Les aventures du Pourquoi Pas ?

Sur les routes d'Amérique du Nord, à bord du Pourquoi Pas ?

Un voyage organisé, c’est fait pour être désorganisé


À partir du moment où j’ai recommencé à rouler, je savais que je me retrouvais rattraper par une autre contrainte matérielle : remettre de l’essence dans Pourquoi Pas ?. Je me décide finalement à le faire. J’ai fait 100 kilomètres de moins que d’habitude avec ce plein. Les quatre ou cinq heures passés avec le moteur qui tourne au ralenti dans les embouteillages, ça fini par paraître dans un réservoir !

Il y a une cabine de téléphone à la station service où je me suis arrêté. Je me dis que ça vaut la peine d’essayer. La tonalité, les touches qui fonctionnent, et une voix radieuse qui me répond ! Ça fait du bien de parler au téléphone avec les gens je trouve… ça aussi, ça vient m’aider à reprendre contact avec la réalité. Je raconte une bonne partie de mon expérience à Brigitte, même si je sais que j’oublie beaucoup de choses, et que de toutes façons, les mots que j’emploierais ne seront jamais les bons. Je n’arriverais jamais à transmettre exactement ce que j’ai vécu… enfin, j’en transmets quand même un peu, c’est toujours ça !

Je me retrouve à blablater un bon moment au téléphone. C’est que j’en ai des choses à raconter après tout !

Je remonte dans la voiture en me disant qu’il faut que j’évite de trop m’arrêter encore si je ne veux pas arriver trop tard à Mono Lake, histoire d’avoir le temps de me baigner. Je vois des paysages magnifiques qui défilent autour de moi. Je regarde, j’admire, j’apprécie. J’ai pas vraiment envie de continuer jusqu’au lac ce soir en fait. J’ai bien envie de m’arrêter dans les environs. Ça s’appelle Markleeville, et c’est de toute beauté.

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J’hésite ; je calcule ; en même temps, je l’ai le temps. Ça rentre dans mon timing pour être à San Francisco samedi. Je peux très bien m’arrêter ici. Je regarde la carte. « Markleeville Hot Spring State Park ». Si j’avais besoin d’un argument ultime pour me convaincre, je crois que je viens de le trouver. Je m’imagine une bonne douche chaude, puis plongeant dans une piscine bouillante, me prélassant pendant des heures, faisant disparaître le stress, la crasse, et tout le reste. Je paierais volontiers le camping dans ce contexte, histoire de pouvoir rentrer directement au van me coucher après les sources…

Je fais les 10 kilomètres qui me conduisent au parc, pour découvrir une barrière fermée. Les sources sont en réparation majeure depuis hier et pour toute la semaine. Pourquoi le monde est il si cruel parfois ? J’avoue que là, c’est une grosse déception ! Enfin, il y a quand même le camping à côté… je pourrais peut être… je fais un tour, en profite pour remplir le réservoir d’eau… ça a l’air en autoperception jusqu’à ce que je passe devant la tente du responsable du camping. Ici, c’est 35 $ la nuit. Il n’y a pas plus de services qu’ailleurs ; si ce n’est, peut être, la proximité des sources. Hors de questions que je paie un prix pareil. Je reprends la route, revient sur mes pas. Deux kilomètres plus loin, il y a un petit chemin un peu raide. J’ai une foi inébranlable en Pourquoi Pas ?. Il patine une ou deux fois, mais il monte ça fièrement, et sans problème. Je m’éloigne un peu de la route, trouve un endroit horizontal, et m’installe. Il n’y as pas un bruit. C’est parfait.

Je me décide à faire la vaisselle qu’il fallait bien que je fasse un jour. Je finalise aussi le rangement de ce qui a recommencé à traîner et de tout le linge propre. Pourquoi Pas ? reprend un air de plus en plus civilisé lui aussi. C’est parfait ! Je me fais cuire quelques pâtes, puis me pose tranquillement avec mon ordinateur. Je dormirais en haut, mais j’ai quand même déplié la banquette en bas. C’est tellement confortable pour écrire. Je me demande pourquoi je ne le fais pas plus souvent ! Belle petite soirée tranquille, avant d’aller dormir dans un silence quasiment total. Il y a juste le bruit du vent, dans les arbres.

Le tour du lac Tahoe


Je reprends la route qui fait le tour du lac Tahoe, côté Californie. Je ne reviendrais pas au Nevada à priori. Ça continue à être pas mal peuplé tout le temps, sauf vers la fin, vers le sud, où il y a de plus en plus de mini parcs provinciaux. Souvent sur le bord de l’eau. Souvent ils font campings aussi. À un moment, je me décide à craquer et à aller tester la température de l’eau, mais quand je vois que l’accès quotidien est de 8$, je préfère faire mon radin. Je ne saurais donc pas si l’eau du lac Tahoe était chaude ou pas.

Et puis finalement, les maisons disparaissent complètement, et la route devient vraiment magnifique. Nouvelle première pour moi : parcourir une ligne de crête, mais en voiture ! Falaise qui tombe à droite et à gauche, c’est une expérience assez intéressante à vivre !

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J’ai fait la lessive


Mes vêtements noirs ne sont plus gris mais à nouveau noir. Mes vêtements blancs ne sont plus gris mais à nouveau blanc. Mes vêtements… bref, vous avez compris !

Petits cours pratiques


Comme prévu, je trouve une laverie assez rapidement. Et en plus, j’arrive à pirater une connexion internet dans les environs. C’est parfait. Pour compléter, il y a une épicerie où je vais pouvoir acheter du produit à lessive et un coupe ongles (oui, ça aussi ça devient nécessaire). Je prépare donc mon sac de linge sale, change de pantalon pour laver celui que je porte présentement, prends mon porte feuille pour aller faire les courses, faire la porte, et regarde mon pantalon à l’intérieur. Oui, celui dans lequel j’ai mis mes clés en sortant de la voiture. « Seb embarré en dehors du Pourquoi Pas ?, deuxième prise ». Bon, en même temps, j’ai mon portefeuille et une épicerie juste à côté, ça ne devrait pas poser trop de problèmes. Tout ce dont j’ai besoin, c’est d’un cintre. La suite, je maîtrise parfaitement.

Bon, évidemment, ils en ont des cintres, mais juste en plastique. Les vieux modèles pour voleur de voitures, ils ont arrêté de les faire. Pas grave, je trouve mon bonheur au rayon « barbecue ». Et oui, je vais devenir le premier voleur de voitures qui débarre les portes de l’extérieur avec des piques à brochettes ! Je fais donc mes petites emplettes, et m’installe avec mes piques. Échec critique avec le premier : je le laisse tomber dans la porte. Celle-ci fera sans doute « gling gling » à l’avenir… Je recommence donc avec un deuxième, en faisant plus attention. Je n’en ai que trois, je n’ai pas trop le droit à l’erreur !

Je me rends malheureusement compte que les piques à brochettes vendus chez Safeway sont trop courts pour pratiquer du crochetage de serrure. Je me bas pendant un moment, espère, attends un miracle, sans succès. En même temps, je suis au milieu d’un parking. Je me dis que peut être quelqu’un appellera la police, et que je pourrais demander un coup de main. La seule personne qui s’intéresse à ce que je fais discute un peu avec moi, me dis qu’il n’a pas vraiment ce qu’il faut pour m’aider. Je lui demande s’il y a un poste de police pas trop loin ; il me répond en rigolant qu’ils ne pourront pas faire grand chose pour moi, à part m’arrêter parce que je suis allé à Burning Man. Mouais, bon… en tout cas, la chose est claire : très prochainement, je laisse une clé cachée à l’extérieur du van !

Tiens, en parlant de police, j’en vois une de l’autre côté de la rue. Je vais donc lui demander de l’aide ; il me confirme ce que je pensais : comme à Montréal, les policiers n’ont plus le droit d’intervenir pour ouvrir les voitures barrées de l’intérieur. J’oublie de demander la raison à l’agent qui se trouve devant moi. Tout ce qu’il peut faire, c’est appeler une dépanneuse. Eux ont le droit de le faire. Il se renseigne : ça coûte 90$. Pour ce prix là, je dois pouvoir en acheter pas mal des cintres !

Je remercie monsieur l’agent, retourne faire un tour dans l’épicerie, sans succès. Je ne vois rien de mieux. Je tente ma chance dans une boutique de linge, mais comme me dit la madame, maintenant ils n’ont plus que des cintres en plastique. Les cintres en métal, c’est vieux. Vieux ? Mon regarde se porte de l’autre côté de la rue. Un motel. Rien de tel, il me semble, pour trouver des vieilleries miteuses et crasseuses ! Je demande donc de l’aide à la madame de l’accueil, qui me revient gentiment avec trois cintres en plastique. Ok, donc mon accent est toujours aussi mauvais. Je la remercie, lui réexplique. Ah ! Non, elle n’a pas de cintres en métal. Pas grave ; des motels, ça ne manque pas. Je m’essaie dans un deuxième. La madame, ici, comprends tout de suite. Bon, mon accent n’est quand même pas si mauvais alors. Elle revient rapidement avec un vrai cintre en métal. Yé ! Je suis persuadé d’être sauvé.

Je m’en reviens au van. Démonte le cintre, le tord, le pli. Trente secondes après, la porte est ouverte. Okay, ça y’est, me voilà rendu grand maître de l’ouverture de portes par l’extérieur avec un cintre en métal. Bon, par contre ça me prendra un bon 5 minutes à ressortir le cintre de la porte, mais j’y arrive quand même ! Tout cela s’est fait en plein milieu d’un parking très achalandé. Comme quoi, j’en ai confirmation une fois de plus : ayez l’air naturel, et vous pouvez voler tout ce que vous voulez !

Petit tour de cadran


Je me réveille avec l’impression d’avoir quand même assez bien dormi. Pourtant, ce matin je ne suis pas motivé plus que ça. En même temps, je ne suis pas pressé. J’ai même tout mon temps. Je rêvasse, je traînasse, je me rendors comme une masse.

Il sera finalement 10h légèrement passé quand je me réveillerais pour de vrai et me déciderait à descendre du lit. J’ai envie de faire un peu de ménage et de rangement. J’essaie d’enlever un peu de poussière sur les objets à l’intérieur du van ; j’essaie d’en faire sortir un peu aussi. J’enlève la poussière sur les vitres, histoires de voir un peu mieux ; celle sur la carrosserie, je la laisse. De toute façon, ce n’est pas de la poussière :

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Je range un peu tout, donc, et prépare mon linge sale (et surtout poussiéreux). C’est amusant à quel point mes vêtements gothiques, théoriquement noirs, sont rendus d’un gris sable des plus caractéristiques de tout ce qui a été à Burning Man ! Enfin… dans cet endroit de maisons de locations et de résidences touristiques, je ne pense pas que trouver une laverie soit bien difficile.

Le parking-camping


Il fait presque complètement nuit maintenant. C’est très clairement l’heure de me trouver un endroit où dormir. Je reviens donc au van, et reprends la route en direction de l’ouest. L’idée, c’est de quitter le Nevada, et de rentrer en Californie. La raison est simple : le lac Tahoe est dans une National Forest, et les lecteurs assidus de mon précédent voyage se rappelle assurément qu’en Californie le camping sauvage est autorisé dans les National Forest. Évidemment, mon van n’est pas si sauvage que ça, mais bon. Je peux l’installer un peu n’importe où sans trop de problèmes en principe.

Sauf que je réalise très vite que je vais être confronté à un autre problème : le lac Tahoe, c’est l’une des destinations les plus touristiques de la Californie. Faut dire que les lieux sont en effet magnifiques. Mais du coup, c’est maisons sur maisons sur maisons. Je tente bien une ou deux rues qui je l’espère deviendront route et m’emmèneront dans un monde sauvage et hostile, mais je finis dans un cul de sac à chaque fois. Finalement, je me décide à essayer d’attraper un camping. Après tout, la perspective d’une douche me fait limite fantasmer. Et si en plus j’ai l’eau courante pour toute la vaisselle récupérée après Burning Man, c’est que du bonheur. Je me convaincs moi même que je suis tout à fait prêt à payer dans ces conditions (c’est l’avantage d’avoir un esprit faible).

Sur mon Atlas, il y a un camping/parc national indiqué. J’essaie de le retrouver. En fait, je prends une route, sans savoir exactement si c’est la bonne. À un moment, je passe à côté d’une entrée sur laquelle il est écrit « parking machin ». Sauf que ce parking ressemble étrangement à un camping. Je fais demi tour. Rentre. En effet, c’est un camping. Bizarre…. je fais un tour complet. C’est quasiment tout vide, moitié abandonné, moitié en construction. Auto perception, c’est parfait pour moi. Je n’aurais ni douche, ni eau courante, mais ça sera gratuit !

Je m’installe rapidement, fait cuire quelques pâtes, fait un minimum de rangement pour pouvoir circuler. J’ai le droit à un saut magnifique quand j’entends soudainement un animal escalader le Pourquoi Pas ? et commencer à faire ses griffes sur la toile. Je n’ai aucune idée de ce que c’est, et je suis quand même un peu inquiet. Je fais du bruit dans le van, j’allume les phares. Je vois une silhouette redescendre le parebrise. Ah ! Un chat. Je souris. En fait, non. Ce n’est pas un chat. Pas un raton laveur non plus. Ni un renard. Je n’ai pas le temps de faire une photo ; aucune idée de ce que je viens de voir. Enfin… Je suis épuisé. Les dernières nuits ont quand même été courtes ; l’une d’elle n’a même pas existé d’ailleurs. Et puis aujourd’hui, en plus de mon 15 kilomètres, j’ai marché deux trois heures dans les rues de Reno. Alors à 21h30, je ronfle déjà.

Le lac Tahoe


Je l’avais repéré sur la carte : ça semblait pas mal grand. Je l’avais vu depuis le sommet du Mont Rose, ça paraissait vraiment vraiment grand. Là, il apparaît à mes pieds, et j’ai la confirmation qu’il est, en effet, très très grand.

J’ai une petite chose à faire avant de me trouver un endroit tranquille où dormir ; j’ai décidé de reporter le bain à demain, à cause de la randonnée non prévue ; il est plus tard que prévu. Mais j’avais envie d’appeler Brigitte pour lui donner des nouvelles.

Je suis agréablement surpris de trouver un téléphone assez facilement. Mauvaise nouvelle, par contre, pas de tonalité. Je rentre dans la boutique pour me renseigner : il y’en a un autre un peu plus loin. Juste un bloc plus loin. Parfait, merci ! Je décide de marcher ; après tout, un bloc c’est pas très loin. Quelques minutes plus tard, me voilà à mon autre téléphone. Je décroche. Un son agréable se fait entendre dans le combiné. Je commence à composer le numéro de téléphone. Pas de chance, les touches 7-8-9 ne fonctionnent pas, alors que moi, bin j’en ai besoin… je rentre me renseigner dans la boutique. Facile : il y a un autre téléphone un peu plus loin ; à un bloc d’ici environ. Au moins, on peut dire que les téléphones ne sont pas loin les uns des autres. Quand celui-ci me refait le coup du pas de tonalités, je commence à être un peu frustré. À l’intérieur, la madame me dit qu’il y en a peut être à l’avant du Safeway. Oui, c’est bon, je devine : c’est un bloc plus loin. J’arrive devant le Safeway, repère le téléphone. À priori, la mode est d’avoir des téléphones pas de tonalités. Allez… je me donne une dernière chance. S’il y avait un téléphone tout à la droite du magasin, il y en a sans doute un tout à la gauche… gagné ! Je me demande quelle surprise il me réserve. Il y a la tonalité. Toutes les touches fonctionnent. Mais en même temps, vue l’heure qu’il est rendu, c’était prévisible que je tombe sur un répondeur !

J’ai marché par delà le vent


Je n’ai pas envie de m’attarder en ville. J’ai envie de rejoindre le lac Tahoe, et de me plonger dedans. Je rêve de plage, de natation, d’eau, de propreté. Quitter Reno se fait sans trop de mal ; après tout, ce n’est qu’une petite ville.

La route en direction du lac Tahoe monte vite dans la montagne. La pleine s’étale rapidement. Je quitte le paysage aride pour me retrouver dans une zone boisée. Les effets météos de cette barrière de montagnes sont vraiment faciles à voir… la plaine asséchée, alors que la montagne a le droit à des arbres magnifiques.

Et puis au moment de passer un col, il y a un grand parking, et un départ de randonnée. Intrigué, je m’arrête. J’ai envie de marcher ; je n’ai pas eut mes montagnes ce matin, je vais jeter un oeil aux panneaux de description. Le départ est à 2685m, l’arrivée à 3284m. 600 mètres de dénivelés, donc, en 15.5 kilomètres. Ils recommandent 5h, Je regarde ma montre, c’est parfait, j’aurais juste le temps de revenir avant que la noirceur s’installe. Et ça me permettra de vérifier si je suis toujours en forme. Après tout, le Half Dome m’attend à Yosemite.

La balade se fait sans problème. Le départ est bien tranquille, on s’éloigne de la vallée pour en rejoindre une autre ; on marche sous les arbres, il fait un grand soleil, mais il y a un peu de vent. Il ne fait pas si chaud que ça. Pas grave, j’essaie d’éviter de répéter certaines erreurs, j’ai donc de quoi me protéger contre le froid.

On croise une jolie cascade et un magnifique « Meadow ». Je sais que les traducteurs proposent « pré », mais ce mot ne me convient pas. Un meadow n’est pas exactement un pré, selon moi. Je n’imagine pas des vaches brouter dans un meadow. Il y a, pour moi, un côté « humidité », « isolé » et « haute montagne » qui fait que je n’ai jamais vraiment trouvé un équivalent français satisfaisant. Par défaut, je reste donc sur le mot anglais. La vraie montée commence juste après.

Et surtout, plus on monte, plus le vent est fort. Ça faisait longtemps que je ne m’étais pas trouvé dans des rafales aussi fortes. D’ailleurs, je me demande si ça m’était déjà arrivé… une chose est sûre, c’est la première fois que j’ai à forcer pour ralentir alors que je marche en montant ! Quand le vent est de côté, je marche incliné à 30 degrés environ… quand le vent est de face, j’ai du mal à avancer. Quand il est de dos, j’ai besoin de m’arcquebouter pour ne pas aller trop vite. C’est limite désagréable, mais ça n’en reste pas moins une expérience intense. Et puis soudainement, quand on arrive au sommet, alors qu’il n’y a plus rien pour protéger du vent, celui-ci disparaît. Je l’entends encore, je le sens encore un tout petit peu, mais il n’est quasiment plus là. Je redescends de quelques mètres, il est à nouveau aussi fort. Je remonte, il n’est quasiment plus là. J’avais déjà marché au dessus des nuages… je ne savais pas qu’il était possible de marcher au dessus du vent !

J’attaque la descente assez rapidement, sauf à nouveau, au début, à cause des rafales. Une fois de plus, c’est la première fois que je dois forcer autant pour descendre une montagne ! Je suis de retour au Pourquoi Pas ? sans le moindre problème. À peine quatre heures après être parti. Je suis toujours en pleine forme, tout va bien, Half Dome, ne bouge pas, me voilà qui arrive.

Le photographe philosophe qui a fait le Vietnam


J’ai très clairement une étiquette « je reviens de Burning Man » sur le front. L’air un peu hagard, involontairement, en reprenant contact avec la civilisation. À marcher un peu au hasard, à moitié perdu, à essayer de comprendre ce qui m’arrive. Ça paraît que j’essaie de reprendre contact avec le monde, et que j’ai du mal. Ça paraît aussi que je n’ai toujours pas pris de douche, et que j’ai les cheveux plein de poussières.

À plusieurs reprises, des gens m’approchent, me demandent comment s’était. Évidemment, dans le coin, tout le monde connaît Burning Man. Reno est une pause obligée pour énormément de Burner. Je discute un peu, au hasard, ça fait du bien. Et puis il y a cet homme, quand même assez âgé, assis sur sa marchette. Il repère mon appareil photo plein de poussière. On commence à discuter. Burning Man ? Bien sûr qu’il connaît ; il était aux deux premiers. D’après ce que j’ai lu, le premier, c’était seulement 20 personnes… me voilà assez impressionné… on parle pendant pas mal de temps. De voyages, évidemment, mais aussi de linguistique. Je ne sais plus pourquoi, je lui fais part à un moment d’à quel point je suis surpris de retrouver des noms français absolument partout en Amérique du Nord, que ce soit dans les noms de rivières ou de villes. Lui est originaire de la Nouvelle Orléans, alors le « français », il connaît un peu ça aussi. Il est allé à Montréal, pour sa première lune de miel. C’est très clair : le français de la Nouvelle Orléans n’a rien à voir avec le français de Montréal dans les années 70. Discuter avec cet homme me fait quand même du bien. À un moment, il me recommande très fortement de lire «le Petit Prince » ; ça fait une douzaine d’années que des tonnes de personnes me recommandent de lire ce livre ; une douzaine d’années que les gens me disent que je leur fais penser au petit prince, et que ce livre est fait pour moi. J’ai finalement craqué en avril dernier, après que Fannie me l’ai recommandé. Je suis d’accord, ce livre était fait pour moi. J’en discute un peu avec cet homme, qui m’explique que je dois absolument lire « lettre de la terre » de Mark Twain. Je prends note du titre, parce que le concept me plaît bien : Satan demande à Dieu ce que devient la Terre. Celui-ci, avec un univers complet à surveiller, n’en a pas la moindre idée. Du coup, Satan va faire un tour sur Terre, jeter un oeil, et faire un rapport à Dieu. À lire absolument semble-t’il, mais difficile à trouver. Je m’y mets dès que possible.

On discute encore un petit peu, et puis je reprends mon chemin. Je m’installe pendant quelques temps dans un petit café où ils ont internet. Encore une autre nécessité dans mon retour à la réalité. Je dois voir où en sont les contrats qui s’en viennent, donner encore quelques nouvelles, échanger un peu… à la table d’à côté, deux personnes regardent une vidéo de la mise à feu de Man. Je ne peux m’empêcher de sourire avec nostalgie. On discute un tout petit peu… c’est long un an !

Reno


Reno… encore un nom qui me parle, que j’ai déjà vu en construisant des chemins de fer, et en regardant des cartes. Encore un endroit où je n’aurais jamais pensé m’arrêter un jour. Il n’y a pas vraiment de raisons d’aller à Reno en fait. Sauf quand on va à Burning Man.

J’ai appris à repérer les véhicules des Burners. En fait, la couche de poussière, en général, les trahit. Si on rajoute à ça les vélos, ils ne peuvent pas se cacher. C’est amusant de continuer à en repérer de temps à autre. Je me demande pendant combien de temps encore j’en croiserais…

Reno, la plus grande petite ville du monde. Je ne peux m’empêcher de rire en voyant le slogan. Encore un qui se veut le plus quelque chose du monde.

Je n’avais tout simplement pas prévu de me retrouver ici, mon plan initial étant de repartir vers le nord après Burning Man. Je n’ai donc aucune idée de ce à quoi m’attendre. En fait, je découvre bien vite que j’arrive dans un mini Vegas. Après tout, on est dans le Nevada, où les casinos et autres jeux d’argent sont à la mode. Alors à Reno aussi, on en trouve un peu partout. Mais ce n’est pas du tout la même ambiance qu’à Vegas ; c’est beaucoup plus calme, petit, et agréable. « Petite ville » correspond assez parfaitement au sentiment que j’ai en me promenant dans les rues de Reno. C’est agréable, simple, joli.