Archive for the ‘A few words on the road’ Category
Salamanca Market
Il y a deux choses qui semblent être particulièrement connues (et réputées) à Hobart. La brasserie Cascade, et le Salamanca Market. La brasserie, c’est parce qu’elle est la plus ancienne d’Australie. Aussi parce qu’elle se trouve dans un des plus vieux bâtiments de Hobart. Enfin, et c’est pour moi la seule raison vraiment valable, parce que leurs bières sont particulièrement excellentes. Je n’irais pas faire la visite. Je ne suis pas intéressé à payer pour visiter une brasserie ; j’en ai visité suffisamment gratuitement. Je ne suis pas non plus intéressé à payer pour une dégustation. Je préfère, si je dois payer, déguster à la bouteille. Une bière différente à chaque fois. D’ailleurs, tiens, je pourrais vous parler de la Stout, que l’on a partagé avec Michel. Car en plus d’être sympathique, Michel préfère les bières noires aux blondes ! Bref, la stout de chez Cascade, c’est une petite escapade au pays du chocolat. Aussi bien au niveau du parfum que de goût. Même si celui-ci évolue par la suite comme la plupart des stouts vers un goût plus orienté café. Il y a un très bon travail de torréfaction en arrière, et ça paraît. S’il fallait faire des comparaisons, j’irais sans doute voir du côté de la Pêché Mortelle, du Dieu du Ciel. En enlevant le côté vanillé, par contre, complètement absent dans le cas de la Cascade.
Mais je m’égare. Il me semble que je devais parler d’un marché, à la base. Le Salamanca Market, c’est tout les samedis. Et ce samedi là, il faisait particulièrement beau. Évidemment, j’éviterais ici d’évoquer trop longuement le 30 degrés des plus agréables et le ciel parfaitement bleu. Je ne voudrais pas froisser les lecteurs qui passent le mois de janvier dans le mauvais hémisphère. Bref… profitant de cet météo idyllique (parce que oui, des fois, vous savez, il fait trop chaud, ça en est presque pénible !) j’ai décidé de m’en aller découvrir ce célèbre marché. J’ai enfourché mon vélo (ou plutôt celui que Bernd me prête) et je me suis laissé descendre jusqu’au centre ville. Puis un peu plus loin. Et j’ai vagabondé entre les étalages.
Première constatation : ce marché est extrêmement sympathique. Relativement grand, avec beaucoup de choses à voir, et une ambiance agréable.
Deuxième constatation : mais en fait, il est comme tout les autres ! Ça m’a pris comme ça, soudainement, alors que je regardais l’étalage d’un artisan menuisier. Les planches à découper, en bois aussi divers que variés, sont magnifiques et parfaitement finies. Il y a aussi les reposes-plats, les couteaux à pain, des faux fruits en bois… je regarde tout ça, et j’ai soudainement l’impression de l’avoir vu des centaines de fois. Les étales se suivent et se ressemblent. D’un bout du monde à l’autre, j’ai le sentiment de revoir les mêmes objets, les mêmes idées. Il y a les stands un peu plus écolos, la pizza bio au feu de bois, les vendeurs de hot dog, la designer de mode, le stand de fudge, celui de bonbons. Et bien sûr, les jeunes musiciens, extrêmement talentueux, qui ravissent les oreilles des chinois et des français qui visitent le marché. Parce que des locaux, certes il y’en a, mais je n’ai pas l’impression qu’ils font la majorité.
Je ne dis pas que Salamanca ne me plait pas. Au contraire, j’ai eut énormément de plaisir à y prendre un bain de foule. À déambuler sans raison, d’un stand à l’autre. Regardant, avançant au hasard, m’énervant après ces madames qui ne font pas attention avec leur sac à main.
Quand on discutant avec Michel, il a dit une chose toute bête. Une chose toute simple, qui m’est resté. « Je ne voyage plus pour les paysages depuis longtemps ; je voyage pour les gens ». Il nous a expliqué qu’au bout d’un moment, les plages se ressemblent toutes. Les gens, eux, sont tous différents. Je reste un peu en désaccord avec lui. Non pas sur les gens, mais bien sur les paysages. En tant que photographe, j’ai l’impression de faire peut être plus attention à ce qui m’entoure. Je vais chercher dans les paysages ce qu’ils ont d’uniques à offrir. Il y a une infinité de paysages différents sur terre, et je ne pense pas avoir la chance de tous les voir un jour. Je sais bien que quand je commente une route, un paysage, je fais référence à l’Irlande, au Québec, à la France. Cette idée volonté de comparaisons, c’est plus une façon pour moi de créer des liens entre les voyages. De m’aider à comprendre ce que j’aime, ce qui me plait particulièrement, et ce pourquoi j’accroche moins. Je sais le genre de paysages qui me plait grâce à ça, et je vais le chercher. Il y a peut être aussi un projet photographique, pour l’instant très flou, en arrière. Oregon, Irlande, Québec, Tasmanie… tellement différents et semblables en même temps.
J’aime voyager pour découvrir l’immensité du monde et sa petitesse en même temps. Me rendre compte qu’à l’autre bout du monde, les choses sont à la fois différentes et semblables. Je trouve là dedans un côté rassurant.
Alors quand je me promène sur Salamanca Market, et que j’ai l’impression d’être à la fois le dimanche matin à Morestel et le samedi après midi à Eugène, je me sens bien. Et j’aime ça.
Remarkable Cave, Cape Raoul et les navigateurs suisses
Il y a beaucoup trop de choses à faire dans Tasman National Park. On veut toujours aller rendre visite à Raoul et son cap, mais comme la journée n’est pas encore trop avancée, on en profite pour faire un autre détour par Remarkable Cave en faisant une pause en chemin sur l’une des nombreuses magnifiques plages de la région pour manger.
Remarkable Cave est encore sur le même principe. Un caillou tombe, la mer creuse une grotte, la grotte s’effondre. Une fois de plus, c’est assez impressionnant. Mais ce qui m’impressionne le plus, personnellement, c’est la vue que l’on a depuis cet endroit !
Et puis finalement, après tout ces détours, nous voilà enfin au début de la randonnée pour Cape Raoul (que mes correctrices habituelles ne s’y trompent pas, en anglais, cap s’écrit cape). La balade annoncée est de 5 heures. 14 kilomètres aller-retour. Je regrette juste de ne pas avoir d’informations concernant le dénivelé. Enfin… il est 14h30 quand nous partons ; le soleil se couche vers 20h. On a donc de la marge, mais pas tant que ça. Alors une fois n’est pas coutume, on emmène nos lampes frontales. Juste au cas.
La balade commence tranquillement, dans une forêt aux arbres assez imposants. On n’en a pas encore vu beaucoup des gros en Tasmanie, une bonne partie ayant été rasée au cours des dernières décennies. Pour l’occasion, on admire et on profite de la douceur et de la quiétude des lieux. Et puis après une toute petite heure de marche, on débarque sur le bord de la falaise. L’océan se fait entendre, loin au dessous. Et là bas, tout là bas, on voit Cape Raoul qui nous attend. Une grande étendue verte et plate, qui semble annonciateur d’une promenade agréable dans la prairie.
On s’éloigne de la falaise le temps de perdre un peu d’altitude. De prairie, il n’y en aura aucune. De loin, ça ressemble beaucoup à de l’herbe. De prêt, se sont des arbustes plus ou moins haut. Le chemin n’est pas particulièrement bien entretenu. Il ne doit pas y avoir beaucoup de monde qui font ce circuit. On se frotte régulièrement sur des branches et sur des herbes. Avoir su, j’aurais plutôt mis un pantalon. Ça fini par irriter les jambes à la longue !
Les paysages sont magnifiques une fois de plus. Les points de vue sur les falaises changent régulièrement, offrant à chaque fois de nouvelles choses à découvrir. Il paraissait beaucoup moins loin le cap du sommet de la falaise. Mais il nous faudra un peu plus de deux heures et demi pour le rejoindre. On passe un moment à regarder, à prendre des photos. On n’a croisé personne. L’humain le plus proche, si on omet le bateau en contrebas, est relativement loin. Je jalouse d’ailleurs le gars (ou la madame) sur le bateau. La vue sur les falaises doit aussi être superbe. J’aimerais trouver une solution pour revenir ici en voilier. Admirer les falaises depuis en bas.
Le soleil commence à décliner, mais nous avons tout notre temps pour rentrer. En fait, la lumière est juste parfaite. Un léger brouillard, quelques nuages, un soleil couchant. Lumière parfaite, photo parfaite. Une bonne occasion pour changer la photo d’entête du blog tiens !
Le retour est un peu long est pénible. Ni Iris ni moi n’aimons les randonnées aller-retour. On préfère les boucles. On les allers simples. La dernière heure est relativement lourde sur les jambes. Il y a quand même un certains dénivelé, et on a une matinée quand même assez active derrière nous, ce qui n’aide pas non plus ! Mais on arrive finalement à la voiture. Heureux de ce que l’on a vu. On a mis exactement cinq heures. Ce sont des heures très bien investies !
On hésite un tout petit peu sur la suite du programme, mais Iris a très envie de dormir sur le bord de l’eau. Il y a un gars, tout seul avec son van, en train de s’installer pour la nuit sur le parking. Je me dis que ça pourrait être sympa de passer la soirée avec lui. On le regarde tout les deux avec un grand sourire. Il ne sourit même pas en retour. Bon, finalement il n’est peut être pas si sympa que ça. On prendra l’option sur le bord de l’eau. Je me rappelle le petit chemin que l’on avait repéré pour la veille. Ça ira très bien pour ce soir. On remonte dans la voiture. Je pense aux diables de Tasmanie et aux kangourous qui, alors que le soleil commence à se coucher, m’attendent sûrement à la sortie d’un virage. Je roule donc assez tranquillement.
Quand on arrive finalement sur notre petit chemin, il y a déjà un van de garé. En même temps, il y a largement la place pour une voiture et une tente supplémentaire. Mais bon, la moindre des corrections, c’est quand même de demandé. Il y a un couple, dans la soixantaine, en train de discuter. Ils ont l’air sympathiques et parlent français. On commence à discuter un peu. On accroche tout de suite. Le plus dur, en fait, au début, c’est surtout de gérer la discussion en profitant au maximum du spectacle que nous offre le soleil. Il s’en donne à coeur joie !
Ils ‘appellent Michel et Marie-Anne, et sont suisses. Quand ils nous expliquent qu’ils voyagent en bateau, je n’ose pas leur demander comment ils ont quitté le Lac Léman… on discute pendant plusieurs heures. Iris a eut la bonne idée d’acheter quelques bières en début d’après midi, on a donc ce qu’il faut pour partager. En retour, on a le droit à un peu de vin et de fromage.
On écoute Michel parler ; on l’interrompt un tout petit peu de temps en temps, mais c’est rarement nécessaire. Il nous parle de leurs voyages en bateau. De partout où ils sont allés. Du plaisir qu’ils ont eut à découvrir Vanuatu. Leurs échanges avec les gens. Ils sont enseignants à la retraite. Mais voyage depuis une bonne vingtaine d’années, toujours en bateau. Michel nous explique qu’à l’époque, un mois de salaire suisse leur permettait de vivre une année à bord. De quoi rêver un peu.
En ce moment, leur bateau est à Brisbane. Ils ont décidé qu’ils voulaient voir la Tasmanie, mais ne pouvaient pas descendre aussi au sud, bien que je n’ai pas compris pourquoi. Ils sont là pour deux semaines, avant de retourner à Brisbane. Ensuite ? En avril, ils continuent vers Darwin, en faisant un détour par la grande barrière de corail, puis monte vers Bali et Komodo. Tout cela nous fait rêver. Comme on s’entend super bien avec eux, on propose de garder contact. L’invitation à garder contact semble aussi une invitation à venir passer quelques jours à bord. Deux semaines avec eux dans le coin de Brisbane et de la grande barrière, ça fait un peu beaucoup rêver. On imagine, on se projette…
Quand on partira le lendemain matin, ils dorment encore. On leur laisse donc nos coordonnées sur une feuille de papier, bien protégé du vent sur une pierre. On espère qu’ils nous recontacteront. Parce que je n’hésiterais pas une seconde à avoir l’audace d’essayer de m’inviter quelques temps sur le bateau. On peut toujours rêver, non ?
Tasmanian Devils Conservation Park: Kangourous, Oiseaux et diables de Tasmanie
La nuit s’est très bien passée. Personne n’est venue frappée à la toile de la tente, et j’ai juste était réveillé à un moment par le cri ridicule d’un diable de Tasmanie. Il est encore tôt, on a donc tout le temps voulu pour visiter le centre de conservation du diable de Tasmanie. On fait donc assez rapidement les douze kilomètres retour jusqu’à la route principale, puis les quelques kilomètres supplémentaires qui nous séparent. Le timing est parfait : on arrive juste à temps pour la distribution de nourriture au diable. Le montant du billet est, comme partout en Australie, relativement exagéré. Mais si l’on considère que ce sera probablement le seul parc du style que nous ferons, et sans doute la seule occasion de voir des diables, ça reste quand même raisonnable.
Le diable de Tasmanie ne court pas très rapidement. Il ne peut pas monter dans les arbres et n’est pas très intelligent. Il n’est pas très grand non plus. Il a un cri ridicule, et il sent particulièrement mauvais. Heureusement pour lui, c’est un charognard. Donc en général, ces proies ne lui posent pas trop de problèmes. Son principal prédateur est la voiture qui roule trop vite la nuit : en temps que charognard, la plupart de sa nourriture est constitué de cadavres sur le bord des routes. Trop souvent, il en devient un lui même. Le diable est en voie de disparition. Trop de changements dans son habitat naturel, mais surtout, l’arrivée il y a quelques années d’un genre de cancer qui touche plus des deux tiers de la population. Mortel est relativement contagieux il fait des ravages. Les tasmaniens savent bien que le diable est l’un de leurs emblèmes. Sans lui, le pays a toujours énormément à offrir, certes ; mais j’ai quand même fortement l’impression que les tasmaniens sont très proches de la nature, et conscient de l’importance de préserver leur diable, pas seulement pour faire plaisir aux touristes.
Le Tasmanian Devils Conservation Park est l’un de ces endroits où l’on essaie de l’étudier un peu, mais surtout de le faire mieux connaître par le grand public. Et comme le diable ça ne suffit pas, on rajoute quelques jolis oiseaux, et des kangourous. On y passe une paire d’heures des plus agréables, à errer d’un endroit à l’autre. À regarder les diables et taquiner les kangourous. On a un programme bien chargé aujourd’hui, mais ça ne nous empêche pas d’en profiter un peu !
Tessellated Pavement, Blowhole, Tasman Arch, Devils Kitchen, Patersons Arch, Waterfall Bay, Fortescue Bay
Et tout ça en une après midi. C’est ce que l’on appelle un programme bien chargé !
Mais commençons par le commencement. Pour se rendre sur la péninsule de Tasman, il faut d’abord traverser une première péninsule, dont je ne connais pas le nom, mais qui offre quelques beaux paysages, qui sont parfaits pour se mettre en bouche. On commence à s’habituer aux magnifiques plages tasmaniennes, mais on ne s’en lasse pas. Surtout quand à marée basse on peut presque marcher sur l’eau tellement il y en a peu profond.
La route nous emmène ensuite à Eaglehawk Neck, petit village qui permet d’admirer la magnifique Pirates Bay. C’est sur le bord de cette baie que se trouve Tessellated Pavement. Une intéressante formation géologique, relativement régulière qui donne presque l’impression que la plage est carrelée.
De là, on quitte la route principale, pour s’éloigner vers le Blowhole et Fossile Bay. Il semblerait que les côtes de la péninsule de Tasman regorge de lieu de ce genre : l’eau érode tranquillement la falaise. À un moment, un gros caillou s’effondre, créant un point de faiblesse ; la mer creuse alors de plus en plus profond, créant une grotte, qui finira par s’effondrer. Le Blowhole en est le premier exemple.
En réalité, comme vous pouvez le voir, ce n’est pas vraiment un blowhole ; les blowhole étant des geysers qui soufflent uniquement à cause de la pression des vagues. Là, il s’agit simplement d’une petite grotte marine.
En s’éloignant encore un peu, on arrive à la Tasman Arch. J’avais lu le nom, le site internet de Tasman National Park disait qu’il fallait y aller, mais je ne savais pas à quoi m’attendre. Personnellement, à chaque fois que j’entends « Arche » je pense désormais au sud de l’Utah. Tasman Arch n’a rien à voir. Ça ne l’en rend pas moins impressionnante.
De là, on accède ensuite à la Devils Kitchen, mais surtout à un point de vue sur la côte. Nous ne sommes plus en Irlande ou en Gaspésie. Ni le cap Forillon si les Cliffs of Moher ne font le poids. Et quand en plus les nuages participent aussi pour ajouter du mystère à l’ensemble, il ne reste plus grand chose à faire au touriste, à part rester sans voix.
Enfin… la journée est encore jeune, et on a quand même un peu envie de marcher. On décide donc d’abandonner la voiture le temps d’une petite balade qui nous prendra une heure et demi environ. Elle nous fera longer la côte pour nous emmener à Waterfall Bay. Peu d’efforts, mais encore et toujours des points de vue grandioses, un aperçu sur Patersons Arch (une cousine de Tasman Arch) et en cadeau bonus, la visite de deux Wallabies. On en redemande !
En fait, cette balade peut se prolonger. Pendant des heures, et des heures et des jours. Il y a une randonnée qui, partant d’ici, vous emmène jusqu’à Cape Pillar, beaucoup beaucoup plus loin. Il faut, en fait, compter 6 jours aller-retour pour la faire. Il y a aussi une option plus courte, qui commence un peu plus loin, et qui ne demande que trois jours aller-retour. Tout cela me travaille, et me fait rêver. Même si, en même temps, je préférerais une boucle. Ou un aller simple avec quelqu’un qui me récupèrerait à l’arrivée. Peut être ailleurs ; peut être une autre fois.
Il est 18h passé quand nous revenons à la voiture. On n’a pas d’autres plans pour la suite, si ce n’est trouver un endroit ou planter notre tente. On décide donc de reprendre la voiture, et de rouler en direction de port Arthur, en regardant si l’on trouve un endroit qui nous inspire. On repère assez rapidement un premier petit chemin bien tranquille, que l’on se met de côté dans un coin de la tête. Un peu après, il y en a un deuxième tout aussi inspirant. Puis on passe devant le Tasmanian Devils Conservation Park. On l’avait déjà repéré lui aussi. C’est un grand parc, principalement axé sur le diable de Tasmanie. On se le garde lui aussi dans un coin de la tête, parce que l’on sait bien que voir un diable de Tasmanie en liberté, c’est loin d’être donné à n’importe qui. Il est plus probable de les voir mort sur le bord de la route, ce qui nous intéresse forcément beaucoup moins. On se dit que ça pourrait être une belle façon de commencer la journée du lendemain.
Et puis il y a ce panneau à gauche, qui indique Fortescue Bay à 12 kilomètres. On aurait pu y marcher en 7h depuis Waterfall Bay ; y aller en voiture, c’est forcément moins impressionnant. Mais comme il y a un camping là bas, ça paraît être une très bonne option. Douze kilomètres de chemin de terre ; je m’attends à un truc plutôt désert et tranquille à l’arrivée. On sera assez surpris de débarquer au milieu d’un camping relativement peuplé. En fait, le camping est en deux parties. La première, ce sont les jeunes qui font la fête ; la deuxième, se sont les familles avec les enfants qui courent dans tout les sens en hurlant. On regarde partout pour payer… les bureaux sont fermés ; c’est de l’inscription volontaire. On va rester sur notre optique réduction des coûts. On verra bien ce qui se passera… on décide de prendre une chance.
On monte la tente, généreusement fournie par Bernd. On s’installe dans la partie famille. C’est la vue qui l’a emporté au final.
Et moi, chaque fois que je regarde ce bateau, dans cette baie, je ne sais pas pourquoi, mais j’ai l’impression de me retrouver dans « Vieux Chagrin », de Jacques Poulin. La baie ne ressemble pas vraiment au fleuve St Laurent. Mais ce bateau, ancré tout seul pas très loin du rivage, avec personne à son bord… je m’imagine le rejoindre à la nage, tenant mes vêtements et une bouteille de champagne à bout de bras, au dessus de l’eau…
Tasman National Park
Au début, on devait partir en stop, monter sur un ferry, et faire Maria Island. Mais Iris a quelques contraintes d’horaires pour jeudi, et on décide de garder cette option pour plus tard. À la place, on s’offre un petit plaisir. On loue une voiture. Une vraie voiture. Sans aucune contrainte. Avec des gens qui ont un vrai service à la clientèle polie et agréable. Et on décolle le mercredi midi, en direction du Tasman National Park.
Abel Tasman est un explorateur hollandais, qui a la particularité d’être mort le 10 octobre 1659. J’aurais donc pu être sa réincarnation, à quelques années prêt. Il a aussi, vous l’avez deviné, donner son nom à la Tasmanie étant le premier européen à en apercevoir les côtes. Et il a aussi le droit à un parc national en son nom. Pas très loin de Hobart.
Les parcs nationaux, ça ne manque pas vraiment en Tasmanie, que l’on appelle d’ailleurs parfois « l’État Naturel » et « l’île de l’inspiration » (plus du tiers de l’île est considéré parc naturel ou zone protégée). On a donc du pain sur la planche si on veut faire tout les parcs !
Le ciel est bleu, la route est belle, on s’arrête régulièrement, fidèle à nos habitudes. Quand à moi, je redécouvre le plaisir de conduire une vraie voiture toute simple et toute normale !
Mes petits chinois…
Aujourd’hui, j’ai traumatisé mes deux petits chinois, en préparant des nouilles instantanées. C’est que eux, ils les mangent en soupe. Honnêtement, en soupe je trouve ça horriblement moyen. Du coup, quand les nouilles ont fini de cuire, j’ai jeté l’eau de cuisson dans l’évier, comme je fais d’habitude. Ils ont été horriblement surpris les pauvres. Du coup, on a mangé des nouilles sèches à la place. Et bin je continue à trouver ça meilleur. D’ailleurs, soit dit en passant, les nouilles instantanés (ramen) sont bien meilleures en Australie qu’en France ou au Québec !
C’est assez amusant de vivre au quotidien avec deux chinois. Je me sens à la limite dépaysé. Quand Bernt n’est pas là, Fanfan s’occupe des repas. Karvin, lui, ne fait pas grand chose. Un peu le rôle du mâle qui se fait dorloter. À table, c’est très clairement du chacun pour soit. Vous vous servez, les portions que vous voulez, sans vous poser de question sur ce que veulent ou ne veulent pas les autres. J’ai proposé à plusieurs reprises de faire le service, mais à chaque fois ça semble les gêner plus qu’autre chose. Surtout Fanfan, une fois de plus, qui préfère baisser les yeux, et dire non merci puis se servir elle même. Pas qu’elle soit timide avec moi ou particulièrement gênée. On rigole bien, on discute, on échange… elle a un bon niveau en français (meilleur qu’en anglais) et veut continuer à pratiquer. C’est bien agréable. Par contre, il y a toujours une certaine retenue dans les échanges. Et puis Bernt me l’a confirmé : ils sont extrêmement polis ; ils ne demandent pas quand ils ont besoin de quelque chose, ils attendent. Ils ne disent pas quand ils n’ont pas compris, se contentant de hocher la tête. Et ils ne disent jamais non… un peu problématique aussi, vu que je travaille souvent avec Karvin, et que j’ai l’impression qu’il se sent obliger d’aller au même rythme que moi. À priori, il était bien moins efficace avant que j’arrive.
Grâce à Fanfan, j’ai réussi à apprendre deux mots en chinois. Pas trois. Juste deux. Merci et de rien. C’est un bon début. Je prononce ça un peu n’importe comment (c’était prévisible !) mais ça semble quand même compréhensible.
Et puis entre le moment où j’ai commencé à écrire ce post et le moment où je le termine, plusieurs jours se sont passés. Je me suis beaucoup rapproché d’eux deux. En discutant un peu plus avec eux, j’ai compris qu’il fallait que j’arrête de les considérer comme chinois. Elle vient de Taïwan et revendique très clairement l’indépendance de l’île ; lui vient de Hong Kong et refuse de se considérer comme faisant parti de la grande république populaire.
Travailler avec quelqu’un, ça rapproche forcément. J’ai surtout travaillé un peu avec Karvin, mais j’ai quand même fait deux trois petites choses avec Fanfan aussi. Elle adore faire du pain par exemple. Sauf que faire du pain, c’est utiliser la machine de Bernt qui fait tout tout seul. Comme elle n’a jamais fait de pain à la main, on s’est fait une soirée pizza, qu’elle est l’occasion de s’essayer au pétrissage !
Du coup, quand ils sont partis, ça m’a quand même fait un petit quelque chose. J’avais discuté un peu avec Fanfan des contacts physiques entre les gens. À Taïwan, les gens ne sont pas du tout démonstratif, et pas vraiment tactile. Les couples ne se touchent pas tant que ça ; les filles se promènent parfois bras dessus bras dessous… mais c’est à peu prêt tout. Il n’empêche que j’ai eut le droit à deux gros câlins quand ils sont partis, et que ça m’a fait du bien !
Iris m’a rejoint à Hobart. Pendant que Fanfan et Karvin louent une voiture pour une dizaine de jours pour faire le tour de la Tasmanie (j’ai donc bon espoir de les revoir quand ils repasseront à Hobart), nous on loue une voiture pour deux jours, pour aller découvrir Tasman National Park.
Retour à Hobart… en stop.
« Tu verras, le stop en Tasmanie, c’est facile ». La dernière fois que l’on m’a dit que le stop était facile quelque part, je me suis retrouvé à faire du camping à côté d’une station de pompiers, incapable de traverser l’île de Vancouver en une journée. Du coup, je me méfiais à l’idée de traverser la Tasmanie en stop.
Hold on ! C’est quoi cette histoire de traverser la Tasmanie en stop… aux dernières nouvelles, j’étais chez Sarah avec Iris. Je ne m’éterniserais pas sur les raisons en arrière de mon départ plus rapide que prévu. Elles sont nombreuses et complexes. Bref ; changement de mission Helpx, je rejoins Bernt, à Hobart. Lui aussi m’a garanti que le stop fonctionnait super ben en Tasmanie, qu’on pouvait aller n’importe où en l’espace d’une journée. Je me suis méfié quand même. Je lui ai dit que j’arriverais sans doute en fin d’après midi ou en début de soirée.
Sarah m’a déposé vers 9h50 à la sortie de Hobart. C’est peut être une hippie, mais à priori, elle n’aime pas le stop. Elle voulait rester jusqu’à ce qu’une voiture s’arrête pour noter la plaque d’immatriculation pour des raisons de sécurité… je lui ai dit que ce n’était pas la peine. Je lui ai promis de texter à Bernt les plaques de toutes les voitures qui s’arrêteraient. J’ai menti. Je ne l’ai pas fait. Ça me tentait juste pas. J’ai plus de chances de survivre à la traversée de la Tasmanie en stop qu’à un vol Lombok-Bali je pense.
Armé de mon pessimisme mais de mon plus beau sourire, j’attends tranquillement et compte les voitures. Il se passera une quinzaine de minutes avant que la première s’arrête. Le conducteur s’excusera de ne pouvoir m’avancer que d’une dizaine de kilomètres, mais personnellement, ça ne me dérange pas. Chaque petit bout de grapillé un et bout en moins à faire. Deux minutes après qu’il m’ait déposé, j’ai à peine eut le temps de me remettre sur le bord de la route, une autre voiture s’arrête. Un grand père en descend, et me demande si je n’ai pas de fusil ni de couteau, ou si j’ai l’intention de l’attaquer. Je le rassure sur mes bonnes intentions et embarque. C’est un couple de personnes âgées, tout mignon, agréable et sympathique. Eux me font aussi faire un petit saut de puce. Un autre dix minutes d’attente avant de me faire embarquer pour une demi heure. Jeune chauffeur, avec qui l’échange se fait bien ; je n’ai aucun problème de compréhension, et on discute de tout et de rien. Il me dépose à l’embranchement qui, selon moi, sera la partie la plus difficile du trajet. À gauche, la route va à Launceston, la deuxième plus grande ville de Tasmanie. À droite, à Perth, une petite ville sur la route entre Launceston et Hobart. J’hésitais un peu à aller jusqu’à Launceston et repartir vers le sud. Détour, certes, mais route plus fréquentée. Et puis finalement, j’ai décidé de prendre le chemin le plus court. J’attendrais une bonne quinzaine de minutes, je pense, avant qu’une voiture m’amène jusqu’à Perth. Le chauffeur me dépose à un endroit parfait. Sur la route principale, juste en face d’une station service. Le temps passe… j’ai découvert sur l’île de Vancouver que restait statique en faisant du stop ne fait que donner l’impression que le temps passe plus lentement. Alors je souris, je fais des signes aux gens, je discute avec les passants, et je tente même ma chance avec les voitures venant de l’autre direction. La prochaine fois, je pense que je ferais une pancarte « c’est pas beau par là bas, faites demi tour » ou un truc du genre. Et puis finalement, après une attente particulièrement longue (que je chiffrerais à 30-40 minutes, ce qui est donc quand même très raisonnable) une petite voiture rouge s’arrête. Une maman et sa fille. Adorables.
Il y a quand même quelque chose que je ne comprends pas et qui me rend perplexe. Toutes les voitures qui s’arrêtent, toutes les personnes qui m’embarquent, s’excusent. De ne pas aller jusqu’au bout, de ne pas avoir une voiture très rangé, de ne pouvoir m’avancer que de dix minutes. Pourtant, chaque voiture qui s’arrête, je suis extrêmement reconnaissant ! Et je leur fais savoir. J’ai plaisir à discuter avec tout ces gens, à leur sourire, à être enthouisaste. C’est vrai que faire du stop, ça donne l’impression de faire tout de suite partie de la communauté des stopeurs. Et dans ce contexte, l’idéal c’est de donner la meilleure image possible. Pour donner aux gens qui s’arrêtent des raisons de continuer à s’arrêter.
La charmante maman et la fille vont jusqu’à Hobart. Longue ballade donc. Et longues discussions vraiment agréables tout au long de la route. Sur des banalités au début (combien de temps je suis en Australie, qu’est-ce que je fais en Tasmanie, etc…). Avant de dériver tranquillement pas vite. Elle m’a expliqué qu’elle faisait une thèse de journalisme sur « comment les médias australiens perçoivent-ils le Rwanda comparé à comment le Rwanda aimerait être vu ». Ses explications et tout le reste rendent la chose encore plus intéressantes.
Bref, une magnifique petite dernière balade. Quand elle me demande dans quel quartier je vais à Hobart, comme ce n’est pas très loin de chez elle, elle propose même de me déposer devant la porte. Difficile de faire plus sympathique je trouve !
J’arriverais finalement chez Bernt à 15h. 5h10 de route, pour un trajet qui prend 3h30 en voiture. 280 kms. Ça fait quand même une belle moyenne je trouve. Ça me confirme dans mon intention d’utiliser le stop le plus possible dans nos prochains déplacement intra-tasmanien.
Il n’y a personne chez Bernt pour le moment. Je cache mon sac à dos sous un arbre, comme convenu, et part faire mes premiers pas aléatoires dans Hobart. Enfin presque aléatoire ; la charmante demoiselle m’a indiqué comment me rendre sur Elizabeth Street, une rue assez vivante pas très loin d’ici.
Dove Lake, dans les Cradle Mountains
La vie chez Sarah, si on omet l’italienne, est quand même assez agréable. On serait juste vraiment super bien si nous étions les seuls helpers… mais bon… Jeudi, Sarah nous a prévenu que le lendemain, son petit ami venait nous rendre visite. Il s’appelle David, et vient d’Hobart. C’est amusant, parce qu’elle se transforme en petite fille toute excitée, qui attend son petit ami avec impatience. Le vendredi se déroule assez tranquillement, au rythme de Sarah qui se prépare pour l’accueillir. Quand il arrivera finalement, directement à la sortie du travail à Hobart, tout le monde est dans la cuisine en train de finaliser le repas. Il est enthousiasme, souriant, des plus sympathiques. Le premier contact se passe super bien. De même que le deuxième.
Nous aurons notre fin de semaine tranquille, pour que tout le monde profite de la présence de David, et d’une deuxième voiture. Et oui, c’est bien beau d’accueillir tout ce beau monde, mais à six, on ne peut pas se contenter d’une seule voiture. Au programme du samedi, donc, une promenade dans les Cradle Mountains, autour du lac Dove. Si vous cherchez Cradle Mountains dans google image, à peu prêt tout les résultats vous montreront la même chose :

Y’a pas à dire, c’est quand même assez joli. En voiture, ça prend une quarantaine de minutes pour se rendre. Il y a un parking à l’accueil, et un parking tout au début de la balade, mais celui-ci est pas mal souvent plein. La solution rationnelle me paraissait de s’arrêter à l’accueil et de sauter dans la navette gratuite qui passe très régulièrement. Mais Sarah préfère que l’on aille se garer en voiture le plus proche possible. Les écolos continuent de me fasciner dans certains de leurs comportements…
Un groupe de sept personnes, ça ne devient pas très évident à faire bouger. Entre ceux qui ont froid et qui veulent aller vite, ceux qui veulent faire leur photo, et l’italienne que l’on aimerait bien voir marcher 150 mètres devant… c’est d’ailleurs ce qu’on laisse faire tranquillement. On marche un peu plus lentement. On se laisse distancer. Une fois de plus, on se coupe du groupe, mais c’est ça ou avoir une noyade sur la conscience. Il ne faut pas noyer les vieilles italiennes frustrées de 37 ans. Ça ne se fait pas.On attrape quelques brides d’informations de temps en temps, à droite à gauche, quand on rattrape le groupe, qui profite d’un point de vue intéressant, ou parce que Sarah voulait absolument nous dire un truc. Je n’aime pas particulièrement marcher comme ça. Surtout quand au tout début Sarah nous explique qu’elle va nous montrer où elle aime faire des photos. J’avoue avoir énormément de mal avec le « mettez vous là, et faites la photo par là bas » « ah, et puis moi j’aime bien rajouter ce petit arbre là, au premier plan ». Il faut croire qu’elle vient souvent. Et qu’elle fait souvent des photos ! Bref, j’écoute d’un coin d’oreille pas attentif, et je fais les photos que j’ai envie de faire. Et ça, ça me plait, parce que le paysage s’y prête vraiment. À nouveau, le chemin est super bien aménagé. Confortable pour la marche, bien intégré dans le paysage, joli… un vrai plaisir de s’y promener. J’ai bien l’intention de vérifier autant que possible que c’est pareil dans tout les parcs de Tasmanie et du reste de l’Australie.
Le temps joue les capricieux. Couvert, dégagé, vent, chaud, froid. Ça alterne assez régulièrement. À priori, dans cet endroit étrange qu’est la Tasmanie, il peut y avoir de la neige n’importe quand dans l’année. C’est ça d’être en connexion directe avec le pôle sud j’imagine ! Quoi qu’il en soit, on profite d’un coin de ciel bleu pour grignoter les sandwichs que l’on avait bien évidemment penser à apporter. Sous l’oeil pas forcément très rassurant d’un oiseau magnifique. Vu le blanc, je n’oserais pas dire corbeau, mais ça ressemble quand même pas mal !
Et puis on peut tranquillement attaquer le chemin du retour. Quelques arbres magnifiques à escalader en route, une rencontre imprévue, et un magnifique caillou sur lequel profiter un peu du soleil. Ah, pis en passant, si Sarah vous fait penser à quelqu’un, moi aussi.
Et le repos du combattant, après une balade d’une durée normale de deux heures faite en quatre ? Il suffit d’aller le chercher.
Chez Sarah
Après notre première expérience qui a fini un peu en queue de poisson, on ne savait plus trop à quoi s’attendre du côté de chez Sarah. Missi semble assez froide et distante, mais Sarah, par contre, est pleine d’enthousiasme, et son rire est vraiment des plus agréables à entendre. Par contre, il y a quelque chose que l’on ne comprend pas. À plusieurs reprises, pendant le trajet retour, Missi et elle ont fait référence à d’autres personnes qui devaient arriver plus tard. D’autres helper qui s’en viennent ? On ne sait pas trop à quoi s’attendre. On anticipe un peu, avec une petite touche de déception. On avait envie d’être juste nous, apporter notre propre dynamique… on verra.
Quand on arrive chez Sarah le premier soir, il y a un ami à elle. Kevin. Il est vraiment sympa, enthousiasme, et on s’entend bien avec lui. Musicien accompli, il est fasciné par mon didgeridoo (oui, c’est ma façon de vous apprendre que j’en ai acheté un, à Melbourne, et qu’il a quelque chose de fascinant, mais que vous saurez pas quoi pour le moment ; vous pouvez toujours essayer les suppositions) et en joue magnifiquement bien. On s’offre même un petit jam de percussions sur les congas de Sarah. Et puis il y a aussi ce petit truc qui me fait tilter à l’heure du repas : Kevin est né en Afrique du Sud. Missi est japonaise. Sarah est né à Bornéo. Iris et moi, en France. Mais je rajoute une citoyenneté canadienne d’adoption. Cinq personnes autour de la table ; cinq continents. Je fais la remarque. Je suis le seul, semble-t’il, à trouver ça fascinant. On change de sujet.
Le lendemain, Sarah nous offre une visite complète de la maison. Avec historique de chacun des arbres. Elle fait son jardin en permaculture, avec trois poules et deux moutons. Non, quatre poules et trois moutons. Bref. Petit truc simple et sympa. Elle nous explique quelles sont les fleurs comestibles, quoi planter où et comment, nous montre un peu les choses à faire. Nous raconte les histoires de chacun des arbres… ça pourrait être sympa et agréable, et ça l’est au début, si à chaque fois son histoire ne se finissait pas avec la même conclusion « tout est en train de changer, l’industrie forestière a complètement pourri l’écosystème tasmanien, les arbres meurent tous, c’est triste ». Je ne peux qu’être d’accord avec elle, mais entendre la même litanie répétée trente fois de suite donne une certaine lourdeur à l’ensemble… elle nous explique qu’elle s’était beaucoup impliqué dans les mouvements écolos de la région, sur un mode protestataire. Suffisamment pour que des personnes tentent de mettre le feu à sa maison à trois reprises. Plus on lui parle, plus on comprend que l’on est quand même chez une légende locale, même si elle s’est calmée ces dernières années. On aura d’ailleurs la confirmation quelques jours plus tard quand, après une petite balade à pied, on décide de se la jouer fenian en rentrant en stop. La personne qui nous dépose chez Sarah conclura par un « je me doutais que c’est là que vous alliez ».
On accumule des informations pendant prêt de trois heures. J’essaie d’en retenir le plus possible. Je fais une liste, mais ce n’est pas suffisant. Bon, c’est pas grave, on s’en sortira.
Un peu plus tard dans l’après midi, elle reçoit un coup de téléphone. Ce sont deux autres helpers. À priori, ils devaient arriver plus tard, mais ce sont mal compris. Sarah se retrouvent un peu obligé d’aller les chercher. On se retrouve abandonné à nous même. On pourra toujours s’occuper du repas. Et puis prendre ça relaxe.
Ils sont de retour un peu plus d’une heure plus tard. Et c’est là que ça commence à virer en n’importe quoi. Je suis persuadé que l’on aurait pu avoir une très belle dynamique, Sarah, Missi, Iris et moi. Mais le couple qui débarque va foutre le bordel au milieu de tout ça. La fille arrive avec une voix insupportable, un accent à rendre les français fier de leur façon de parler. Ma première impression est catastrophique. C’est le genre de personne qui a besoin de prendre toute la place. D’avoir tout les regards tournés vers elle. La suite le confirmera. Elle s’appelle Elisa, est italienne, et mériterait des baffes. Encore de la violence réfrénée à cause de mon éducation ! Son copain, Yohan est français. Il faut croire que tout les Yohan ne sont pas des gens biens… bon, le courant passe quand même un peu plus avec lui, mais ce n’est pas non plus l’amour fou. Elisa a un niveau d’anglais catastrophique, mais commente tout à très haute voix à coup de « goood, niiiiiiice » qui sonnent horriblement destiné uniquement à flatter Sarah et à lui faire plaisir. Yohan a un meilleur niveau en anglais, mais il comprend vite que je me débrouille très bien, et se retourne vers moi toutes les 2 minutes pour demander une traduction. Désolé, je n’ai pas envie de jouer les traducteurs ambulants. L’habitude lui passera un peu, mais pas tant que ça.
Bref, Elisa et Yohan se mettent à prendre de plus en plus de place. Et ce n’est pas dans les habitudes d’Iris, ni dans les miennes, de se mettre de l’avant. Alors au contraire, plus le temps passera, plus on se retirera. Perdant le contact avec Sarah, et se retrouvant dans une situation qui ne nous convient pas du tout… on aimerait bien les noyer, se débarrasser d’eux, mais ça non plus, il paraît que ça ne se fait pas…
Aller et retour en Tasmanie
Je me demande combien de temps je garderais le souvenir des coups frappés à la fenêtre de mon van pour me dire que je n’ai pas le droit d’être où je suis. J’imagine que ça restera encore longtemps, et que ça continuera de m’accompagner à chaque fois que je dormirais dans un van en n’étant pas tout à fait sûr d’avoir le droit d’être où je suis. Mais une fois de plus, droit ou pas droit, personne ne nous réveille. Juste la sonnerie de mon iPod, qui nous rappelle qu’on a une dernière journée bien pleine aujourd’hui. Nous devons rendre le van avant 15h à l’aéroport d’Hobart, avant de retrouver Sarah au centre-ville pour retourner chez elle. Sur une carte, ça donne un trajet qui ressemble à ça :
Et oui, on mange encore un peu du kilomètre. Tout ça pour revenir juste à côté de notre point de départ. Mais bon, c’est aussi ça le tourisme, c’est tourner en rond pour en voir le plus possible (d’aucun trouveront sans doute cette formulation un peu étrange).
La route est superbe, comme d’habitude, et avance bien. Histoire de profiter au maximum du confort du van, on va jusqu’à se faire un pizza + bière pour le lunch. Bière fraiche sortie du frigo, et pizza cuite dans le four à gaz. J’ai parfois l’impression que l’on a plus de luxe quand on déplace les vans que quand on est chez des couchsurfers !
Et puis nous arrivons finalement à l’agence pour rendre le van. Et c’est là que tout commence.
Juste avant l’arrivée à l’aéroport, il y a une station service, où je me suis bien évidemment empressé de faire le plein. Après avoir fait trois fois le tour des pompes avec un camping car gigantesque pour voir où je pouvais trouver une place. On arrive, on vide le van, on nettoie. On fait l’inspection pour rendre le van. « Le réservoir n’est pas plein ». Quoi ? Je regarde… en effet, je n’ai pas tout rempli… je ne comprends pas… je remonte dans le van, abandonnant Iris à l’entrée de l’agence, avec une pile de bagages plus haute qu’elle. Je retourne à la station service, recommence à tourner dans tout les sens et à manoeuvrer comme je peux pour trouver une place. Refait le plein, m’assure que ça déborde bien, m’en fout sur les doigts, sur le pantalon. Je pue l’essence, mais au moins je suis sûr que c’est plein. Je retourne à l’agence. On revérifie. Cette fois c’est bon. Évidemment, comme je suis sur une relocation, je ne suis pas dans les plus prioritaires, et j’attends donc toujours sagement que l’on s’occupe de moi. « Est-ce que vous avez les reçus pour vous faire rembourser » ? Je sors les tickets d’essence, puis mon ordinateur, j’affiche le reçu sur mon écran. « Vous ne l’avez pas imprimé ? » Le contrat spécifie « sur présentation des reçus ». Je ne voyais pas l’intérêt de l’imprimer. « A priori, vous n’avez pas d’imprimante ». La madame, en plus, n’est pas sympathique. « Est-ce que vous pouvez l’envoyer par email ? » « Est-ce que je peux utiliser votre réseau wi-fi ? » « Ah bin non ! C’est trop dangereux pour la sécurité. ». Oui, c’est vrai, je vais tout pirater le système informatique en 14 secondes devant ces yeux. « Est-ce que je peux vous le copier sur une clé usb » ? « Ou lala non, c’est encore plus dangereux pour la sécurité ça ». Ah, merde, ils sont sur PCs. J’essaie de leur expliquer que j’ai un mac, qu’ils ne craignent rien, que je peux formater la clé 8 fois avant. La madame me fait la morale comme quoi ce n’est pas moi qui paierait le réparateur informatique qui viendra après que j’aurais tout cassé. Rendu là, j’ai envie de lui foutre quelques baffes, qu’elle arrête de me regarder de haut. Mais ma maman m’a dit que ça ne se faisait pas. Pinaise de foutu bonne éducation. Je regrette des fois. « Mais si vous voulez, il y a une imprimante à l’aéroport ». Mon dieu ! Enfin quelque chose de constructif de sa part ! Je prends mon ordinateur, direction l’aéroport. Ça fait déjà une heure que l’on est arrivé. On était juste dans les temps pour retrouver Sarah. On commence à être pas mal en retard. Je rentre dans l’aéroport. Demande à une madame de la sécurité où je peux trouver une imprimante. « Je ne pense pas qu’il y en ai. Le seul endroit où vous pouvez peut être en trouver, ça sera au centre de presse, mais vous devez passer la sécurité ». Au moins, ça, je maîtrise. C’était pas prévu pour aujourd’hui, mais me voilà qui passe la sécurité pour essayer de trouver une imprimante. On me demande pas de passeport. Pas de carte d’identité. Faut dire qu’il ne doit pas y avoir trop de terrorisme en Tasmanie. Tant mieux pour moi. Mais la madame de la boutique me dit que non, malheureusement, ils n’ont pas d’imprimante. Je peux peut être tenté ma chance aux comptoirs de locations. Je ressors. Me dirige vers les comptoirs de location. En prend un au hasard. La madame est adorable. Un gigantesque sourire, gentille comme tout. Toute désolée de ne pas pouvoir m’aider : ils ont des vieilles imprimantes à aiguille à papier perforé. J’en ai marre. Je vais pas faire les 42 agences de location, en espérant en trouver une qui marche. Je retourne chez Britz. Oui, je les nomme, parce qu’ils ont vraiment un service à la clientèle catastrophique. À chaque fois. Je rentre en gueulant à la madame qu’il n’y a pas d’aéroport dans son imprimante. Ou le contraire. J’emplois des gros mots que, même s’ils sont en anglais, ma maman comprendrait et serait choquée. Quoi que… ça reste à voir. Je m’engueule encore un peu avec la madame. Qui, bien évidemment, doit finir les autres nouveaux clients dont elle s’occupe. Moi, ça fait juste une heure et demi que je suis là. Rien de prioritaire donc. Elle me dit finalement qu’elle peut me rembourser le montant correspondant à l’essence, et complètera le reste quand elle recevra mon email… de toutes façons, j’ai pas le choix. Je reçois un texto de plus en plus impatient de Sarah. On devait être au centre ville il y a 30 minutes déjà…
Et puis finalement, c’est réglé. Je n’ai récupéré qu’une partie de mon argent, je suis supposé récupéré le reste dès qu’elle a mon email. La chance tourne un peu : la navette pour le centre ville est là juste quand on arrive. On ne comprend pas pourquoi, mais on nous demande que 10$ par personne au lieu de 16. On prend. Quinze minutes, on est au centre ville, à l’endroit indiqué par Sarah. Qui n’est pas là. On s’inquiète. On regarde à droite, à gauche. J’envoie un autre SMS… et puis finalement, elle arrive. On s’excuse, on discute un peu, on fait la connaissance de Missi, une jeune japonaise, qu’elle présente comme son amie. On monte dans la voiture. On discute un peu en route. Pas trop. Pas pratique le contexte voiture. Et finalement, quatre bonnes heures plus tard, on arrive dans un endroit perdu au milieu de nul part. Une magnifique petite maison de campagne, avec un grand terrain au tour. Ça sent le hippie, mais ça devrait nous plaire ! On s’installe, on mange, on discute. Le séjour ici s’annonce agréable !




