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En direction du lac Saint Clair
Une autre journée de changement. Avec un côté « dernière ligne droite à Hobart » un peu définitif. En fait, ça fait cinq ou six jours qu’une question nous taraude. « Et si on restait plutôt en Tasmanie ? ». On est bien ici. Tout les deux. On y trouve des choses différentes, mais qui nous conviennent à tous les deux. Moi j’ai toujours ces envies de longues randonnées sur une semaine. C’est quand même tentant… après, on a cette relocation qui nous attend, et Virginie et Seb qui arrivent bientôt à Melbourne. Donc c’est sûr que l’on n’a pas le choix de rentrer. Mais on pourrait sauter dans un avion juste après, et revenir. À cause de ça, on envisageait fortement de laisser une bonne partie de nos bagages à Hobart. On en discutait depuis quelques jours, mais on se rend compte ce matin que c’est extrêmement compliqué à gérer. On a quand même un doute sur les perspectives d’emplois à Hobart, et il est très clair que nous devons tout les deux nous mettre au travail. Melbourne semble offrir de meilleurs perspectives à ce niveau là. Après une dernière réflexion, on finit par en conclure que si jamais on revient à Hobart, on paiera tout les deux les 16$ de supplément bagages, qui sont loin d’être tant que ça !
Il fait un grand ciel bleu magnifique. Il est tôt. On a mal dormi, comme il se doit dans un dortoir d’auberge de jeunesse. C’est pas pour rien que l’on évite ça autant que possible ! On a juste envie de partir d’ici le plus tôt possible. La météo nous encourage dans notre projet d’aller voir le mont Wellington avant de partir.
Le mont Wellington, c’est un peu comme le mont Royal à Montréal, ou la bastille à Grenoble. En un peu plus haut : 1250 mètres environ ; si on considère que Hobart doit être dans les 20 à 80 mètres d’altitude, c’est la garantie d’un joli point de vue. Évidemment, il est possible de marcher jusqu’au sommet… mais il est également possible d’y conduire. Et j’avoue que si j’adore les défis que représentent un sommet, je ne vois pas du tout l’intérêt de grimper juste pour grimper. Si je peux y aller en voiture, je n’ai pas envie d’y aller à pied.
S’il ventait un petit peu en bas, en haut ça souffle vraiment intense ! Du coup, on se retrouve avec le tour un peu rapidement. De toutes façons, on n’avait pas beaucoup de temps… je pense que beaucoup de gens commence leur séjour en Tasmanie par une visite au mont Wellington. Ce n’était pas du tout calculé, mais je pense qu’en fait, c’est une erreur, et qu’il vaut mieux le garder pour la fin. Pourquoi cela ? Parce que le Wellington fait parti de ces sommets d’où « on voit tout ». Alors en fin de séjour, on peut regarder de tous les côtés, et se dire « on a été là, et là, et là ». Maria Island et Tasman Peninsulae nous font de grands coucous. Je suis presque sûr que le sommet que l’on voit là bas c’est Mount Field West. Et l’autre, loin là bas au fond, serait Rufus, qui nous attend sagement. On a rendez-vous avec lui demain… la vue du sommet nous permet aussi de voir tout ces sommets que l’on n’a pas encore fait. Tout ce qu’il nous reste à faire. La petitesse de la Tasmanie me fait rêver…
Mais le vent nous encourage à ne pas rester ! La redescende se fait assez rapidement. On croise pas mal de vélos, dans les deux sens. Bel entraînement !
Nous, on continue la route direction l’aéroport. On gare la voiture devant l’agence de location pour le van. Je signe les papiers. Je commence à avoir l’habitude. Ça y’est, j’ai récupéré le van. La voiture est garée à côté. On vide le contenu de l’une dans l’autre. C’est bien la première fois que je me retrouve à avoir deux véhicules de location à mon nom ! Certains pourraient se demander l’utilité de la chose. j’avoue que je me le demande aussi. N’ayant plus d’utilité pour la voiture, je la ramène au bâtiment d’à côté. Je rends les clés. Revient au van.
Le changement est assez radical. Passer d’une Mazda 3, avec une boîte manuelle à 6 vitesses, qui annonce fièrement un 260 au compteur, et qui doit pouvoir s’amener facilement à 200 (ailleurs qu’en Tasmanie, certes) à un gros van diesel, boîte automatique, et petit moteur un peu poussif. Je me rends compte avec une toute petite fierté pas du tout excessive que je n’ai absolument aucun problème à passer d’un véhicule à un autre. Changer de moyen de transport me pose aucun problème. Tout comme rouler à gauche. J’étais déjà bilingue du clavier qwerty/azerty, serais-je maintenant bilingue de la conduite droite/gauche ?
On fait une dernière pause chez Bernd, pour lui rendre sa tente qui nous aura vraiment bien servie ! Les au-revoir se font sans le moindre problème. C’est un peu étrange. Je suis arrivé ici il y a prêt de 6 semaines. J’ai passé énormément de temps ici, mais sans jamais vraiment créé un contact particulier. Bernd a des qualités indéniables, tout comme il a des manies parfois un peu difficile à supporter… j’ai passé un séjour très sympa chez lui, mais en même temps j’ai eu l’impression qu’il y avait toujours quelque chose qui manquait…
Une dernière pause à l’épicerie, histoire d’avoir de quoi à manger, et cette fois, on prend la route pour de bon. On dit au revoir à Hobart. Sans savoir si c’est un « à tout de suite », « à bientôt », « à la prochaine » ou « adieu ». Sentiment assez étrange au final…
Le début de la route qui va jusqu’à Lake St Clair, on l’a fait à plusieurs reprises, et il se fait sans problème. Puis à un moment, on va tout droit, au lieu de tourner à gauche en direction de Mount Field et de lake Gordon. La suite de la route ressemble pas mal… à l’exception de cette énorme panache de fumée. Le thermomètre indique 41 degrés. Il fait horriblement chaud. Le vent souffle tant qu’il peut. Temps parfait pour partir un énorme incendie. Quand on passe sous le panache, la lumière devient rougeoyante. L’éclairage est superbe. Je ne peux m’empêcher de trouver ça horriblement magnifique, et terriblement triste à la fois…
La route continue. On fait un petit détour quand un panneau annonce un point de vue et un village historique. Le point de vue sera en fait sur une installation hydre électrique certes impressionnantes, mais qui n’aurait pas forcément justifié le détour… quand au village historique, celui-ci semble tout droit sorti de « Edouard aux mains d’argent ».
On roule encore. Ça commence à être un peu long ; la route est un peu pénible, surtout quand on conduit un gros van. On s’habitue vite aux petites voitures sportives… mais on finit quand même par arriver à Lake St Clair, où l’on recroise trois français, rencontrés la veille sur le mont Eliza. Ils sont surpris de nous revoir là, en apprenant qu’on est repassé par Hobart entre temps. Eux sont juste en petite pause rapide, par contre. Ils repartent tout de suite. Encore des qui essaie de faire le tour de la Tasmanie en 10 jours j’imagine…
On repère notre balade pour le lendemain, puis on va poser le camping car dans le camping. Voilà bien longtemps que l’on a arrêté de se soucier de payer les campings dans les parcs nationaux. On se posait la question… les tasmaniens sont ils horriblement laxistes ? Extrêmement confiants ? À force de discuter à droite à gauche, on a eut un début de réponses… les campings dans les parcs nationaux sont devenus payant suite à la pression des propriétaires de camping privés. C’est vrai que face à un concurrent gratuit, il est relativement difficile de faire le poids. D’un autre côté, il y a énormément d’australiens qui paient le prix fort pour faire faire un aller retour à leur van sur le ferry (compter environ 500$ pour un aller-retour, juste pour le véhicule) et qui n’ont pas envie d’avoir en plus à payer les campings après, alors que tout ce dont ils ont besoin, c’est d’un rectangle de 3 mètres de larges sur 15 mètres de long (oui, ils sont gros les campings cars). Alors les villes, à leur tour, se sont mis à mettre à disposition des endroits gratuits. Les touristes affirmant que de toutes façons, l’argent qu’ils ne dépensaient pas en camping, ils le dépenseraient en visites, en restaurant, en café… bref, un équilibre semble s’être fait. Les campings dans les parcs nationaux sont désormais payants, mais les rangers ne vérifient pas et ne mettent pas d’amande. Ce qu’en même temps, je comprends assez bien… si je bossais dans un parc national, ça serait pour informer les gens, les conseillers, les guider, et s’assurer qu’ils ne balancent pas leurs poubelles n’importe où. Pas pour leur balancer des amandes parce qu’ils ont oublié de payer le camping… j’y vois également une autre logique : offrir ces zones plus ou moins gratuites, c’est la garantie que la plupart des gens vont s’installer au même endroit. Avec les facilités nécessaires. Poubelles, toilettes, etc… il est plus facile de jeter ses ordures à la poubelle quand on a une poubelle à côté. Quand on dort dans un endroit sans service, la canette de bière va rester là, parce qu’il est compliqué de a remettre dans le van, pour la jeter plus tard… au final, ça me donne l’impression que tout le monde est heureux et gagnant là dedans. En tout cas, nous on est bien heureux de ne pas avoir à payer !
Le van bien installé, on s’offre une petite balade sur le bord du lac, histoire de faire un peu de repérage. Rufus est là haut. Il nous attend. 640 mètres de dénivelés, mais sans aucune difficulté. Pas de passages raides, pas d’éboulis, ça devrait bien se faire.
On rentre au van ; on fait un peu de rangement, et puis je me mets à la cuisine. Ça fait du bien d’avoir un frigo et un peu plus de confort pour préparer le repas. Du coup, ce sera soirée crêpes (jambon + fromage + béchamel) et bière. La vie est belle aussi quand on voyage en van !
Mount Anne et Mount Eliza
Sur Elizabeth Street, dans le centre ville d’Hobart, il y a un magasin qui s’appelle « Tasmanians Map ». Un magasin de cartes. Quand je l’ai vu pour la première fois, j’y suis rentré avec un sourire gigantesque. Un magasin de cartes, pour moi, ça a un petit côté paradis. Un peu comme une bouquinerie avec ses vieux livres. Un monde de rêves et d’imagination sans fin… l’équipe y est absolument adorable. J’y suis retourné à plusieurs reprises, n’y ai trouvé que sourires et gentillesse… Lors de cette première visite, j’ai commencé à regardé les cartes de randonnées. Chaque Parc National a une carte topographique très détaillée, qui est juste parfaite pour découvrir le parc. Et puis j’ai parlé un peu randonnée avec la vendeuse. Elle m’a dit que le mont Anne était à faire absolument. L’un des sommets les plus réputés de Tasmanie. J’ai commencé à me renseigner, et à hésiter. Le sommet culmine à 1450 mètres. C’est l’un des plus hauts sommets tasmans. Mais l’atteindre demande de franchir 1450 mètres de dénivelé. On commence par monter le mont Eliza, on redescend un peu, et on remonte de l’autre côté. Les derniers mètres du sommet sont réputés comme étant particulièrement difficile, et à la limite dangereux. Ce qui, personnellement, a quand même tendance à me refroidir…
Quand je suis repassé à la boutique, quelques temps plus tard, j’ai discuté avec le patron. J’ai reparlé du mont Anne. Il m’a confirmé la difficulté de l’ascension, mais à ajouter que Eliza, juste avant, était déjà un beau défi, et offrait une vue absolument grandiose. Anne, c’est plus pour le plaisir de la difficulté.
Notre objectif, ce sera donc Eliza. C’est déjà un bon 900 mètres de dénivelé ; ce quoi bien se casser les jambes ! Si on atteins le sommet, on sera heureux. De là, on verra ce que l’on se sent de faire.
La grimpette commence après seulement 5 minutes de plat. Et elle commence tout de suite raide, sans vraiment s’adoucir. Par contre, on monte du côté du lac, sur un versant où il n’y a pas un seul arbre. Alors chaque pas est un vrai moment de bonheur. Chaque mètre de gagné, c’est une vue un peu plus magnifique qui s’offre à nous. On découvre sans arrêt. Le regard porte de plus en plus loin. On domine le paysage… grimper dans ces conditions, même si ça monte beaucoup, est un vrai bonheur.
On monte quand même assez bien, et se retrouve rapidement à la « Hut ». Une petite cabane, qui a été construite ici il y a quelques temps maintenant, et qui peut servir de logis d’étape pour les personnes voulant prendre leur temps sans s’encombrer d’une tente. On fait juste le plein d’eau, et on reprend la grimpette.
À partir de la hutte, par contre, on passe de « raide » à « raide ». Les deux cents derniers mètres de dénivelé sont gagnés en grimpant dans les rochers. Des courtes portions d’escalade. Mes jambes suivent sans aucun problème. Le souffle aussi. Iris grimpe tout aussi bien. Et c’est finalement un superbe spectacle à 360 degrés qui s’offre à nous alors que l’on atteint le cairn marquant le sommet. Pas trop fatigué, mais heureux.
Et puis on voit Anne, qui nous attend là bas. Impressionnante. Ça justifie d’aller voir de plus prêt ce que l’on peut en faire.
La promenade sur le plateau est des plus agréable. Ça monte un peu ; ça descend un peu ; tout cela dans un paysage qui fait très irlandais, avec son herbe courte, ses pierres, et ses petites marres. Il suffit d’oublier les montagnes qui semblent s’étaler à l’infini.
On prend une petite pause pour manger. On découvre que la boîte de thon nécessite un ouvre boîte. Je ne redescendrais pas à la voiture pour le chercher. À la place, je me débrouille avec un bâton de marche et une cuillère à soupe. Comme quoi, l’ouvre boîte est une invention bien superflue !
Le temps est quand même bien passé. Il faut être réaliste : Anne ne sera pas faisable aujourd’hui. D’ailleurs, quand je vois la forme du sommet, je me demande si j’aurais simplement envie de le faire… ça semble impossible sans matériel d’escalade. À la place, je jette mon dévolu sur un petit sommet à côté. Un petit éboulis à grimper rapidement, qui devrait permettre d’avoir un très bel aperçu de l’autre côté du paysage. Iris préfère m’attendre en bas. Je grimpe donc assez rapidement, en profitant pour voir si les jambes tiennent le coup. Rendu en haut, je ne regrette pas du tout ce petit dénivelé supplémentaire.
Et j’en profite pour faire des photos d’Iris en cachette.
Je redescends tout aussi rapidement, et on attaque finalement le demi tour. On anticipe un peu le début de la descente, mais ça se passe très bien. On retrouve la hutte assez rapidement, que l’on laisse aussi derrière nous. La dernière heure est longue. Très longue. Ça commence à tirer vraiment beaucoup sur les jambes. On est particulièrement heureux d’arriver à la voiture !
Reste un dernier petit détail à régler. Dans mon optimisme, lors des dernières courses, j’étais persuadé que l’on trouverait une épicerie dans la seule ville des environs. Il n’y en avait pas. Nous n’avons donc rien à manger. On décide donc de revenir jusqu’à Mount Field, en espérant trouver un endroit où acheter de la nourriture en chemin. Mais le problème de se promener au milieu de nul part, c’est que les quelques magasins qui vendent de la nourriture ferment avant même d’ouvrir. On pourrait bien manger le reste de pain, mais ça n’est que moyennement inspirant. Alors on craque, et on roule jusqu’à Hobart.
On se simplifie l’hébergement en attrapant une auberge de jeunesse. Ça faisait longtemps… ça ne me manquait pas particulièrement. On simplifie aussi la question de la nourriture avec un restaurant chinois. Ce soir, c’est fête !
Un peu d’internet pour s’assurer que le monde va bien, et un gros dodo. Encore une grosse journée en perspective demain !
Gordon Lake et Gordon Lake
L’une des premières choses que l’on voit en se réveillant, c’est cette adorable petite fille qui traverse le camping, avec magnifique chapeau sur ces cheveux roux, et un sourire de bonheur au visage. Elle marche joyeusement, en toute simplicité, en tétant son petit carton de lait. Elle répond à mon coucou de la main par un salut identique, et un sourire encore plus grand. Elle semble juste animée par la joie.
La bouteille de gaz a rendu l’âme la veille. On décide donc d’utiliser les barbecues pour faire bouillir l’eau de notre thé matinal. La petite fille est là, à prendre son petit déjeuner, avec sa mère. Elle est tout aussi souriante ; le genre de sourire qui est une invitation a entamé la conversation, ce que je n’ai aucune hésitation à faire. Quand je demanderais à la petite fille d’où elle vient, elle me répond « fairyland » (le pays des fées). Je n’ai aucun mal à la croire. On discute encore un peu, avant de finalement reprendre la route. Notre objectif : Gordon Dam.
Il y a, plus ou moins en plein centre de la Tasmanie, ces deux lacs gigantesques. Gordon et Pedder. Tout deux lacs de barrages avec, comme il se doit, de nombreuses et magnifiques montagnes tout autour. Aujourd’hui, il pleut. Aujourd’hui, c’est la journée relaxe, où on fait surtout de la route, et où on admire un peu le paysage. Demain, on s’attaque au Mont Eliza, et peut être au Mont Anne.
La route nous éloigne petit à petit de la civilisation. Il y a de moins en moins de voitures, de moins en moins de gens. Plus de maison. La route est encadrée par deux murs d’arbres, même si je me rends compte qu’en de nombreux endroits, la méthode québécoise est employée : on garde les arbres sur 20 mètres, le bord de la route, et on coupe derrière.
Le ciel est couvert ; pas vraiment d’éclaircies en perspectives. Quelques gouttes de pluies de temps en temps. On profite des points de vue quand on arrive à en attraper un. L’endroit est superbe. On se régale.
On fait une petite pause pour manger au seul restaurant de la seule ville de la région des lacs. On discute un peu avec la serveuse, demandant quelques informations sur les campings, et sur la météo. Ça devrait se dégager dans l’après midi en principe. Bonne nouvelle ! J’en profite aussi pour attraper quelques informations sur le barrage.
Le barrage, on s’y dirige juste après avoir mangé. La météo ne semble pas vouloir s’améliorer pour le moment ; il n’y a rien à faire dans le restaurant (qui est aussi le seul point d’intérêt de la ville) ; on reprend donc la route. Celle-ci se termine finalement, nous annonçant que nous sommes arrivés à destination. Il est là, il est magnifique. Et assez gigantesque. C’est le plus haut barrage australien. Il est vraiment impressionnant. Et surtout, chose qui me parait de plus en plus rare de nos jours, il est en accès libre. On peut aller se promener librement dessus, profiter de la vue, admirer la gorge superbe qui le termine. Tout cela toujours en jouant à éviter les gouttes d’eau.
On hésite un peu. La météo n’est pas du tout encourageante. S’il fait ce temps là demain, il est tout simplement hors de question de s’attaquer à Eliza. On y verra rien. Les prévisions météos sont encourageantes… on décide d’attendre le lendemain pour se décider. On fait donc demi tour ; pas trop le choix, puisque l’on est au bout de la route. Il ne nous reste plus qu’à revenir à l’Andrée de cette immense vallée où se trouve les deux lacs. De là, on prendra la deuxième route. Celle qui part vers le sud, et le départ de la randonnée.
L’optimisme des prévisions météo semble finalement l’emporter. Le gris laisse la place à un peu de bleu de temps en temps. Il nous arrive même de voir le soleil à quelques reprises. Le paysage se dévoile peu à peu devant nous. La vue porte de plus en plus loin, découvrant des montagnes encore plus grandioses.
La route nous emmène jusqu’au départ de la randonnée de demain. Eliza et Anne sont toujours dans les nuages, mais ça nous donne quand même un aperçu assez intéressant de ce qui nous attend pour le lendemain.
On continue encore, jusqu’au camping où nous passerons la nuit. On ne s’y arrête pas tout de suite. On veut aller à la fin de cette deuxième route. On voit les deux autres barrages – ceux-ci, beaucoup plus petit que Gordon Dam, ne servent qu’à retenir l’eau. Tout au bout de la route, il y a une table d’orientation parfaitement située, qui offre un excellent point de vue sur l’ensemble.
De là, on voit aussi la vallée part où part le chemin de randonnée qui permet de relier Port Davey. Port Davey, c’est de là que vous prenez l’avion quand vous avez marché six jours depuis South East Cape. En d’autres termes, vous pouvez partir par là bas, vous perdre pendant deux semaines, et arriver au bout du bout du monde. Où si vous avez un peu moins de temps, partir pour une semaine, et arriver à Hartz, où nous étions… hier ! Je recommence à rêver. À imaginer des « et si ». À me voir partir plusieurs jours avec mon gros sac à dos… pourquoi pas après tout. Depuis Melbourne, la Tasmanie n’est pas si loin… il va falloir réfléchir à tout ça !
Deux derniers points de vue sur la route qui nous ramène au camping. Et puis finalement, on installe la tente. Un quolle vient faire un petit tour sur le terrain ; ce sera notre premier sauvage. Bel animal !
Dans l’eau, sous terre, ou dans les airs ?
On voulait être sûr de ne pas rater la première visite du matin. Alors on s’est levé tôt. Et évidemment, on est arrivé beaucoup trop tôt. Mais la gérante était déjà là. Les grottes et les sources chaudes vont de paire. On peut faire l’un ou l’autre, ou les deux. La gérante accepte de nous laisser entrer plus tôt que prévu aux sources. Ça commencera tranquillement la journée, c’est parfait. Sauf qu’en fait de sources chaudes, l’eau est à 28 degrés. Il faut bien le reconnaître, ce n’est pas énorme. De là à dire que j’ai connu mieux… c’est quand même agréable, mais on y restera moins longtemps que ce que l’on pensait. On profite du temps qu’il nous reste pour faire une petite balade dans les bois avoisinants. Iris en profite, avec son oeil de faucon, pour détecter son deuxième platipus (oui, on se met à les appeler avec leur nom anglais, c’est beaucoup moins pénible). Faire une photo d’un truc brun sombre qui bouge sur fond brun réfléchissant, c’est pas évident du tout. Mais cette fois ci, j’y arrive, même si ce n’est pas la photo du siècle !
Quelques minutes plus tard, on se retrouve à l’entrée de la grotte. Visite groupée, forcément. Difficile d’y échapper pour ce genre d’exploration ! Le groupe est composé de 24 personnes. C’est un peu trop, je trouve. Au final, on se retrouve à devoir choisir entre faire des photos et écouter les commentaires. Ayant quand même quelques visites à mon actif, je décide de laisser faire les commentaires, et de me contenter de jouer de l’appareil photo. La grotte ne justifie pas à elle seule de venir « aussi loin » dans le sud. Mais il est vrai que du moment où on y est, faire un petit tour pour voir en vaut la peine. En passant, si vous voulez un moyen de vous rappeler qui est la “stalagmite” et la “stalactite” en anglais, c’est facile : la stalagMite Might eventually reach the ceiling. La stacTite is holding Tight to the ceiling. Et bin moi, personnellement, je préfère savoir que la stalagmite elle mite, alors que la stalactite, elle tite. C’est plus facile à différencier !
La baignade ayant finalement eut lieu avant la visite, on se retrouve avec un peu plus de temps que prévu pour cette journée. Il est midi à peine passer ; on reprend la route avec enthousiasme. Il n’y a pas de campings à Hartz Mountain, mais il y en a un pas très loin. À côté d’un endroit qui s’appelle « Air Walk ». Une passerelle au sommet des arbres, pour admirer la canopée et, à priori, profiter d’un beau point de vue sur une rivière. Le genre de chose qui ressemble à un attrape touriste. Mais on peut toujours aller jeter un oeil, pour voir si au cas où…
On manque s’étrangler quand on arrive finalement et que l’on voit le prix. Tant pis. On décide de juste aller se promener prêt de la rivière, histoire de ne pas être venu pour rien. On traverse le centre d’accueil, sans que personne ne nous dise rien. Et si… on décide de tenter notre chance. On se balade, on avance, on se dirige vers la passerelle. Personne ne surveille, personne ne nous demande nos billets. On décide d’aller jeter un oeil. On fera demi tour en s’excusant quand on nous demandera les billets. Ou on improvisera une excuse. Ou on tentera de négocier une visite gratuite. On verra bien. Au final, il n’y aura besoin de rien de tout ça. On fait le tour de la passerelle, on prend des photos, on admire. On aurait payé 5$ pour ça. Maximum. Pas les 24 demandés. Mais il faut bien reconnaître que gratuit, c’est encore mieux. Et ça les vaut bien.
On s’offre une autre petite balade rapide le long de la rivière, le temps de traverser la rivière, et de revenir au centre d’accueil. Où on décide de profiter de la connexion internet gratuite, juste le temps de rassurer un peu les gens. Ça fait quelques temps que l’on ne s’est pas connecté, mais nous sommes toujours en vie.
Et le camping à côté du centre alors ? On découvre que lui aussi est payant. Pas dans nos moyens non plus. On a déjà grugé pour la passerelle, on va éviter de trop prendre de chance. Je me souviens, plus tôt sur la route, d’une petite halte pique nique, qui avait l’air des plus sympathiques. On décide de revenir jusque là bas .
Quand on arrive, il y a déjà un van de garé, ainsi qu’une voiture, avec une tente à côté. On ne devrait pas trop dépareillé au milieu de tout ça. Je sors pour discuter rapidement, histoire de savoir à quoi m’attendre. Gens sympathiques avec qui on voudra passer la soirée ? Ou asociaux voyageurs que l’on ne dérangera pas ? Je suis accueilli par un charmant barbu avec qui je discute quelques minutes. Écossais à tête de Dieu (non, pas Le Dieu, juste Dieu. Celui que certains lecteurs connaissent, qui à une barbe blanche, qui fume la pipe, et grâce à qui j’ai eut l’occasion de goûter un Armagnac qui était beaucoup plus vieux que moi, mais la question n’est pas là). Un premier contact extrêmement sympathique et agréable. Je repère l’étui à guitare à côté du van. Qui ne contient pas une guitare, mais un banjo. Tout cela me paraît une très bonne raison pour sauter dans la voiture, et faire un aller retour rapide pour ramener quelques bières.
Au final, nous passerons une soirée vraiment très sympa, avec Ross et Jill (les écossais), Alejandro (un argentin) et Alia (de république Tchèque). Un mélange de pays relativement inhabituel. Qui se terminera par un mini jam de musique, tout aussi inhabituel : Ross au Banjo, Alejandro au didgéridoo, moi au deuxième didgéridoo, et Iris à l’harmonica. Expérience musicale particulièrement intéressante, qui me renvoie très longtemps en arrière, lors d’un jam au coin d’un feu en Colombie Britannique. Que le temps passe !
Le bout du bout du monde : South East Cape
Pour vous rendre au Australie, cela vous prendra un peu moins de 24 heures en avion, avec les correspondances. Puis, de Melbourne, si vous ne trichez pas, il vous faudra 10 heures de bateau par arriver au nord de la Tasmanie. Bienvenu au bout du monde.
Si vous prenez la route la plus courte, il faut compter environ 3 heures pour se rendre à Hobart. Toujours en prenant le chemin le plus rapide, ajouter presque deux heures pour vous rendre à Cookle Bay. Le bout de la route la plus au sud de l’Australie. Un panneau vous y informera que d’ici, vous êtes plus proche de l’Antarctique que de Cairn.
De là, votre calvaire est presque fini. Le temps d’admirer une sculpture de baleine par particulièrement belle, il ne vous reste plus qu’à marcher deux heures de plus. Vous voilà rendu à South East Cape. Le bout du bout du monde.
Il vous reste alors deux solutions. Vous pouvez faire demi tour, ou tourner à droite, pour vous enfoncer dans les immensités sauvages de la Tasmanie. Tout le sud ouest de l’île est absolument sauvage. Juste quelques petits sentiers de randonnées. Rien d’autres. Le gouvernement n’a jamais vu l’intérêt d’y construire des routes. Rien à aller chercher, beaucoup trop cher et compliqué. Et c’est très bien comme ça ! Si vous marchez pendant six jours, vous pourrez alors prendre l’avion pour revenir sur Hobart. Ou alors continuer une semaine de plus, pour retrouver la prochaine route où, avec un peu de chance, une voiture pourra vous ramener à la civilisation.
Ce fin fond de null part, complètement abandonné, accessible juste à pied, me fait rêver. Ces espaces quasiment jamais conquis, où la civilisation n’a pas vraiment sa place… ce genre d’endroits me paraît devenu bien rare sur terre. Où peut on marcher six jours, dix jours, douze jours, en ne croisant que quelques rares marcheurs, et jamais la moindre route ? Je garde ce petit rêve dans un coin de ma tête… qui sait… un jour peut être…
On revient à la voiture. Le sud est derrière nous. À partir de maintenant, on remonte. Il y a, pas très loin d’ici, des sources chaudes et une grotte qui semble vraiment valoir la peine d’être visitée. Ce sera donc notre prochaine étape.
On y arrive à 15h30, pour apprendre que la dernière visite est à 15h. Grosse déception. Hésitations. Réflexions sur toutes les options possibles. En même temps, c’est un peu dommage d’être venu ici sans en profiter. Et puis on a gagné une journée en n’allant pas chez Chris. Alors on remet finalement la grotte à demain. Mieux encore, on décide de se rajouter un autre parc à notre programme. Quitte à être des touristes motorisés, autant en faire le plus possible !
La journée se termine tranquillement sur le bord de l’eau. La météo est hésitante, mais on arrive à éviter la plupart des goûtes d’eau. Ça ne semble pas vouloir se dégager trop, mais pour visiter une grotte et barboter dans des sources d’eau chaude, ce n’est pas bien grave !
Direction : le bout du monde
Pour moi, aujourd’hui c’est un peu le début du commencement de la fin de la Tasmanie. On arrête le tourisme tranquille. On passe en mode plus rapide et intense pour les huit derniers jours. A savoir, avec un véhicule.
Le retour sur Hobart se fait assez rapidement, en quatre sauts pas trop espacés. Oui, nous sommes dans la région du houblon.
Un gars seul, un couple de vignerons qui nous explique être allés en France une seule fois, pour visiter Bordeaux et Paris, une mère et sa fille qui se renseigne sur les dates du tour de France (il paraît que regarder tout ces gens pédaler est une façon agréable de meubler les longues soirées d’hiver tasmanienne) et enfin un couple de petit vieux très sympathiques qui nous dépose en plein centre ville. C’est juste parfait. Une dizaine de minutes après, on est à l’agence de location. Un autre dix minutes, et me voilà au volant d’une Audi A3. J’avais réservé le plus petit modèle, mais pour cause de rupture de stock, je me retrouve upgradé de deux ou trois catégories. Boîte manuelle de six vitesses ; un véhicule sportif qui ne convient pas du tout aux routes de Tasmanie ! Pas grave. On fera avec.
Petit détour très rapide par chez Bernd, pour récupérer le reste de nos affaires, histoire de simplifier les prochains jours et surtout le retour sur le continent. J’avais contacté Chris pour passer l’après midi avec lui. La journée n’est pas idéale pour le surf, mais on aurait pu passer une petite soirée sympa tous ensemble. Seul petit soucis : je n’ai pas de nouvelles de lui depuis quelques jours, et pas vraiment de confirmations, de si on est attendu ou pas. On décide quand même de prendre une chance. On ramasse un auto-stoppeur sur le chemin, chose que je trouve très amusante. Faire du stop le matin, ramasser un auto-stoppeur l’après midi, la boucle est bouclée !
Il n’y a personne chez Chris. Je suis un peu déçu, mais ce n’est pas plus grave que ça. On décide de faire un petit tour rapide de Dodges Ferry, la ville où il habite. Une jolie petite plage, quelques jolis paysages. Après réflexion, on vote pour un changement d’emploi du temps. On part pour le sud aujourd’hui, plutôt que demain. Ça nous laissera une journée de plus.
Seul petit soucis : nous devons aussi passer chez Bruce et Lalita, où Iris est restée en mission Helpx pendant que j’étais chez Bernd. Elle aussi a quelques affaires à récupérer. Ils nous attendent le lendemain, mais on décide de prendre une deuxième chance. Cette fois-ci, par contre, la chance est de notre côté. Ils sont là, bien contents de revoir Iris malgré la visite surprise, et contents de me rencontrer également. On ne s’éternisera par contre pas très longtemps, car ils attendent de la visite. Des amis français… qui nous donnent envie de fuir à peine ils arrivent. Le modèle exact comme on n’aime pas.
On remonte dans la voiture. Direction le bout du monde, tout là bas, au sud. La route est belle, mais dure étonamment longtemps. Plus que prévu. Par contre, nous sommes particulièrement heureux de découvrir que « Eggs and Bacon Bay » n’était pas un délire de cartographe voulant faire une blague, mais bien le vrai nom véridique d’un endroit qui existe vraiment. Je suis quand même un peu surpris, vu qu’il ne me semblait pas que l’on devait passer par là…
On aura finalement l’explication un peu plus tard. Au lieu de prendre la route qui va tout droit, on s’est offert un gigantesque détour d’une heure et demi, en suivant la route qui longe la côte. Bon, certes, c’était beau et on est content d’y être passé, même si ce n’était pas prévu. Mais ça fait quand même beaucoup de route en plus qui n’était pas prévu.
J’ai vraiment envie de dormir au bout de la route cette nuit. Ce détour fait que l’on arrivera beaucoup plus tard… mais on finit par se rendre, assez fatigué. On monte rapidement la tente dans le noir, avant de disparaître dedans, épuisés.
Mount Field East
Personne ne nous a réveillé au milieu de la nuit. Personne n’est venue hurler sur le bord de la tente « vous n’avez pas payé, c’est scandaleux, allez en prison, et ne passez pas par la case départ ». C’est tant mieux.
La journée semble s’annoncer brumeuse. Les nuages sont assez bas. On décide de faire un petit détour par le centre d’informations, savoir quelles sont les prédictions de la journée. Est-ce que ça vaut vraiment la peine de choisir le plus haut sommet des environs pour terminer dans la brume ? On nous confirme que la météo est loin d’être garantie. On décide donc de se rabattre sur un sommet alternatif. Moins haut, moins fatiguant. Moins de déception si jamais on termine dans la brume.
Le départ de la randonnée étant à une douzaine de kilomètres, on se pose sur le bord du chemin, levant joyeusement le pouce, et attendant sagement. On maudit les deux premières voitures qui ne s’arrêtent pas avant d’embarquer avec deux petits vieux très sympathiques.
La balade est bien sympa, mais se passera entièrement dans la brume. Le paysage s’y prête. Il y a un petit côté mystique à ces roches perdues dans le brouillard. Mais on regrette quand même un peu de ne pas voir un peu plus. Pas de vue d’ensemble sur le paysage. La balade que l’on suit fait une boucle, avec un petit crochet aller-retour par le sommet. Détour que l’on décide de ne pas faire. C’est assez raide, et complètement dans les nuages. Pas vraiment utile donc. Le retour est un peu long et pénible ; assez glissant à cause de l’humidité ambiante, mais on retrouve finalement la route.
Douze kilomètres à pied à faire, ça ne nous tente pas. On relève le pouce. La journée est bien avancée, il n’y a plus grand monde, mais une voiture s’arrête quand même pour nous ramener. On se prend la fin de journée bien tranquillement. Je retourne aux lucioles et à la cascade avec mon appareil photo, essayant d’attraper quelques jolies photos nocturnes, mais sans grand succès. Je rentre me coucher. La brume n’est que bien rarement l’amie des photographes.
Lake St Clair, ou Mount Field, difficile à dire
Il y avait un gros soucis. Le même que la dernière fois. Comment faire pour quitter Hobart ? Sauf que cette fois, la configuration était encore pire. Car vers le nord, les banlieues s’étirent pendant un moment. Et l’autoroute n’est pas vraiment accessible aux stoppeurs. On aurait pu prendre le bus, s’éloigner… mais le bus à Hobart, ça semble encore pire que le bus à Sydney. Alors on a laissé tombé cette option… on s’est dit qu’on allait tenter notre chance, avec notre pancarte, sur le bord de la rue.
Et il y a eu Lil. Une fille tout simplement adorable, qui nous a pris en pitié, et qui a fait un énorme détour, juste pour nous déposer, 20 minutes plus loin, à un endroit beaucoup plus simple d’accès. Nous laissant même son numéro de téléphone au cas où on serait coincé à nouveau. Son numéro de téléphone, on a bien l’intention de l’utiliser. Pour l’inviter à boire une bière à Hobart, si on trouve le temps. On verra bien… il y a ensuite eut cette gentille madame qui s’est arrêté pour nous prendre, alors même que l’on n’avait pas atteint l’endroit où on s’était dit que ça serait bien de se poser. Elle avait l’air triste et bien seule la petite madame. On lui a peut être apporté un peu de nouveauté dans sa journée un peu morose. Et puis ensuite, on a eu droit à une famille tasmanienne profonde. Profonde, le mot n’est pas peu dire. « Ah, vous venez de France, vous venez de Paris ? ». Même pas envie de détromper, de contredire. Des gens absolument adorables, qui nous ont répété à plusieurs reprises qu’ils se sont arrêtés pour nous, parce que nous on a l’air gentil. C’est d’ailleurs parmi les rares choses que l’on a réussi à comprendre dans ce qu’ils ont dit. Dur l’accent ! Quand à l’enfant hyper actif à l’arrière, je plains son enseignant ! Mais bon, ils nous ont bien avancé. Ils nous ont posé à un petit carrefour. Un endroit parfait pour repartir. Sauf que là, on a eu un doute soudain. On est resté un moment à faire du stop, sur le bord de cette route qui devrait, en théorie, être un axe principal de la Tasmanie. Trop petit l’axe. Pas assez de circulation. Et puis ici, les numéros de route commencent par une lettre, pour indiquer leur importance : A, B ou C. Après vérification, nous ne sommes pas sur la A6 mais sur la C500 et quelque chose. On regarde à nouveau la carte. En fait, ils nous ont posé au milieu de nul part. Certes, la route où l’on est rejoint la A6 un peu plus loin. Mais nos espoirs de voir une voiture s’arrêter sont quasiment nuls. En revanche, on est juste pas loin du tout de Mount Field National Park. Lui, on se le gardait pour plus tard. On hésite. On discute. On réfléchit. On se rend compte qu’en réalité, il est beaucoup plus logique de faire Mount Field maintenant, et garder Lake St Clair pour plus tard. Parfait. Changement de route. On lève le pouce. Douze secondes après, une voiture s’arrête. Une fille baragouine ce qu’elle peut en anglais. Elle est française, et ça se voit. Par pitié, je passe tout de suite au français pour lui simplifier la vie : elle rejoint deux amis, trois cents mètres plus loin. Ils vont manger, puis aller à Mount Field. C’est parfait. On a faim. On a notre nourriture. On va manger aussi. Et ensuite, on part tous ensemble jusqu’au parc. Le courant ne passe pas vraiment. C’est dommage ; on aurait pu se faire une belle petite soirée, tous ensemble. Tant pis pour eux ! Nous, à la place, on se pose rapidement au centre d’informations, vu que l’on n’avait pas planifié du tout de se retrouver ici…
Mount Field est surtout connu pour ses cascades. Trois cascades, assez belles, et assez facile d’accès. Le centre d’accueil fermant dans un peu plus d’une heure, on décide d’y laisser nos sacs, le temps de faire une première petite boucle, histoire d’en voir deux, et de jeter un oeil sur quelques gros arbres. La première, Russell Falls, est probablement l’une des plus connues. À peine 5 minutes à pied, sur un chemin accessible même en fauteuil, et avec un charme absolument indéniable. Tellement charmant, d’ailleurs, que même la marche est agréable à prendre. Et on vous encourage même à revenir de nuit, pour admirer les « glow worms ». Non, ce ne sont pas des vers luisants. C’est autre chose, unique à la Tasmanie. On verra cette nuit !
Une petite quinzaine de minutes plus tard, et quelques dizaines de marches, on se retrouve au pied de la deuxième chute : Horseshoe Falls.
La suite de la balade, qui nous permet ainsi de faire une boucle assez sympa pour revenir jusqu’au centre, s’appelle « Tall Tree ». Il est vrai que la Tasmanie n’a pas grand chose à envier aux géants californiens. Un peu plus petit, certes. Un peu moins haut également. On parle ici d’un peu moins de 100 mètres. Ça reste quand même très impressionnant pour moi. Et surtout, je retrouve ce calme et cette tranquillité qui semble si commune aux forêts d’arbres géants. Tranquillité dont ne pouvons malheureusement pas trop profiter. Le centre va fermer, il nous faut récupérer nos sacs.
On a pris l’habitude de ne pas payer pour le camping. Et on s’attendait à un camping gratuit ici aussi. Ce n’est pas le cas. Le camping au centre coûte 16$ par nuit. Trop cher pour nous. On envisage donc de partir dans la nature : le début de la randonnée que l’on vise pour demain est à une quinzaine de kilomètres d’ici. Plutôt que de le faire en stop demain matin, on pourrait essayer de le faire en stop ce soir. On pourra se poser tranquillement là bas, sans s’inquiéter de devoir payer un camping, et on aura plus de temps pour la randonnée le lendemain. Seul soucis ? Après vingt minutes sur le bord de la route, le pouce levé, on doit se rendre à l’évidence : à cette heure là, les voitures reviennent. Aucune dans le bon sens. On se décide alors à prendre une chance. On va s’installer au camping, sans payer, et on fera pitié si jamais il y a un contrôle. On plante notre mini tente entre tous ces campings car gigantesques.
Le tout est vite installé. La soirée est encore jeune. On a le temps de s’offrir une petite marche jusqu’à Lady Baron, la troisième cascade. Celle-ci nous demande encore de monter et descendre quelques marches, mais on le fait sans trop rechigner. Encore une fois, très beau spectacle au rendez-vous. Petite cascade, toute simple. À une toute autre dimension, je repense à Yosemite, aux si nombreuses cascades, toutes différentes. Les cascades ont cette particularité je trouve… on peut en avoir vu une centaine, c’est un spectacle dont on se lasse pas.
Je sursaute sur un cri d’Iris. Je me retourne. Elle indique la petite marre sur le côté. Dedans, il y a une forme qui bouge. Des pattes palmées. Un long museau. Une queue étrange… l’ornithorynque n’est donc pas une légende urbaine que l’on fait courir de part le monde pour faire venir les voyageurs, mais bien un fait réel ! Mais c’est surtout une créature très timide ; il disparaît très rapidement dans les branchages. On le voit refaire une apparition à un moment, puis plus rien. On rentre à la tente, le coeur joyeux. Une nouvelle case de cocher dans les animaux étranges. Ne manque plus que le koala… et quelques autres.
La nuit tombée, on décide d’aller voir les « glow worms ». Une lampe de poche, dans la poche, parce que la lumière, la nuit, ça empêche de voir. Et on avance tranquillement le long d’un sentier tout tranquille. On croise une ou deux personnes, qui nous éblouissent joyeusement de leurs lumières, avant de finalement arriver à « l’antre » des vers. Ça prend encore un moment pour les repérer. Pour savoir quoi regarder exactement. Et surtout où. Et puis finalement, on les repère. Plein de petits points, un peu partout. C’est joli tout plein. En avançant encore, on arrive à un endroit où il y en a plus. La grosse différence avec les vers luisants ? Ceux là semblent complètement immobile. Petits points de lumière, simplement suspendu dans le noir, avec énormément de poésie. Parfait petit spectacle tout simple avant d’aller se coucher !
Maria Island jour 4 : Fossil Cliffs et Bishop and Clerk
Altitude départ : 8 ; altitude arrivée : 8 ; point culminant : 620
Dénivelé : + 610, -610
Distance : 6 km ; Temps de marche : 4 heures.
Au moment d’acheter les billets pour le bateau, on avait dit que l’on rentrait le jeudi matin. Le fait d’avoir fait Maria la veille fait qu’il nous reste une balade plutôt courte pour le dernier jour. Le bateau partant à 16h30, ça devrait même nous permettre de repartir aujourd’hui, plutôt que demain matin. Ce qui n’est pas une mauvaise chose, vu notre emploi du temps qui s’annonce bien chargé pour les prochains jours. On laisse toutes nos affaires au camping pour le moment, sans démonter la tente, au cas où la balade prenne plus de temps que prévu. Mais tout porte à croire que l’on aura tout le temps nécessaire.
On commence par traverser les restes du village. Parce qu’il y a longtemps, il y avait un mini village sur l’île, alors qu’elle faisait fonctionner une cimenterie dont il reste quelques traces à droite à gauche. Il y avait aussi un centre de détention pour les convicts. Je ne voudrais pas dire d’erreur, mais il me semble bien que les deux n’étaient pas contemporains. La cimenterie a fermé dans les années 1920. L’île a été un peu 0ubliée abandonnée avant de devenir un parc naturel assez apprécié. Le village en soit même n’a pas grand chose à offrir. Ses 10 maisons sont jolies, mais sans plus. Il y a quand même quelques arbres magnifiques. Par contre, dès que l’on sort du village, la nature reprend le dessus. Après une bonne demi heure de marche, on arrive au sommet des Fossil Cliffs. Au loin, là bas, on devine Freycinet. Et là haut, au bout des falaises, en haut de la montagne, on devine notre objectif.
On avance très bien. Là encore, la marche commence assez tranquille, avant de commencer à grimper un peu plus. On a beau être prévenu qu’il y aura à nouveau des éboulis, quand on arrive, le mur est relativement impressionnant !
La fin offre même quelques petits passages d’escalade simple, qui rende la dernière ligne droite (qui n’est pas droite du tout !) particulièrement intéressante. À chaque fois que l’on pense être arrivé au sommet, un autre groupe de rochers apparait en arrière. On grimpe, on est heureux, on aime ça. Jusqu’à ce que soudainement, il n’y ai plus de dernier rocher à grimper, et que l’on se retrouve tout en haut. Cette fois ci, on y a le droit à la vue à 360 degrés. Largement plus impressionnante que la veille ! En bord de falaise, avec une magnifique chute sur la mer tout en bas. Spectacle assurément grandiose !
On s’offre une fois de plus un petit repas au sommet, où l’on passe une bonne heure, à admirer la vue et à manger. Je resterais bien plus longtemps, mais on a un bateau à attraper à un moment. Alors on s’attaque à la descente, qui se révèle être tout aussi amusante et agréable que la montée !
On rencontre même un échidné particulièrement peu farouche, qui nous laisse lui tourner autour pendant un moment. On essaie de décider qui du wombat et de l’échidné à l’air le plus stupide. Difficile à dire… le wombat aura définitivement ma préférence quand viendra le moment du câlin par contre !
Une dernière petite visite d’une maison abandonnée pour la route, et nous voilà finalement de retour au camping.
Nous avons largement le temps avant le départ du bateau. Alors on plie tranquillement nos affaires et on fait nos sacs. Il y a une mini inquiétude quand même : notre place est réservée pour le lendemain matin ; il y a un risque que le bateau soit complet cette après midi, et que l’on doive quand même attendre le lendemain pour revenir.
Mais ça ne sera finalement pas le cas. On se retrouve confortablement installés, et rapidement endormi, bercés par les vagues. Les derniers jours ont été éprouvants !
On s’est fait une petite pancarte « Hobart », juste au cas où quelqu’un nous verrait à bord du bateau. Bonne idée, puisque ça marche ! Un couple en van nous propose de nous ramener en centre ville. Même pas besoin de lever le pouce. Le stop devient presque trop facile ! Et la dépose en centre ville nous permet une heure de marche supplémentaire pour rentrer chez Bernd… mais au moins, nous sommes rendus ! Encore une nuit où dormir ne sera pas un problème !
Maria Island jour 3 : Mont Maria, Painted Cliffs et les pingouins
Altitude départ : 100 ; altitude arrivée : 8 ; point culminant : 711
Dénivelé : + 610, -710
Distance : 15 km ; Temps de marche : 6 heures.
Je pense que l’un des souvenirs qui me restera le plus de l’Australie, c’est le chant des oiseaux. Cette impression, dès que l’on est dans la nature, d’être enfermé dans une volière Des chants de perroquets, partout, tout le temps. Des sons complètement surprenants et inhabituels. Des cris d’oiseaux qui ressemblent à des hurlements de singes. D’autres, on ne sait pas vraiment à quoi… c’est le chant des oiseaux qui m’a réveillé ce matin. L’un des plus beaux concerts que j’ai entendu jusqu’ici. Perdu au milieu de la forêt, sans personne pour les déranger, ils s’en donnent à coeur joie. Et ça commence magnifiquement bien la journée !
Ça ne fait pas très longtemps que l’on est réveillé, pas encore sorti de la tente, quand j’ai l’impression d’entendre un bruit de moteur au loin. Mais celui-ci s’arrête. Je pense donc à une hallucination produite par réflexe à chaque fois que je dors dans un endroit où je n’ai pas le droit. À moins que… non, un peu après, le son recommence. Un bruit de moteur, qui approche. Les seuls engins motorisés sur l’île sont ceux des rangers. Je dois sans doute être maudit. Je ne vois plus que ça…
Le petit véhicule s’arrête. Deux personnes en descendent. Nous saluent. Nous demandent si on a aimé l’emplacement, si on était bien. Puis nous souhaite une bonne journée, prennent leurs sacs, et attaquent le chemin qui mènent au mont Maria. Mon esprit de déduction me permet donc de comprendre que peut être au final le camping sauvage n’est absolument pas interdit. Et bien c’est tant mieux !
On prépare nos affaires, et à nouveau un petit pique nique pour le sommet. La marche risque d’être longue une fois de plus. Et une fois de plus, on attaque tranquillement. La majeure partie du chemin monte en prenant son temps, sillonnant dans une autre magnifique forêt d’eucalyptus. Tout cela paraît facile. Presque trop facile. Un peu comme s’il y avait un piège. Après tout, il nous faut monter plus de 600 mètres, et après deux heures de marche, je ne pense pas que l’on ai monté plus de 200… ça fini quand même par commencer à se raidir. On commence à marcher sur des cailloux. De plus en plus gros. Avant de se retrouver au pied d’un magnifique éboulis. On voit très clairement où se trouve les 3oo mètres qu’ils nous restent à faire… on grimpe rapidement, et l’île s’étale petit à petit devant nous. Pendant ce temps, les nuages commencent à s’accumuler au sommet…
La grimpette me plait quand même bien. Raide, certes, mais les jambes arrivent quand même à suivre, et on arrive finalement au sommet… en plein brouillard… on ne désespère pas. D’après les informations que l’on a, les nuages apparaissent et disparaissent très rapidement au sommet. Alors on se pose tranquillement pour manger, en attendant sagement la prochaine éclaircie. Qui arrive finalement !
Une mini déception quand même, parce que la vue n’est pas à 360 degrés comme promis. Une partie de la vue est cachée par des arbres, qui empêchent de voir le nord de l’île. Et puis il y a aussi quelques nuages qui persistent à ne pas vouloir partir, et qui nous cachent donc un peu la vue également. On reste quand même ravis. Fatiguant, certes, mais justifié !
On est rejoint, juste avant notre départ, par l’allemand avec qui on a partagé un thé la veille. On échange donc à nouveau quelques mots, avant de reprendre notre chemin.
La descente se fera plus rapidement, dans la joie et la bonne humeur !
On récupère nos sacs que l’on a laissé en bas avant l’ascension. On commence à se préparer à repartir quand l’allemand nous rattrape à nouveau. Et puis juste après, les deux rangers en véhicule motorisé. Certains diront sans doute que c’est de la triche, ce que je ne trouve pas vraiment grave. C’est sûr qu’ils n’ont pas de la place pour des passagers supplémentaires… par contre, pour des sacs ? Sans problème ! Ils retournent à côté du camping vers lequel nous nous dirigeons également. Nous ferons donc le restant de la balade sans avoir à nous soucier du transport de tout notre bordel. Y a pas à dire, ça fait plaisir !
Du coup, on attaque le chemin du retour le coeur (et surtout le dos !) léger. On fait la route avec l’allemand, dont on ne connaitra au final jamais le prénom.
Le chemin du retour nous fait passer à nouveau à côté des Painted Cliffs, qui justifient amplement un mini détour. La lumière est beaucoup plus belle sans les nuages, et à marée haute, les lieux sont encore plus beaux ! Le détour valait vraiment la peine !
Les jambes commencent à être pesante, et les 30 dernières minute de marche qui nous ramènent au camping se font vraiment ressentir ! Mais on récupère finalement nos sacs à dos, on se trouve un bel arbre ombragé, et on plante notre maison en dessous.
La journée aurait pu se terminer là. Après tout, elle était déjà bien remplie ! Mais c’est sans compter une petite activité d’observation de petits pingouins dans la soirée. Il y a quelques nichées à côté de la jetée ; un ranger sera là avec une lampe spéciale.
Alors après un bon petit repas bien simple, on s’offre une petite marche sur la plage pour admirer le soleil couchant en se dirigeant vers la jetée.
On attend un bon moment avant de finalement voir les premières silhouettes ressortir. Ces bestioles sont toujours aussi ridiculement mignonnes. On reste un moment à les suivre, à les observer, à faire quelques photos. De quoi terminer la journée en beauté !
la st valentin


