matin, au phare, et qu’elle l’a revu une autre fois sur la route et sur le bord d’une plage. Elle trouve très amusant de le revoir une fois de plus aujourd’hui aux grottes, et trouvait que ça justifiait de dire bonjour. Je trouve ça très sympathique de sa part. C’est vrai qu’il est toujours aussi facile à repérer mon Pourquoi Pas ?.
La visite de la grotte dure une heure et demi, et vaut vraiment la peine. Ça me rappelle beaucoup de vieux souvenirs de quand je faisais de la spéléo, et que j’étais tout petit petit. Ça me donnerait presque envie d’en refaire tient ! Parce qu’une grotte tout aménagé, avec des lumières partout, c’est confortable et agréable, mais devoir se débrouiller en rampant dans la boue, ça aussi un côté amusant ! La visite a été l’occasion d’apprendre deux trois choses, plus ou moins importantes. Par exemple, si vous avez besoin d’un moyen mnémotechnique pour arrêter de confondre les stalagmites qui mites, et les stalactites qui tites, dîtes vous que G c’est pour « ground » (sol) et C pour « cell » (plafond). Comme ça, vous ne confondrez plus ! Sinon, d’après le guide, il y a 40 ans, la température moyenne de la grotte était de 4 degrés. 5 degrés il y a 20 ans et 6 degrés de nos jours. Le réseau visitable a considérablement grandi, notamment pendant la dépression : comme il fallait bien occuper les chômeurs, il y a eut pas mal d’investissements faits dans les parcs nationaux. Dans les grottes, ça s’est traduit sous la forme de « on creuse de tunnels pour relier les différents réseaux de la grotte qui resteraient sinon inaccessible ». Bon, par contre, l’avantage d’une grotte très légèrement éclairée, c’est qu’avec un bon appareil photo, et un bon objectif, le résultat vaut vraiment la peine. Pas toujours évident de faire la mise au point, et les poses sont forcément un peu longues (souvent au 1/4 de seconde, mais avec un réflex, il est possible de rester stable sur ce genre de durée). Ma première série de photo souterraine donc.
Sinon, pour la petite anecdote, les « graffitis » ont été écrit par certains des premiers visiteurs de la grotte, dans les années 30. Une vingtaine d’années plus tard, quand on a essayé de les nettoyer, il était trop tard : c’est une grotte qui est toujours « vivante » : il y a encore de l’eau qui coule de partout, elle continue d’évoluer, de changer, et donc de faire des dépôts calcaires un peu partout. Les textes disparaîtront d’eux même, avec le temps, recouvert par une nouvelle couche de calcaire.
On ressort de la grotte un peu après, et on remercie le guide vraiment très sympa. Un petit détour sur le chemin pour retourner à l’accueil permet d’avoir un joli point de vue sur les montagnes environnantes.
Oui, les nuages ont profité que l’on ne regardait pas pour ressortir. En même temps, j’étais plus surpris par le grand ciel bleu du début de journée, vu que la météo annonçait une journée nuageuse.
Un peu après, on retourne au van, et je ramène Robert jusqu’à Cave Jonction, là où il pourra se chercher un lift jusqu’à Medford, sur l’autoroute 5. Moi, de mon côté, je reviens quelques kilomètres en arrière, pour prendre la route de « Happy Camp ». Le nom me plaît bien. C’est une petite ville dans une vallée, et c’est sur mon chemin. Je ne m’y rendrais pas ce soir, c’est un peu trop loin, mais je m’y arrêterais sans doute deux minutes demain. Robert est un grand fan de Bigfoot (yéti/sasquatch/bonhomme carnaval version plein de poiles). Personnellement, je rentre dans la catégorie « fortement sceptique », mais bon. Il m’a expliqué à un moment de la journée qu’il l’a entendu, alors qu’il était perdu dans le noir complet, sans lumière, dans les bois. Il paraît aussi qu’il a été enregistré, et que les sons correspondaient. Il paraît enfin que là où l’on l’a vu, c’est à Happy Camp.
J’ai roulé une quinzaine de kilomètres dans la montagne, pour m’éloigner de la vallée. Il n’y a rien, à part la route. Je me suis trouvé un petit endroit très tranquille, bien isolé, avec personne pour me déranger. Vous l’avez deviné, sans doute, en lisant le nom des grottes : j’ai refait un mini saut dans l’Oregon. J’y dormirais cette nuit ; c’est bête, mais je suis content. J’aime l’Oregon. Ce soir, je me suis fait cuir mon steak. Serais-je en train de devenir végétarien ? Assurément pas. Il n’était pas mauvais du tout, mais en effet, je n’avais plus ma rage de protéines animales. Enfin ; peut être que j’aurais la visite de Big Foot cette nuit…
Un petit panneau, pas loin de où je dors, me raconte un mini bout d’histoire du coin. Au début du 20e siècle, le sud de l’Oregon et le nord de la Californie rentraient un peu dans la catégorie « au milieu de nul part, genre tsé comme inaccessible ». Isolés et ignorés de Salem (capitale de l’Oregon) et de Sacramento (capitale de la Californie), les gens en ont finalement eut assez. Suivant un meneur d’hommes du nom de Jefferson, la région a fait sécession et s’est déclarée indépendante le 27 novembre 41. Une région sans taxes sur les revenus, les ventes, ou les propriétés. Quelques jours plus tard avaient lieu Pearl Harbor, et les rebelles ont laissé tombé le mouvement sécessionniste pour redevenir soudainement patriotes. Il semblerait que les gens du coin gardent quand même un petit côté indépendantiste. Jefferson a son propre réseau de radio public…
La journée des cailloux troués
Ce matin, c’est très clairement l’automne. Le vent n’a pas arrêté de souffler pendant la nuit, apportant avec lui un magnifique amoncellement de nuages gris. J’ai l’impression que ça va être dur d’échapper à la pluie aujourd’hui.
Ce matin, j’avais un petit mot gentil sur mon pare brise. Du genre « n’oubliez pas de venir payer pour le camping. PS : j’ai noté votre numéro de plaque ». Ouais, bon, évidemment… au moins, c’est sympa, il m’a laissé dormir. Je n’ai plus d’argent liquide, mais il est possible de payer par carte visa. Je recopie donc les informations de ma carte, sans trop m’appliquer. Je sais, c’est petit. Mais en même temps, je sais pas pourquoi, aujourd’hui j’ai pas envie de payer. Autant, une fois de temps en temps ça ne me dérange pas, autant, cette fois, ça me tente pas. Bref, on verra bien…
Je fais un petit détour pour dire au-revoir au phare juste avant de partir (que je ne visiterais pas, parce que c’est payant, et que bon, il est joli, mais pas exceptionnel non plus), et je reprends la route, finalement sans m’arrêter pour visiter la maison (je sais que la visite est gratuite, elle, mais à matin, finalement, ça ne me tente plus, bon) !
Le ciel gris m’accompagnera toute la journée, et finira par me faire tomber ma première vraie pluie depuis Jasper (il y a une éternité). Je constate tristement que mon « no dust, only happy(i ?)ness » disparaît tranquillement pas vite… enfin, en même temps, ça fait du bein au Pourquoi Pas ? de se faire dépoussiéré un peu !
Comme on me l’avait annoncé, la côte de l’Oregon est vraiment très belle. En fait, j’essaie de comparer la Californie et l’Oregon dans ma tête depuis un moment. Quand je pense à la première, c’est l’adjectif « grandiose » qui me vient. Pour le deuxième, c’est « magnifique ». Pourtant, il me semble que je préfère l’Oregon, et ça devient difficile à expliquer. J’ai l’impression que la Californie, c’est quasiment rendu « trop ». Death Valley, c’est un désert hallucinant. Yosemite, c’est un parc complètement fuck top. San Francisco, c’est une ville tout simplement génial. En fait, ça me donne l’impression qu’on ne peut pas vraiment se « reposer » en Californie. Il y a toujours trop, beaucoup trop. C’est parfait pour un voyage de deux ou trois semaines. Mais pour plus, il me semble qu’à un moment on a besoin de s’arrêter, de se relaxer. Je passerais sans aucun problème 6 ou 7 jours à Crater Lake à ne rien faire. Je ferais la côte de l’Oregon en vélo, en m’arrêtant tout les 100 mètres. La côte Californienne, c’est une autre affaire. Les « Redwood Cove » et autres regroupements d’arbres gigantesques en Californie vous écrase, vous subjugue, vous transporte. Pas moyen de juste regarder. Il faut se poser des centaines de questions métaphysiques. Et puis il y a Eugène. Il faut que je retourne à Eugène. En Oregon, tout le monde me parle d’Eugène et/ou de Portland. Les deux petites villes géantes. La Californie, c’est surf, saut en parachute et escalade. L’Oregon, c’est promenade sur la plage, cerf-volant et randonnée.
La côte de l’Oregon, disais-je. Ses criques, ses petites falaises, et ses cailloux qui sortent de la mer. Ce matin, j’ai vu une baleine :
Mais si, regardez bien le rocher au milieu. On la dirait sortie tout droit des aventures de Pinochio !
Je commence la journée en roulant, et en me demandant bien jusqu’où ça va me mener. J’avance pendant un moment, jusqu’à me dire qu’il serait temps que j’arrête de rouler. Je pourrais, à la place, me garer dans un endroit qui me plaît, manger, pis travailler un peu. Oui, le contrat en standby depuis 3 mois vient de débloquer. Yééé !
L’endroit me plaît bien. Je passerais donc un bon moment dans le van, à travailler tranquillement, et à regarder la mer. Et puis finalement, quand j’estime en avoir fait assez, je me dis que quand même, quand on y pense, cette presqu’île mérite qu’on aille y faire un tour. Ça sera l’occasion de découvrir une magnifique petite grotte dans la montagne du bout. Le premier caillou troué de la journée.
Et puis pendant que je mangeais tranquillement au chaud, un couple au look bien sympathique ( comprendre « jeune dans la fin vingtaine, voyageant dans une vieille voiture immatriculée dans l’Oregon ») est parti se balader sur la plage. Je passerais juste après leur départ, là où ils ont laissé une très jolie création derrière eux, à base de plumes, de bois, et d’algues, dans un esprit qui, pour moi, est 100% côte ouest.
Moi, je me contenterais de faire des photos hyper originales et hautement conceptuelles :
Ils sont encore là quand je reviens au van. Mon message poussiéreux n’a pas encore totalement disparu, du coup ils me demandent si j’essaie de rentrer chez moi depuis Burning Man. D’un certains côté, c’est un peu ça… on discute 5 minutes. Ils sont de Eugène, évidemment.
Je reprends la route, pour m’arrêter un peu après dans un endroit que j’attendais impatiemment. Cape Sebastian. Bin ouais, après tout, des endroits qui portent mon nom, j’en connais pas beaucoup, et j’ai pas l’occasion d’en voir souvent. C’est sans doute magnifique sous un grand ciel bleu. En tout cas, je n’en doute pas. Mais j’avoue que sous la pluie les nuages et le brouillard, ça perd un peu en intérêt.
Un peu après, la route entre dans le « Samuel H. Boardman Scenic Corridor », un parc tout en longueur, qui suit une partie de la côte. Nommé en l’honneur du premier responsable des Parcs Régionaux de l’Oregon, qui en gros, a fait un travail de fou pendant 20 ans (1930-1950) pour protéger le plus d’endroits possibles. Ce corridor, c’est un peu l’achèvement de son oeuvre, et c’est vrai qu’il est magnifique. Des points de vue pour s’arrêter tout les 3 kilomètres pendant une quarantaine de kilomètres. C’est très clairement de la route qui ne se fait pas vite, et qui se déguste au rythme des nombreux arrêts. Je fais la course avec un couple de cyclistes (qui eux ne s’arrêtent pas). Ils vont très clairement plus vite que moi ! Je me répète, mais je trouve tout simplement magnifique ces gros cailloux qui débordent de partout. Et pour l’occasion, j’ai le droit à 4 ou 5 rochers percés, et à un double pont naturel.
Le corridor se termine sur un point de vue pour aller voir le pont Samuel H. Boardman. Encore une autre petite balade d’une petite dizaine de minutes, qui vous amène sur un autre point de vue magnifique. Je sais pas pourquoi, je m’attendais à un pont naturel ; en fait, non, c’est un pont en métal bien pas naturel. Joli quand même, et accessoirement le plus haut de l’Oregon (à peine une centaine de mètres). Bref, histoire de dire que je ne suis pas venu pour rien, je m’offre un petit pano.
Mon plan pour la journée, c’était de m’arrêter dans les environs de Brookings, à la frontière avec la Californie. Absolument rien à voir avec le fait qu’il y a là bas une micro-brasserie, évidemment. Alors que je suis en centre ville, une idée soudaine me traverse l’esprit. Je cherche « Fat Kids Kitchen » dans Google. Pas complètement par hasard : il s’agit du nom que se donne le groupe que j’ai rencontré en fin de semaine passée, et à qui c’était joint Tassa de façon temporaire. Bonne nouvelle, je tombe sur un blog, pas vraiment à jour, mais avec une page « À propos » qui explique le projet en arrière. J’avoue que ça me plaît bien. Il se promène partout dans les États Unis, en offrant de la nourriture aux gens. Plus de détails : http://fatkidskitchen.wordpress.com/about/ ; je n’en regrette qu’un peu plus de ne pas avoir proposé de les accompagner un peu plus longtemps. Enfin, mon petit doigt me dit que nos routes se recroiseront. Après tout, leur bus s’appelant le « Misses Yes », il paraîtrait logique qu’il fasse plus ample connaissance avec « Pourquoi Pas ? », non ?
Dans le centre ville de Brookings, il y a également un Fred Meyers. Ça, c’est une chaîne d’épicerie géante qu’on ne trouve, je pense, que dans l’Oregon. Déjà, les prix dans l’Oregon sont pas cher. Mais là dedans… bref, je me dis que c’est l’occasion de reremplir la réserve de nourriture de Pourquoi Pas ?. Ça aurait très bien pu attendre encore un peu, mais je me dis que mon moral étant aléatoire en ce moment, et la météo pourrie, avoir quelques stocks pourrait être une bonne idée. Et puis ça rassurera mes parents. Je craque donc pour deux petits steaks, de la bière, des tonnes de pâtes, de quoi refaire de la salade de boîtes, et aussi du chocolat chaud. Au point où j’en suis dans les caprices, je m’achète un booster Magic (très certainement le dernier, mais ça me fait rire encore un peu). Et puis un petit spécial pour le repas de ce soir.
Avec tout ça, je me dis que s’arrêter dans une brasserie n’est plus vraiment nécessaire. En plus, cette brasserie en particulier brasse à deux places différentes, et il y a des chances que je passe à la deuxième place demain alors bon… je reprends la route, et quitte l’Oregon, plus vite que prévu, et un peu déçu. Incertains de revenir prochainement. Je sais que mon plan initial est de descendre à San Francisco, et de remonter à Eugène ensuite. Ça me tente toujours. Mais en même temps, je pourrais continuer vers le sud de la Californie, là où il est possible de se baigner même en novembre, puis ensuite rejoindre l’Arizona et les zones désertiques histoires de me garder bien au chaud. En fait, je pense que je sais très clairement ce qui me fera décider pour un bord ou l’autre. Alors pour le moment, sachant que je ne prendrais aucune décision définitive avant au mieux lundi prochain, je me dis que je verrais bien. Les plans dernières minutes sont toujours les mieux.
J’ai regardé la carte pour optimiser ma route, et éviter de repasser trop souvent à des endroits « déjà vus ». En fait, le seul petit bout de route que je vais refaire demain, c’est celui que j’ai fait avec les deux auto-stoppeuses il y a quelques temps et où, du coup, je n’avais pas vraiment pris le temps de m’arrêter. C’est donc parfait !
Et puis je me trouve finalement un petit parc/camping. Ce soir, je suis d’humeur à payer. Si on toc à ma fenêtre, ou qu’on me met à mot, c’est sûr que je paie. Je gare Pourquoi Pas ?. Il fait nuit, mais les arbres aux environs ont l’air magnifique. Oui, pour vous aider à suivre, je suis de retour dans le « Redwood National Park ». Enfin je suis juste à la limite. J’y rerentrerais demain, sauf erreur de ma part.
Je m’installe, range la nourriture nouvellement achetée, et me fait mon petit repas à moi.
Bière, pain, fondue au fromage en boîte. Première fois que j’essaie. C’est un peu cher, mais ça n’est pas si pire, même si c’est loin de valoir un vrai mélange « secret de famille depuis 142 générations » comme on sait si bien faire par chez nous. N’empêche, ça fait du bien au moral qui allait déjà très bien !
La lumière du tableau de bord du Pourquoi Pas ? a décidé de ne plus fonctionner. La nuit, je ne sais plus à quelle vitesse je roule, ni si il me reste de l’essence. Demain, il faudra que je regarde si jamais ça ne pourrait pas être un fusible, ou un truc du genre, pis peut être que je serais capable de réparer moi même. Ou peut être que non. C’est pas très pratique, mais c’est moins grave que de ne plus avoir de freins (qui reviennent tranquillement pas vite, comme l’avait prédit le garagiste. Il est fort le garagiste !
Aujourd’hui, à 18h12, mon appareil photo a pris une photo sans me demander la permission.
Personnellement, je l’aime bien.
Et puis la petite fin de soirée relax dans le van, à écouter de la musique, en bloguant, en lisant et en écrivant, ça aussi je l’aime bien !
Et aujourd’hui, on ne fait pas grand chose de plus
Cette nuit, j’ai rêvé que Frodon partait chercher le poumon de la princesse Leïa, pendant que Madmartigan escortait cette dernière pour rejoindre Belgarath et Polgara. Moi, je les aidais à prendre par surprise l’armée qui les attendait en embuscade. Comme on avait beaucoup de grenades avec nous et de Kamikazes, le plan était simple : envoyer les kamikazes lardés de grenades pour se faire exploser au milieu de l’armée ennemie, puis ensuite, utiliser des catapultes pour envoyer les grenades restantes. En fait, je me souviens plus très bien. Peut être que c’était pour envoyer les kamikazes et les grenades en même temps. Après tout, on s’attend pas vraiment à voir des kamikazes tombés du ciel. Enfin si, s’ils sont en avion. Mais pas sans avion.
Bref, j’ai super bien dormi, je me suis réveillé en pleine forme, et je continue à chercher le psychologue qui va analyser mes rêves, parce que là, sur le coup, j’en suis fier de celui là !
Le garagiste m’avait dit de repasser vers 9h du matin. J’ai pas voulu mettre ma montre pour me réveiller. Faut pas exagérer, je suis en voyage quand même. D’ailleurs, je sais même plus où est ma montre, donc ça a réglé la question… mais je me suis sagement réveillé à 9h, ce qui me convient parfaitement, même si ça veut dire « pas de balade sur la plage à matin ». Tant pis, ça sera pour une autre fois.
J’abandonne Pourquoi Pas ? aux bons soins du garagiste, et part avec mon ordinateur, mon appareil photo, et mon linge sale, à l’assaut de la ville. J’en ai déjà fait deux fois le tour hier, par contre, donc je me demande un peu ce que je vais faire. La réponse vient d’elle même : un mini contrat urgent, tout petit, juste comme il faut. Je le ferais en regardant la laveuse tourner. Enfin non. La laveuse ne tourne pas. C’est juste le contenu qui tourne. Je me permets de préciser pour ne pas que mes lecteurs (s’il en reste rendu aussi loin dans le voyage) se mettent à penser que les laveuses fonctionnent bizarrement dans l’Oregon.
Je me suis réveillé avec le moral pas mal revenu à son niveau habituel des derniers mois (soit « très haut » depuis que je suis sur la route) ; le fait d’avoir bien dormi, d’avoir un grand soleil chaud dans le ciel comme si c’était l’été, ça joue sûrement. C’est un peu perturbant d’être l’été le vendredi, l’automne le samedi-dimanche-lundi, le « on sait pas trop » le mardi, et à nouveau l’été le mercredi. Que m’apportera demain, c’est une bonne question !
Je retourne récupérer Pourquoi Pas ?, et discute un bon moment avec le garagiste. Je lui raconte un peu mes aventures ; il note même l’adresse de mon blog, disant qu’il va y faire un tour pour voir ça (monsieur le garagiste, si vous lisez ces mots, je vous salue et vous remercie d’avoir pris grand soin de mon van !). Je l’avais briefé sur le fait que moins les réparations me coûtent chères, plus heureux je suis. Il m’explique que pour réduire les coûts, il a réparé, mais n’a pas fait quelque chose que je n’ai pas compris, et que mes freins reviendront tranquillement à leur état normal d’ici deux trois jours. Ils vont, en effet, un tout petit mieux. En attendant, je resterais calme sur la route (comme si je n’étais pas sage de toutes façons !). Il a aussi jeté un coup d’oeil sur l’ensemble, et m’assure que tout est en bon état, que je ne devrais pas avoir de mauvaises surprises, et que j’ai un moteur d’enfer qui va durer encore un bon moment. Ça, c’est chouette à savoir !
L’une de mes conclusions, hier au soir, face à ma chute de moral, était que ça fait un peu trop longtemps que je me « prive » au niveau de la bouffe. Non, je me laisse pas mourir de faim, ne vous inquiétez pas. C’est juste que je me contente de choses simples, et économiques. Je n’ai finalement jamais mangé le steak dont je rêvais en quittant Yosemite (d’ailleurs l’envie m’est passé tranquillement) et je ne rêve pas trop souvent de fromages, même si quand même, il faudra que je me laisse aller là dessus à un moment. Bref, pour ce genre de chose, je me suis souvent rendu compte que les buffets chinois faisaient des miracles. Mangez tout ce que vous voulez, sans payer trop, ça me paraît un bon plan. Internet me dirige sagement vers le buffet le plus proche. Mon analyse était juste : j’en avais besoin. Vous ne voulez pas savoir quelle quantité de nourriture j’ai mangé. Mais oui, je le reconnais (Brigitte sera contente !) j’ai trop mangé ! Mais ça a fait du bien, et ça m’a recalé le moral à un bon niveau.
Et puis on n’est jamais aussi heureux que dans une société de consommation, alors je me suis promené un peu dans un centre commercial, pour regarder toutes ces choses inutiles dont je n’ai pas besoin, et dont je me passe très bien. J’ai eut un souvenir ému pour ma combinaison de plongée et mes palmes (cambriolées y a un moment maintenant) en visitant un magasin de sport. J’avoue que j’aimerais bien les avoir avec moi, là là, parce que la mer est magnifique, mais glaglaglacée.
Pire encore, j’ai craqué, et me suis acheté un starter et un booster de Magic ! Le truc que je n’avais pas fait depuis 12 ans environ. Faut dire qu’il y avait plusieurs joueurs de Magic parmi les gens avec qui j’étais en fin de semaine, et les voir jouer m’a donné envie. Alors bon, évidemment, je peux pas jouer tout seul, mais au moins je suis prêt. Chose amusante, j’ai trouvé les cartes vraiment pas chères. Et puis j’ai fait la conversion… en fait, je les ai payé aujourd’hui le même prix que je les aurais payées en francs il y a 12 ans. Donc on peut considérer, en effet, que les prix ont baissé puisqu’il n’ont pas monté. Mais en même temps, il y a un phénomène monétaire que je trouve très amusant : les prix en francs sont toujours plus élevés pour moi. 100 francs, ça reste beaucoup, alors que 22 dollars canadiens, c’est pas tant que ça. La raison est fort simple, je pense : je n’ai jamais eut un pouvoir d’achat si conséquent que ça quand j’étais en France. Donc forcément, les prix paraissent plus « impressionnants ».
La journée est pas mal avancée quand je reprends enfin finalement la route. Belle petite route, super agréable à conduire, et aux jolis paysages. La carte me montre un endroit qui me paraît prometteur : «Cape Blanco ». Un petit parc provincial, assez loin de la route, et un petit phare sur le bord de la mer. Ça sera ma destination. Une petite pause très rapide pour voir une maison historique, mais il est trop tard pour la visiter. Demain, peut être. Ça me tenterait bien. Je suis de plus en plus intéressé par l’histoire des lieux, et j’ai vraiment envie de lire les récits de Lewis et Clark !
Je suis un peu déçu quand je vois qu’il y a un hôte au camping pour s’assurer que tout le monde paie, mais rassuré de voir que finalement, je peux trouver un peu plus loin un endroit très discret et bien tranquille, où je devrais très bien dormir.
Je m’offre une petite balade de fin de journée, attrape encore un magnifique couché de soleil, puis revient au van, où je fais un gros rangement. J’ai acheté deux petites boîtes aujourd’hui, exactement ce dont j’avais besoin. Je me suis débarrassé des trois grosses boîtes vides qui commençaient vraiment à m’énerver. Les gens du schoolbus m’ont dit qu’ils leur trouveraient une utilité. Bref, l’intérieur du Pourquoi Pas ? s’optimise encore et toujours. Je pense avoir quasiment atteint ce que je voudrais. Il ne me reste plus qu’à me débarrasser du vélo, qui en fait me dérange plus qu’autre chose. Ensuite, peut être que je répondrais aux demandes répétées de montrer des photos de l’intérieur de ma maison !
Bien envie de prendre le temps de reregarder tout ça demain matin moi !
Ah et puis tiens, pour fêter ça, et pour recommencer à prendre un peu plus soin de moi, je me suis fait un petit thé ! C’est toujours agréable. Mais il est temps que je me rachète de quoi faire du chocolat chaud.
Pourquoi Pas ? de retour sur le billard
Je ne me suis pas réveillé trop tard. C’est agréable d’ouvrir les yeux sur le bord de la mer, et une balade sur la plage commence définitivement bien une journée. En plus, le Ranger venu vérifier que tout allait bien a eut la gentillesse d’attendre que Pourquoi Pas ? soit en mode « incognito » (tout les rideaux ouverts, et moi qui ne me promène plus en pyjama) pour venir faire son inspection. Au moins, si jamais je n’avais pas le droit (et le panneau « camping interdit » est quand même assez explicite), il est trop tard pour me dire quoi que ce soit.
[À moitié réveillé, et déjà en train de faire des panoramiques]
[Et j’ai même le droit à un aperçu de la faune locale]
Mon objectif pour la journée est assez simple. Trouver un garage et une laverie. À priori, j’ai deux semaines d’autonomie en linge, ce qui est pas mal pratique, mais il n’empêche que des fois, c’est nécessaire. Je reprends donc la route en direction de North Bend, qui est la ville la plus importante dans les environs. J’aurais plus de choix de garages, et plus de quoi à faire pour m’occuper en attendant. En fait, la première chose que je ferais en arrivant en ville, c’est de me jeter sur une station service. J’ai continué à surveiller le compteur kilométrique, mais la petite aiguille descendait moins vite que d’habitude. Du coup, j’ai battu un record en faisait 698 kilomètres sur un seul plein, mais en gardant une consommation d’environ 10 litres au 100. C’est donc bien le réservoir qui est plus grand que je pensais : un peu plus de 72 litres semble-t’il.
La deuxième étape consiste à trouver une connexion internet. Je commence à être lassé de chercher des connexions internet. J’ai hâte d’arrêter d’en chercher en fait. Mais ça me paraît un bon moyen de repérer un garage facilement. En même temps, je me fais la promesse qu’après San Francisco, je disparais de la toile pendant un moment, parce que là, quand même, ça commence à bien faire, non mais oh, hein, bon !
Une recherche de garage dans les environs me permet d’en trouver un qui s’appelle « Paul Autopart ». Déjà, à la base, le nom m’inspire confiance. Et puis en plus, c’est le seul qui a un commentaire, et il est positif. Je m’y dirige donc tranquillement. Autant la conduite sur les routes de campagne avec des freins fonctionnants moyennement bien, ça reste tout à fait gérable, autant en ville, j’aime pour ainsi dire pas vraiment ça. Mais bon, j’ai pas trop le choix non plus… je discute un peu avec le garagiste, lui explique le problème. Il me dit de repasser en début d’après midi. Je vais donc me garer en « centre ville », et me promène un peu pour faire passer le temps. Je suis à nouveau en mode « chemise blanche, veston et haut de forme blanc ». J’aime toujours ça. À ma grande surprise, je me fais demander à deux reprises si je peux être pris en photo. J’accepte volontiers, tout en trouvant ça très sympa.
Pour dire la vérité, je ne suis pas exactement à North Bend. Je suis à Coos Bay. Il y a plusieurs agglomérations qui se touchent les unes aux autres, et je me suis arrêté à la première. L’ensemble de ces petites villes portent le doux nom de « Oregon Bay Area ». Oui, sont mieux de préciser « Oregon », parce que la Bay Area, c’est déjà pris plus au sud. Le tour des 3 rues du centre ville de Coos Bay est très vite fait, donc je me pose tranquillement sur l’ordinateur pour faire passer le temps.
Et puis retour au garage à l’heure dite. Le garagiste jette un oeil, regard le niveau de liquide de freins, quasiment vide. Il en remet. Je me sens un peu bête. Si c’est juste ça… en même temps, ça m’arrangerait ! Mais non, on admire juste après la magnifique flaque à côté de la roue arrière gauche. C’est donc au tour de l’autre… à priori, même symptôme, même problème. La bonne nouvelle, c’est donc que la première réparation avait été bien faite (mais le garagiste aurait du en profiter pour faire l’autre roue). L’autre bonne nouvelle, c’est que les roues avant ne me feront pas le même coup (j’ai demandé confirmation, un peu inquiet). Ça devrait prendre une paire d’heures. Je prépare quelques affaires pour emmener avec moi, hésite pour le linge sale. Ça sera une autre fois. À la place, je prends mes rollers, dans l’intention d’aller voir North Bend. Je ferais vite demi tour. Rouler sur un bord de route nationale 4 voies avec des graviers et un revêtement mauvais ne me fait pas plus envie que ça.
Je retourne donc m’installer sur mon banc où je capte internet, et attend tranquillement. Je fais également un petit arrêt au pub du coin (très sympathique) pour boire une bière à la santé de Virginie (bonne fête m’selle 🙂 ).

Et puis je reviens au garage, pour trouver un garagiste qui m’explique qu’il va devoir changer une pièce, mais qu’il ne l’a pas. Il faut que je revienne demain matin. Je lui demande le prix. Une centaine de dollars. Ça semble inclure la main d’oeuvre. Si c’est ça, ça me va. Mais j’avais pas vraiment envie de rester dans le coin ce soir. Enfin… tant pis. Une fois de plus, en tout cas, il est très sympa, et sait me mettre en confiance
Je reprends donc le volant, et fait un petit détour complètement inutile par North Bend, où le centre ville ne semble même pas exister. Je me dirige donc en direction de la côte, dans l’espoir de trouver un petit endroit tranquille pour passer la nuit. La ville s’étale ; plein de petites maisons, éparpillées, pas vraiment belles. Le paysage ne présente aucun intérêt, et ça me déprime un peu. Je trouve finalement une route qui me mène vers la plage. Il y a plusieurs parkings avec des panneaux « no overnight camping » mais si on continue un peu plus loin, les panneaux ne sont plus là. Si c’est pas interdit, c’est que c’est autorisé, non ?
Je regarde l’océan. Il est 17h30. Il est tôt, encore. Je n’ai pas vraiment envie de rester des heures ici à ne rien faire. Je ressens encore le vide d’avoir quitté tout le monde hier, et rester assis sur le sable à regarder les vagues n’est assurément pas la meilleure façon de reremplir tout ça. Alors à la place, je reprends la route, et continue un peu sur le bord de la côte. Celle-ci devient soudainement magnifique, même si j’ai du mal à en prendre conscience, perdu dans mes pensées que je suis. Je me gare à un moment. Ce qui devait être juste quelques pas pour aller voir un point de vue se transforme en une petite balade qui me fait le plus grand bien. La machine à sourires redémarre, tranquillement pas vite. Je retrouve, amusé, les théories que j’avais formulé sur l’âme il y a quelques temps maintenant. Tout n’est pas fonctionnel à 100%, mais ça se remet en place, petit à petit, et c’est tout ce dont j’ai besoin.
Sur le retour à mon parking, je fais une autre petite pause à « Sunset Bay » la bien nommée, dans un timing parfait pour souhaiter bonne nuit au soleil.
Et puis je reviens m’installer tranquillement, sur mon bord de plage. Le vide a diminué. Si je peux reprendre la route demain, encore un ou deux jours, et le problème devrait être réglé.
De retour prêt de l’océan
En me réveillant ce matin, j’ai vu tout le monde autour du bus. Ils finissaient tranquillement le rangement. Ils partent aujourd’hui, mais ne sont pas pressés. La route les attendra de toutes façons. Je reste un moment à discuter avec eux, avant de le dire au revoir. Je sers Tassa dans mes bras une dernière fois. J’ai peur de ne pas la revoir. Je trouverais ça dommage que nos routes ne se recroisent pas… elle a toutes les informations pour me contacter. Elle sait que je serais de retour dans le nord de la Californie aux environs du 12-13 octobre. À partir de là, tout est entre ses mains.
Pourquoi Pas ? a hérité de quelques sourires en fin de semaine. La poussière est tenace, tant qu’il ne pleut pas, les souvenirs resteront.
D’après le (i) que je peux voir en dessous de happyness, il semblerait que l’orthographe correct soit « happiness ». Ça me paraît étrange, mais possible. À vérifier à un moment.
Je fais un dernier babaille à tout le monde par la fenêtre. Une fois de plus, je me sens vide. Peut être aurais-je du leur proposer ma compagnie quelques temps de plus. Ou peut être pas… La voix grave et reposante de Leonard Cohen m’accompagnera une bonne partie de la journée. Je ne suis pas d’humeur à grand chose aujourd’hui. La première idée était de m’arrêter à la première « grande » ville venue, pour faire réparer les freins. Mais en même temps, j’ai besoin de m’éloigner un peu. Juste avant que je parte, Clam expliquait sa théorie sur la « géo-solution » : les problèmes restent toujours là où on les laisse. Partir permet de se débarrasser de bien des problèmes. Ce n’est pas tout le temps une solution, mais je suis quand même assez d’accord avec lui. Et j’avoue que c’est un peu dans cet optique que j’ai envie de rejoindre l’océan ce soir. Mettre pas mal de kilomètres entre Umquat Hot Spring et moi même. La carte me confirme que je trouverais là bas aussi des villes pour faire réparer Pourquoi Pas ?. Je compte sur la roue pour ne pas s’en aller tout de suite.
Je refais les 25 kilomètres jusqu’au magasin et au téléphone pour la troisième fois. Cette fois, par contre, j’en profite pour m’arrêter devant ce rocher magnifique.
Je ne roule pas très longtemps avant de tomber sur une nouvelle cascade. Oui, la route est définitivement parfaite pour les amateurs de chutes d’eau.
Une fois de plus, le chemin n’est pas très long, mais passe dans des endroits magnifiques. Ce sera ma seule pause de la journée. Après ça, je reprends la route, direction l’océan. À l’entrée de l’autoroute, je reconnais tout de suite la fille qui attend, avec son chien. Pixi ; elle faisait partie du campement. Elle va vers le sud. Je ne peux pas l’avancer beaucoup, mais on fait quelques kilomètres ensemble. Je l’abandonnerais un peu après, dans un relais routier. Moi je m’arrêterais un peu dans le parking d’un Mc Donald, histoire de prévenir tout le monde de mes derniers changements de planning. Après tout, j’étais attendu à Chicago, Albany (couchsurfing) et Montréal ! Ça m’occupe un bon moment à nouveau. En fait, j’ai hâte d’être libéré de mes dernières obligations. J’ai envie de m’éloigner d’internet pour un moment ; je me demande si je vais vraiment y arriver. Ça reste à voir.
Le reste de la route est magnifique, encore et toujours. On est plus très haut en altitude, et l’automne recommence à disparaître. Le ciel est gris, mais il ne pleuvra pas (je ne compterais pas les 9 gouttes qui ont touché le pare brise comme de la pluie). En fait, ma dernière vraie pluie remonte à Jasper. Ça fait un certains bail maintenant ! Et puis le ciel se dégage soudain, et j’arrive sur le bord de l’océan sous un ciel qui aurait été presque tout bleu si le soleil n’était pas couché. Je roule encore un peu. Trouve un parking pour m’arrêter, avec vue sur la mer. À priori, je n’ai pas le droit d’être là. Mais on est lundi soir, j’ai envie d’être sur le bord de l’eau, j’ai envie du bruit des vagues, je prends une chance. Au pire, j’ai mon argumentation de prévue. J’espère juste qu’on me laissera dormir demain matin. J’ai l’impression qu’un peu de repos m’aidera à me sentir moins vide !


















































































































