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Mon souper de fête
Il y a une tradition que j’ai établi de moi même, sans que personne ne sache, et sans que personne ne fait attention. Chaque année, à ma fête, c’est moi qui organise tout, c’est moi qui invite tout le monde, et c’est moi qui m’occupe du repas. Je me suis rendu compte, il y a quelques temps, que c’était l’une des façons que j’avais de montrer à mes amis que je les aime. Je consacre le jour de l’année où je devrais -en théorie- recevoir des cadeaux pour donner. J’ai pris l’habitude avec le temps, et j’aime ça. Mes anniversaires se suivent et se ressemblent. Petite soirée entre amis, un bon repas, de belles discussions… l’année dernière a été un peu différente. Il faut bien des exceptions de temps en temps. Cette année aussi sera un peu exceptionnelle, vu qu’une partie de mes amis sont loin. Mais j’ai quand même Jane, Rameen et Mowgly sous la main, et pour moi, c’est plus qu’assez. Pour ma fête, Mowgly m’a offert une boîte de six bières. Je suis parfaitement conscient de ce que ça représente pour lui. C’est le seul cadeau que j’ai reçu hier, mais il me l’a donné avec un tel plaisir, et un sourire si magnifique que ça représente énormément pour moi. Sur les six bières, il y en a une que j’ai mis de côté. Elle rentrera à Montréal avec moi, et elle sera bue pour une occasion très spéciale (qui reste à déterminer). Bref… le fait de n’avoir que trois amis sous la main ne devait pas m’empêcher de perpétuer la tradition. Je les ai donc prévenu de réserver leur lundi soir. J’ai aussi dit à Jane que, si elle voulait inviter quelques amis, j’étais optimal pour 6 à 8 couverts. L’invitation a été lancée.
Évidemment, le souper c’était pour le soir. La journée, je l’ai passée bien tranquille. Une bonne partie a été consacrée à la sélection et la préparation des photos de la décompression. Je suis, il faut le reconnaître, très fier du résultat. En fait, je ne fais que très très rarement de post traitement, et c’est une erreur. Ça rajoute énormément, et ça fait une très grosse différence. En fait, c’est ce qui permet de passer de l’état « belle photo » à « tiens, si je l’imprimais en format géant pour l’exposer ». Oui, j’ai toujours mon idée d’exposition photo dans un coin de ma tête. Brasier 2, le retour du fils de la vengeance, devrait voir le jour très rapidement après mon retour à Montréal, et se cherchera alors une belle petite maison bien confortable (avis à mes lecteurs de partout : je suis tout à fait ouvert à la possibilité d’exposer Outre Atlantique ; faut juste me trouver un endroit !). Il était aussi plus que temps pour moi de prendre une douche, surtout si l’on considère le shampoing à la poussière de la veille. Ajouter à ça un réveil tardif, une envie d’être bien tranquille relaxe et de ne pas se presser, et il est déjà 17h quand je pars faire les courses.
En général, pour ce genre de souper, je ne prévoie rien à l’avance. J’attends de trouver l’inspiration en magasin. D’autant plus que je ne connais pas le magasin, et que par conséquent, je n’ai pas la moindre idée de ce que je vais y trouver. Inutile, donc, d’essayer d’imaginer une recette trois jours à l’avance si je ne trouve pas l’ingrédient principal le jour même. Comme chaque fois, donc, je préfère l’option « improvisation ». Évidemment, comme à Chicago, j’ai ma liste de recettes classiques dans un coin de la tête. C’est un peu le filet qui me permet de m’amuser comme un fou sans trop d’inquiétude. Et puis comme l’improvisation est toujours plus amusante avec contrainte, on m’a rajouté l’option « repas végétarien ». Et j’avoue que pour moi qui adore cuisiner du canard et du filet mignon, c’est une contrainte assez intense. Mais aussi un défi que je voulais relever depuis bien longtemps maintenant. Je me sentais prêt pour un repas végétarien de luxe, sans vraiment avoir eut l’occasion de m’essayer pour de vrai. Mais bon, déjà une chose qui aide, c’est que végétarien, ça enlève la viande, mais pas le poisson. C’est toujours ça. Parce que franchement, dans les grands classiques dont j’ai du mal à me passer, c’est les crevettes au sirop d’érables flambées. Rapides, efficaces, j’ai toujours eut un 100% de réussite avec cette recette.
Et puis à force de déambuler dans les allées, de regarder à droite à gauche, de chercher l’inspiration, je reviens donc à mes classiques, avec mini expérimentations parallèles. Deux petites heures de préparation, et je suis presque à temps pour un repas 5 services. Nous serons six. Un couple d’amis de Jane se joint à nous.
Crevettes au sirop d’érable flambées
Carottes râpées, emmenthal et crabe en flocon (l’expérience, ici, est au niveau de la sauce : j’ai trouvé de l’huile parfumée au sésame, et deux trois autres ingrédients des plus intéressants pour un excellent résultat)
Pommes de terre sautées (là, je cherchais une idée originale pour ajouter aux pommes de terre, mais finalement, je suis resté dans la simplicité)
Rouleau aubergines fêta (un autre classique, sauf que j’ai rajouté une trempette arachide-yaourt-miso ; mélange aléatoire et improvisée à la dernière minute, pour un résultat particulièrement intéressant à réétudier plus longuement)
Galettes de quinoa et gruyère (avec un nappage yaourt + fromage à la crème et épices ; là encore, une improvisation de dernière minute assez intéressante)
Tout ça pour terminer avec un grand classique : bananes flambées.
Bref… pas du très révolutionnaire, mais en même temps, bien content de mes petites expérimentations parallèles. Les galettes de Quinoa, c’est juste la deuxième fois, mais je commence à bien maîtriser ; j’avoue que rajouter un nappage est une bonne idée, car le goût reste dans l’ensemble plutôt neutre. Même chose pour les rouleaux aubergines/fêta que je maîtrise assez bien maintenant. En fait, l’idée initiale (avant que l’on me rajoute la contrainte « végétarien » c’était de faire des rouleaux « porcs et mangues » ou un truc du genre. Il y a quelque chose à creuser dans cette direction.
Petite soirée sympa et agréable, au final. Ça fait du bien de cuisiner ; ça me manque, je dois bien le reconnaître. Et puis chose assez exceptionnel quand même : manger mon souper de fête dehors en t-shirt le 11 octobre, ça n’est pas vraiment dans mes habitudes ! Oui, c’est de nouveau l’été dans le coin.
J’ai eut le droit à beaucoup de remerciements, et ça m’a fait beaucoup de bien. Une fois de plus, Mowgly a visé juste en disant qu’il aimait d’autant plus sachant que j’avais cuisiné avec mon coeur. C’est agréable de partager avec des gens qui sont conscients de ce genre de détails. Qui non seulement le ressentent, mais qui en plus le confirme. Jane avait aussi profité de l’occasion pour acheter quelques bières. Encore quelques dégustations des plus intéressantes donc.
La soirée ne s’éternisera pas. Tout le monde est un peu fatigué. Mais ça fait du bien. Je reste debout pendant que tout le monde part se coucher. Deux trois petites choses à vérifier sur internet, notamment mon planning des jours à venir. J’ai un timing qui semble juste parfait pour m’emmener exactement là où il faut quand il le faut. J’ai appris qu’il y avait un autre événement de décompression à Portland, le 23 octobre. Ça devrait être juste dans mes dates d’après mes estimations. Et juste parfait pour être aux Hots Springs avec le “Fat Kid Kitchen” bus pour Halloween. Il semblerait même que Jane soit intéressée à l’idée de nous rejoindre là bas. La vie est belle quand on a trente ans et un jour !
Burning Man – Décompression
Et voilà… la date tant attendue est enfin là. Ça fait un paquet de temps que j’annonce à tout le monde que je vais avoir 30 ans le 10-10-10. C’est fait, j’ai trente ans. Je suis pareil, je n’ai pas changé. Enfin si, j’ai énormément changé en dedans, mais c’est la faute au voyage, pas à l’anniversaire. En même temps, j’ai commencé à avoir 30 ans hier. Grâce aux 9 heures de décalages que j’ai avec la France, j’ai reçu mon tout premier « joyeux anniversaire » la veille à 15h14. Une journée d’anniversaire qui dure 33 heures, c’est encore mieux !
Aujourd’hui, une seule chose à faire : aller à l’événement de décompression de Burning Man. C’est quoi un événement de décompression ? Bonne question… pas très facile à expliquer. En gros, c’est une façon de faire revivre l’esprit de la playa ; une façon pour les burners de ne pas rester trop longtemps dans la réalité, et de pouvoir déconnecter de temps à autre. C’est, tout simplement, une nouvelle excuse pour faire la fête. J’aurais donc réussi un triplet gagnant, vu que j’étais aussi à l’événement de précompression de Burning Man en juin. Pour information, vous pouvez relire le post relatif ici : http://sc.c-pp.biz/calivada/?p=201. J’ai eut, personnellement, beaucoup de plaisir à le relire, même si c’est très court, sachant ce qui s’est passé depuis. Je trouve d’autant plus amusant d’avoir assisté aux trois événements sans que ça ne soit prévu ou programmer. Je me suis retrouvé avec Fannie à San Francisco juste au bon moment. J’ai découvert quelques semaines après avoir quitté Montréal que je serais à nouveau au bon endroit au bon moment pour Burning Man. Et je devais fêter mon anniversaire à Montréal, avant de finalement changer d’avis, et revenir une fois de plus à San Francisco. Comme quoi ! Du coup, petite déception supplémentaire de ne pas avoir eut mon appareil photo pour le précompression. Ça aurait compléter parfaitement une possible exposition photo ! Enfin, pour tout ça, on verra bien.
On a commencé la journée tranquillement, avant de se décider à se préparer. Ça commençait à midi, mais on partira vers 14h environ, après une préparation minutieuse.
Et oui, je n’ai malheureusement plus les magnifiques lunettes de protection de Kelly, il faudra faire sans. Et puis le masque a souffert lors de la dernière soirée à Black Rock City, mais on fera avec également. Par contre, sachez que la poussière dans les cheveux, c’est de la vraie poussière de Black Rock City. Je me suis permis de repartir de là bas avec un petit sac souvenir, et j’en ai donc utilisé une partie pour un shampoing original.
Jane et Mowgly sont prêts également.
À nouveau un joli petit trio :
(La version précompression est là : http://sc.c-pp.biz/calivada/?p=80 )
Première constatation en arrivant : ce n’est pas qu’au milieu du désert que l’on doit faire une longue file d’attente ! On remonte donc une ligne de gens sur plusieurs coins de rue, un peu inquiet. Mais heureusement, ça avance vite. Je tente de négocier une entrée gratuite pour mon anniversaire, mais sans succès. Tant pis.
En regardant tout ces gens, il y a tout de suite quelque chose qui me perturbe. Ça ne prends pas longtemps avant que je comprenne : tout le monde est propre et bien soigné. Les gens ont sorti leurs plus beaux costumes, et il n’y a pas un grain de poussières. Pire encore, ils ont pris leur douche avant de venir, sont maquillés, arrangés… du coup, le sentiment n’est plus du tout le même. Et puis on n’est plus au milieu du désert. Les masques et les lunettes de protection ne sont plus nécessaire. Bref, l’ambiance « post apocalyptique » a complètement disparu, et je ne suis pas encore rentré sur le site que ça me manque déjà… trop de couleurs flash, pas assez de tons ternes et sales. Pas assez de gris, et de sable. Trop de violet.
Il y a très rapidement autre chose qui me dérange. Là encore, je mets le doigt dessus très rapidement. Tout les déchets qui recouvrent le sol. Bouteilles vides, emballages… si les gens font attention dans le désert, en pleine ville, c’est complètement différent. Et puis à force de déambuler et regarder les gens, je fais assez rapidement la distinction entre deux grandes catégories. Il y a ceux qui sont allés au moins une fois à Black Rock City, et qui viennent pour se souvenir et pour faire revivre la playa. Et il y a ceux pour qui c’est juste une occasion pour faire la fête, danser, boire et fumer. Mon petit doigt me dit qu’une bonne partie des saletés sur le sol provient de ce deuxième groupe de gens…
Le troisième point, enfin, qui me fatigue, c’est que l’argent est de retour. Il y a des stands où l’on peut acheter de la nourriture et de la boisson. Voir des prix, voir écrit « Redbull », même si je comprends bien que le concept de l’événement est différent, je trouve que ça ne marche pas. Du coup, alors que je marche dans un magnifique gazon bien vert, j’ai un coup de nostalgie. J’ai envie de poussières et de tempêtes de sable !
La première partie de l’événement restera quand même un moment bien agréable. On part tout les trois chacun de notre côté, et je me contenterais de déambuler, dans un sens puis dans l’autre. Je regarde les gens, je réfléchie, j’observe. J’écoute la musique. Je danse un peu à un moment, mais je n’ai pas vraiment la tête à ça. Et puis je fais quelques photos aussi.
Jane is back in Brötermeløn !
Je l’aurais attendu longtemps lui :
Il y a aussi un plan de la playa, avec différentes couleurs, pour dire si les occupants ont laissé la zone propre. La notre était parfaite, suite à un magnifique travail de nettoyage avant de partir ! Je reste aussi un petit moment à regarder la photo aérienne très haute résolution, prise de Black Rock City. Je l’avais déjà vu en ligne, mais imprimé, c’est vraiment impressionnant. Je vérifie, on voit le Pourquoi Pas ? sans problème. Il y a des posters à vendre, un peu plus petit, mais d’une résolution suffisante également. Je partirais donc avec un, en souvenir.
[Tout en haut, il y a un gros carré noir avec une croix rouge ; juste à côté à droite, c’est le camp dont je faisais parti. Dans le camp, il y a une structure assez grosse (là où étaient suspendus les hamacs). Juste au dessus de cette structure, deux rectangles (deux tentes). Au dessus de la tente de gauche, le rectangle, c’est Pourquoi Pas ?. Sur la version très haute résolution, on peut même voir le gris et le vert sur le moteur à l’avant. Sur mon poster aussi d’ailleurs]
À un moment, j’entends des gens chanter joyeux anniversaire. Je vais les voir, fais un câlin à la fêtée, en lui disant que moi aussi c’est ma fête. Et hop, j’ai même eut le droit à une tite chanson rien que pour moi !
J’ai eut le droit à un autre moment « fort », quand j’ai croisé la demoiselle à l’ombrelle (voir la série de photos « Traces » publiées à la fin de Burning Man). Je savais qu’elle était de la région de la Baie, mais sans plus de détails. Tout comme je savais que je n’avais aucun moyen de la contacter. Pourtant, elle était quand même une de mes raisons de venir… j’avais envie de la revoir. Elle a été très surprise ; après tout, venant de Montréal, c’était peu probable que je sois là. Surtout que je lui avais parlé un peu de mes plans, et que ça n’était pas du tout prévu. Bref… on n’a pas parlé longtemps ; elle était avec des amis, et avait, semble-t’il, pas mal de choses de prévues. Mais bon. L’important, pour moi, c’était juste de la revoir. Ça me rassure, une fois de plus. Ça me confirme que le monde est petit, et que l’on peut donc revoir les gens que l’on a envie de voir (confirmation dont j’ai quand même un peu besoin en ce moment). Juste par hasard. Ou avec un hasard à qui l’on force un peu la main quand même…
Et puis finalement, la deuxième partie de la soirée commence. Celle que, j’avoue, je commençais à attendre. Celle qui nécessite qu’il fasse nuit… il y a quelques oeuvres d’arts qui s’allument ou qui s’enflamment… et surtout, il y a plein de gens qui commencent à faire du feu. J’arrive au tout début, et me trouve un emplacement juste parfait. Et là, je me fais franchement plaisir. Difficile de demander mieux comme partie de fête !
Et puis pendant tout ce temps, pendant que je regarde et admire, les pensées se bousculent dans ma tête. Les questions et les réponses. La balance a changé : il y a désormais beaucoup plus de réponses que de questions. Je pense à peu prêt savoir où je m’en vais maintenant. Évidemment, il faudra que je revienne à Montréal et que je laisse toute la poussière retombée pour être sûr. Mais dans l’ensemble, ça se précise bien.
Finalement, le feu s’éteint. Un groupe de musique prend le relais, mais jouera pendant une petite demi heure. Malheureusement, on est dans une zone résidentielle, le couvre feu est à 22h30. Il y a bien des « after » à différents endroits, mais ça n’est pas plus inspirant que ça. On rentrera donc, fatigué et heureux. Trop fatigué pour moi. Je laisse les clés du Pourquoi Pas ? à Jane, et pour la première fois depuis 15000 kilomètres (l’étape a été franchie hier) je voyage dans le fauteuil du passager !
San Francisco
À la base, Mowgly ne voulait pas aller à San Francisco. Il envisageait plutôt de s’arrêter dans une petite ville en chemin. Mais en même temps, ça le tentait, et j’ai finalement réussi à le convaincre. Je ne resterais pas très longtemps en ville, de toutes façons, donc je pourrais le faire ressortir en repartant. C’est vrai que quitter les grandes agglomérations, c’est souvent un cauchemar en stop.
Ça me fait quand même bien plaisir que Mowgly vienne. Je m’entends bien avec lui, et sa compagnie est agréable. Et puis ça me fera un ami en plus pour fêter mon anniversaire.
Depuis Redding, la route a vraiment perdu tout intérêt. Elle en reprend un tout petit peu au moment du couché de soleil, mais sinon, il n’y a très clairement pas grand chose à voir.
Et puis nous revoilà dans la civilisation. Le bruit partout, les lumières, les voitures qui roulent dans tout les sens, n’importe comment. Je suis pris d’un sentiment étrange. J’ai toujours eut une vision positive de l’avenir ; j’ai toujours été persuadé que l’humanité allait réussir à prendre un virage radical à la dernière minute, avant que ça ne soit trop tard. Pourtant, au moment où Mowgly sort « Welcome in Babylone », j’ai soudain l’impression que finalement le virage n’aura pas lieu, et que Babylone tombera. Que le virage que je pensais pouvoir se faire en douceur nécessitera finalement quelque chose de plus intense… on verra bien ; l’avenir m’intrigue énormément. Et puis je réalise aussi que dans « Burn Baby Burn », l’un des slogans de Burning Man, Baby fait tout autant référence à Man qu’à Babylone. Je continue à découvrir cette univers parallèle, étrange, qui semble attendre tranquillement l’apocalypse pour pouvoir enfin vivre à fond.
Redding
Redding, personnellement, je n’en ai jamais entendu parler. Mowgly, lui, n’a eut que des échos négatifs, mais veut se faire une opinion de lui même. Juste avant d’arriver, on voit un panneau annonçant le magnifique pont/cadran solaire, connu dans le monde entier, et qu’il faut absolument voir. J’adore jouer les touristes, et je propose donc une pause à Mowgly, qui accepte.
Voilà. Vous avez vu le magnifique pont cadran solaire connu dans le monde entier, et dont personne n’avait jamais entendu parler avant. Pendant qu’on discute tranquillement avec Mowgly, deux filles passent, et Mowgly les interpelle pour avoir plus d’infos sur les choses à voir et faire à Redding. Elles confirment qu’il n’y a rien à voir, et rien à faire. On discute un peu avec elles. Karine et Laura. J’ai dit à Mowgly que c’était ma fête demain ; du coup, il veut me payer une bière. Karine et Laura confirment qu’il n’y a pas d’endroit où prendre une bière à Redding…
On se dirige vers le « centre ville » espérant voir quelque chose. En gros, il n’y a pas de centre ville. Bref, c’est clair, on a vérifié plusieurs fois, Redding, c’est nul, et y a rien à voir. Voilà, c’est dit. Je propose à Mowgly de ne pas l’abandonner ici. Il accepte, et on reprend la route vers le sud.
Mowgly
À un moment, je ne sais pas trop quand exactement, j’ai décidé de devenir extrêmement positif. De me dire que tout arrivait pour une certaine raison, et qu’il y avait toujours des conséquences positives à un événement négatif. Ça faisait parti des questions que je me suis posé alors que je roulais. Comment un tel réveil peut-il se transformer en quelque chose de positif ?
J’ai eut la réponse peu de temps après. Je me suis arrêté dans un Wallmart, le temps d’acheter une nappe orange et du gros scotch solide. Le choix de la couleur n’a pas été évident. Le vert m’inspirait quand même aussi, et le rose était des plus tentant.
Avec un gros marqueur noir, par contre, ça me fera une belle surface d’expression pour ajouter des choses plus tard.
Je quitte le Wallmart, prend l’entrée de l’autoroute, voit un autostoppeur, et m’arrête, bien évidemment. Il me reconnaît le premier. Faut dire que le van aide quand même pas mal ! Mowgly, que j’ai rencontré la fin de semaine passée, aux sources chaudes. Le groupe s’est éclaté après la rencontre, chacun partant de son côté. Après avoir rencontré Pixi, voir Mowgly me fait super plaisir.
Il s’en va à Redding, qui est sur mon chemin. Comme je lui dis, je n’avais pas prévu de m’arrêter là bas, c’est donc une excellente raison pour y aller. Mowgly est originaire du Mexique, mais il est venu vivre en Californie avec ses parents. Il voulait étudier, s’intégrer à la société comme il faudrait le faire normalement. Il a fait deux ans d’enseignement supérieur, avant de finalement tout laisser tomber suite à une série de coups du sort. Il rêve d’avoir une ferme à lui. Comme il dit, les connaissances dont il a besoin pour ça, il peut très bien les acquérir ailleurs qu’à l’école. Il a 21 ans, sur la route depuis un peu plus d’une année maintenant.
Le réveil de Bigfoot
J’ai toujours le même problème quand viens le moment de bloguer certains événements, vu que je suis conscient que j’ai quand même quelques lecteurs, et j’ai toujours peur qu’ils s’inquiètent pour moi. Et puis finalement, j’ai pris l’option d’absolument tout raconter. Comme ça, je suis sûr que personne n’imagine des choses pires. Même si des fois…
Tout ça pour dire que je dormais on ne peut plus tranquillement et confortablement à l’arrière du Pourquoi Pas ? quand j’ai été réveillé par un bruit. Le genre de bruit qui fait que je commence à être plus attentif à ce qui m’entoure, juste au cas où. Le bruit persistant, j’ai jeté un regard par la vitre arrière. Oui, il y a bien là une voiture en train de manoeuvrer. Est-ce un ranger venu me dire que je n’ai pas le droit d’être là ? Je continue de regarder, voir ce qu’il se passe. Si quelqu’un sort de la voiture pour venir par ici, j’aurais le temps de préparer des explications, des arguments, et tout le nécessaire. Le premier choc m’a surpris, mais je n’ai pas compris ce dont il s’agissait. En fait, j’ai eut l’impression que la porte arrière du van s’ouvrait. Du coup, j’ai poussé dessus pour vérifier, mais non, elle était bien fermée. Au deuxième choc, le pare brise arrière a volé en éclat. Mon réflexe a été très simple : sauter derrière le siège arrière, roulé en petite boule, persuadé que je me faisais tirer dessus. En même temps, c’est pas mal ce qui était en train d’arriver après tout… j’ai entendu la voiture partir.
Je me suis levé, j’ai ouvert tout les rideaux, j’ai mis le contact, et je suis parti. Non, pas du tout pour essayer de rattraper la voiture. Simplement que quand on se fait tirer dessus à 4h45 du matin, on n’a pas nécessairement envie de rester là où l’on était. Je savais que Happy Camp se trouvait à 22 miles. J’y suis donc allé, espérant trouvé un commissariat de police. Petite ville, sombre et obscure au milieu de la nuit, sans âme qui vive. Ça ne donne pas envie de s’arrêter. J’ai repris la route, sans m’arrêter, attendant que le jour se lève.
La noirceur a fini par partir. Moi, de mon côté, j’ai repris mes esprits petit à petit, cherchant quand même à essayer de comprendre ce qui m’est arrivé, sans succès.
L’une des pensées étranges qui m’a accompagné pendant que je roulais, c’était « il fait nuit, je suis en train de rater le paysage qui semble être magnifique, c’est dommage quand même ». Mais l’argument de prendre des photos n’a pas été suffisant, même si, une fois le soleil revenu, je me suis trouvé plus relaxe, et capable de m’arrêter un peu.
Et puis finalement, j’arrive à Yreka, la grande ville du coin. Je trouve une connexion internet, je trouve un post de police. Évidemment fermé, un samedi matin à 8h. Je tourne un peu en ville, m’arrête pour me renseigner pour faire remplacer la vitre arrière, mais toutes les places sont fermées pour la fin de semaine. Et puis finalement, une voiture de police passe sur la route et s’arrête. Je commence à expliquer la situation, un shérif s’en vient, je réexplique, je fais une « déposition » (il note les informations dans un petit carnet de papier). Ils sont six policiers à tourner en rond autour du van, regardant dedans, dehors, observant, posant plein de questions. Il n’y a aucun impact à l’intérieur. Pas de balle. Pas de projectile. Ce qui, à posteriori, est quand même pas mal rassurant : dans ma tête, ça passe de « des psychopathes essaient de me tuer au milieu de la nuit » à « des jeunes cons à moitié saouls ont décidé de s’amuser avec des pistolets à billes de plastiques ». En y repensant aussi, une vraie balle aurait éclaté le pare brise dès la première fois. Mais bon. Ça n’en reste pas moins une expérience très désagréable, que j’aimerais bien éviter de reproduire.
L’adrénaline retombe. Ça fait un moment que j’ai faim, et que je rêve d’un petit déjeuner dans un petit restaurant familial. Me semble que c’est mérité ! Alors je m’arrête chez « Chez Grand Maman ». Loin d’être exceptionnel, mais ça fini de me libérer de mes dernières tensions. Ouf !
La journée des cailloux troués
Ce matin, c’est très clairement l’automne. Le vent n’a pas arrêté de souffler pendant la nuit, apportant avec lui un magnifique amoncellement de nuages gris. J’ai l’impression que ça va être dur d’échapper à la pluie aujourd’hui.
Ce matin, j’avais un petit mot gentil sur mon pare brise. Du genre « n’oubliez pas de venir payer pour le camping. PS : j’ai noté votre numéro de plaque ». Ouais, bon, évidemment… au moins, c’est sympa, il m’a laissé dormir. Je n’ai plus d’argent liquide, mais il est possible de payer par carte visa. Je recopie donc les informations de ma carte, sans trop m’appliquer. Je sais, c’est petit. Mais en même temps, je sais pas pourquoi, aujourd’hui j’ai pas envie de payer. Autant, une fois de temps en temps ça ne me dérange pas, autant, cette fois, ça me tente pas. Bref, on verra bien…
Je fais un petit détour pour dire au-revoir au phare juste avant de partir (que je ne visiterais pas, parce que c’est payant, et que bon, il est joli, mais pas exceptionnel non plus), et je reprends la route, finalement sans m’arrêter pour visiter la maison (je sais que la visite est gratuite, elle, mais à matin, finalement, ça ne me tente plus, bon) !
Le ciel gris m’accompagnera toute la journée, et finira par me faire tomber ma première vraie pluie depuis Jasper (il y a une éternité). Je constate tristement que mon « no dust, only happy(i ?)ness » disparaît tranquillement pas vite… enfin, en même temps, ça fait du bein au Pourquoi Pas ? de se faire dépoussiéré un peu !
Comme on me l’avait annoncé, la côte de l’Oregon est vraiment très belle. En fait, j’essaie de comparer la Californie et l’Oregon dans ma tête depuis un moment. Quand je pense à la première, c’est l’adjectif « grandiose » qui me vient. Pour le deuxième, c’est « magnifique ». Pourtant, il me semble que je préfère l’Oregon, et ça devient difficile à expliquer. J’ai l’impression que la Californie, c’est quasiment rendu « trop ». Death Valley, c’est un désert hallucinant. Yosemite, c’est un parc complètement fuck top. San Francisco, c’est une ville tout simplement génial. En fait, ça me donne l’impression qu’on ne peut pas vraiment se « reposer » en Californie. Il y a toujours trop, beaucoup trop. C’est parfait pour un voyage de deux ou trois semaines. Mais pour plus, il me semble qu’à un moment on a besoin de s’arrêter, de se relaxer. Je passerais sans aucun problème 6 ou 7 jours à Crater Lake à ne rien faire. Je ferais la côte de l’Oregon en vélo, en m’arrêtant tout les 100 mètres. La côte Californienne, c’est une autre affaire. Les « Redwood Cove » et autres regroupements d’arbres gigantesques en Californie vous écrase, vous subjugue, vous transporte. Pas moyen de juste regarder. Il faut se poser des centaines de questions métaphysiques. Et puis il y a Eugène. Il faut que je retourne à Eugène. En Oregon, tout le monde me parle d’Eugène et/ou de Portland. Les deux petites villes géantes. La Californie, c’est surf, saut en parachute et escalade. L’Oregon, c’est promenade sur la plage, cerf-volant et randonnée.
La côte de l’Oregon, disais-je. Ses criques, ses petites falaises, et ses cailloux qui sortent de la mer. Ce matin, j’ai vu une baleine :
Mais si, regardez bien le rocher au milieu. On la dirait sortie tout droit des aventures de Pinochio !
Je commence la journée en roulant, et en me demandant bien jusqu’où ça va me mener. J’avance pendant un moment, jusqu’à me dire qu’il serait temps que j’arrête de rouler. Je pourrais, à la place, me garer dans un endroit qui me plaît, manger, pis travailler un peu. Oui, le contrat en standby depuis 3 mois vient de débloquer. Yééé !
L’endroit me plaît bien. Je passerais donc un bon moment dans le van, à travailler tranquillement, et à regarder la mer. Et puis finalement, quand j’estime en avoir fait assez, je me dis que quand même, quand on y pense, cette presqu’île mérite qu’on aille y faire un tour. Ça sera l’occasion de découvrir une magnifique petite grotte dans la montagne du bout. Le premier caillou troué de la journée.
Et puis pendant que je mangeais tranquillement au chaud, un couple au look bien sympathique ( comprendre « jeune dans la fin vingtaine, voyageant dans une vieille voiture immatriculée dans l’Oregon ») est parti se balader sur la plage. Je passerais juste après leur départ, là où ils ont laissé une très jolie création derrière eux, à base de plumes, de bois, et d’algues, dans un esprit qui, pour moi, est 100% côte ouest.
Moi, je me contenterais de faire des photos hyper originales et hautement conceptuelles :
Ils sont encore là quand je reviens au van. Mon message poussiéreux n’a pas encore totalement disparu, du coup ils me demandent si j’essaie de rentrer chez moi depuis Burning Man. D’un certains côté, c’est un peu ça… on discute 5 minutes. Ils sont de Eugène, évidemment.
Je reprends la route, pour m’arrêter un peu après dans un endroit que j’attendais impatiemment. Cape Sebastian. Bin ouais, après tout, des endroits qui portent mon nom, j’en connais pas beaucoup, et j’ai pas l’occasion d’en voir souvent. C’est sans doute magnifique sous un grand ciel bleu. En tout cas, je n’en doute pas. Mais j’avoue que sous la pluie les nuages et le brouillard, ça perd un peu en intérêt.
Un peu après, la route entre dans le « Samuel H. Boardman Scenic Corridor », un parc tout en longueur, qui suit une partie de la côte. Nommé en l’honneur du premier responsable des Parcs Régionaux de l’Oregon, qui en gros, a fait un travail de fou pendant 20 ans (1930-1950) pour protéger le plus d’endroits possibles. Ce corridor, c’est un peu l’achèvement de son oeuvre, et c’est vrai qu’il est magnifique. Des points de vue pour s’arrêter tout les 3 kilomètres pendant une quarantaine de kilomètres. C’est très clairement de la route qui ne se fait pas vite, et qui se déguste au rythme des nombreux arrêts. Je fais la course avec un couple de cyclistes (qui eux ne s’arrêtent pas). Ils vont très clairement plus vite que moi ! Je me répète, mais je trouve tout simplement magnifique ces gros cailloux qui débordent de partout. Et pour l’occasion, j’ai le droit à 4 ou 5 rochers percés, et à un double pont naturel.
Le corridor se termine sur un point de vue pour aller voir le pont Samuel H. Boardman. Encore une autre petite balade d’une petite dizaine de minutes, qui vous amène sur un autre point de vue magnifique. Je sais pas pourquoi, je m’attendais à un pont naturel ; en fait, non, c’est un pont en métal bien pas naturel. Joli quand même, et accessoirement le plus haut de l’Oregon (à peine une centaine de mètres). Bref, histoire de dire que je ne suis pas venu pour rien, je m’offre un petit pano.
Mon plan pour la journée, c’était de m’arrêter dans les environs de Brookings, à la frontière avec la Californie. Absolument rien à voir avec le fait qu’il y a là bas une micro-brasserie, évidemment. Alors que je suis en centre ville, une idée soudaine me traverse l’esprit. Je cherche « Fat Kids Kitchen » dans Google. Pas complètement par hasard : il s’agit du nom que se donne le groupe que j’ai rencontré en fin de semaine passée, et à qui c’était joint Tassa de façon temporaire. Bonne nouvelle, je tombe sur un blog, pas vraiment à jour, mais avec une page « À propos » qui explique le projet en arrière. J’avoue que ça me plaît bien. Il se promène partout dans les États Unis, en offrant de la nourriture aux gens. Plus de détails : http://fatkidskitchen.wordpress.com/about/ ; je n’en regrette qu’un peu plus de ne pas avoir proposé de les accompagner un peu plus longtemps. Enfin, mon petit doigt me dit que nos routes se recroiseront. Après tout, leur bus s’appelant le « Misses Yes », il paraîtrait logique qu’il fasse plus ample connaissance avec « Pourquoi Pas ? », non ?
Dans le centre ville de Brookings, il y a également un Fred Meyers. Ça, c’est une chaîne d’épicerie géante qu’on ne trouve, je pense, que dans l’Oregon. Déjà, les prix dans l’Oregon sont pas cher. Mais là dedans… bref, je me dis que c’est l’occasion de reremplir la réserve de nourriture de Pourquoi Pas ?. Ça aurait très bien pu attendre encore un peu, mais je me dis que mon moral étant aléatoire en ce moment, et la météo pourrie, avoir quelques stocks pourrait être une bonne idée. Et puis ça rassurera mes parents. Je craque donc pour deux petits steaks, de la bière, des tonnes de pâtes, de quoi refaire de la salade de boîtes, et aussi du chocolat chaud. Au point où j’en suis dans les caprices, je m’achète un booster Magic (très certainement le dernier, mais ça me fait rire encore un peu). Et puis un petit spécial pour le repas de ce soir.
Avec tout ça, je me dis que s’arrêter dans une brasserie n’est plus vraiment nécessaire. En plus, cette brasserie en particulier brasse à deux places différentes, et il y a des chances que je passe à la deuxième place demain alors bon… je reprends la route, et quitte l’Oregon, plus vite que prévu, et un peu déçu. Incertains de revenir prochainement. Je sais que mon plan initial est de descendre à San Francisco, et de remonter à Eugène ensuite. Ça me tente toujours. Mais en même temps, je pourrais continuer vers le sud de la Californie, là où il est possible de se baigner même en novembre, puis ensuite rejoindre l’Arizona et les zones désertiques histoires de me garder bien au chaud. En fait, je pense que je sais très clairement ce qui me fera décider pour un bord ou l’autre. Alors pour le moment, sachant que je ne prendrais aucune décision définitive avant au mieux lundi prochain, je me dis que je verrais bien. Les plans dernières minutes sont toujours les mieux.
J’ai regardé la carte pour optimiser ma route, et éviter de repasser trop souvent à des endroits « déjà vus ». En fait, le seul petit bout de route que je vais refaire demain, c’est celui que j’ai fait avec les deux auto-stoppeuses il y a quelques temps et où, du coup, je n’avais pas vraiment pris le temps de m’arrêter. C’est donc parfait !
Et puis je me trouve finalement un petit parc/camping. Ce soir, je suis d’humeur à payer. Si on toc à ma fenêtre, ou qu’on me met à mot, c’est sûr que je paie. Je gare Pourquoi Pas ?. Il fait nuit, mais les arbres aux environs ont l’air magnifique. Oui, pour vous aider à suivre, je suis de retour dans le « Redwood National Park ». Enfin je suis juste à la limite. J’y rerentrerais demain, sauf erreur de ma part.
Je m’installe, range la nourriture nouvellement achetée, et me fait mon petit repas à moi.
Bière, pain, fondue au fromage en boîte. Première fois que j’essaie. C’est un peu cher, mais ça n’est pas si pire, même si c’est loin de valoir un vrai mélange « secret de famille depuis 142 générations » comme on sait si bien faire par chez nous. N’empêche, ça fait du bien au moral qui allait déjà très bien !
La lumière du tableau de bord du Pourquoi Pas ? a décidé de ne plus fonctionner. La nuit, je ne sais plus à quelle vitesse je roule, ni si il me reste de l’essence. Demain, il faudra que je regarde si jamais ça ne pourrait pas être un fusible, ou un truc du genre, pis peut être que je serais capable de réparer moi même. Ou peut être que non. C’est pas très pratique, mais c’est moins grave que de ne plus avoir de freins (qui reviennent tranquillement pas vite, comme l’avait prédit le garagiste. Il est fort le garagiste !
Aujourd’hui, à 18h12, mon appareil photo a pris une photo sans me demander la permission.
Personnellement, je l’aime bien.
Et puis la petite fin de soirée relax dans le van, à écouter de la musique, en bloguant, en lisant et en écrivant, ça aussi je l’aime bien !
Et aujourd’hui, on ne fait pas grand chose de plus
Cette nuit, j’ai rêvé que Frodon partait chercher le poumon de la princesse Leïa, pendant que Madmartigan escortait cette dernière pour rejoindre Belgarath et Polgara. Moi, je les aidais à prendre par surprise l’armée qui les attendait en embuscade. Comme on avait beaucoup de grenades avec nous et de Kamikazes, le plan était simple : envoyer les kamikazes lardés de grenades pour se faire exploser au milieu de l’armée ennemie, puis ensuite, utiliser des catapultes pour envoyer les grenades restantes. En fait, je me souviens plus très bien. Peut être que c’était pour envoyer les kamikazes et les grenades en même temps. Après tout, on s’attend pas vraiment à voir des kamikazes tombés du ciel. Enfin si, s’ils sont en avion. Mais pas sans avion.
Bref, j’ai super bien dormi, je me suis réveillé en pleine forme, et je continue à chercher le psychologue qui va analyser mes rêves, parce que là, sur le coup, j’en suis fier de celui là !
Le garagiste m’avait dit de repasser vers 9h du matin. J’ai pas voulu mettre ma montre pour me réveiller. Faut pas exagérer, je suis en voyage quand même. D’ailleurs, je sais même plus où est ma montre, donc ça a réglé la question… mais je me suis sagement réveillé à 9h, ce qui me convient parfaitement, même si ça veut dire « pas de balade sur la plage à matin ». Tant pis, ça sera pour une autre fois.
J’abandonne Pourquoi Pas ? aux bons soins du garagiste, et part avec mon ordinateur, mon appareil photo, et mon linge sale, à l’assaut de la ville. J’en ai déjà fait deux fois le tour hier, par contre, donc je me demande un peu ce que je vais faire. La réponse vient d’elle même : un mini contrat urgent, tout petit, juste comme il faut. Je le ferais en regardant la laveuse tourner. Enfin non. La laveuse ne tourne pas. C’est juste le contenu qui tourne. Je me permets de préciser pour ne pas que mes lecteurs (s’il en reste rendu aussi loin dans le voyage) se mettent à penser que les laveuses fonctionnent bizarrement dans l’Oregon.
Je me suis réveillé avec le moral pas mal revenu à son niveau habituel des derniers mois (soit « très haut » depuis que je suis sur la route) ; le fait d’avoir bien dormi, d’avoir un grand soleil chaud dans le ciel comme si c’était l’été, ça joue sûrement. C’est un peu perturbant d’être l’été le vendredi, l’automne le samedi-dimanche-lundi, le « on sait pas trop » le mardi, et à nouveau l’été le mercredi. Que m’apportera demain, c’est une bonne question !
Je retourne récupérer Pourquoi Pas ?, et discute un bon moment avec le garagiste. Je lui raconte un peu mes aventures ; il note même l’adresse de mon blog, disant qu’il va y faire un tour pour voir ça (monsieur le garagiste, si vous lisez ces mots, je vous salue et vous remercie d’avoir pris grand soin de mon van !). Je l’avais briefé sur le fait que moins les réparations me coûtent chères, plus heureux je suis. Il m’explique que pour réduire les coûts, il a réparé, mais n’a pas fait quelque chose que je n’ai pas compris, et que mes freins reviendront tranquillement à leur état normal d’ici deux trois jours. Ils vont, en effet, un tout petit mieux. En attendant, je resterais calme sur la route (comme si je n’étais pas sage de toutes façons !). Il a aussi jeté un coup d’oeil sur l’ensemble, et m’assure que tout est en bon état, que je ne devrais pas avoir de mauvaises surprises, et que j’ai un moteur d’enfer qui va durer encore un bon moment. Ça, c’est chouette à savoir !
L’une de mes conclusions, hier au soir, face à ma chute de moral, était que ça fait un peu trop longtemps que je me « prive » au niveau de la bouffe. Non, je me laisse pas mourir de faim, ne vous inquiétez pas. C’est juste que je me contente de choses simples, et économiques. Je n’ai finalement jamais mangé le steak dont je rêvais en quittant Yosemite (d’ailleurs l’envie m’est passé tranquillement) et je ne rêve pas trop souvent de fromages, même si quand même, il faudra que je me laisse aller là dessus à un moment. Bref, pour ce genre de chose, je me suis souvent rendu compte que les buffets chinois faisaient des miracles. Mangez tout ce que vous voulez, sans payer trop, ça me paraît un bon plan. Internet me dirige sagement vers le buffet le plus proche. Mon analyse était juste : j’en avais besoin. Vous ne voulez pas savoir quelle quantité de nourriture j’ai mangé. Mais oui, je le reconnais (Brigitte sera contente !) j’ai trop mangé ! Mais ça a fait du bien, et ça m’a recalé le moral à un bon niveau.
Et puis on n’est jamais aussi heureux que dans une société de consommation, alors je me suis promené un peu dans un centre commercial, pour regarder toutes ces choses inutiles dont je n’ai pas besoin, et dont je me passe très bien. J’ai eut un souvenir ému pour ma combinaison de plongée et mes palmes (cambriolées y a un moment maintenant) en visitant un magasin de sport. J’avoue que j’aimerais bien les avoir avec moi, là là, parce que la mer est magnifique, mais glaglaglacée.
Pire encore, j’ai craqué, et me suis acheté un starter et un booster de Magic ! Le truc que je n’avais pas fait depuis 12 ans environ. Faut dire qu’il y avait plusieurs joueurs de Magic parmi les gens avec qui j’étais en fin de semaine, et les voir jouer m’a donné envie. Alors bon, évidemment, je peux pas jouer tout seul, mais au moins je suis prêt. Chose amusante, j’ai trouvé les cartes vraiment pas chères. Et puis j’ai fait la conversion… en fait, je les ai payé aujourd’hui le même prix que je les aurais payées en francs il y a 12 ans. Donc on peut considérer, en effet, que les prix ont baissé puisqu’il n’ont pas monté. Mais en même temps, il y a un phénomène monétaire que je trouve très amusant : les prix en francs sont toujours plus élevés pour moi. 100 francs, ça reste beaucoup, alors que 22 dollars canadiens, c’est pas tant que ça. La raison est fort simple, je pense : je n’ai jamais eut un pouvoir d’achat si conséquent que ça quand j’étais en France. Donc forcément, les prix paraissent plus « impressionnants ».
La journée est pas mal avancée quand je reprends enfin finalement la route. Belle petite route, super agréable à conduire, et aux jolis paysages. La carte me montre un endroit qui me paraît prometteur : «Cape Blanco ». Un petit parc provincial, assez loin de la route, et un petit phare sur le bord de la mer. Ça sera ma destination. Une petite pause très rapide pour voir une maison historique, mais il est trop tard pour la visiter. Demain, peut être. Ça me tenterait bien. Je suis de plus en plus intéressé par l’histoire des lieux, et j’ai vraiment envie de lire les récits de Lewis et Clark !
Je suis un peu déçu quand je vois qu’il y a un hôte au camping pour s’assurer que tout le monde paie, mais rassuré de voir que finalement, je peux trouver un peu plus loin un endroit très discret et bien tranquille, où je devrais très bien dormir.
Je m’offre une petite balade de fin de journée, attrape encore un magnifique couché de soleil, puis revient au van, où je fais un gros rangement. J’ai acheté deux petites boîtes aujourd’hui, exactement ce dont j’avais besoin. Je me suis débarrassé des trois grosses boîtes vides qui commençaient vraiment à m’énerver. Les gens du schoolbus m’ont dit qu’ils leur trouveraient une utilité. Bref, l’intérieur du Pourquoi Pas ? s’optimise encore et toujours. Je pense avoir quasiment atteint ce que je voudrais. Il ne me reste plus qu’à me débarrasser du vélo, qui en fait me dérange plus qu’autre chose. Ensuite, peut être que je répondrais aux demandes répétées de montrer des photos de l’intérieur de ma maison !
Bien envie de prendre le temps de reregarder tout ça demain matin moi !
Ah et puis tiens, pour fêter ça, et pour recommencer à prendre un peu plus soin de moi, je me suis fait un petit thé ! C’est toujours agréable. Mais il est temps que je me rachète de quoi faire du chocolat chaud.
Pourquoi Pas ? de retour sur le billard
Je ne me suis pas réveillé trop tard. C’est agréable d’ouvrir les yeux sur le bord de la mer, et une balade sur la plage commence définitivement bien une journée. En plus, le Ranger venu vérifier que tout allait bien a eut la gentillesse d’attendre que Pourquoi Pas ? soit en mode « incognito » (tout les rideaux ouverts, et moi qui ne me promène plus en pyjama) pour venir faire son inspection. Au moins, si jamais je n’avais pas le droit (et le panneau « camping interdit » est quand même assez explicite), il est trop tard pour me dire quoi que ce soit.
[À moitié réveillé, et déjà en train de faire des panoramiques]
[Et j’ai même le droit à un aperçu de la faune locale]
Mon objectif pour la journée est assez simple. Trouver un garage et une laverie. À priori, j’ai deux semaines d’autonomie en linge, ce qui est pas mal pratique, mais il n’empêche que des fois, c’est nécessaire. Je reprends donc la route en direction de North Bend, qui est la ville la plus importante dans les environs. J’aurais plus de choix de garages, et plus de quoi à faire pour m’occuper en attendant. En fait, la première chose que je ferais en arrivant en ville, c’est de me jeter sur une station service. J’ai continué à surveiller le compteur kilométrique, mais la petite aiguille descendait moins vite que d’habitude. Du coup, j’ai battu un record en faisait 698 kilomètres sur un seul plein, mais en gardant une consommation d’environ 10 litres au 100. C’est donc bien le réservoir qui est plus grand que je pensais : un peu plus de 72 litres semble-t’il.
La deuxième étape consiste à trouver une connexion internet. Je commence à être lassé de chercher des connexions internet. J’ai hâte d’arrêter d’en chercher en fait. Mais ça me paraît un bon moyen de repérer un garage facilement. En même temps, je me fais la promesse qu’après San Francisco, je disparais de la toile pendant un moment, parce que là, quand même, ça commence à bien faire, non mais oh, hein, bon !
Une recherche de garage dans les environs me permet d’en trouver un qui s’appelle « Paul Autopart ». Déjà, à la base, le nom m’inspire confiance. Et puis en plus, c’est le seul qui a un commentaire, et il est positif. Je m’y dirige donc tranquillement. Autant la conduite sur les routes de campagne avec des freins fonctionnants moyennement bien, ça reste tout à fait gérable, autant en ville, j’aime pour ainsi dire pas vraiment ça. Mais bon, j’ai pas trop le choix non plus… je discute un peu avec le garagiste, lui explique le problème. Il me dit de repasser en début d’après midi. Je vais donc me garer en « centre ville », et me promène un peu pour faire passer le temps. Je suis à nouveau en mode « chemise blanche, veston et haut de forme blanc ». J’aime toujours ça. À ma grande surprise, je me fais demander à deux reprises si je peux être pris en photo. J’accepte volontiers, tout en trouvant ça très sympa.
Pour dire la vérité, je ne suis pas exactement à North Bend. Je suis à Coos Bay. Il y a plusieurs agglomérations qui se touchent les unes aux autres, et je me suis arrêté à la première. L’ensemble de ces petites villes portent le doux nom de « Oregon Bay Area ». Oui, sont mieux de préciser « Oregon », parce que la Bay Area, c’est déjà pris plus au sud. Le tour des 3 rues du centre ville de Coos Bay est très vite fait, donc je me pose tranquillement sur l’ordinateur pour faire passer le temps.
Et puis retour au garage à l’heure dite. Le garagiste jette un oeil, regard le niveau de liquide de freins, quasiment vide. Il en remet. Je me sens un peu bête. Si c’est juste ça… en même temps, ça m’arrangerait ! Mais non, on admire juste après la magnifique flaque à côté de la roue arrière gauche. C’est donc au tour de l’autre… à priori, même symptôme, même problème. La bonne nouvelle, c’est donc que la première réparation avait été bien faite (mais le garagiste aurait du en profiter pour faire l’autre roue). L’autre bonne nouvelle, c’est que les roues avant ne me feront pas le même coup (j’ai demandé confirmation, un peu inquiet). Ça devrait prendre une paire d’heures. Je prépare quelques affaires pour emmener avec moi, hésite pour le linge sale. Ça sera une autre fois. À la place, je prends mes rollers, dans l’intention d’aller voir North Bend. Je ferais vite demi tour. Rouler sur un bord de route nationale 4 voies avec des graviers et un revêtement mauvais ne me fait pas plus envie que ça.
Je retourne donc m’installer sur mon banc où je capte internet, et attend tranquillement. Je fais également un petit arrêt au pub du coin (très sympathique) pour boire une bière à la santé de Virginie (bonne fête m’selle 🙂 ).

Et puis je reviens au garage, pour trouver un garagiste qui m’explique qu’il va devoir changer une pièce, mais qu’il ne l’a pas. Il faut que je revienne demain matin. Je lui demande le prix. Une centaine de dollars. Ça semble inclure la main d’oeuvre. Si c’est ça, ça me va. Mais j’avais pas vraiment envie de rester dans le coin ce soir. Enfin… tant pis. Une fois de plus, en tout cas, il est très sympa, et sait me mettre en confiance
Je reprends donc le volant, et fait un petit détour complètement inutile par North Bend, où le centre ville ne semble même pas exister. Je me dirige donc en direction de la côte, dans l’espoir de trouver un petit endroit tranquille pour passer la nuit. La ville s’étale ; plein de petites maisons, éparpillées, pas vraiment belles. Le paysage ne présente aucun intérêt, et ça me déprime un peu. Je trouve finalement une route qui me mène vers la plage. Il y a plusieurs parkings avec des panneaux « no overnight camping » mais si on continue un peu plus loin, les panneaux ne sont plus là. Si c’est pas interdit, c’est que c’est autorisé, non ?
Je regarde l’océan. Il est 17h30. Il est tôt, encore. Je n’ai pas vraiment envie de rester des heures ici à ne rien faire. Je ressens encore le vide d’avoir quitté tout le monde hier, et rester assis sur le sable à regarder les vagues n’est assurément pas la meilleure façon de reremplir tout ça. Alors à la place, je reprends la route, et continue un peu sur le bord de la côte. Celle-ci devient soudainement magnifique, même si j’ai du mal à en prendre conscience, perdu dans mes pensées que je suis. Je me gare à un moment. Ce qui devait être juste quelques pas pour aller voir un point de vue se transforme en une petite balade qui me fait le plus grand bien. La machine à sourires redémarre, tranquillement pas vite. Je retrouve, amusé, les théories que j’avais formulé sur l’âme il y a quelques temps maintenant. Tout n’est pas fonctionnel à 100%, mais ça se remet en place, petit à petit, et c’est tout ce dont j’ai besoin.
Sur le retour à mon parking, je fais une autre petite pause à « Sunset Bay » la bien nommée, dans un timing parfait pour souhaiter bonne nuit au soleil.
Et puis je reviens m’installer tranquillement, sur mon bord de plage. Le vide a diminué. Si je peux reprendre la route demain, encore un ou deux jours, et le problème devrait être réglé.





































































































































































































