Archive for the ‘Gastronomie’ Category
Et aujourd’hui, on ne fait pas grand chose de plus
Cette nuit, j’ai rêvé que Frodon partait chercher le poumon de la princesse Leïa, pendant que Madmartigan escortait cette dernière pour rejoindre Belgarath et Polgara. Moi, je les aidais à prendre par surprise l’armée qui les attendait en embuscade. Comme on avait beaucoup de grenades avec nous et de Kamikazes, le plan était simple : envoyer les kamikazes lardés de grenades pour se faire exploser au milieu de l’armée ennemie, puis ensuite, utiliser des catapultes pour envoyer les grenades restantes. En fait, je me souviens plus très bien. Peut être que c’était pour envoyer les kamikazes et les grenades en même temps. Après tout, on s’attend pas vraiment à voir des kamikazes tombés du ciel. Enfin si, s’ils sont en avion. Mais pas sans avion.
Bref, j’ai super bien dormi, je me suis réveillé en pleine forme, et je continue à chercher le psychologue qui va analyser mes rêves, parce que là, sur le coup, j’en suis fier de celui là !
Le garagiste m’avait dit de repasser vers 9h du matin. J’ai pas voulu mettre ma montre pour me réveiller. Faut pas exagérer, je suis en voyage quand même. D’ailleurs, je sais même plus où est ma montre, donc ça a réglé la question… mais je me suis sagement réveillé à 9h, ce qui me convient parfaitement, même si ça veut dire « pas de balade sur la plage à matin ». Tant pis, ça sera pour une autre fois.
J’abandonne Pourquoi Pas ? aux bons soins du garagiste, et part avec mon ordinateur, mon appareil photo, et mon linge sale, à l’assaut de la ville. J’en ai déjà fait deux fois le tour hier, par contre, donc je me demande un peu ce que je vais faire. La réponse vient d’elle même : un mini contrat urgent, tout petit, juste comme il faut. Je le ferais en regardant la laveuse tourner. Enfin non. La laveuse ne tourne pas. C’est juste le contenu qui tourne. Je me permets de préciser pour ne pas que mes lecteurs (s’il en reste rendu aussi loin dans le voyage) se mettent à penser que les laveuses fonctionnent bizarrement dans l’Oregon.
Je me suis réveillé avec le moral pas mal revenu à son niveau habituel des derniers mois (soit « très haut » depuis que je suis sur la route) ; le fait d’avoir bien dormi, d’avoir un grand soleil chaud dans le ciel comme si c’était l’été, ça joue sûrement. C’est un peu perturbant d’être l’été le vendredi, l’automne le samedi-dimanche-lundi, le « on sait pas trop » le mardi, et à nouveau l’été le mercredi. Que m’apportera demain, c’est une bonne question !
Je retourne récupérer Pourquoi Pas ?, et discute un bon moment avec le garagiste. Je lui raconte un peu mes aventures ; il note même l’adresse de mon blog, disant qu’il va y faire un tour pour voir ça (monsieur le garagiste, si vous lisez ces mots, je vous salue et vous remercie d’avoir pris grand soin de mon van !). Je l’avais briefé sur le fait que moins les réparations me coûtent chères, plus heureux je suis. Il m’explique que pour réduire les coûts, il a réparé, mais n’a pas fait quelque chose que je n’ai pas compris, et que mes freins reviendront tranquillement à leur état normal d’ici deux trois jours. Ils vont, en effet, un tout petit mieux. En attendant, je resterais calme sur la route (comme si je n’étais pas sage de toutes façons !). Il a aussi jeté un coup d’oeil sur l’ensemble, et m’assure que tout est en bon état, que je ne devrais pas avoir de mauvaises surprises, et que j’ai un moteur d’enfer qui va durer encore un bon moment. Ça, c’est chouette à savoir !
L’une de mes conclusions, hier au soir, face à ma chute de moral, était que ça fait un peu trop longtemps que je me « prive » au niveau de la bouffe. Non, je me laisse pas mourir de faim, ne vous inquiétez pas. C’est juste que je me contente de choses simples, et économiques. Je n’ai finalement jamais mangé le steak dont je rêvais en quittant Yosemite (d’ailleurs l’envie m’est passé tranquillement) et je ne rêve pas trop souvent de fromages, même si quand même, il faudra que je me laisse aller là dessus à un moment. Bref, pour ce genre de chose, je me suis souvent rendu compte que les buffets chinois faisaient des miracles. Mangez tout ce que vous voulez, sans payer trop, ça me paraît un bon plan. Internet me dirige sagement vers le buffet le plus proche. Mon analyse était juste : j’en avais besoin. Vous ne voulez pas savoir quelle quantité de nourriture j’ai mangé. Mais oui, je le reconnais (Brigitte sera contente !) j’ai trop mangé ! Mais ça a fait du bien, et ça m’a recalé le moral à un bon niveau.
Et puis on n’est jamais aussi heureux que dans une société de consommation, alors je me suis promené un peu dans un centre commercial, pour regarder toutes ces choses inutiles dont je n’ai pas besoin, et dont je me passe très bien. J’ai eut un souvenir ému pour ma combinaison de plongée et mes palmes (cambriolées y a un moment maintenant) en visitant un magasin de sport. J’avoue que j’aimerais bien les avoir avec moi, là là, parce que la mer est magnifique, mais glaglaglacée.
Pire encore, j’ai craqué, et me suis acheté un starter et un booster de Magic ! Le truc que je n’avais pas fait depuis 12 ans environ. Faut dire qu’il y avait plusieurs joueurs de Magic parmi les gens avec qui j’étais en fin de semaine, et les voir jouer m’a donné envie. Alors bon, évidemment, je peux pas jouer tout seul, mais au moins je suis prêt. Chose amusante, j’ai trouvé les cartes vraiment pas chères. Et puis j’ai fait la conversion… en fait, je les ai payé aujourd’hui le même prix que je les aurais payées en francs il y a 12 ans. Donc on peut considérer, en effet, que les prix ont baissé puisqu’il n’ont pas monté. Mais en même temps, il y a un phénomène monétaire que je trouve très amusant : les prix en francs sont toujours plus élevés pour moi. 100 francs, ça reste beaucoup, alors que 22 dollars canadiens, c’est pas tant que ça. La raison est fort simple, je pense : je n’ai jamais eut un pouvoir d’achat si conséquent que ça quand j’étais en France. Donc forcément, les prix paraissent plus « impressionnants ».
La journée est pas mal avancée quand je reprends enfin finalement la route. Belle petite route, super agréable à conduire, et aux jolis paysages. La carte me montre un endroit qui me paraît prometteur : «Cape Blanco ». Un petit parc provincial, assez loin de la route, et un petit phare sur le bord de la mer. Ça sera ma destination. Une petite pause très rapide pour voir une maison historique, mais il est trop tard pour la visiter. Demain, peut être. Ça me tenterait bien. Je suis de plus en plus intéressé par l’histoire des lieux, et j’ai vraiment envie de lire les récits de Lewis et Clark !
Je suis un peu déçu quand je vois qu’il y a un hôte au camping pour s’assurer que tout le monde paie, mais rassuré de voir que finalement, je peux trouver un peu plus loin un endroit très discret et bien tranquille, où je devrais très bien dormir.
Je m’offre une petite balade de fin de journée, attrape encore un magnifique couché de soleil, puis revient au van, où je fais un gros rangement. J’ai acheté deux petites boîtes aujourd’hui, exactement ce dont j’avais besoin. Je me suis débarrassé des trois grosses boîtes vides qui commençaient vraiment à m’énerver. Les gens du schoolbus m’ont dit qu’ils leur trouveraient une utilité. Bref, l’intérieur du Pourquoi Pas ? s’optimise encore et toujours. Je pense avoir quasiment atteint ce que je voudrais. Il ne me reste plus qu’à me débarrasser du vélo, qui en fait me dérange plus qu’autre chose. Ensuite, peut être que je répondrais aux demandes répétées de montrer des photos de l’intérieur de ma maison !
Bien envie de prendre le temps de reregarder tout ça demain matin moi !
Ah et puis tiens, pour fêter ça, et pour recommencer à prendre un peu plus soin de moi, je me suis fait un petit thé ! C’est toujours agréable. Mais il est temps que je me rachète de quoi faire du chocolat chaud.
Une fin de semaine dans les sources chaudes.
Je viens de retrouver, le temps d’une longue fin de semaine, une partie des sentiments qui m’avaient habité au cours de Burning Man. Pendant ces quelques jours, Tassa, Clam, Mowglie, Joseph, Cassy, Pixi, Forest, et tout les autres, m’ont à nouveau donné un exemple magnifique du sens de la communauté. Installés sur le bord de la rivière, au pied d’une cascade magnifique, juste en face des Sources Chaudes d’Umquat. Il suffit de traverser le cour d’eau pour les rejoindre.

Quiconque passe à portée de voix se voie invité ; à prendre un café, fumer une cigarette, manger quelque chose… je me suis joins à la communauté tout naturellement le vendredi soir. J’ai apporté mes quelques talents, beaucoup d’essence, et j’ai été accueilli avec énormément de générosité, d’amitié, et de nourriture. La différence, c’est que cette communauté, temporaire et aléatoire (un bus scolaire réaménagé en provenance du Vermont, un autre bus scolaire réaménagé, pour une famille de 7 enfants, et quelques amis de passage), se forme, se déforme, et se transforme. Elle se déplace sans jamais s’arrêter. Ce sont des descendants directs du mouvement hippie, version bohème. Ils boycottent Burning Man pour la plupart, parce que c’est payant, et que c’est cher. À la place, la plupart participe à des Rainbows Gathering. Des rassemblements gratuits, d’envergure changeante, et ayant lieu un peu partout aux États Unis. Il paraît qu’il y en a un dans l’état de Washington, en novembre…
Tassa a 21 ans. Originaire de l’Ohio, elle a passé toute sa jeunesse en Alaska. Elle fugue a 16 ans pour aller rejoindre sa mère, dans la région des grands lacs. À 17 ans, elle a pris la route. Ça fait 4 ans qu’elle voyage, qu’elle mène une vie de nomade. Elle me fascine au plus haut point. J’ai besoin de la comprendre, j’ai besoin de saisir ses motivations. Mais elle partira toute seule de son côté, moi du miens. Ma vie est trop rapide pour elle, et elle se revendique hautement indépendante. Elle va passer quelques temps dans le nord de la Californie ; j’aurais peut être l’occasion de la recroiser. Son rêve, c’est d’avoir son propre « school bus » à elle, pour emmener des enfants avec elle, et leurs apprendre les arts du cirque. Les vieux autobus jaunes sont rachetés, réparés, aménagés. Ils sillonnent les routes de l’Amérique du Nord. On les retrouve surtout sur la côte ouest, tellement ouverte à ce niveau. Nous sommes dans une forêt nationale, le camping sauvage est donc autorisé. En plus des deux autobus, il y a beaucoup de groupes, installés un peu partout, dans la forêt, qui profitent gratuitement des sources chaudes. Tout le monde cohabite sans le moindre problème.


Deux jours complets à découvrir ces gens et leur mode de vie. La journée à discuter, à relaxer dans les sources chaudes, à se pratiquer à jongler. Le soir, au coin du feu, guitares, tamtams, chants. Un accordéon, aussi, qui passait par là. Comme presque à chaque fois, je me demande ce que serait ma vie aujourd’hui si à la place de « piano classique » j’avais choisi la guitare a 10 ans… je n’ai aucun regret : je continue à préférer le piano ; il s’agit simplement de curiosité. Et d’un (tout petit) peu de jalousie.
On a fait une petite virée en van le samedi, pour aller faire le plein. Il n’y avait plus rien à boire. Le magasin le plus proche, tout comme le téléphone le plus proche, sont à 30 kilomètres de route. Tout est partagé sans que l’on se pose de questions. De temps en temps, quelqu’un fait à manger. Il y en a une certaine quantité, imprécise, aléatoire. Des gens ont des cigarettes, d’autres non. Ce ne sont pas toujours les mêmes. Le tabac se passe d’une main à une autre sans soucis.
J’ai perdu le décompte du temps horriblement vite. J’ai déconnecté de beaucoup de choses, je me suis retrouvé à un niveau de vie des plus simples. Manger du gruau avec une capsule de bière, dans un couvercle en plastique, ça marche parfaitement et un morceau de boîte en carton convient parfaitement pour faire une assiette. On fait avec ce que l’on a, on se débrouille, et ça fait du bien. On ne se complique pas. On vit, on est heureux, et c’est tout. Ça fait plaisir d’entendre Tassa répéter à plusieurs reprises “I love my life”. J’aime ce mode de vie où, contrairement à Burning Man, il n’y a rien à faire. L’animation, c’est nous qui la faisons, quand on en a envie. Sinon, on peut aller aux sources chaudes, jongler, ou se promener dans les environs.
Là où je suis sincèrement impressionné, c’est l’état du campement. Le soir, c’est une vingtaine de personnes au coin du feu. Dans la journée, il y a toujours des gens qui se promènent, qui font à manger, du thé, du café… le samedi, quand je me suis couché, c’était un chaos relativement impressionnant. Le lendemain, quand je me suis levé, le ménage avait été fait. J’ai fait ma part, le dimanche après midi. Je me suis promené pour ramasser ce qui traînait. Faire du « MOOPING ». Le terme me plaît et est resté. L’ensemble était relativement propre. Définitivement plus propre que ce que j’aurais attendu d’un groupe identique mettons… en France, par exemple.
En fait, l’une des rares choses qui me dérangent, même si c’est un peu bête, c’est qu’ils ont quasiment tous le même look. Et en même temps, ça semble parfaitement normal… les dreads, ça évite de se laver les cheveux. La barbe, pas besoin de la raser. Les vêtements sombres, ça se voit moins quand c’est tâché. L’équipement provenant des surplus militaires ? C’est ce qu’il y a de moins cher. Le tatouage et les piercings marquent leur volonté d’être marginaux… je n’aurais pas assez de temps pour les connaître, pour comprendre leur mode de vie. J’aurais sans doute dû poser des questions… après tout, les 70$ de bières ont été payé avec une carte bancaire. Et quand vient le temps de noter un numéro de téléphone, c’est dans leur cellulaire qu’ils le font. Débrouillardise et musique/mendicité ? C’est tout à fait possible. Tassa m’explique qu’ils ne paient quasiment jamais l’essence pour le bus. Ils arrivent toujours à négocier un peu de diesel au prêt des stations. Comment ? Je n’en ai pas la moindre idée. Et puis il y a aussi les chiens, quasiment omniprésents. Je ne comprends pas. Mais le fait que je n’aime pas les chiens y est sûrement pour beaucoup. Il y a 5 ou 6 chiens en permanence, ça fait du bruit, et jusqu’à trois chats.
Je fais une deuxième petite virée le dimanche, pour rejoindre le téléphone cette fois. Il fallait que j’appelle Amtrak, pour annuler mon billet de train. C’est fait. C’est confirmé. Je ne fêterais pas mes 30 ans à Montréal. San Francisco semble finalement l’emporter. Enfin, pour en être sûr, j’attendrais quand même dimanche prochain. Pourquoi Pas ? me refait le coup des freins qui ne marchent plus, et ça ça m’interpelle beaucoup. Angoissé, pas vraiment. Si c’est à nouveau la roue arrière droite, est-ce que ça veut dire que ça a été mal réparé ? Ou que ça va se reproduire tout les 5000 kilomètres ? Et si c’est une autre roue, est-ce que ça veut dire que ça va se reproduire pour les deux restantes ? Encore, et encore, et encore des questions qui viennent tout compliquer dans ma tête. Un sac à dos et un pouce, c’est bien rare que ça tombe en panne.
Je me déconnecte de plus en plus en ce moment, et je sens bien que j’en ai besoin. Demain, je pars, quelque part. Je sais pas trop où. À priori, l’océan… je n’ai pas le goût de reconnecter. Bien sûr que j’envie la liberté de Tassa. Tout comme j’envie ces gens, dans leur lofts Ikea du centre ville. Ces nouveaux parents, heureux un enfant dans les bras. Ces gens qui travaillent sur la route. Trop d’incompatibilité dans trop d’avenirs possibles et fascinants. Comme j’essaie d’expliquer à Tassa, je suis à un carrefour, et je n’ai aucune idée de la direction à prendre pour le moment. J’essaie de lui expliquer, parce que j’ai beau parler anglais sans aucun problème maintenant, il y a encore, des fois, des concepts qui me bloquent. En fait, j’aimerais tenter la même expérience en France ou dans un endroit francophone, où je pourrais, en plus, partager mes histoires. Un conteur qui ne peut conter, ça sonne triste à mes oreilles.
L’automne s’est installé en une fin de semaine. C’est impressionnant comme tout a tourné instantanément…
Et on dort près du lac
De retour au van, j’hésite un peu. Il est encore un peu tôt. Je pourrais reprendre la route, histoire d’avancer un peu. En même temps, ce lac était magnifique vu d’en haut, il le sera sûrement aussi vu d’en bas. Ma journée se terminera un peu tôt, c’est pas plus mal.
Je prends donc la route du lac. J’en ai pour 5 kilomètres environ. À mi chemin, je vois un magnifique ours traverser la route en courant. C’est le premier ours que je vois depuis le début du voyage ; il serait temps ! En même temps, quand je vois à quelle vitesse il court, je comprends pourquoi on dit que ça sert à rien d’essayer de courir plus vite que lui… enfin, moi je dors dans une grosse cage en métal, et dans ce contexte, les ours ne m’inquiètent pas trop. À vrai dire, je suis toujours garé « prêt à partir » : le fauteuil du conducteur est toujours dégagé, la clé est toujours sur le contact. Si Pourquoi Pas ? est pris d’assaut, ma solution est simple et efficace : « courage, fuyons ! ». Donc non, en effet, je n’ai pas trop d’inquiétude. Même si, c’est clair, j’aimerais éviter d’en arriver là !
Le lac, comme prévu, est magnifique. [Et il s’agrandira pour se faire encore plus admirer, sur un simple clic].
Il y a bien un terrain de camping. Sur le panneau à l’accueil, là où on trouve habituellement les instructions, tout est vide. Je pense pas vraiment qu’on vienne taper à ma fenêtre pour la petite enveloppe demain matin… je m’installe confortablement. Il y a une autre voiture, un peu plus loin, mais c’est tout. Ça devrait être calme et tranquille cette nuit.
J’ai un petit creux. Justifié, j’imagine, par mon ascension du jour. Je me la joue donc grand luxe, avec un « bière et fromage » détonnant.

Non. Pas de « S », ni à l’un, ni à l’autre. Je dois me contenter, pour tout fromage, d’un cheddar fort acheté la veille, alors que je rêvais de mordre à pleines dents dans un brie crémeux. Par contre, j’ai décidé de recommencer à utiliser le frigo. Oui, juste pour garder la bière au frais. Et alors, c’est bien suffisant comme raison, non ?
Et puis je m’offre une petite séance de jonglerie. Après avoir pratiqué à une puis deux massues, sans trop mal m’en sortir, j’en rajoute une troisième. C’est pas encore ça, mais ça rentre, tranquillement pas vite. Je passe un peu aux balles, pour changer. Ça, ça marche vraiment bien maintenant. En fait, le principal « hic » c’est qu’à priori, les balles de débutants que j’ai achetées sont trop légères. J’avais essayé avec des balles un peu plus lourdes, et j’avais encore mieux réussi.
La nuit tombant, je m’installe ensuite confortablement avec mon livre et mon ordinateur. Le temps de monter mes deux photos panoramiques, et d’écrire mes aventures du jour. Pendant ce temps là, mon appareil photo travaille tout seul, bien sagement.
Pour la première photo, il restait encore un tout petit peu de lumière du jour, et j’ai donc baissé l’ouverture, pour pouvoir quand même faire une exposition longue (40 minutes).

Du coup, j’ai oublié de réaugmenter l’ouverture pour la deuxième. Dommage, parce que j’étais à nouveau plein nord. L’exposition est de 47 minutes. À cette taille, ça donne un résultat intéressant, mais en plus grand, on voit beaucoup de bruits. Je pense que c’est le fait de faire deux expositions longues de suite, qui fait chauffer le capteur. J’essaierais de me contenter d’une seule plus longue à l’avenir. Une exposition d’une heure et demi me paraît pas mal. Fait amusant : mon appareil photo me confirme quelque chose que je suis incapable de voir à l’oeil. Mais le petit rougeoiement, en bas à gauche de l’image, semble confirmer un incendie.

Six rivières
Le plan d’attaque de la suite était assez simple. Prendre la route, et avancer pour s’approcher du « Redwood National Park », où je planifie une petite visite demain. J’avais même prévu de laisser faire pour les brasseries ce soir, histoire de ne pas avoir à me compliquer la vie au moment de chercher un endroit où dormir. Je ferais ça de jours, tranquillement, avant de m’arrêter. C’est en cherchant sur la carte un objectif intéressant où je pourrais passer la nuit que je repère le petit « R » dans un rond jaune, qui indique une aire de repos sur le bord de l’autoroute, pas loin de l’endroit où j’envisager me rendre. Évidemment, dans ce contexte où l’endroit où je vais dormir est déjà connu, s’arrêter dans une brasserie n’est plus vraiment un problème. Je choisirais donc la plus au nord (donc la moins loin de l’aire de repos) histoire d’avoir le moins de route à faire une fois complètement saoul. Non, pardon. Pour pouvoir rapidement me rendre, et faire le moins de route possible de nuit, ce qui est bien plus prudent. Ça sonne beaucoup mieux comme ça. J’opterais donc pour la « Six Rivières » de McKinleyville. Endroit simple, agréable, sans prétention, qui dégage exactement la même ambiance que là où je me suis arrêté la veille. À tel point que j’ai l’impression de reconnaître un client de la North Coast. À moins que je sois suivi… peut être, qui sait…
Mon premier choix se tournera vers leur IPA ; elle n’a pas de nom, mais est présenté comme leur principale vendeuse. À vrai dire, c’est plus l’appellation IPA qui vient me chercher qu’autre chose. IPA, elle l’est. Presque de façon académicienne. Elle est agréable à boire, mais souffre d’un petit manque de personnalité. Un peu comme s’ils avaient fait une IPA directement sorti du dictionnaire. Je suis toujours aussi peu à l’aise pour trouver les bons mots pour décrire une dégustation. Mais si vous avez une image préconçue des IPA dans votre tête, et bien peut être que ça en serait un bon exemple…
Je ne resterais pas là dessus. Surtout que j’ai commandé des frites, et des frites sans bière, c’est triste. J’avais été déçu, en Oregon, par les noires que j’avais goûté. La stout de la veille, pourtant, m’avait remonté le moral. Je décide donc de récidiver, avec leur stout locale. Je découvre une bière très sympathique et accueillante. Elle garde, évidemment, une petite amertume caféienne (et non pas kafkaienne) caractéristique des stouts, pourtant celle-ci sait se faire discret. Légère et agréable, donc, je la recommanderais fortement à des gens voulant s’initier aux bières noires. Bonne, sans trop en demander. Tout comme l’IPA, après réflexion. Oui, la « six rivières » semblent brasser des bières pour introduire les gens au monde fantastique et magnifique de la microbrasserie. C’est parfait, il en faut !
North Coast Brewery
Avoir une carte des brasseries de l’Oregon, c’est très pratique et très utile… quand on voyage en Oregon. Mais là, présentement, je suis en Californie… qu’à cela ne tienne, j’ai réussi à mettre la main sur le « Northwest Brewring News », un bimensuel des plus intéressants, lors de ma visite de la Trumer Brauerie. Intéressant, et en plus bien documenté. Il y a donc une carte assez détaillée des brasseries californiennes. J’en ai repéré plusieurs sur mon chemin, mais j’essaie quand même d’être un peu raisonnable. Alors je me contente d’une seule. La North Coast Brewery, à Fort Bragg. Brasserie qui a la bonne idée d’apparaître vers 18h. Heure parfaite pour prendre une petite bière et terminer ainsi la journée de conduite. C’est assez amusant : d’un côté de la rue, il y a la brasserie, et le magasin de la brasserie, de l’autre il y a le restaurant de la brasserie. Les deux premiers étant fermés, je jetterais donc mon dévolu sur le troisième. Les prix sont tout à fait corrects, et j’en profiterais donc pour commander un hamburger frittes qui me tente au plus haut point. Et en plus, les frittes sont délicieuses. Quand à la bière… je commencerais par une pinte de Brother Thelonious, une bière inspiré des bières d’abbaye belge. Je suis ravis de mon choix. Bière relativement forte, très licoreuse sans être écoeurante, elle se laisse boire toute seule. Elle a un caractère qui me plaît beaucoup, et un goût de « reviens y » auquel je ne succomberais pourtant pas ! Le but étant de découvrir, je préfère rebondir sur une « Old 38 », présenté comme une bière noire de type dublinoise. Si j’ai vraiment eut un coup de coeur pour la Thelonious, je me contenterais d’apprécier grandement la Old 38. Une amertume sans doute un peu plus légère que la Guinness, mais une longueur un peu supérieure, et ce petit côté « aqueux » si caractéristique en fin de bouche, un peu plus discret. Agréable découverte également, mais qui ne me convaincra pas autant que sa soeur belge, qui deviendra la 27e de ma collection. J’espère quand même avoir l’occasion d’en essayer une ou deux autres, parce que la North Coast Brewery m’a laissé une excellente impression !

Un repas boudhiste bio
Je roule depuis 3 minutes seulement quand je vois un auto-stoppeur avec un vélo sur le bord de la route. Qui dit auto-stoppeur dit évidemment « je m’arrête », pas sûr pourtant qu’il y ait de la place pour un deuxième vélo dans le van. On essaie quand même, on force un peu, et ça rentre. Il s’appelle Yoan, il est Finlandais. Ou Norvégien. Ou peut être Suédois. En tout cas, l’un des trois. Il ne va pas très loin ; il vit dans un centre de méditation boudhiste pas loin d’ici. Au moment où il m’en parle, je me souviens qu’on l’avait repéré, la toute première fois que j’étais venu à San Francisco, et qu’on était allé visité Muir Woods avec Jane. Il revient d’un rendez-vous chez le docteur, parce qu’il a mal au dos. Et si le vélo ça va dans la descente, ça va pas dans la montée. Bref, je l’invite à bord sans la moindre hésitation et avec grand plaisir. Ça me manquait de prendre des stoppeurs !
Le centre, en effet, n’est pas très loin. Environ une dizaine de minutes en voiture, mais en côte bien raide. Et puis au moment d’arriver, il me propose de me joindre à tout le monde pour le repas. C’est une collectivité d’une cinquantaine de personnes, donc une assiette de plus ou de moins, ça ne paraît pas vraiment. Hormis le fait que je pensais rouler un peu ce soir, je n’ai aucune raison de dire non. J’ai un peu faim, et manger de la nourriture boudhiste bio m’intrigue. J’accepte donc l’invitation avec grand plaisir, et me retrouve donc dans le centre. En gros, il y a deux fonctions principales : une partie communautaire, où les gens cultivent des plantes, s’occupent d’un grand jardin bio, et font de la méditation, et une plus ouverte au public, où les gens peuvent assister à des conférences, venir faire des cours séjours de méditations, se retirer pour quelques temps. Une partie de la production de légumes est consommée sur place, le reste est vendu sur des marchés, à des restaurants et à des collectivités.
La nourriture est végétarienne. Riz bruns, pommes de terres et navets sautés, épinards. C’est très bon, ça fait du bien. Et surtout, c’est pas végétalien, donc j’ai même le droit à un peu de fromage en fin de repas, et à d’excellents biscuits en dessert. Je passe le repas à discuter avec Yoan, qui m’explique un peu sa démarche et le fonctionnement de la place, qui me plaît bien. Là encore, une ferme bio boudhiste, c’est un peu caricaturale californien, mais en même temps, tant mieux, non ?
Et j’ai même le droit à une petite visite du jardin juste avant de partir, ce qui me permet d’admirer le coyote qui s’y promène. Ça complète le lynx que j’ai vu traverser la route en milieu d’après midi !
Retour à la maison et fin de soirée
Après ça, je n’ai plus qu’à rouler une grosse demi heure pour rentrer chez Rameen. La route me fait traverser San Francisco, avec toujours plein de voitures qui font n’importe quoi. Mais dans l’ensemble, ça se passe pas trop mal, et j’arrive à bon port toujours en vie.
Nouvelle petite soirée tranquille à discuter. On mange une soupe aux haricots rouges (Jane avait hérité d’une gigantesque boîte de haricots rouges à Burning Man) et un peu plus tard, on fera une compote pommes + mangues qui sera délicieuse. La soirée avance, Jane et Rameen vont se coucher. Moi, je reste debout jusqu’à très tard. Mon objectif, finir de mettre mon blog à jour. Et c’est chose faite. Ça m’aura pris du temps, mais c’était l’un de mes objectifs durant cette pause repos à San Francisco. Le blog à jour, je vais pouvoir reprendre la route demain. Direction, donc, le nord. Mais là tout de suite, il est très tard. Ou très tôt. Alors direction le lit !
Le petit déjeuner
Réveil tranquille une fois de plus. Je suis sur un mode très relaxe, en ce moment. Je me repose, fait mes petites choses, et rattrape le retard de mon blog. C’est chouette. Je fais ça un peu tard dans la nuit, et du coup, les matins commencent un peu tard également… je suis attendu par Rameen et Jane qui m’attendent avec un grand sourire. Ce matin, ils me paient le petit déjeuner, dans un petit restaurant du centre ville de Berkeley. Difficile de dire non !
Le retour de Rameen sur le blog :

Et un délicieux miam pour commencer la journée :
Trumer Brauerie
Il y a quelques années, deux amis sont allés en Autriche. Ils y ont goûté une bière délicieuse, qu’ils ont vraiment adorée. De retour en Californie, ils ont cherché à l’importer. Malheureusement, l’importation imposait la pasteurisation, et donc un changement gustatif important. Qu’à cela ne tienne. Il y avait, à Berkeley, une brasserie à vendre. Et le pH de l’eau de Berkeley était extrêmement proche du pH de l’eau utilisé dans cette brasserie autrichienne. Ils ont racheté la brasserie, et importé le même type de houblon. Ils ont cherché des céréales de qualité identique aux États Unis, et ils ont commencer à brasser là Trumer Pils. Ça a pris un moment avant qu’ils arrivent au résultat, mais ils ont finalement réussi.
Aujourd’hui, la Trumer Brauerie engage 13 personnes à temps plein, et continue de grandir. Ils brassent une seule et unique bière, une pilsener, de type autrichienne, et ils ont gagné pas mal de prix avec. Tout les jours, il est possible de visiter à 15h15. C’est gratuit, et on a même le droit à une pinte de dégustation à la fin. La visite est intéressante, même si je m’attendais à quelque chose d’un peu plus artisanal, alors qu’on est très clairement dans l’industriel. Je ne sais pas si les quantités brassées font qu’il s’agit encore d’une micro brasserie ou pas… mais la bière est bonne, alors pourquoi pas ? Je suis donc rendu à 25 dans le van.
Le centre ville de Berkeley
Je pars ensuite avec Jane, en début d’après midi. On commencera par une petite promenade en voiture dans Berkeley, une ville qui me plaît vraiment beaucoup. Il y a beaucoup de petits quartiers, extrêmement agréable, plein de petits commerces, de petites boutiques. En Californie, la mode est au « mangez local, mangez bio » ; les restaurants et les épiceries ne fournissent quasiment que ça. Je me demande, d’ailleurs, les conditions de productions des produits bio en Californie. Il y a quelques temps, mon père m’en avait parlé un peu, et ça ressemblait un peu à un pillage d’autres régions du globe… je me demande si ça a évolué, ou si c’est toujours pareil. Parce que franchement, trouver une telle quantité de produits bio partout, ça fait envie et c’est agréable. Tant qu’on ne se demande pas ce qui se cache en arrière. Ça, c’est sans parler des conditions de travail des ouvriers mexicains, qui ne doit pas être terrible non plus. Père, quand vous lirez ceci, si vous avez des compléments d’infos, des détails, et autre, je suis preneur. Rameen et Jane sont très intéressés par tout ça également, et je pense que des infos plus précises les intéresseraient.
Oui, ce sont les joies de la mondialisation : un français vivant à Montréal en voyage sur la côte ouest qui demande à son père vivant dans le Dauphiné et en voyage en Roumanie des informations sur l’agriculture biologique californienne pour transmettre à un couple de californiens, dont un d’origine iranienne. Qui dit mieux ? Bref… trêve de parenthèses internationales, et revenons en à la beauté de Berkeley :
On en profite pour s’arrêter et manger une pizza, avant de se diriger vers la Trumer Brauerie.







































