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Et si on revenait à la maison ?
Le ciel qui nous attend à notre réveil correspond beaucoup plus à la vision que j’ai du désert. Le paysage et la lumière aussi. C’est quand même beaucoup plus crédible qu’un ciel gris. Il vente énormément, et il ventera toute la journée. Mais en dehors de ce petit détail, il fait beau, il fait chaud, on est bien. La 395 est magnifique, et on la suivra un très long moment. Pas grand chose à signaler tout au long de ces kilomètres, si ce n’est que je passe mon temps à m’arrêter pour admirer et faire des photos.
On croise quand même Alcali Lake et Abert Lake, deux lacs semi asséchés, semi vivant, et très salés.
Et puis on quitte l’Oregon. C’est pas la première fois. J’ai quitté l’Oregon un certains nombre de fois (quatre ou cinq je dirais) au cours de ce voyage. Mais cette fois ci, c’est sûr que je ne reviens pas avant un moment. Si j’aimais la Californie, l’Oregon a vraiment mis l’état du gouvernator au second plan. Oui, il faudra que je prenne le temps de faire un résumé de tout ça à un moment… la Californie, on n’y reste pas longtemps. Juste le temps de faire un détour ravitaillement à Alturas, puis de revenir au nord prendre la 299.
Juste avant de quitter l’Oregon, on aurait du voir un geyser, mais celui-ci est à sec. La madame qui me donne l’info me dit que l’année a été particulièrement sèche ici. Ils semblent manquer d’eau. En parlant de manquer d’eau, le van est à sec. De partout. On a roulé un peu plus de 200 kilomètres sans croiser la moindre station d’essence. Heureusement qu’il a une belle autonomie quand même ! Le réservoir d’essence est vide depuis la veille au soir. Et le propane est sans doute pas loin non plus d’être vide. Alors aujourd’hui, on reremplit tout. On rachète aussi du chocolat (on sait jamais !) et une bouteille de brandy. Les stocks sont faits. Ça a un petit côté « déjà vu » ce « il faut que tout soit rempli au maximum ». On se dirige vers la 299, que l’on quitte ensuite en direction de Gerlach. Oui, finalement Danielle a décidé. Je n’étais pas tout à fait sûr, mais voir Black Rock Desert, ça lui fait bien envie. C’est donc là bas qu’on fêtera son anniversaire demain. Un chouette endroit, je trouve, pour fêter un anniversaire.
Je ne me souvenais pas que la dernière étape, au Nevada, était si longue. Ça prend une bonne heure et demi après avoir quitté la Californie. Sauf que cette fois, il n’y a absolument personne sur la route ! Mais je reconnais le paysage avec grand plaisir !
Et puis on contourne une dernière colline, et on voit la petite ville de Gerlach apparaître toute seule, toute petite, au milieu de son grand désert. À Gerlach, il suffit de tourner à gauche. Sauf que juste au moment de tourner à gauche, juste après, je vois ce petit panneau. Complètement effacé. « Hot Spring ». J’avais bien lu qu’il y avait des sources chaudes à Gerlach, sans avoir la moindre idée de où… en même temps, en plus du panneau complètement effacé et passé date, il y a ce panneau « entrée interdite ». Alors évidemment, ça fait hésiter. Mais c’est quand même tentant. À ce moment là, on voit une voiture prendre le chemin. On se décide à la suivre. Je me dis qu’on pourra toujours demander la permission ou l’information… sauf qu’on perd la voiture de vue. On hésite une fois de plus. Une autre voiture arrive. On demande si on a le droit d’accéder aux Hot Srpings. Le gars semble surpris. « Bien sûr, vous pouvez y aller, si l’eau n’est pas trop chaude. Moi je suis là juste pour une minute ». On commence donc à se changer, discrètement caché dans le van, tout en observant le monsieur en train de tester l’étanchéité de son matelas gonflable dans le bassin. Remarque, pourquoi pas après tout ?
Et puis on trempe un pied. Pinaise que c’est chaud ! Mais pinaise que c’est bon ! C’est qu’on a quand même bien roulé aujourd’hui, c’est mérité. À vrai dire, je n’arriverais pas à m’immerger complètement. C’est trop pour moi. Mais je resterais quand même un petit moment. Danielle fera même quelques brasses. Le bassin est magnifique, au milieu de nul part, en pleine nature, sous ce ciel bleu grandiose. Que du bonheur !
On sortira quand même tout rouge. Direction… la playa ! Le soleil commence à se coucher. J’avoue que j’aimerais bien dormir au milieu de Black Rock Desert, mais je ne suis pas sûr que ce soit autorisé, et je préférerais éviter si ce n’est pas légal. On roule un peu. On retrouve le chemin d’accès, un panneau d’information à l’entrée. « Camping autorisé à plus de 30 mètres d’une source ». Bon, ça, à priori, ça ne devrait pas poser de problème.
Le sol est parfaitement régulier. Il y a bien quelques traces de voitures, mais les traces des deux exodes semblent en grande partie disparues. Je me souviens quand même la direction générale, et on l’emprunte donc. C’est un sentiment extrêmement particulier de se retrouver ici, à nouveau, avec absolument rien, ni personne. Je suis heureux. De retour à la maison. Sauf qu’il y a personne à la maison, et que pour ça, c’est un peu bizarre.
Rouler sur une playa parfaite, c’est un vrai bonheur. C’est lisse, c’est propre, c’est régulier. On peut aller où on veut, n’importe comment.
Un groupe de voiture apparaît à l’horizon, plus ou moins à l’emplacement que j’imaginerais être celui de Black Rock City. On se dirige donc vers eux. On est samedi soir. Je me demande si on va rencontrer un groupe de burners nostalgiques. Ça pourrait être sympa après tout ! En s’approchant, je me dis que finalement, c’est pas vraiment le look. L’un d’eux nous salue de la main, et on va dire bonjour quand même. Danielle parle avec l’un, je parle avec l’autre. Il me demande si on a eut de la pluie. C’est vrai que c’est extrêmement couvert, et qu’il y a un beau nuage à l’horizon. La playa sous la pluie, j’ai essayé. J’ai prévu Danielle : s’il pleut, on ne bouge plus tant que ça n’a pas séché. La terre ici à une capacité agglomérante impressionnante ! Je pense pas que le van ferait plus de 100 mètres. Bref, le gars nous dit de faire attention. Je lui dis que je suis au courant. On reprend la route. Danielle me dit que l’autre personne lui a dit qu’ils sont là pour faire des cartes de Noël. Ils ont des tentes, avec une génératrice, et des guirlandes. Pourquoi pas !
On roule encore un peu. Je suis à peu prêt persuadé d’être à la bonne place ; dans le même temps, le sol de la playa est beaucoup plus chaotique. Comme si plein de gens seraient passés par ici dans tout les sens. Ça se tient. Je continue à rouler un peu, au hasard. C’est amusant cette immense étendue infinie, où l’on peut aller où l’on veut.
On regarde les nuages qui se rapprochent, en se demandant si on va se prendre une énorme averse. Il semblerait que non. C’est simplement extrêmement venteux. D’ailleurs, je reconnais l’odeur de la poussière, qui était omni présente pendant Burnint Man. Cette odeur me rappelle beaucoup de souvenirs. Et puis le paysage, dehors… ah, le paysage…
On installe le van bien confortablement. Le vent souffle de plus en plus fort dehors, mais ce n’est pas grave, on est bien à l’abris. Il ne fera sans doute pas très chaud cette nuit, mais c’est pas grave, on est sur la playa.
C’est vraiment bizarre. Hier au soir, sur le petit parking, j’avais un étrange mauvais feeling pas agréable. Il a fini par passer après un bon moment à rationaliser. Ce soir, au contraire, j’ai un sentiment tellement positif qui m’habite. Je suis tellement bien sur ce petit tas de sable au milieu de nul part. Il n’y a absolument rien, personne. Juste le vent, la poussière, et nous. Et j’aime ça !
Tiens, pour fêter ça, en pré-anniversaire de Danielle, on ouvre la bouteille de vin que j’avais acheté il y a quelques jours. Du vin… ça fait un millénaire ! J’aime toujours ça à priori, c’est bon signe ! Un shiraz produit à Washington, bien parfumé, qui accompagne parfaitement les pâtes au bleu !
La soirée continue tranquillement avec une petite discussion philosophique. Décidément, il va falloir que je l’écrive et que je la détaille ma théorie sur la génération tranquille !
Demain, la journée devrait être bien remplie. J’ai pas mal de photo à faire au milieu de la playa. Et on doit enregistrer l’une des chansons de Danielle. Tout ça a condition que le vent se calme, et qu’il ne pleuve pas. Bon, après, on a largement une semaine d’autonomie, probablement même un peu plus. Et ça me surprendrait qu’il pleuve une semaine d’affiliée au milieu du désert.
Allez… avouez, elle est belle ma playa :
Une dernière grande respiration…
Ça y’est… la voilà qui est là. La dernière journée avant le grand départ. Je suis vraiment heureux de cette pause complètement et totalement imprévue à Portland. Je suis en pleine forme, et j’ai à nouveau hâte d’être sur la route. J’ai aimé m’arrêter, mais il est temps pour moi de repartir. Je ressens l’excitation de rouler à nouveau, et je suis fébrile comme si je n’avais pas voyager depuis bien longtemps. Peut être parce que les trois ou quatre semaines qui s’en viennent s’annoncent passionnantes, intenses, et magnifiques !
Pourquoi Pas ? est retourné au garage ce matin. D’après le garagiste, ils ont reçu une pièce qui n’était pas la bonne, mais ne s’en sont pas rendus compte, du coup, ça ne marchait qu’à moitié. Enfin, après deux heures et demi à attendre, tout remarche à nouveau. Et cette fois, j’ai vérifié !
On va être deux dans le van pendant un bon moment. Plus le temps passe, plus l’intérieur est optimisé. Danielle ne devrait donc avoir aucun mal à trouver sa place. Mais juste pour être sûr, je fais encore un peu de rangement, encore un peu d’optimisation. C’est encore et toujours plus efficace que l’optimisation précédente !
L’après midi passera tranquillement en dehors de ça. J’avance deux trois petits projets, je regarde un peu la route qui s’en vient… j’attends encore des nouvelles de Jane pour formuler un itinéraire final.
J’arrive même à m’ennuyer un peu en fin d’après midi. Ça ne m’était pas arrivé depuis… ouf ! Des fois, ça fait du bien de s’ennuyer. Et ça vient aussi confirmer qu’il est temps de repartir ! Finalement, en fin de journée, on ira faire un tit tour en ville. Au programme : poutine et bières. Yep. On trouve aussi de la poutine à Portland. On en trouve partout. Le Québec va conquérir le monde grâce à la poutine ! Danielle n’en a jamais mangé, mais sait où on peut en trouver. Pas de chance, quand on arrive sur place, par contre, c’est fermé le lundi. La suite du programme consistait à aller à la « Hopwork Urban Brewery » où j’ai donné rendez-vous aux gens de couchsurfing ; si quelqu’un s’ennuie en ce lundi soir et qu’il veut partager une bière, elle sera meilleure avec nous !
On arrive, on s’installe, on commande. Ici aussi ils ont des carrousels de dégustation. Parfait !
Voilà donc à quoi ça ressemble. Celui-ci est particulièrement sympathique en l’occurrence :
Et si vous voulez la légende (la numéro 1, c’est celle à gauche de « hub », et en haut. Donc à 9h15 environ.
La 5 et la 7 sont un vrai délice. Le mélange de 7 céréales dans la stout (5) lui donne une personnalité bien à elle, et le vieillissement dans des vieux fûts de bourbon donne à la 7 une odeur unique, et un petit goût sirupeux des plus agréable. La lager est excellente, d’autant plus meilleure que, comme je l’expliquais déjà par le passé, habituellement les lager ne sont pas vraiment mon style. Évidemment, l’IPA est un vrai petit bonheur, et l’abominable se laisse boire sans problème. À vrai dire, toutes ces bières sont excellentes et on passe un bien bon moment à toutes les découvrir, en grignotant quelques frites, à défaut d’avoir eut notre poutine. Et puis il y a cette petite carte des desserts qui nous fait de l’oeil. Entre la tarte au chocolat et basilique et le brownie servit chaud avec crème glacée à la vanille, le choix est vite fait. On prendra les deux, et le régale sera complet et total. Chocolat basilique, j’avais déjà pratiqué une fois. La deuxième fois me convainc tout autant que la première. Il est temps que je mette ça en application !
La « Hub » est une brasserie particulièrement sympa. Le fait que toutes leurs bières soient bio rajoutent aussi au plaisir. Le propriétaire, en plus d’être un grand amateur de bière, est un fan de vélo, et ça paraît. Oui, remontez voir : le plateau de dégustation est une petite roue de vélo transformée. Côté déco, l’alignement de cadres de vélo en dessus du bar donne un effet des plus sympa aussi.
Excellente bière, excellents desserts, décor agréable, bonne ambiance, on passe une belle petite soirée, mais on se décide à partir après un moment, le ventre bien rempli. Malgré quelques « nous viendrons peut être », il semblerait qu’aucun couchsurfeur ne soit venu.
On découvrira au moment de sortir que en fait non, il y en a bien quelques uns. Ils nous avaient simplement pas trouvé, et attendaient dans un coin, persuadés que l’on était en retard. Du coup, on se rassois, on partage une dernière bière, et on rajoute une petite paire d’heures à discuter, de tout et de rien. Je fais plaisir à tout le monde quand je dis (et je le pense vraiment !) que je préfère l’Oregon à la Californie, malgré la beauté des paysages de cette dernière. J’essaie de m’expliquer un peu, parce que c’est plus une question de feeling que de logique, mais ils partagent aussi ce sentiment. Pour résumer très fortement, on choisit la Californie pour sa carrière, on choisit l’Oregon pour le mode de vie. Ici les gens sont encore plus ouverts, relaxes, tranquilles. Si la Californie est peuplée de Bobo, l’Oregon semble plus la destination des artistes qui veulent s’épanouir tranquillement, loin de toute pression sociale. Ils veulent juste être heureux dans leur petit monde à eux ; un petit monde où tout le monde est le bienvenue. Et franchement, j’aime ça. Ils étaient évidemment tous là samedi soir, à la soirée Halloween. Je n’en reconnais aucun, mais en demandant leurs déguisements, je replace la plupart. Anecdote amusante : à un moment, l’un d’eux raconte qu’il a vu quelqu’un cracher du feu, et qu’il a pu prendre une vidéo. Il ne m’avait pas reconnu. Le monde de couchsurfing est très petit. Moi, je suis content, je vais avoir une vidéo de moi, peut être.
Quitter Portland ne va pas être évident. Heureusement, je commence à avoir l’habitude de quitter des places qui me plaisent. En une année, je suis revenu trois fois à San Francisco, alors que je n’y croyais pas vraiment. Je n’ai aucune inquiétude quand au fait que je reviendrais à Portland également. Quand il ne pleuvra plus. Dans six mois donc ! Ou plus tard.
Rencontrer ces quelques couchsurfers avant de partir me fait bien plaisir et termine agréablement mon séjour ici. On rentre chez Danielle un peu plus tard. Un message de Jane m’attend. Ils seront aux sources chaudes en fin de semaine. Ça finit de compléter ma journée. L’itinéraire du retour est désormais connu, et c’est parfait pour moi. Un peu plus de 6000 kilomètres m’attendent ; je vais voir un peu de désert dans le Nevada, et il semblerait bien que Bryce et Zion réapparaissent soudainement sur l’itinéraire ! Tout cela est parfait. Celui-ci a de fortes chances d’être assez final, vu que mes dates sont de moins en moins compressibles. J’ai hâte de voir tout ça ! La quinzaine de jours tranquilles puis les kilomètres qui défilent semblent se confirmer !
Reprendre vie, tranquillement pas vite.
Le réveil qui sonne à 8h30 du matin, c’est vraiment pas sympa, surtout quand la veille on a été inspiré jusqu’à très tard. Mais bon, c’est pour Pourquoi Pas ?, alors je suis prêt à faire quelques efforts quand même. Je me lève donc, difficilement, et roule jusqu’au garage. Dehors, le ciel est presque bleu. Il y a un peu de brouillard, mais ça semble vouloir se dégager un peu. La météo, si proche de la côte, relativement dans le nord, au milieu de l’automne, c’est pas folichon. J’ai été très chanceux jusqu’à présent, l’automne tardant à s’installer, mais maintenant qu’il est là, il semblerait bien qu’il n’ait plus l’intention de partir. Donc en gros, les prévisions météos pour les six prochains mois, c’est « ciel couvert et pluie ». La bonne nouvelle, c’est que je vais bientôt remplacer la pluie par de la neige…
Je laisse le van aux bons soins du garagiste, pendant que j’attends sagement dans la salle d’attente. Le verdict arrivera une petite heure plus tard. Une pièce à changer. Avec la main d’oeuvre, la facture va être un peu salé ; mais je peux pas vraiment y faire grand chose. Faire le chemin de retour uniquement de jour, je n’y crois pas. Au contraire, d’ailleurs, je me voyais bien faire des immenses étapes de nuit. Ça fait toujours du bien. Donc dans ce contexte, pas le choix, une fois de plus, de faire réparer. Je demande une info rapide pour un remplacement de pare brise arrière… à priori, vu ce à quoi je devrais m’attendre, à ce niveau là, y a pas urgence, et j’attendrais donc.
Je dispose d’une paire d’heures à tuer. Je profite du soleil pour aller me promener dans les rues de Portland, un peu au hasard à nouveau. Je me dirige quand même vers le bord de l’eau, suivant mon feeling, suivant les rues qui semblent plus inspirantes. Et puis à un moment, je me retrouve à un arrêt de tram. Je me rappelle que c’est gratuit dans le centre ville. Alors juste pour le plaisir, juste parce que ça fait longtemps que je n’ai pas pris le tram, j’embarque. C’est toujours aussi agréable. Je ne fais qu’un arrêt, mais celui-ci me permet de traverser la rivière, histoire de voir de l’autre côté. Je reprends le pont à pied, en sens inverse pour le chemin du retour. Je reviens jusqu’au garage, où je poireaute encore une petite demi heure, avant de récupérer finalement les clés, et une facture, légèrement inférieure à ce que l’on m’avait dit. Le patron a accepté de me faire une tite ristourne comme je viens de loin. C’est bien aimable !
Quand je suis de retour chez Danielle, elle est allée faire quelques courses ; on a beaucoup parlé de nourriture, à plusieurs reprises de fondues au fromage. Elle a trouvé une recette, et est en train d’en préparer une. Pour fêter ça, et la remercier, je vais chercher deux bouteilles de bière dans le van. Je suis définitivement fan de mon cellier sur roue. Je l’ai rempli consciencieusement, petit à petit, tout en avançant. Maintenant que je me mets à acheter des billets d’avion et à faire réparer le van toutes les deux semaines, et que je n’ai plus de contrats, mes finances sont un peu plus limitées, alors je n’ai pas le choix de tourner sur les stocks. Il n’y aura sans doute plus trente bouteilles quand je repasserais la frontière. C’est pas plus grave, sans doute. Ça simplifiera les formalités.
J’avais pensé retourner en ville avec Danielle pour l’après midi, profiter du soleil, mais celui-ci n’est pas resté. Les nuages sont déjà de retour. À la place, on reste bien au chaud chez elle, à discuter, et à jouer de la musique. Je l’écoute, elle m’écoute, on s’écoute quand on fait jouer des enregistrements, ou des fois on joue ensemble. On se trouve très facilement à ce niveau là, et c’est un vrai plaisir.
Sa coloc nous parle à un moment de la projection d’un documentaire sur le chocolat, en fin d’après midi. Projection accompagnée d’une petite dégustation gratuite. Ça semble assez intéressant, et ça nous obligera à bouger un peu. C’est pas un mal. Ça fait du bien de sortir, de temps en temps. En fait, il s’agit d’un documentaire sur les enfants esclaves dans les plantations de cacao en Côte d’Ivoire. Je trouve personnellement le documentaire moyennement intéressant. C’est organisé par une coop spécialisée dans le commerce de chocolat équitable, évidemment. Il y a donc quelques discussions sur la question également. Quelques échanges. Le chocolat, quand à lui, est excellent. Ça fait bizarre, un peu, d’être de retour dans un monde « militant ». Je qualifierais de nihilistes la plupart des personnes que j’ai rencontré sur ma route. Des gens écoeurés de la société, qui ont décidé d’en sortir, plutôt que d’essayer de la changer. Me rappeler qu’il est aussi possible d’être actif plutôt que passif, ça a aussi du bon…
Il est encore tôt quand tout cela se termine. Il ne fait pas très chaud, mais il ne pleut pas, et c’est une belle soirée pour se promener. On retourne donc sur le bord de l’eau, où on passera finalement plus de temps à contempler la ville et à discuter qu’à réellement marcher. Les habitués de Montréal reconnaîtront peut être la tour de la Bourse (là où je travaillais, quand j’étais chez Canoë) au milieu de la première image. Une trentaine d’étages en moins simplement. Je trouve la ressemblance vraiment amusante ; il faudrait que j’essaie de me renseigner, voir si c’est le même architecte, la même inspiration, ou simplement une coïncidence.
Je crois que je commence à comprendre quelque chose, même si je suis incapable de l’expliquer : mes projets, mes planifications, restent relativement stables et inchangés, tant que je ne les formule pas, tant que je ne les partage pas. Mes plans sont assez précis, et le reste pour une longue période. Et puis à un moment, je formule à haute voix « je vais faire ça », et comme par hasard, le lendemain se produit de quoi qui vient tout chambouler. On pourrait croire que je le fais exprès, mais je ne pense pas. D’ailleurs, c’est même un peu difficile à suivre, parfois. Pas toujours facile d’organiser de quoi, en sachant que ça change si souvent… le dernier exemple en date est extrêmement récent. J’ai formulé, tout juste hier, mes intentions de voyage. Une petite boucle en Oregon, puis un dernier petit babaille à la mer avant de rentrer à Montréal. Il semblerait que ça ne sera plus ça.
Danielle a le mal du pays un peu. Depuis un an, elle n’est jamais retournée au Kansas, et ça lui manque un peu. Elle aimerait y retourner, mais ça n’est pas très simple à organiser. En même temps, si vous prenez une carte, et que vous tracez une ligne « Portland – Montréal via Chicago » vous verrez que s’arrêter à Lawrence, au Kansas, c’est pas vraiment ce que l’on pourrait appeler un gros détour. Alors quand elle me dit qu’elle a le mal du pays, je n’hésite pas vraiment à lui proposer un lift. C’est même plus rationnel pour moi. On continue à prendre un peu notre temps en Oregon, et ensuite, plutôt que de revenir à Portland, on continue vers l’est. Et comme elle a vraiment envie de voir un phare, on commence par une petite boucle de deux jours sur le bord de l’océan. Ça lui laisse un peu plus de marge pour réfléchir à tout ça, et pour se préparer au voyage. Moi, ça ne change quasiment rien pour moi. Hormis le fait que je vais avoir une compagne des plus charmantes pour une bonne partie du voyage.
L’itinéraire de retour, je n’essaierais même pas de le formuler. Déjà parce qu’on hésite entre plusieurs options (allant de la ligne pas droite à la ligne vraiment mais vraiment pas droite du tout) et que si en plus je vous dis le chemin qu’on va prendre, on ne va pas le prendre. À la place, j’envoie un message à Jane, pour l’informer des nouveaux changements de plans, et voir si ça peut aller de paire avec une rencontre quelque part, sur la route. J’ai des envies de soleil et de désert, et ça, c’est plutôt dans le sud que ça se passe !
Les plans complètement chamboulés, on rentre tranquillement à l’appartement, histoire de fêter ça en regardant un film. Demain soir, on dort sur le bord de l’océan.
Petit mauvais plan, par contre, qui m’énerve un peu : si les phares arrières du van fonctionnent à nouveau, je découvre à la nuit tombée que les lumières du tableau de bord ne fonctionnent toujours pas, alors qu’elles devaient être réparées. Pas cool. Ça veut dire qu’il faut que je repasse au garage demain, et j’aime pas ça !
Burnout : Portland Decompression
Pas de surprise : la nuit a été mauvaise, comme prévu. Je me réveille fatigué, et un peu frustré à cause de ça. Mon plan initial était de dormir sur une aire d’autoroute, en même temps ; ça aurait été bruyant de toutes façons. Mais sans doute un peu moins quand même. Enfin… j’ai de la route à faire, et pas vraiment de raisons pour m’éterniser.
La route jusqu’à Portland, sous la pluie, est d’un magnifique sans intérêt. Enfin presque. J’ai découvert lors de mon dernier passage que pour encourager les gens à s’arrêter, on trouvait du café gratuit (et surtout du chocolat chaud gratuit) sur les aires de repos. Personnellement, le concept me plaît bien. Il y a même quelques biscuits. Je me reposerais donc deux fois en 80 kilomètres, à titre de prévention. On sait jamais après tout ! Mais bon ; à part les aires de repos, donc, et l’abrutis de première qui a failli me rentrer dedans, par derrière, alors qu’il faisait un dépassement par la droite d’une voiture situé en arrière de moi, une voie à gauche (c’est assez surprenant de voir soudainement apparaître dans son rétroviseur une voiture qui roule super rapidement, qui pile, qui commence à déraper, avant de reprendre le contrôle, réaccélérer, changer de file, et finalement doubler par la gauche ; ça valait bien un autre chocolat chaud pour les nerfs ! ) à part ça, donc, rien de bien passionnant jusqu’à Portland. Par contre, un excellent feeling, et la conviction que ça va être un événement mémorable.
Première constatation : le fait que l’on puisse commencer à entrer sur le site à 15h ne signifie pas qu’une horde gigantesque de gens va faire la file à cette heure là. Il pleuvote, il n’y a pas grand monde, et l’endroit où tout cela va avoir lieu est bien petit, mais très prometteur. Et puis le parking étant juste de l’autre côté de la rue (et accessoirement fait de tel sorte que je pourrais y dormir sans problème), j’ai ma maison à portée de main. D’ailleurs, je commencerais par plusieurs aller retour, entre le van et le site, voir si les choses évoluent. Les gens arrivent au compte goûte, mais étrangement, le sentiment d’être de retour à Black Rock City est là. Ne me demandez pas pourquoi, je n’en ai aucune idée. Contrairement à San Francisco, les gens ne sont pas déguisés ; ils sont en habits de tout les jours. Mais la pluie vient rajouter un peu de saleté (c’est peut être ça !) et puis l’aménagement temporaire du site saute aux yeux. On retrouve le côté « camp de réfugiés » de Burning Man. Ici, le mot d’ordre est clair. Rien de commercial, rien à vendre, pas d’argent. À marcher tout seul, à errer au hasard (le tour du site se fait en 4 minutes 22) je me retrouve rapidement à parler à une ou deux personnes.
Il y a une tente, avec un gars qui joue du violoncelle, version hautement et extrêmement expérimental. Et puis il y a une fille en train de dessiner sur une nappe, qui me fait un sourire adorable, alors que je sors de la tente, pour retourner faire un petit tour dans le van. Je lis un peu, range quelques affaires, prends mon temps. Il n’y a rien à faire, il n’y a pas grand monde, et pourtant j’adore l’atmosphère et la façon dont les lieux semblent vibrer. J’y replonge donc, avec le sourire. Mes pas me ramène sous la tente. La fille est toujours là, toujours en train de dessiner. J’attrape un feutre, je gribouille un « no dust, only happiness ». Je sais, je suis redondant, mais ça me plaît toujours. On commence à discuter. Elle s’appelle Danielle ; elle est originaire du Kansas, mais habite Portland depuis un an. Elle ne connaît pas grand monde en ville, et elle est venue seule, un peu au hasard. On se retrouve tout les deux bien content d’avoir finalement un peu de compagnie pour la soirée. Et puis elle est venue sans apporter de manteau. Comme j’en ai un deuxième, je lui propose. Elle accepte avec grand plaisir, et m’accompagne jusqu’au Pourquoi Pas ? pour le récupérer. La pluie commence à tomber un peu plus fort, du coup on reste un moment, bien au chaud à l’intérieur, à discuter. On fera, au final, plusieurs allers retours entre le van et le site, dépendant de la météo et de ce qui se passe.
Danielle a quitté sa job il y a deux semaines. Elle était tannée, elle n’aimait pas ça. À la place, elle joue de la guitare, et elle chante dans la rue, pour payer son loyer. Elle joue aussi de l’accordéon et du piano. Dans ce contexte, évidemment, difficile de ne pas parler musique. Un sujet sur lequel on se retrouve étrangement. Elle apprend aussi le jonglage contact (avec boule de verre) ; moi c’est le jonglage qui bouge qui m’intéresse. On rigole, on s’entend bien, on semble partager pas mal de choses. Mue par une idée soudaine, je lui demande si elle a de quoi de prévu la semaine qui s’en vient. Elle réfléchit un peu. Son emploi du temps est parfaitement vide. L’idée d’une balade en van dans le sud de l’Oregon lui plaît bien. Je lui parle des sources chaudes, du bus scolaire, de ces amis que je m’en vais retrouver. Je suis persuadé qu’elle fiterait parfaitement avec tout le monde, et Pourquoi Pas ? l’a prouvé : la place pour deux, ça ne manque pas.
Je me sens proche de Danielle. J’ai toujours été rapide pour m’attacher aux gens, pour me sentir proche des gens que je rencontre. Je me demande à quel point le fait de ne pas avoir vu mes « vrais » amis depuis plus de trois mois vient encore intensifier les choses. Mais au final, à force de discuter, on oublie petit à petit ce qui se passe en dehors du van. On fera quand même une dernière excursion, entre 23h et 1h, histoire de voir les performances des artistes de feu. À cause de la pluie, je ne ferais pas beaucoup de photos, mais j’ai quand même grand plaisir à regarder. Plus de plaisir, encore, à regarder les yeux émerveillés de Danielle, qui n’a pas autant l’habitude que moi de voir ce genre d’événements.
On écoute encore un peu de musique, mais il ne fait pas très chaud. On retourne une fois de plus se cacher dans le van, un grog à la main pour se réchauffer. On parle, on discute, on fait des plans. En fait, ce qui l’inquiète un peu, c’est comment revenir à Portland après les sources chaudes. Moi, ce qui m’inquiétait, c’était de devoir aller trop rapidement jusqu’au rendez-vous, et de ne pas pouvoir prendre assez de temps pour admirer le paysage. Je n’ai rien de prévu après les sources chaudes, je fais donc quelques ajustements dans ma tête. Je pensais partir dimanche (demain donc) ou lundi. En fait, ça arrange un peu Danielle si on part un peu plus tôt. Et ça m’arrange aussi, vu que je pourrais faire réparer les lumières du Pourquoi Pas ?. Comme Danielle peut m’héberger, le nouveau plan consistera finalement a partir seulement jeudi pour rejoindre le bus scolaire. Ça nous donne deux jours pour faire la route vers le sud rapidement, et plus de temps pour remonter jusqu’à Portland ensuite. De mon côté, ça voudrait dire qu’ensuite, je quitterais Portland pour Chicago. C’est logique, et ça se tient.
C’est bien connu. Le temps passe vite en charmante compagnie. Et on ne s’en rend pas compte. Je suis donc pas mal surpris, alors que je sors prendre l’air deux minutes à un moment, de voir qu’il fait quasiment jour dehors. Il est déjà 7h du matin. On discute quand même encore un peu, mais on finit par être raisonnable, à se taire, et à s’endormir bien au chaud à l’arrière du van.
Et la journée se termine
Essoufflé mais heureux, je reviens tranquillement au Pourquoi Pas ?. J’avais commencé à me dire que j’allais peut être faire une étape plus longue aujourd’hui, mais au final, entre la brasserie et la dune, la pause a été plus longue que prévue. Ce qui n’est pas du tout un problème. De toutes façons, je ne suis pas du tout en retard. J’ai même tout mon temps pour être à Portland vendredi soir. En fait, il reste encore un peu plus de deux heures avant que le soleil se couche, mais il semblerait qu’une randonnée sympa m’attende en embuscade au détour du chemin, et je devrais avoir le temps de la faire aujourd’hui, normalement.
Je roule tranquillement, quand je me rends compte que le paysage est relativement différent de d’habitude à côté de la route. Pas de champs, pas de forêts, pas de falaises, pas d’océan, mais une immense étendue de sable.
Ce n’est pas une plage ; ça n’est pas vraiment une dune non plus. En fait, je ne sais pas vraiment ce que c’est. Le contre jour empêche un peu d’apprécier la beauté de la chose. Mais si on regarde de l’autre côté de la route, on se retrouve à avoir le soleil dans le dos.
Et ça s’étale sur une surface relativement grande. Un panneau essaie d’expliquer un peu de quoi il s’agit, mais ça n’est pas très clair. Je traverse cette mini étendue sableuse, pour me retrouver à nouveau dans la forêt. J’entre alors dans le parc de Cap Lookout (le cap du Point de Vue donc). La route est jolie, et surtout il y a plein de petits endroits un peu tranquille sur le bord, où on peut garer facilement un van qui aurait envie de passer la nuit. Je n’aurais donc pas à me compliquer la vie pour trouver où dormir ce soir. J’aime ça.
Je me gare au début de la balade qui permet d’aller jusqu’au bout du cap. 8 kilomètres aller-retour, deux petites heures, et je peux même avoir le coucher du soleil.
La promenade est agréable, et offre quelques points de vue grandioses sur la côte sud. La côte nord, la suite de la route qui m’attend demain, n’apparaît en revanche qu’une seule fois.
J’arrive en effet un peu en avance sur le couché de soleil. Le cap est magnifique, mais un couché de soleil ne rendra pas grand chose. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a tout simplement que l’océan. Pas de premiers plans possibles. Je préfère donc rentrer, et profiter de l’éclairage du soleil couchant sur le chemin du retour pour refaire une ou deux photos.
Je remonte dans le Pourquoi Pas ? et roule un peu – pas longtemps – avant de trouver le petit coin tranquille où nous passerons la nuit. J’ai dépassé un point de vue qui semblait magnifique, donc je commencerais par rebrousser le chemin sur un ou deux kilomètres demain matin. Puis ensuite, direction le nord, à nouveau. Je devrais, à priori, arriver à la limite de l’Oregon dans la journée de demain. Il faudra alors que je me décide sur ce que je fais ensuite. J’ai deux trois options dans ma tête, on verra laquelle gagnera sur une décision de dernière minute.
Pourquoi Pas ? installé confortablement, je m’offre une petite fin de soirée classique, à faire des choses et d’autres sur mon ordi, en buvant un chocolat chaud. Le genre de choses qui fait toujours du bien. Depuis hier soir, le chauffage refuse à nouveau de marcher. Aucune idée de pourquoi il fait un caprice. Enfin, il ne fait pas si froid que ça, donc c’est pas grave. Je ne devrais pas me réveiller tout bleu demain matin.
La journée des autostoppeurs
Bonne nouvelle : cette nuit j’ai bien dormi. Très bien même. J’étais en effet dans un coin très tranquille, et le fait de ne pas entendre beaucoup de voitures est un plus agréable en ce moment !
Le programme du jour est simple : rouler jusqu’à Eugène. Ça représente un peu plus de 500 kilomètres, que j’ai bien l’intention de parcourir tranquillement, en admirant le paysage et en prenant mon temps.
Sauf qu’en même temps, le paysage dans les environs du lac Trinity n’est pas aussi beau que ce que j’imaginais. En fait, la route se contente de circuler entre les arbres, et on ne voit quasiment pas le lac. L’avantage, c,est que je ne m’arrête pas, je me contente d’avancer sans trop me poser de questions. J’arrive finalement à l’endroit où la route monte assez raide, et qui est annoncé depuis une trentaine de kilomètres, pour prévenir les véhicules avec remorque d’éviter de s’aventurer. Ça monte, en effet, rapidement, pour nous amener dans une nouvelle vallée, cette fois beaucoup plus intéressante.
Cette nouvelle vallée, plus habitée, est également plus sèche. Mais le relief est très clairement plus intéressant, et le paysage typique de certaines zones de la Californie. Et puis la route offre, à quelques reprises, des points de vue magnifique sur le mont Shasta ; une nouvelle montagne dans la liste des montagnes que je trouve magnifique. Et que j’espère bien monter un jour !
La route me ramène finalement à Yreka, où je fais une petite pause rapide au Wallmart, à la recherche d’huile à lampe, mais sans succès. Je reprends l’autoroute à l’échangeur où j’ai rencontré Mowgly. Sauf que cette fois, je continue vers le nord.
La 5, dans la région, est tout simplement magnifique. Elle monte et descend, au hasard des cols et des montagnes, et j’en profite autant que possible.
Si magnifique, d’ailleurs, qu’à un moment je décide de prendre une route secondaire, qui a la bonne idée de la longer, ce qui me permet de profiter d’autant plus du paysage. En fait, tout ça me permet de me rendre compte qu’une autoroute, ça n’est pas nécessairement horriblement laid dans un paysage. Certes, le paysage serait sans doute plus beau s’il n’y avait pas cet immense ruban de goudron. Mais en même temps, je trouve qu’elle s’intègre bien, et je viens même à me demander si elle est vraiment dérangeante.
À partir de là, par contre, la paysage devient de moins en moins intéressant. J’essaie à plusieurs reprises de quitter l’autoroute, mais sans que ça change grand chose. Je passe à côté de la ville d’Ashland, qui était l’objectif de Pixi. On m’en a parlé en bien. J’envisageais de m’arrêter brièvement, mais ça me paraît sans intérêt, vu depuis l’autoroute. Juste après, je passe à côté de Medford, où se rendait Robert. Une autre tentative de prendre une route plus intéressante me fait retourner à Grand Pass, tout aussi inintéressante la deuxième fois. Je réintègre l’autoroute à l’endroit même où j’avais déposé Erika et Alice. Et puis encore un peu plus loin, le prix de l’essence et la vacuité récurrente de mon réservoir me fait arrêter à l’endroit où j’avais déposé Pixi. Je trouve amusant de repasser dans tout ces endroits, sans même que ce soit programmé. J’aime ces clins d’oeil à mes péripéties passées. Le plus amusant, c’est que je n’ai quasiment pas emprunter une route sur laquelle j’avais déjà roulé. En prenant des petites parallèles, en faisant des petites boucles, en allant au hasard, j’arrive à trouver des itinéraires alternatifs.
J’arriverais finalement à Eugène vers 18h30, une paire d’heures avant ce que j’imaginais. Je vais quand même directement chez Caroline, la couchsurfeuse qui me prête un coin de parking pour la fin de semaine. Elle est un peu surprise de me voir arriver aussi tôt, d’autant qu’elle n’a pas fini les choses qu’elle avait à faire. Ce n’est pas vraiment un problème. J’ai beaucoup roulé aujourd’hui ; je pars me promener au hasard dans le quartier de l’université, histoire de me changer les idées.
Un vrai campus à l’américaine, où on retrouve même des résidences aux noms étranges (phi delta teta, epsylon khi, etc…). Me semble que je savais ce que ça voulait dire à une époque, et que j’ai oublié. Le campus est assez sympa, et les bâtiments bien éclairés. Je reste un peu surpris par le cimetière en plein milieu du campus, mais pourquoi pas…
Après une petite heure de balade, je retourne finalement chez Caroline. Petit souper rapide de macaronis au fromage, et puis on va prendre une bière, juste à côté, au Macminivil, ou quelque chose du genre. Les bières (je goûterais une stout et une IPA spéciale) ne sont pas mauvaise, mais reste très légère. On discute un peu ; on parle évidemment de voyages, de couchsurfings, de gens… c’est étrange… je n’avais pas fait de couchsurfing depuis Chicago. J’ai été hébergé chez plusieurs personnes depuis, mais c’était des rencontres par hasard, ou des amis d’amis. Ça fait bizarre de « redécouvrir » ce mode de voyage…
Il est un peu tard, on rentrera finalement se coucher. Ici, l’automne est très clairement installé, et la nuit est fraîche. Je découvre rassuré que le chauffage du Pourquoi Pas ?, qui semblait capricieux la dernière fois que j’avais tenté de l’utiliser, fonctionne très bien. Il n’empêche que je dormirais avec le gros sac de couchage ce soir !
Burning Man – Décompression
Et voilà… la date tant attendue est enfin là. Ça fait un paquet de temps que j’annonce à tout le monde que je vais avoir 30 ans le 10-10-10. C’est fait, j’ai trente ans. Je suis pareil, je n’ai pas changé. Enfin si, j’ai énormément changé en dedans, mais c’est la faute au voyage, pas à l’anniversaire. En même temps, j’ai commencé à avoir 30 ans hier. Grâce aux 9 heures de décalages que j’ai avec la France, j’ai reçu mon tout premier « joyeux anniversaire » la veille à 15h14. Une journée d’anniversaire qui dure 33 heures, c’est encore mieux !
Aujourd’hui, une seule chose à faire : aller à l’événement de décompression de Burning Man. C’est quoi un événement de décompression ? Bonne question… pas très facile à expliquer. En gros, c’est une façon de faire revivre l’esprit de la playa ; une façon pour les burners de ne pas rester trop longtemps dans la réalité, et de pouvoir déconnecter de temps à autre. C’est, tout simplement, une nouvelle excuse pour faire la fête. J’aurais donc réussi un triplet gagnant, vu que j’étais aussi à l’événement de précompression de Burning Man en juin. Pour information, vous pouvez relire le post relatif ici : http://sc.c-pp.biz/calivada/?p=201. J’ai eut, personnellement, beaucoup de plaisir à le relire, même si c’est très court, sachant ce qui s’est passé depuis. Je trouve d’autant plus amusant d’avoir assisté aux trois événements sans que ça ne soit prévu ou programmer. Je me suis retrouvé avec Fannie à San Francisco juste au bon moment. J’ai découvert quelques semaines après avoir quitté Montréal que je serais à nouveau au bon endroit au bon moment pour Burning Man. Et je devais fêter mon anniversaire à Montréal, avant de finalement changer d’avis, et revenir une fois de plus à San Francisco. Comme quoi ! Du coup, petite déception supplémentaire de ne pas avoir eut mon appareil photo pour le précompression. Ça aurait compléter parfaitement une possible exposition photo ! Enfin, pour tout ça, on verra bien.
On a commencé la journée tranquillement, avant de se décider à se préparer. Ça commençait à midi, mais on partira vers 14h environ, après une préparation minutieuse.
Et oui, je n’ai malheureusement plus les magnifiques lunettes de protection de Kelly, il faudra faire sans. Et puis le masque a souffert lors de la dernière soirée à Black Rock City, mais on fera avec également. Par contre, sachez que la poussière dans les cheveux, c’est de la vraie poussière de Black Rock City. Je me suis permis de repartir de là bas avec un petit sac souvenir, et j’en ai donc utilisé une partie pour un shampoing original.
Jane et Mowgly sont prêts également.
À nouveau un joli petit trio :
(La version précompression est là : http://sc.c-pp.biz/calivada/?p=80 )
Première constatation en arrivant : ce n’est pas qu’au milieu du désert que l’on doit faire une longue file d’attente ! On remonte donc une ligne de gens sur plusieurs coins de rue, un peu inquiet. Mais heureusement, ça avance vite. Je tente de négocier une entrée gratuite pour mon anniversaire, mais sans succès. Tant pis.
En regardant tout ces gens, il y a tout de suite quelque chose qui me perturbe. Ça ne prends pas longtemps avant que je comprenne : tout le monde est propre et bien soigné. Les gens ont sorti leurs plus beaux costumes, et il n’y a pas un grain de poussières. Pire encore, ils ont pris leur douche avant de venir, sont maquillés, arrangés… du coup, le sentiment n’est plus du tout le même. Et puis on n’est plus au milieu du désert. Les masques et les lunettes de protection ne sont plus nécessaire. Bref, l’ambiance « post apocalyptique » a complètement disparu, et je ne suis pas encore rentré sur le site que ça me manque déjà… trop de couleurs flash, pas assez de tons ternes et sales. Pas assez de gris, et de sable. Trop de violet.
Il y a très rapidement autre chose qui me dérange. Là encore, je mets le doigt dessus très rapidement. Tout les déchets qui recouvrent le sol. Bouteilles vides, emballages… si les gens font attention dans le désert, en pleine ville, c’est complètement différent. Et puis à force de déambuler et regarder les gens, je fais assez rapidement la distinction entre deux grandes catégories. Il y a ceux qui sont allés au moins une fois à Black Rock City, et qui viennent pour se souvenir et pour faire revivre la playa. Et il y a ceux pour qui c’est juste une occasion pour faire la fête, danser, boire et fumer. Mon petit doigt me dit qu’une bonne partie des saletés sur le sol provient de ce deuxième groupe de gens…
Le troisième point, enfin, qui me fatigue, c’est que l’argent est de retour. Il y a des stands où l’on peut acheter de la nourriture et de la boisson. Voir des prix, voir écrit « Redbull », même si je comprends bien que le concept de l’événement est différent, je trouve que ça ne marche pas. Du coup, alors que je marche dans un magnifique gazon bien vert, j’ai un coup de nostalgie. J’ai envie de poussières et de tempêtes de sable !
La première partie de l’événement restera quand même un moment bien agréable. On part tout les trois chacun de notre côté, et je me contenterais de déambuler, dans un sens puis dans l’autre. Je regarde les gens, je réfléchie, j’observe. J’écoute la musique. Je danse un peu à un moment, mais je n’ai pas vraiment la tête à ça. Et puis je fais quelques photos aussi.
Jane is back in Brötermeløn !
Je l’aurais attendu longtemps lui :
Il y a aussi un plan de la playa, avec différentes couleurs, pour dire si les occupants ont laissé la zone propre. La notre était parfaite, suite à un magnifique travail de nettoyage avant de partir ! Je reste aussi un petit moment à regarder la photo aérienne très haute résolution, prise de Black Rock City. Je l’avais déjà vu en ligne, mais imprimé, c’est vraiment impressionnant. Je vérifie, on voit le Pourquoi Pas ? sans problème. Il y a des posters à vendre, un peu plus petit, mais d’une résolution suffisante également. Je partirais donc avec un, en souvenir.
[Tout en haut, il y a un gros carré noir avec une croix rouge ; juste à côté à droite, c’est le camp dont je faisais parti. Dans le camp, il y a une structure assez grosse (là où étaient suspendus les hamacs). Juste au dessus de cette structure, deux rectangles (deux tentes). Au dessus de la tente de gauche, le rectangle, c’est Pourquoi Pas ?. Sur la version très haute résolution, on peut même voir le gris et le vert sur le moteur à l’avant. Sur mon poster aussi d’ailleurs]
À un moment, j’entends des gens chanter joyeux anniversaire. Je vais les voir, fais un câlin à la fêtée, en lui disant que moi aussi c’est ma fête. Et hop, j’ai même eut le droit à une tite chanson rien que pour moi !
J’ai eut le droit à un autre moment « fort », quand j’ai croisé la demoiselle à l’ombrelle (voir la série de photos « Traces » publiées à la fin de Burning Man). Je savais qu’elle était de la région de la Baie, mais sans plus de détails. Tout comme je savais que je n’avais aucun moyen de la contacter. Pourtant, elle était quand même une de mes raisons de venir… j’avais envie de la revoir. Elle a été très surprise ; après tout, venant de Montréal, c’était peu probable que je sois là. Surtout que je lui avais parlé un peu de mes plans, et que ça n’était pas du tout prévu. Bref… on n’a pas parlé longtemps ; elle était avec des amis, et avait, semble-t’il, pas mal de choses de prévues. Mais bon. L’important, pour moi, c’était juste de la revoir. Ça me rassure, une fois de plus. Ça me confirme que le monde est petit, et que l’on peut donc revoir les gens que l’on a envie de voir (confirmation dont j’ai quand même un peu besoin en ce moment). Juste par hasard. Ou avec un hasard à qui l’on force un peu la main quand même…
Et puis finalement, la deuxième partie de la soirée commence. Celle que, j’avoue, je commençais à attendre. Celle qui nécessite qu’il fasse nuit… il y a quelques oeuvres d’arts qui s’allument ou qui s’enflamment… et surtout, il y a plein de gens qui commencent à faire du feu. J’arrive au tout début, et me trouve un emplacement juste parfait. Et là, je me fais franchement plaisir. Difficile de demander mieux comme partie de fête !
Et puis pendant tout ce temps, pendant que je regarde et admire, les pensées se bousculent dans ma tête. Les questions et les réponses. La balance a changé : il y a désormais beaucoup plus de réponses que de questions. Je pense à peu prêt savoir où je m’en vais maintenant. Évidemment, il faudra que je revienne à Montréal et que je laisse toute la poussière retombée pour être sûr. Mais dans l’ensemble, ça se précise bien.
Finalement, le feu s’éteint. Un groupe de musique prend le relais, mais jouera pendant une petite demi heure. Malheureusement, on est dans une zone résidentielle, le couvre feu est à 22h30. Il y a bien des « after » à différents endroits, mais ça n’est pas plus inspirant que ça. On rentrera donc, fatigué et heureux. Trop fatigué pour moi. Je laisse les clés du Pourquoi Pas ? à Jane, et pour la première fois depuis 15000 kilomètres (l’étape a été franchie hier) je voyage dans le fauteuil du passager !
Mowgly
À un moment, je ne sais pas trop quand exactement, j’ai décidé de devenir extrêmement positif. De me dire que tout arrivait pour une certaine raison, et qu’il y avait toujours des conséquences positives à un événement négatif. Ça faisait parti des questions que je me suis posé alors que je roulais. Comment un tel réveil peut-il se transformer en quelque chose de positif ?
J’ai eut la réponse peu de temps après. Je me suis arrêté dans un Wallmart, le temps d’acheter une nappe orange et du gros scotch solide. Le choix de la couleur n’a pas été évident. Le vert m’inspirait quand même aussi, et le rose était des plus tentant.
Avec un gros marqueur noir, par contre, ça me fera une belle surface d’expression pour ajouter des choses plus tard.
Je quitte le Wallmart, prend l’entrée de l’autoroute, voit un autostoppeur, et m’arrête, bien évidemment. Il me reconnaît le premier. Faut dire que le van aide quand même pas mal ! Mowgly, que j’ai rencontré la fin de semaine passée, aux sources chaudes. Le groupe s’est éclaté après la rencontre, chacun partant de son côté. Après avoir rencontré Pixi, voir Mowgly me fait super plaisir.
Il s’en va à Redding, qui est sur mon chemin. Comme je lui dis, je n’avais pas prévu de m’arrêter là bas, c’est donc une excellente raison pour y aller. Mowgly est originaire du Mexique, mais il est venu vivre en Californie avec ses parents. Il voulait étudier, s’intégrer à la société comme il faudrait le faire normalement. Il a fait deux ans d’enseignement supérieur, avant de finalement tout laisser tomber suite à une série de coups du sort. Il rêve d’avoir une ferme à lui. Comme il dit, les connaissances dont il a besoin pour ça, il peut très bien les acquérir ailleurs qu’à l’école. Il a 21 ans, sur la route depuis un peu plus d’une année maintenant.
Le réveil de Bigfoot
J’ai toujours le même problème quand viens le moment de bloguer certains événements, vu que je suis conscient que j’ai quand même quelques lecteurs, et j’ai toujours peur qu’ils s’inquiètent pour moi. Et puis finalement, j’ai pris l’option d’absolument tout raconter. Comme ça, je suis sûr que personne n’imagine des choses pires. Même si des fois…
Tout ça pour dire que je dormais on ne peut plus tranquillement et confortablement à l’arrière du Pourquoi Pas ? quand j’ai été réveillé par un bruit. Le genre de bruit qui fait que je commence à être plus attentif à ce qui m’entoure, juste au cas où. Le bruit persistant, j’ai jeté un regard par la vitre arrière. Oui, il y a bien là une voiture en train de manoeuvrer. Est-ce un ranger venu me dire que je n’ai pas le droit d’être là ? Je continue de regarder, voir ce qu’il se passe. Si quelqu’un sort de la voiture pour venir par ici, j’aurais le temps de préparer des explications, des arguments, et tout le nécessaire. Le premier choc m’a surpris, mais je n’ai pas compris ce dont il s’agissait. En fait, j’ai eut l’impression que la porte arrière du van s’ouvrait. Du coup, j’ai poussé dessus pour vérifier, mais non, elle était bien fermée. Au deuxième choc, le pare brise arrière a volé en éclat. Mon réflexe a été très simple : sauter derrière le siège arrière, roulé en petite boule, persuadé que je me faisais tirer dessus. En même temps, c’est pas mal ce qui était en train d’arriver après tout… j’ai entendu la voiture partir.
Je me suis levé, j’ai ouvert tout les rideaux, j’ai mis le contact, et je suis parti. Non, pas du tout pour essayer de rattraper la voiture. Simplement que quand on se fait tirer dessus à 4h45 du matin, on n’a pas nécessairement envie de rester là où l’on était. Je savais que Happy Camp se trouvait à 22 miles. J’y suis donc allé, espérant trouvé un commissariat de police. Petite ville, sombre et obscure au milieu de la nuit, sans âme qui vive. Ça ne donne pas envie de s’arrêter. J’ai repris la route, sans m’arrêter, attendant que le jour se lève.
La noirceur a fini par partir. Moi, de mon côté, j’ai repris mes esprits petit à petit, cherchant quand même à essayer de comprendre ce qui m’est arrivé, sans succès.
L’une des pensées étranges qui m’a accompagné pendant que je roulais, c’était « il fait nuit, je suis en train de rater le paysage qui semble être magnifique, c’est dommage quand même ». Mais l’argument de prendre des photos n’a pas été suffisant, même si, une fois le soleil revenu, je me suis trouvé plus relaxe, et capable de m’arrêter un peu.
Et puis finalement, j’arrive à Yreka, la grande ville du coin. Je trouve une connexion internet, je trouve un post de police. Évidemment fermé, un samedi matin à 8h. Je tourne un peu en ville, m’arrête pour me renseigner pour faire remplacer la vitre arrière, mais toutes les places sont fermées pour la fin de semaine. Et puis finalement, une voiture de police passe sur la route et s’arrête. Je commence à expliquer la situation, un shérif s’en vient, je réexplique, je fais une « déposition » (il note les informations dans un petit carnet de papier). Ils sont six policiers à tourner en rond autour du van, regardant dedans, dehors, observant, posant plein de questions. Il n’y a aucun impact à l’intérieur. Pas de balle. Pas de projectile. Ce qui, à posteriori, est quand même pas mal rassurant : dans ma tête, ça passe de « des psychopathes essaient de me tuer au milieu de la nuit » à « des jeunes cons à moitié saouls ont décidé de s’amuser avec des pistolets à billes de plastiques ». En y repensant aussi, une vraie balle aurait éclaté le pare brise dès la première fois. Mais bon. Ça n’en reste pas moins une expérience très désagréable, que j’aimerais bien éviter de reproduire.
L’adrénaline retombe. Ça fait un moment que j’ai faim, et que je rêve d’un petit déjeuner dans un petit restaurant familial. Me semble que c’est mérité ! Alors je m’arrête chez « Chez Grand Maman ». Loin d’être exceptionnel, mais ça fini de me libérer de mes dernières tensions. Ouf !
La journée des cailloux troués
Ce matin, c’est très clairement l’automne. Le vent n’a pas arrêté de souffler pendant la nuit, apportant avec lui un magnifique amoncellement de nuages gris. J’ai l’impression que ça va être dur d’échapper à la pluie aujourd’hui.
Ce matin, j’avais un petit mot gentil sur mon pare brise. Du genre « n’oubliez pas de venir payer pour le camping. PS : j’ai noté votre numéro de plaque ». Ouais, bon, évidemment… au moins, c’est sympa, il m’a laissé dormir. Je n’ai plus d’argent liquide, mais il est possible de payer par carte visa. Je recopie donc les informations de ma carte, sans trop m’appliquer. Je sais, c’est petit. Mais en même temps, je sais pas pourquoi, aujourd’hui j’ai pas envie de payer. Autant, une fois de temps en temps ça ne me dérange pas, autant, cette fois, ça me tente pas. Bref, on verra bien…
Je fais un petit détour pour dire au-revoir au phare juste avant de partir (que je ne visiterais pas, parce que c’est payant, et que bon, il est joli, mais pas exceptionnel non plus), et je reprends la route, finalement sans m’arrêter pour visiter la maison (je sais que la visite est gratuite, elle, mais à matin, finalement, ça ne me tente plus, bon) !
Le ciel gris m’accompagnera toute la journée, et finira par me faire tomber ma première vraie pluie depuis Jasper (il y a une éternité). Je constate tristement que mon « no dust, only happy(i ?)ness » disparaît tranquillement pas vite… enfin, en même temps, ça fait du bein au Pourquoi Pas ? de se faire dépoussiéré un peu !
Comme on me l’avait annoncé, la côte de l’Oregon est vraiment très belle. En fait, j’essaie de comparer la Californie et l’Oregon dans ma tête depuis un moment. Quand je pense à la première, c’est l’adjectif « grandiose » qui me vient. Pour le deuxième, c’est « magnifique ». Pourtant, il me semble que je préfère l’Oregon, et ça devient difficile à expliquer. J’ai l’impression que la Californie, c’est quasiment rendu « trop ». Death Valley, c’est un désert hallucinant. Yosemite, c’est un parc complètement fuck top. San Francisco, c’est une ville tout simplement génial. En fait, ça me donne l’impression qu’on ne peut pas vraiment se « reposer » en Californie. Il y a toujours trop, beaucoup trop. C’est parfait pour un voyage de deux ou trois semaines. Mais pour plus, il me semble qu’à un moment on a besoin de s’arrêter, de se relaxer. Je passerais sans aucun problème 6 ou 7 jours à Crater Lake à ne rien faire. Je ferais la côte de l’Oregon en vélo, en m’arrêtant tout les 100 mètres. La côte Californienne, c’est une autre affaire. Les « Redwood Cove » et autres regroupements d’arbres gigantesques en Californie vous écrase, vous subjugue, vous transporte. Pas moyen de juste regarder. Il faut se poser des centaines de questions métaphysiques. Et puis il y a Eugène. Il faut que je retourne à Eugène. En Oregon, tout le monde me parle d’Eugène et/ou de Portland. Les deux petites villes géantes. La Californie, c’est surf, saut en parachute et escalade. L’Oregon, c’est promenade sur la plage, cerf-volant et randonnée.
La côte de l’Oregon, disais-je. Ses criques, ses petites falaises, et ses cailloux qui sortent de la mer. Ce matin, j’ai vu une baleine :
Mais si, regardez bien le rocher au milieu. On la dirait sortie tout droit des aventures de Pinochio !
Je commence la journée en roulant, et en me demandant bien jusqu’où ça va me mener. J’avance pendant un moment, jusqu’à me dire qu’il serait temps que j’arrête de rouler. Je pourrais, à la place, me garer dans un endroit qui me plaît, manger, pis travailler un peu. Oui, le contrat en standby depuis 3 mois vient de débloquer. Yééé !
L’endroit me plaît bien. Je passerais donc un bon moment dans le van, à travailler tranquillement, et à regarder la mer. Et puis finalement, quand j’estime en avoir fait assez, je me dis que quand même, quand on y pense, cette presqu’île mérite qu’on aille y faire un tour. Ça sera l’occasion de découvrir une magnifique petite grotte dans la montagne du bout. Le premier caillou troué de la journée.
Et puis pendant que je mangeais tranquillement au chaud, un couple au look bien sympathique ( comprendre « jeune dans la fin vingtaine, voyageant dans une vieille voiture immatriculée dans l’Oregon ») est parti se balader sur la plage. Je passerais juste après leur départ, là où ils ont laissé une très jolie création derrière eux, à base de plumes, de bois, et d’algues, dans un esprit qui, pour moi, est 100% côte ouest.
Moi, je me contenterais de faire des photos hyper originales et hautement conceptuelles :
Ils sont encore là quand je reviens au van. Mon message poussiéreux n’a pas encore totalement disparu, du coup ils me demandent si j’essaie de rentrer chez moi depuis Burning Man. D’un certains côté, c’est un peu ça… on discute 5 minutes. Ils sont de Eugène, évidemment.
Je reprends la route, pour m’arrêter un peu après dans un endroit que j’attendais impatiemment. Cape Sebastian. Bin ouais, après tout, des endroits qui portent mon nom, j’en connais pas beaucoup, et j’ai pas l’occasion d’en voir souvent. C’est sans doute magnifique sous un grand ciel bleu. En tout cas, je n’en doute pas. Mais j’avoue que sous la pluie les nuages et le brouillard, ça perd un peu en intérêt.
Un peu après, la route entre dans le « Samuel H. Boardman Scenic Corridor », un parc tout en longueur, qui suit une partie de la côte. Nommé en l’honneur du premier responsable des Parcs Régionaux de l’Oregon, qui en gros, a fait un travail de fou pendant 20 ans (1930-1950) pour protéger le plus d’endroits possibles. Ce corridor, c’est un peu l’achèvement de son oeuvre, et c’est vrai qu’il est magnifique. Des points de vue pour s’arrêter tout les 3 kilomètres pendant une quarantaine de kilomètres. C’est très clairement de la route qui ne se fait pas vite, et qui se déguste au rythme des nombreux arrêts. Je fais la course avec un couple de cyclistes (qui eux ne s’arrêtent pas). Ils vont très clairement plus vite que moi ! Je me répète, mais je trouve tout simplement magnifique ces gros cailloux qui débordent de partout. Et pour l’occasion, j’ai le droit à 4 ou 5 rochers percés, et à un double pont naturel.
Le corridor se termine sur un point de vue pour aller voir le pont Samuel H. Boardman. Encore une autre petite balade d’une petite dizaine de minutes, qui vous amène sur un autre point de vue magnifique. Je sais pas pourquoi, je m’attendais à un pont naturel ; en fait, non, c’est un pont en métal bien pas naturel. Joli quand même, et accessoirement le plus haut de l’Oregon (à peine une centaine de mètres). Bref, histoire de dire que je ne suis pas venu pour rien, je m’offre un petit pano.
Mon plan pour la journée, c’était de m’arrêter dans les environs de Brookings, à la frontière avec la Californie. Absolument rien à voir avec le fait qu’il y a là bas une micro-brasserie, évidemment. Alors que je suis en centre ville, une idée soudaine me traverse l’esprit. Je cherche « Fat Kids Kitchen » dans Google. Pas complètement par hasard : il s’agit du nom que se donne le groupe que j’ai rencontré en fin de semaine passée, et à qui c’était joint Tassa de façon temporaire. Bonne nouvelle, je tombe sur un blog, pas vraiment à jour, mais avec une page « À propos » qui explique le projet en arrière. J’avoue que ça me plaît bien. Il se promène partout dans les États Unis, en offrant de la nourriture aux gens. Plus de détails : http://fatkidskitchen.wordpress.com/about/ ; je n’en regrette qu’un peu plus de ne pas avoir proposé de les accompagner un peu plus longtemps. Enfin, mon petit doigt me dit que nos routes se recroiseront. Après tout, leur bus s’appelant le « Misses Yes », il paraîtrait logique qu’il fasse plus ample connaissance avec « Pourquoi Pas ? », non ?
Dans le centre ville de Brookings, il y a également un Fred Meyers. Ça, c’est une chaîne d’épicerie géante qu’on ne trouve, je pense, que dans l’Oregon. Déjà, les prix dans l’Oregon sont pas cher. Mais là dedans… bref, je me dis que c’est l’occasion de reremplir la réserve de nourriture de Pourquoi Pas ?. Ça aurait très bien pu attendre encore un peu, mais je me dis que mon moral étant aléatoire en ce moment, et la météo pourrie, avoir quelques stocks pourrait être une bonne idée. Et puis ça rassurera mes parents. Je craque donc pour deux petits steaks, de la bière, des tonnes de pâtes, de quoi refaire de la salade de boîtes, et aussi du chocolat chaud. Au point où j’en suis dans les caprices, je m’achète un booster Magic (très certainement le dernier, mais ça me fait rire encore un peu). Et puis un petit spécial pour le repas de ce soir.
Avec tout ça, je me dis que s’arrêter dans une brasserie n’est plus vraiment nécessaire. En plus, cette brasserie en particulier brasse à deux places différentes, et il y a des chances que je passe à la deuxième place demain alors bon… je reprends la route, et quitte l’Oregon, plus vite que prévu, et un peu déçu. Incertains de revenir prochainement. Je sais que mon plan initial est de descendre à San Francisco, et de remonter à Eugène ensuite. Ça me tente toujours. Mais en même temps, je pourrais continuer vers le sud de la Californie, là où il est possible de se baigner même en novembre, puis ensuite rejoindre l’Arizona et les zones désertiques histoires de me garder bien au chaud. En fait, je pense que je sais très clairement ce qui me fera décider pour un bord ou l’autre. Alors pour le moment, sachant que je ne prendrais aucune décision définitive avant au mieux lundi prochain, je me dis que je verrais bien. Les plans dernières minutes sont toujours les mieux.
J’ai regardé la carte pour optimiser ma route, et éviter de repasser trop souvent à des endroits « déjà vus ». En fait, le seul petit bout de route que je vais refaire demain, c’est celui que j’ai fait avec les deux auto-stoppeuses il y a quelques temps et où, du coup, je n’avais pas vraiment pris le temps de m’arrêter. C’est donc parfait !
Et puis je me trouve finalement un petit parc/camping. Ce soir, je suis d’humeur à payer. Si on toc à ma fenêtre, ou qu’on me met à mot, c’est sûr que je paie. Je gare Pourquoi Pas ?. Il fait nuit, mais les arbres aux environs ont l’air magnifique. Oui, pour vous aider à suivre, je suis de retour dans le « Redwood National Park ». Enfin je suis juste à la limite. J’y rerentrerais demain, sauf erreur de ma part.
Je m’installe, range la nourriture nouvellement achetée, et me fait mon petit repas à moi.
Bière, pain, fondue au fromage en boîte. Première fois que j’essaie. C’est un peu cher, mais ça n’est pas si pire, même si c’est loin de valoir un vrai mélange « secret de famille depuis 142 générations » comme on sait si bien faire par chez nous. N’empêche, ça fait du bien au moral qui allait déjà très bien !
La lumière du tableau de bord du Pourquoi Pas ? a décidé de ne plus fonctionner. La nuit, je ne sais plus à quelle vitesse je roule, ni si il me reste de l’essence. Demain, il faudra que je regarde si jamais ça ne pourrait pas être un fusible, ou un truc du genre, pis peut être que je serais capable de réparer moi même. Ou peut être que non. C’est pas très pratique, mais c’est moins grave que de ne plus avoir de freins (qui reviennent tranquillement pas vite, comme l’avait prédit le garagiste. Il est fort le garagiste !
Aujourd’hui, à 18h12, mon appareil photo a pris une photo sans me demander la permission.
Personnellement, je l’aime bien.
Et puis la petite fin de soirée relax dans le van, à écouter de la musique, en bloguant, en lisant et en écrivant, ça aussi je l’aime bien !






























































































































































































































































































