Archive for the ‘[Australia – Tasmania]’ Category
Freycinet jour 2 : Wineglass Bay à Cooks Beach
Altitude départ : 5 – altitude arrivée : 4 ; point culminant : 500
Dénivelé : + 530, – 530
Distance : 18 km ; Temps de marche : 8 heures.
J’ai déjà eu de très nombreuses raisons pour dormir mal. En camping, on peut encore en trouver pas mal d’autres. La température était parfaite. Il n’y avait pas trop de vent. Le matelas est confortable. J’ai pourtant passé la nuit à être réveillé. Par tous les possums qui sont venus me rendre visite. Les uns après les autres. À chaque fois que j’en éclairais un avec la flash light, il me regardait avec un grand air innocent sur le thème « bin quoi, c’est pas ici le buffet à volonté ». Non mon gars ; désolé, tu es arrivé trop tard. La bouffe est bien rangée dans le sac désormais, et je referais pas la même erreur. C’est, à vrai dire, le défaut de la tente : elle est constituée principalement d’une toile pyramidale. Puis dans un coin seulement, un tapis de sol et une moustiquaire pour fermer le tout. Le reste est donc entièrement ouverte. Et si les possums ne peuvent me dire me grignoter les pieds, ils peuvent entrer et sortir sans problème de la tente. Il faudra que je réfléchisse aux nombreuses conséquences de la chose…
Il est dix heures quand je me réveille. D’aucun trouverait cela scandaleux une heure de réveil partout. En camping. Et pour faire de la randonnée. Moi je dis que si j’ai dormi aussi tard, c’est que j’en avais besoin ! C’est donc parfaitement mérité. Quand je me réveille, le camping est entièrement vide. Ça sent les randonneurs sérieux. Sauf les trois français. Eux sont encore là. Ils ne font pas la boucle. Ils venaient juste passer une petite nuit dans la nature. On échange quelques mots. Mais pas de coordonnées. C’est aussi ça le plaisir de voyager. Il y a des rencontres que l’on aime et que l’on veut renouveler. D’autres qui sont tout aussi sympa, mais qui se suffisent à elle même. Et pour la deuxième fois, mon sac commence par passer par le service des douanes, avant d’avoir l’approbation pour le départ.
Les prévisions météos étaient mauvaises pour aujourd’hui, et je m’attendais à me réveiller sous la pluie. Mais le ciel est relativement bleu, et les nuages assez haut. La suite du chemin monte jusqu’au mont Graham à 579 mètres, avant de redescendre jusqu’à environ 300, où il y a un embranchement pour le mont Freycinet (620 mètres, point culminant du parc). Petit détour d’une paire d’heures, avant de redescendre sur la plage de l’autre côté. Je le ferais si le ciel est dégagé. Mais ça se couvre très rapidement. J’ai l’impression qu’il n’y aura pas beaucoup de photos aujourd’hui. Dommage de faire les sommets le jour où il y a de la brume. Ça monte un peu raide dès le début, et le sac commence à peser un peu, mais ça va quand même. Mes réserves d’eau ont baissé beaucoup plus vite que ce que je pensais. Il faudra vite que je me trouve un ruisseau pour reremplir mon camelback. Trois litres pour une telle distance, incluant un repas, n’était définitivement pas assez. C’est pas grave. J’apprends ! Je trouve finalement mon ruisseau, rempli ma bouteille secondaire à faire bouillir plus tard, et reprend le chemin.
Il y a des endroits où la voie est très mal marquée. Je ne suis pas sûr exactement de où je dois aller. Mais j’arrive quand même à me retrouver. La brume n’aide pas, il faut bien le dire. Et puis il y a cet endroit, particulièrement bordélique, et cette impression étrange de tourner en rond un peu trop. J’hésite un peu. J’ai moins l’impression d’être sur un chemin. J’avance un peu. Si, c’est bien le chemin. Est-ce que je dois aller à droite ? À gauche ? Je vois un fléchage à gauche. Parfait. Je reprends la marche, maugréant un peu contre ces chemins mal balisés. Si les sentiers très fréquentés se suivent sans problème, ceux un peu plus secondaire sont un peu plus difficile à suivre.
J’essaie d’avoir un ordre d’idée de où je suis grâce à la carte topographique. Mais il faut croire que je ne suis pas aussi bon que ça pour la lecture de carte, car je n’arrive pas à me situer. J’ai quand même l’impression de bien avancer. J’ai 11 kilomètres à faire, c’est quand même plutôt relaxe comme distance. Je fais une pause pour manger, et faire bouillir de l’eau histoire de pouvoir recommencer à boire. Il ne fait pas très chaud, tout la haut dans la brume.
Ça fait 4 heures que je marche quand je vois la plage. J’avoue être franchement fier de moi. Je ne comprends pas très bien pourquoi j’ai raté le début de chemin pour Freycinet. En même temps, vu comme c’est mal indiqué, je ne suis pas si surpris de l’avoir raté. Et sans regret, vu que je ne l’aurais pas fait dans la brume de toutes façons.
Et puis il y a ce doute soudain. Ce quelque chose qui ne marche pas. Cette baie qui arrive bien trop tôt, et surtout qui n’est pas exactement à l’endroit où elle devrait être. Cet arbre, puis cet autre qui ont un côté déjà vu. Ces montagnes, qui n’ont rien à faire là. Qui devraient être derrière moi.
Je suis attaqué par un mélange de sentiments. Stupidité, frustration, déception. Un léger sentiment d’inquiétude également. Ces randonneurs stupides qui se perdent en montagne, ça ne se voit que dans les films. Si vous suivez le chemin, il n’y a aucun problème. Je ne sais tout simplement plus quoi penser. Plus quoi faire. Je suis quand même un peu fatigué. Je n’ai pas assez d’eau pour tenir la soirée. Et puis je n’ai pas envie de repasser la soirée ici…
Je revois très clairement l’endroit où je me suis perdu. Ce chemin où j’ai hésité à tourner à droite ou à gauche. J’ai donc perdu la piste à un endroit, tourné sur moi même, revenu au chemin principal, et fait demi tour. J’ai bien senti que j’étais un peu déboussolé, que je n’allais pas exactement dans la bonne direction. Comme quoi, peut être qu’une petite boussole serait un achat intéressant à envisager… ça sert très rarement, mais quand il y a un doute, ça peut être extrêmement utile ! Je ne comprends quand même pas que j’ai pas reconnu le paysage. Il y a bien eut un endroit où une pierre m’a fait penser à une autre que j’avais vu plus tôt. Il y a aussi ce petit passage, qui m’a plus. Dans les deux sens. Mais que je n’ai pas reconnu :
Avouez que parmi les 27 photos précédentes, vous ne vous êtes pas dit « oh, c’est pareil ».
Je me pose quelques minutes sur le bord de la plage, à regarder la baie. Je fais quoi ? Je n’ai pas envie de faire demi tour à nouveau et réattaquer l’ascension. Je prends donc le chemin du retour. Il y a un embranchement plus loin qui me permettra d’atteindre Cooks Beach par un autre chemin (c’est l’avantage des boucles, il y a toujours deux routes).
Le sac s’est alourdi un peu… mais je marche courageusement. Je remonte Wineglass Bay et, au lieu de remonter jusqu’au point de vue, attaque le chemin qui permet de traverser la péninsule. La bonne nouvelle c’est que la marche sur le sable n’est pas trop pénible.
J’arrive à Hazards Bay, de l’autre côté de la péninsule. J’ai un panneau qui m’indique le parking de départ à 2h30 de marche sur ma droite. Un autre qui m’indique le prochain camping, à 2h30 de marche, sur ma gauche. Le problème, c’est que si je vais à gauche, il faut que je continue jusqu’au camping d’après. Et que je rajoute une autre heure et demi. Pourquoi ? Parce que ce dernier camping me permettra d’aller jusqu’au bout de la péninsule, de m’attaquer à Freycinet demain, et surtout, parce que lui a de l’eau.
Je suis là pour voir le parc. Je veux en profiter au maximum. Ça va me faire plus de marche aujourd’hui, mais ça va aussi décaler une partie de la marche prévue pour les deux prochains jours. Et bien je souffrirais plus. Je suis jeune, je suis capable. Je tourne à gauche, avec enthousiasme.
Le sac est rendu horriblement lourd. C’est fou comme ça serait plus facile sans rien sur le dos. Je commence à avoir vraiment mal aux pieds. Je préférais mes anciennes chaussures de marche. Celles avec lesquelles j’avais affronté Yosemite, sans jamais avoir trop mal aux pieds. Celles-ci sont moins confortables.
Mais je continue à avancer. La veille, le français de Toulouse dont le nom m’est toujours pas revenu, disait en parlant du GR20 (qui est dans ma liste de choses à faire) que la marche c’est 55% pour de volonté. Rendu là, la volonté n’a plus rien à voir. Je mets un pied devant l’autre, avançant de façon mécanique, attendant simplement d’arriver au bout. J’ai mal aux épaules, j’ai mal au dos, je suis tanné de marcher. Je passe le premier camping. Il me reste une heure et demi. Dans les bois. Je me perds dans le camping. Le chemin est mal indiqué. Je le retrouve à nouveau, en maugréant d’autant plus contre le fléchage trop aléatoire à mon goût.
J’arrive à la dernière plage. Tout la bas au bout, c’est le repos qui m’attend.
La dernière ligne droite est parfois la plus facile, parfois la plus dure. Depuis Wineglass Bay, je n’ai presque fait que marcher sur le sable. Aucun dénivelé, mais pas une marche agréable pour autant. Il n’empêche que quand j’arrive finalement au camping, je pose mon sac avec un bonheur difficile à égaler. Il y a pas mal de tentes, éparpillées de tout côté. Je trouve un endroit qui me plait. Avec une vue magnifique sur l’océan. Installe la tente. Plante les piquets comme je peux dans le sable. Construit l’ensemble. Coup de vent. Deux piquets sautent. Je les remets. Coup de vent. Deux autres piquets sautent. J’ajuste un peu tout ça. Je bataille un long moment. Je pensais que ça serait simple ce soir, car je maîtrise la tente maintenant. Mais vent + sable, ce n’est pas l’idéal. Cette tente a définitivement besoin des piquets pour tenir… Je me bas encore un moment, avant de me dire qu’en même temps, je suis un peu stupide. Quand viendra le temps de dormir, je m’en foutrais complètement de la vue sur la plage. Je m’éloigne un peu, à l’abris du vent, sous les arbres. Il y a quelques goûtes, à droite à gauche. Rien de trop menaçant pour le moment.
Je remonte la tente. C’est plus rapide. Et les piquets tiennent. Il y a moins de vent. Je m’installe à l’intérieur pour écrire sur un petit calepin qui me sert à prendre quelques notes pour quand viendra le moment de retranscrire tout ça sous forme de blogue. Le vent se fait de plus en plus fort. J’ai beau être à l’abris des arbres, un peu, ça bouge encore pas mal. La pluie s’arrête un peu. Il n’empêche que ça pourrait bien recommencer à pleuvoir. Il ne fait pas encore nuit. Mais je vois bien le plan galère, de la tente qui s’écroule au beau milieu de la nuit, sous la pluie. Et puis vue la force des rafales, quand je pense aux gros arbres juste à côté de moi, je me dit que je ne suis pas forcément à la meilleure place.
Je ressorts. Démonte la tente à nouveau. Embarque tout ça. M’enfonce dans un bosquet très touffu de petits arbres. Je n’ai plus un souffle de vent. Et rien qui risque de me tomber sur la tête. L’endroit est juste parfait. La prochaine fois, je le choisirais en premier tiens !
J’ai eut l’occasion de voir que le ciel était magnifique. Il ne fait pas encore nuit ; il est un peu tôt pour dormir. Je me dirige donc vers la plage. Il n’y a personne. Je l’ai pour moi tout seul. Le vent souffle de plus en plus fort. Plein nord. Je réfléchis. Oui, ce matin, il était plein sud. Il y a une ou deux heure aussi. Il vient juste de tourner soudainement.
Je reste un long moment à contempler la danse magnifique des nuages. Tout les ennuis de la journée s’envole devant ce spectacle merveilleux. Les nuages bas, accrochés à Freycinet et à Amos un peu plus loin, se déchirent petit à petit. Le vent les emporte. Dans le lointain, le ciel paraît plutôt clair. La journée devrait être belle demain. Le ciel est grandiose. Je ne me lasse pas de l’observer. Il change à tout les instants.
Je réfléchis à mes plans pour la journée de demain. En marchant plus que prévu les deux prochains jours, en tassant un peu tout ça, je devrais être capable de voir absolument tout. Freycinet devrait être entièrement dégagé demain. Je pense bien que je vais aller lui rendre la visite que j’ai raté aujourd’hui !
Il commence à tomber quelques goûtes à nouveau. Je ne pense pas que ça durera longtemps. Je rentre quand même me mettre à l’abris sous la tente, dont je testerais l’étanchéité… je remercie les nuages et le vent pour ce spectacle magnifique qu’il vient de m’offrir, et qui m’a permis d’oublier mon cuisant échec d’orientation…
Freycinet jour 1 : Wineglass Bay
Le réveil s’est fait plus tard que je l’avais initialement planifié, mais c’était prévu. La nuit a été courte, mais je suis quand même en forme. Je finalise mon sac assez rapidement, finalement prêt à partir vers 10h15. Bernd me dit que si je patiente un tout petit peu, il me donne un lift vers la sortie de la ville, car il a une course à faire là bas. C’est parfait pour moi.
À 10h30, je suis donc sur le bord de la route, avec mon petit carton mal orthographié. Freycinet s’écrit Freycinet. Non pas Frecinet comme je l’ai cru à un moment. Ça ne semble pas empêcher les voitures de s’arrêter. Le profil des gens qui s’arrête est relativement le même que d’habitude : généralement, des hommes seuls dans les 40-50 ans. Ou un couple d’âge plus ou moins avancé. Les vans, eux, ne s’arrêtent pas. Une rencontre assez sympathique, avec ce couple qui a des enfants un peu partout dans le monde. Petit bout de trajet agréable avec eux. J’aime bien la conclusion du gars « je te souhaite d’apprécier de continuer d’aimer autant la vie, ce qui me fait aucun doute ». Je me retrouve perdu au milieu de nul part. Puis encore plus au milieu de nul part après un petit lift de quelques kilomètres seulement. Une autre voiture s’arrête. Petite. Genre Clio. Ou Echo. Ils sont trois dedans. Un allemand et deux suédois. Steph, Elin et Robert. Ils vont à Freycinet. Ils vont faire Wineglass Bay. On s’entend bien. Je me demandais dans quel sens attaquer la boucle, j’ai la réponse à ma question.
Je prends quelques informations à l’entrée du parc, notamment sur l’état des réserves d’eau un peu partout. Un ou deux ruisseaux buvables (après ébullition) et des réserves d’eau de pluie correct dans un des campings. J’ai donc une journée complète à tenir. Je partirais avec 3 litres.
Sur le parking, je retrouve un des vans qui ne s’étaient pas arrêter pour m’emarquer. Je suis toujours curieux sur le profil des gens qui voyagent en van. Deux filles françaises. Je reconnais à leur décharge qu’il n’y avait pas de places pour moi. J’arriverais à échanger deux trois mots avec elle à un moment, elles ne sont pas sympathique du tout. Je préfère largement mon allemand et mes deux suédois.
Inspection des douanes obligatoires avant le départ.
On attaque la marche. Eux voyagent léger ; moi j’ai 15 kilos sur le dos.
Jour 1 :
Altitude départ : 14 – altitude arrivée : 5 ; point culminant 220
Dénivelé : + 206, -215
Distance : 4.2 km ; Temps de marche : 2 heures.
La montée jusqu’au point de vue, je l’ai déjà faite, mais la refaire est bien agréable. Certes, je suis un peu plus chargé, mais ça monte quand même bien. Juste plus lentement. On croise aussi ces deux américains qui viennent juste de tomber en panne de batterie. Je les prends donc en photo, avec la promesse de leur envoyer par email par la suite. Ça ne coûte rien, et ça leur fait plaisir. Ce n’est pas la première fois que je le fais ; et je me souviens à Bali le gars qui avait fait une photo de nous sous l’eau avec son appareil étanche. Échange de bons procédés j’imagine.
La descente sur Wineglass Bay se fait elle aussi sans problème. Le sac commence à peser un peu, mais j’ai désormais un bâton de marche en plus avec moi, et c’est vrai que ça aide aussi. La baie est magnifique… mais comme disait Iris à Tasman « prend ça Wineglass Bay » ; je suis d’accord avec elle. Si la baie est belle, ce n’est pas la plus belle de Tasmanie. Elle mérite quand même une petite marche, mais le point de vue que l’on avait en hauteur valait déjà bien la peine. Au loin, au bout de la plage, un peu sur la droite, on devine Mount Freycinet. Le point culminant de la péninsule. J’ai rendez-vous avec lui demain. Je l’attends avec impatience. Mes collègues de marche sont plus courageux que moi. Il faudra, un jour, que j’apprenne à me mettre à l’eau froide. Je ne comprends juste pas pourquoi je n’y arrive pas. J’aime l’eau, les vagues sont superbes et font rêver, mais je sais bien que ce n’est pas la peine d’essayer.
Mes compagnons de marche font finalement demi tour après leur baignade. Et je finis la marche le long de la baie tout seul comme un grand. Le camping m’attend juste après. Je m’installe tranquillement. Il y a pas mal de monde, ce qui est assez logique pour un samedi soir. Je monte ma tente sous le regard curieux des kangourous du coin. Kangourous qui doivent bien se moquer de moi. Je n’ai pas le mode d’emploi. C’est la première fois que je la monte ; ça n’a rien d’intuitif. Jusqu’à ce comprenne finalement que les crochets ne servent pas à faire tenir les machins mais les bidules, et qu’il n’y aucun truc pour accrocher le chose. À partir de là, je me retrouve finalement avec une vraie maison. Et oui, le bâton de marche devient le pilier central de la tente. Astucieux. Et pas mal pour gagner du poids !
La maison construite, je profite de la lumière de fin de journée, qui est tout simplement superbe. L’eau change de couleur toutes les deux minutes, selon la couverture des nuages et l’angle du soleil. Rien qui ne rende bien en photo, malheureusement… mais un souvenir d’une couleur jamais vue jusqu’à présent.
Je rentre à la tente me faire à manger. Sur le regard tout aussi attentif des kangourous. Sans doute pense-t’il que vu mon incompétence à monter la tente, je serais aussi incompétent à cuisiner, et j’en renverserais partout. Malheureusement pour eux, je me débrouille plutôt bien avec ma petite casserole et mon mini brûleur. Je ne sais pas si j’ai fait pitié au couple là bas, où s’ils trouvent juste mignon mes interactions avec mon voisin kangourou, mais à un moment, la femme vient me voir et me demande si je veux un peu de poissons qu’ils viennent juste de pêcher. J’imagine qu’ils ont trop pour deux, peut être pas assez pour quatre. Toujours est il que je me retrouve avec ce magnifique morceau de poisson, et qu’il est délicieux. Et puis les cadeaux spontanés, gratuits, sans rien demander en retour, j’ai toujours aimé ça. Ma journée semble se placer sous le signe de la générosité. Entre ces gens qui m’ont offert généreusement une place dans leur voiture, Elyn qui m’a offert des biscuits, et ce couple qui m’offrent un saumon. Je ne peux pas m’empêcher d’avoir une crise de nostalgie en repensant à Burning Man.
Est-ce que c’est la nostalgie de Burning Man, qui est aussi un lieu de rencontre, qui me pousse ? Je ne sais pas. Il n’y a que des couples qui voyagent ensemble. Pas vraiment facile de me joindre sans avoir l’impression de déranger… et puis il y a ces trois personnes qui viennent juste d’arriver. Tout sourires et bonne humeur. Oserais-je dire que c’est inhabituel pour des français ? Toujours est il que j’ai une occasion d’échanger quelques mots avec eux, et que je décide de pousser un peu. Je demande si ça dérange que je passe la soirée avec eux, ils m’accueillent tout sourire. Comme bien souvent, ne me demandez pas de me rappeler leurs noms. Il y a un couple, qui vient de Toulouse. Ils voyagent avec une fille de Perpignan, qu’ils ont rencontré en faisant du fruit picking à Mornington. Ils me parlent du fruit picking avec le même enthousiasme que tout les autres. « On s’est fait 1300$ en 10 jours ». C’est vrai que la somme est alléchante. Quelques mathématiques ramènent ça à 130$ par jours, probablement aux environs de 15$ de l’heure. Juste un peu au dessus du salaire minimum, donc, impôts déduis… par contre, il est vrai que le gros avantage est que tu arrives, tu es engagé sans condition, et que tu restes le temps que tu veux. Très pratique pour pouvoir remettre un peu d’essence dans le van quand on est perdu au milieu de nul part. Les restaurants et autres classiques de backpackers attendent que l’on reste plus longtemps évident. La discussion s’étire un peu dans la soirée. Les échanges sont agréables. Ma dernière nuit a été très courte, mais je ne ressens pas trop de fatigue quand je vais finalement me coucher.
S’il y a des kangourous dans les environs du camping, il y a aussi des opossums. C’est un peu le bordel dans ma tente, avec les sachets explosés. La bonne nouvelle, c’est qu’ils n’ont à peu prêt rien ouvert de ma bouffe. À part les crumpets que j’avais prévu pour mes petits déjeuners. Bon, bin je ferais les prochains jours sans petit déjeuner j’imagine. On verra comment arranger tout ça. Et je m’endors finalement, tout heureux, dans ma petite tente au milieu de nul part.
Ma cabane en Tasmania
Le temps semble se décider à s’éclaircir un peu. Encore quelques prévisions d’averses, mais bien faibles et plutôt minimes. Si je veux la faire ma rando, si je veux essayer mon matériel, il faudra bien que je me décide à y aller ! Donc s’est partir. Retour à Frecynet dans 7-8 heures environ. La pluie m’a bien rendu service au final, vu que ça m’a permis d’être présent juste quand des anciens clients ont eut besoin d’un programmeur flash de tout urgence. Le décalage horaire n’est vraiment pas évident à gérer (en gros, mes heures de sommeil correspondent exactement aux heures de bureaux au Québec) mais on s’en est pas trop mal sorti. Petit ajustement de programme, par contre, je dois revenir mardi, pour finaliser/ajuster/corriger/terminer tout ça. Rien de bien grave. Ça me convient.
Je laisse derrière moi une cabane qui avance moins vite que prévu, et qui est loin d’être terminée encore. Je n’ai pas vraiment de remords en fait. D’autant plus qu’une paire de bras américains a été livrée il y a quelques jours pour me remplacer. Parfait. Vue l’heure avancer, je ne parlerais pas ce soir de ce que je pense d’Helpx, mais à premier trois expériences relativement semblables et différentes, je me sens prêt à faire une première mise au point je pense. Sur ce, je pense qu’il est temps que je vous abandonne, histoire de dormir un peu !
Pique-nique foie gras et champagne au jardin botanique de Hobart
Je l’avais dit en parlant de celui de Melbourne. Les jardins botaniques sont vraiment à la mode en Australie. Donc après Sydney, après Melbourne, nous avons décidé de faire un petit saut au jardin botanique de Hobart. Un petit saut histoire de marquer notre première année ensemble. Et comme la maman de Iris a été très généreuse dans son colis survie de Noël, et bien on a pu en profiter comme il fallait !
La météo n’était pas trop au rendez-vous par contre. On a pu pique niquer tranquillement sur notre banc, et faire un petit tour rapide des jardins, mais il faudra très clairement y retourner pour voir la suite ! En même temps, la météo se prêtait relativement bien à la visite. Encore différent de Sydney et de Melbourne, le jardin botanique d’Hobart est aussi beaucoup plus petit. Plus dense. Plus touffue. Et du coup, une petite pluie, ça vient faire ressentir les odeurs tourbées et herbeuses des lieux. À noter : une belle collection de fougères, une jolie chênaie, et une impressionnante déclinaison d’araucaria (les très gros, sur les dernières photos).
Et puis finalement, la pluie augmentant, nous avons décidé de fuir. Sauf que pour quitter le jardin botanique sans voiture, ça n’est pas très évident. On s’est donc caché sous un abris bus, essayant de faire du stop. Sans succès, vu le peu de véhicules. Au final, j’ai sauté sur deux charmantes vieilles madames qui revenaient du jardin, leur demandant si elles pouvaient nous déposer au centre ville. Elles ont accepté avec un grand sourire, et nous ont amené jusqu’à un café où on s’est offert un chocolat chaud bien mérité !
On avait quasiment eut aucune pluie depuis notre arrivée en Tasmanie. Juste quelques goûtes éparses chez Sarah. Les deux madames du jardin nous ont dit qu’elles étaient bien heureuses de voir de la pluie, et je les comprends bien. Les prédictions sont à la pluie pour les 5-6 prochains jours, donc pour moi, la randonnée est en stand by.
C’est assez amusant, parce que la veille, j’étais tombé par hasard sur les infos météos de Hobart. Au 30 janvier, il n’était tombé que 4 mm de pluie, pour une moyenne de 45 mm d’habitude. Sauf qu’avec la pluie du 30 et l’énorme tempête du 31, le cumul du mois est rendu à 56mm. Comme quoi, il ne faut pas désespérer avant la fin !
Par contre, il est vrai que passer de 32 dimanche à 14 mardi, ça surprend !
Salamanca Market
Il y a deux choses qui semblent être particulièrement connues (et réputées) à Hobart. La brasserie Cascade, et le Salamanca Market. La brasserie, c’est parce qu’elle est la plus ancienne d’Australie. Aussi parce qu’elle se trouve dans un des plus vieux bâtiments de Hobart. Enfin, et c’est pour moi la seule raison vraiment valable, parce que leurs bières sont particulièrement excellentes. Je n’irais pas faire la visite. Je ne suis pas intéressé à payer pour visiter une brasserie ; j’en ai visité suffisamment gratuitement. Je ne suis pas non plus intéressé à payer pour une dégustation. Je préfère, si je dois payer, déguster à la bouteille. Une bière différente à chaque fois. D’ailleurs, tiens, je pourrais vous parler de la Stout, que l’on a partagé avec Michel. Car en plus d’être sympathique, Michel préfère les bières noires aux blondes ! Bref, la stout de chez Cascade, c’est une petite escapade au pays du chocolat. Aussi bien au niveau du parfum que de goût. Même si celui-ci évolue par la suite comme la plupart des stouts vers un goût plus orienté café. Il y a un très bon travail de torréfaction en arrière, et ça paraît. S’il fallait faire des comparaisons, j’irais sans doute voir du côté de la Pêché Mortelle, du Dieu du Ciel. En enlevant le côté vanillé, par contre, complètement absent dans le cas de la Cascade.
Mais je m’égare. Il me semble que je devais parler d’un marché, à la base. Le Salamanca Market, c’est tout les samedis. Et ce samedi là, il faisait particulièrement beau. Évidemment, j’éviterais ici d’évoquer trop longuement le 30 degrés des plus agréables et le ciel parfaitement bleu. Je ne voudrais pas froisser les lecteurs qui passent le mois de janvier dans le mauvais hémisphère. Bref… profitant de cet météo idyllique (parce que oui, des fois, vous savez, il fait trop chaud, ça en est presque pénible !) j’ai décidé de m’en aller découvrir ce célèbre marché. J’ai enfourché mon vélo (ou plutôt celui que Bernd me prête) et je me suis laissé descendre jusqu’au centre ville. Puis un peu plus loin. Et j’ai vagabondé entre les étalages.
Première constatation : ce marché est extrêmement sympathique. Relativement grand, avec beaucoup de choses à voir, et une ambiance agréable.
Deuxième constatation : mais en fait, il est comme tout les autres ! Ça m’a pris comme ça, soudainement, alors que je regardais l’étalage d’un artisan menuisier. Les planches à découper, en bois aussi divers que variés, sont magnifiques et parfaitement finies. Il y a aussi les reposes-plats, les couteaux à pain, des faux fruits en bois… je regarde tout ça, et j’ai soudainement l’impression de l’avoir vu des centaines de fois. Les étales se suivent et se ressemblent. D’un bout du monde à l’autre, j’ai le sentiment de revoir les mêmes objets, les mêmes idées. Il y a les stands un peu plus écolos, la pizza bio au feu de bois, les vendeurs de hot dog, la designer de mode, le stand de fudge, celui de bonbons. Et bien sûr, les jeunes musiciens, extrêmement talentueux, qui ravissent les oreilles des chinois et des français qui visitent le marché. Parce que des locaux, certes il y’en a, mais je n’ai pas l’impression qu’ils font la majorité.
Je ne dis pas que Salamanca ne me plait pas. Au contraire, j’ai eut énormément de plaisir à y prendre un bain de foule. À déambuler sans raison, d’un stand à l’autre. Regardant, avançant au hasard, m’énervant après ces madames qui ne font pas attention avec leur sac à main.
Quand on discutant avec Michel, il a dit une chose toute bête. Une chose toute simple, qui m’est resté. « Je ne voyage plus pour les paysages depuis longtemps ; je voyage pour les gens ». Il nous a expliqué qu’au bout d’un moment, les plages se ressemblent toutes. Les gens, eux, sont tous différents. Je reste un peu en désaccord avec lui. Non pas sur les gens, mais bien sur les paysages. En tant que photographe, j’ai l’impression de faire peut être plus attention à ce qui m’entoure. Je vais chercher dans les paysages ce qu’ils ont d’uniques à offrir. Il y a une infinité de paysages différents sur terre, et je ne pense pas avoir la chance de tous les voir un jour. Je sais bien que quand je commente une route, un paysage, je fais référence à l’Irlande, au Québec, à la France. Cette idée volonté de comparaisons, c’est plus une façon pour moi de créer des liens entre les voyages. De m’aider à comprendre ce que j’aime, ce qui me plait particulièrement, et ce pourquoi j’accroche moins. Je sais le genre de paysages qui me plait grâce à ça, et je vais le chercher. Il y a peut être aussi un projet photographique, pour l’instant très flou, en arrière. Oregon, Irlande, Québec, Tasmanie… tellement différents et semblables en même temps.
J’aime voyager pour découvrir l’immensité du monde et sa petitesse en même temps. Me rendre compte qu’à l’autre bout du monde, les choses sont à la fois différentes et semblables. Je trouve là dedans un côté rassurant.
Alors quand je me promène sur Salamanca Market, et que j’ai l’impression d’être à la fois le dimanche matin à Morestel et le samedi après midi à Eugène, je me sens bien. Et j’aime ça.
Hogs : à la semaine prochaine
Bernd fait partie de la Hogs. Hobart Games Society. Ou, autrement dit, un club de joueurs. Des gens qui jouent à des vrais jeux qui fait réfléchir. Ça fait parti des arguments qui m’ont donné envie d’aller passer quelques temps chez lui.
J’ai fait une première soirée jeu la semaine dernière. Occasion pour moi de découvrir Vikings ; uniquement en spectateur, mais spectateur suffisamment attentif pour en comprendre les règles et apprécier. Un jeu que j’essaierais volontiers. J’ai, par contre, pu tester un autre jeu, de type « deck builder ». Première fois que je m’essayais à ça. En gros, vous commencez avec quelques cartes, dont vous utilisez les pouvoirs pour acheter des cartes plus puissantes, et ainsi de suite. Dans un contexte assez connu : des aventuriers, qui s’équipent en d’armes et autres objets magiques, dans le but d’aller tuer des monstres dans un donjon… et parfois trouver des trésors. Oui, ça a un petit côté déjà vu. J’ai aimé jouer, aimer essayer ce type de jeu pour la première fois, mais je n’accroche pas plus que ça. C’est un jeu très solitaire, avec absolument aucune interaction avec les autres joueurs. Tout ce que l’on espère, c’est qu’un autre joueur n’achètera pas la carte que l’on veut avant que l’on ait l’occasion de le faire, ou qu’il nous laisse le monstre que l’on avait prévu de tuer. Aucun moyen de négocier, échanger, interagir. Bref, c’est quand même bien dommage.
En parlant de jeux où il n’y a quasiment aucune interaction, cette semaine j’y suis retourné. Sans Bernd, qui s’occupait de Gypsy Anna. J’ai eut l’occasion de rejouer à Seven Wonders. Encore un jeu qui se joue en solitaire. On regarde son voisin de droite et de gauche de temps en temps, on leur donne des cartes, mais là non plus, il n’y a pas vraiment d’interactions. Dommage.
Il y a des soirées jeux à toutes les semaines. Du coup, à la fin de la dernière, j’ai dit aux gens « à la semaine prochaine ». Dire cette phrase m’a paru étrange. J’ai essayé de me rappeler quand je l’ai dit pour la dernière fois, dans un contexte routinier. Quel a été la dernière fois où je suis allé, régulièrement, à toutes les semaines, faire la même chose ? Je ne suis pas du tout quelqu’un de routinier. Ne pas avoir de routines, je m’en rends bien compte, ne me dérange pas le moins du monde. Ne pas savoir ce que sera demain n’est pas vraiment un soucis. Mais il est vrai que j’aime jouer, et que j’en ai rarement l’occasion. Alors me débrouiller pour me libérer une soirée par semaine pour rejoindre des joueurs, c’est quand même relativement possible.
En parlant de ne pas savoir de quoi sera fait demain, mardi je m’en retourne à Frecynet National Park, pour ma petite rando de quelques jours. J’ai profité des derniers jours pour m’équiper un peu plus sérieusement. J’ai donc un vrai sac de couchage de randonnée (1-10 degrés, 800 grammes), une vraie tente une ou deux places de randonnée (1,3 kg) et un vrai petit matelas confortable (400g). J’ai hâte de tester tout ça !
Remarkable Cave, Cape Raoul et les navigateurs suisses
Il y a beaucoup trop de choses à faire dans Tasman National Park. On veut toujours aller rendre visite à Raoul et son cap, mais comme la journée n’est pas encore trop avancée, on en profite pour faire un autre détour par Remarkable Cave en faisant une pause en chemin sur l’une des nombreuses magnifiques plages de la région pour manger.
Remarkable Cave est encore sur le même principe. Un caillou tombe, la mer creuse une grotte, la grotte s’effondre. Une fois de plus, c’est assez impressionnant. Mais ce qui m’impressionne le plus, personnellement, c’est la vue que l’on a depuis cet endroit !
Et puis finalement, après tout ces détours, nous voilà enfin au début de la randonnée pour Cape Raoul (que mes correctrices habituelles ne s’y trompent pas, en anglais, cap s’écrit cape). La balade annoncée est de 5 heures. 14 kilomètres aller-retour. Je regrette juste de ne pas avoir d’informations concernant le dénivelé. Enfin… il est 14h30 quand nous partons ; le soleil se couche vers 20h. On a donc de la marge, mais pas tant que ça. Alors une fois n’est pas coutume, on emmène nos lampes frontales. Juste au cas.
La balade commence tranquillement, dans une forêt aux arbres assez imposants. On n’en a pas encore vu beaucoup des gros en Tasmanie, une bonne partie ayant été rasée au cours des dernières décennies. Pour l’occasion, on admire et on profite de la douceur et de la quiétude des lieux. Et puis après une toute petite heure de marche, on débarque sur le bord de la falaise. L’océan se fait entendre, loin au dessous. Et là bas, tout là bas, on voit Cape Raoul qui nous attend. Une grande étendue verte et plate, qui semble annonciateur d’une promenade agréable dans la prairie.
On s’éloigne de la falaise le temps de perdre un peu d’altitude. De prairie, il n’y en aura aucune. De loin, ça ressemble beaucoup à de l’herbe. De prêt, se sont des arbustes plus ou moins haut. Le chemin n’est pas particulièrement bien entretenu. Il ne doit pas y avoir beaucoup de monde qui font ce circuit. On se frotte régulièrement sur des branches et sur des herbes. Avoir su, j’aurais plutôt mis un pantalon. Ça fini par irriter les jambes à la longue !
Les paysages sont magnifiques une fois de plus. Les points de vue sur les falaises changent régulièrement, offrant à chaque fois de nouvelles choses à découvrir. Il paraissait beaucoup moins loin le cap du sommet de la falaise. Mais il nous faudra un peu plus de deux heures et demi pour le rejoindre. On passe un moment à regarder, à prendre des photos. On n’a croisé personne. L’humain le plus proche, si on omet le bateau en contrebas, est relativement loin. Je jalouse d’ailleurs le gars (ou la madame) sur le bateau. La vue sur les falaises doit aussi être superbe. J’aimerais trouver une solution pour revenir ici en voilier. Admirer les falaises depuis en bas.
Le soleil commence à décliner, mais nous avons tout notre temps pour rentrer. En fait, la lumière est juste parfaite. Un léger brouillard, quelques nuages, un soleil couchant. Lumière parfaite, photo parfaite. Une bonne occasion pour changer la photo d’entête du blog tiens !
Le retour est un peu long est pénible. Ni Iris ni moi n’aimons les randonnées aller-retour. On préfère les boucles. On les allers simples. La dernière heure est relativement lourde sur les jambes. Il y a quand même un certains dénivelé, et on a une matinée quand même assez active derrière nous, ce qui n’aide pas non plus ! Mais on arrive finalement à la voiture. Heureux de ce que l’on a vu. On a mis exactement cinq heures. Ce sont des heures très bien investies !
On hésite un tout petit peu sur la suite du programme, mais Iris a très envie de dormir sur le bord de l’eau. Il y a un gars, tout seul avec son van, en train de s’installer pour la nuit sur le parking. Je me dis que ça pourrait être sympa de passer la soirée avec lui. On le regarde tout les deux avec un grand sourire. Il ne sourit même pas en retour. Bon, finalement il n’est peut être pas si sympa que ça. On prendra l’option sur le bord de l’eau. Je me rappelle le petit chemin que l’on avait repéré pour la veille. Ça ira très bien pour ce soir. On remonte dans la voiture. Je pense aux diables de Tasmanie et aux kangourous qui, alors que le soleil commence à se coucher, m’attendent sûrement à la sortie d’un virage. Je roule donc assez tranquillement.
Quand on arrive finalement sur notre petit chemin, il y a déjà un van de garé. En même temps, il y a largement la place pour une voiture et une tente supplémentaire. Mais bon, la moindre des corrections, c’est quand même de demandé. Il y a un couple, dans la soixantaine, en train de discuter. Ils ont l’air sympathiques et parlent français. On commence à discuter un peu. On accroche tout de suite. Le plus dur, en fait, au début, c’est surtout de gérer la discussion en profitant au maximum du spectacle que nous offre le soleil. Il s’en donne à coeur joie !
Ils ‘appellent Michel et Marie-Anne, et sont suisses. Quand ils nous expliquent qu’ils voyagent en bateau, je n’ose pas leur demander comment ils ont quitté le Lac Léman… on discute pendant plusieurs heures. Iris a eut la bonne idée d’acheter quelques bières en début d’après midi, on a donc ce qu’il faut pour partager. En retour, on a le droit à un peu de vin et de fromage.
On écoute Michel parler ; on l’interrompt un tout petit peu de temps en temps, mais c’est rarement nécessaire. Il nous parle de leurs voyages en bateau. De partout où ils sont allés. Du plaisir qu’ils ont eut à découvrir Vanuatu. Leurs échanges avec les gens. Ils sont enseignants à la retraite. Mais voyage depuis une bonne vingtaine d’années, toujours en bateau. Michel nous explique qu’à l’époque, un mois de salaire suisse leur permettait de vivre une année à bord. De quoi rêver un peu.
En ce moment, leur bateau est à Brisbane. Ils ont décidé qu’ils voulaient voir la Tasmanie, mais ne pouvaient pas descendre aussi au sud, bien que je n’ai pas compris pourquoi. Ils sont là pour deux semaines, avant de retourner à Brisbane. Ensuite ? En avril, ils continuent vers Darwin, en faisant un détour par la grande barrière de corail, puis monte vers Bali et Komodo. Tout cela nous fait rêver. Comme on s’entend super bien avec eux, on propose de garder contact. L’invitation à garder contact semble aussi une invitation à venir passer quelques jours à bord. Deux semaines avec eux dans le coin de Brisbane et de la grande barrière, ça fait un peu beaucoup rêver. On imagine, on se projette…
Quand on partira le lendemain matin, ils dorment encore. On leur laisse donc nos coordonnées sur une feuille de papier, bien protégé du vent sur une pierre. On espère qu’ils nous recontacteront. Parce que je n’hésiterais pas une seconde à avoir l’audace d’essayer de m’inviter quelques temps sur le bateau. On peut toujours rêver, non ?
Tasmanian Devils Conservation Park: Kangourous, Oiseaux et diables de Tasmanie
La nuit s’est très bien passée. Personne n’est venue frappée à la toile de la tente, et j’ai juste était réveillé à un moment par le cri ridicule d’un diable de Tasmanie. Il est encore tôt, on a donc tout le temps voulu pour visiter le centre de conservation du diable de Tasmanie. On fait donc assez rapidement les douze kilomètres retour jusqu’à la route principale, puis les quelques kilomètres supplémentaires qui nous séparent. Le timing est parfait : on arrive juste à temps pour la distribution de nourriture au diable. Le montant du billet est, comme partout en Australie, relativement exagéré. Mais si l’on considère que ce sera probablement le seul parc du style que nous ferons, et sans doute la seule occasion de voir des diables, ça reste quand même raisonnable.
Le diable de Tasmanie ne court pas très rapidement. Il ne peut pas monter dans les arbres et n’est pas très intelligent. Il n’est pas très grand non plus. Il a un cri ridicule, et il sent particulièrement mauvais. Heureusement pour lui, c’est un charognard. Donc en général, ces proies ne lui posent pas trop de problèmes. Son principal prédateur est la voiture qui roule trop vite la nuit : en temps que charognard, la plupart de sa nourriture est constitué de cadavres sur le bord des routes. Trop souvent, il en devient un lui même. Le diable est en voie de disparition. Trop de changements dans son habitat naturel, mais surtout, l’arrivée il y a quelques années d’un genre de cancer qui touche plus des deux tiers de la population. Mortel est relativement contagieux il fait des ravages. Les tasmaniens savent bien que le diable est l’un de leurs emblèmes. Sans lui, le pays a toujours énormément à offrir, certes ; mais j’ai quand même fortement l’impression que les tasmaniens sont très proches de la nature, et conscient de l’importance de préserver leur diable, pas seulement pour faire plaisir aux touristes.
Le Tasmanian Devils Conservation Park est l’un de ces endroits où l’on essaie de l’étudier un peu, mais surtout de le faire mieux connaître par le grand public. Et comme le diable ça ne suffit pas, on rajoute quelques jolis oiseaux, et des kangourous. On y passe une paire d’heures des plus agréables, à errer d’un endroit à l’autre. À regarder les diables et taquiner les kangourous. On a un programme bien chargé aujourd’hui, mais ça ne nous empêche pas d’en profiter un peu !
Tessellated Pavement, Blowhole, Tasman Arch, Devils Kitchen, Patersons Arch, Waterfall Bay, Fortescue Bay
Et tout ça en une après midi. C’est ce que l’on appelle un programme bien chargé !
Mais commençons par le commencement. Pour se rendre sur la péninsule de Tasman, il faut d’abord traverser une première péninsule, dont je ne connais pas le nom, mais qui offre quelques beaux paysages, qui sont parfaits pour se mettre en bouche. On commence à s’habituer aux magnifiques plages tasmaniennes, mais on ne s’en lasse pas. Surtout quand à marée basse on peut presque marcher sur l’eau tellement il y en a peu profond.
La route nous emmène ensuite à Eaglehawk Neck, petit village qui permet d’admirer la magnifique Pirates Bay. C’est sur le bord de cette baie que se trouve Tessellated Pavement. Une intéressante formation géologique, relativement régulière qui donne presque l’impression que la plage est carrelée.
De là, on quitte la route principale, pour s’éloigner vers le Blowhole et Fossile Bay. Il semblerait que les côtes de la péninsule de Tasman regorge de lieu de ce genre : l’eau érode tranquillement la falaise. À un moment, un gros caillou s’effondre, créant un point de faiblesse ; la mer creuse alors de plus en plus profond, créant une grotte, qui finira par s’effondrer. Le Blowhole en est le premier exemple.
En réalité, comme vous pouvez le voir, ce n’est pas vraiment un blowhole ; les blowhole étant des geysers qui soufflent uniquement à cause de la pression des vagues. Là, il s’agit simplement d’une petite grotte marine.
En s’éloignant encore un peu, on arrive à la Tasman Arch. J’avais lu le nom, le site internet de Tasman National Park disait qu’il fallait y aller, mais je ne savais pas à quoi m’attendre. Personnellement, à chaque fois que j’entends « Arche » je pense désormais au sud de l’Utah. Tasman Arch n’a rien à voir. Ça ne l’en rend pas moins impressionnante.
De là, on accède ensuite à la Devils Kitchen, mais surtout à un point de vue sur la côte. Nous ne sommes plus en Irlande ou en Gaspésie. Ni le cap Forillon si les Cliffs of Moher ne font le poids. Et quand en plus les nuages participent aussi pour ajouter du mystère à l’ensemble, il ne reste plus grand chose à faire au touriste, à part rester sans voix.
Enfin… la journée est encore jeune, et on a quand même un peu envie de marcher. On décide donc d’abandonner la voiture le temps d’une petite balade qui nous prendra une heure et demi environ. Elle nous fera longer la côte pour nous emmener à Waterfall Bay. Peu d’efforts, mais encore et toujours des points de vue grandioses, un aperçu sur Patersons Arch (une cousine de Tasman Arch) et en cadeau bonus, la visite de deux Wallabies. On en redemande !
En fait, cette balade peut se prolonger. Pendant des heures, et des heures et des jours. Il y a une randonnée qui, partant d’ici, vous emmène jusqu’à Cape Pillar, beaucoup beaucoup plus loin. Il faut, en fait, compter 6 jours aller-retour pour la faire. Il y a aussi une option plus courte, qui commence un peu plus loin, et qui ne demande que trois jours aller-retour. Tout cela me travaille, et me fait rêver. Même si, en même temps, je préférerais une boucle. Ou un aller simple avec quelqu’un qui me récupèrerait à l’arrivée. Peut être ailleurs ; peut être une autre fois.
Il est 18h passé quand nous revenons à la voiture. On n’a pas d’autres plans pour la suite, si ce n’est trouver un endroit ou planter notre tente. On décide donc de reprendre la voiture, et de rouler en direction de port Arthur, en regardant si l’on trouve un endroit qui nous inspire. On repère assez rapidement un premier petit chemin bien tranquille, que l’on se met de côté dans un coin de la tête. Un peu après, il y en a un deuxième tout aussi inspirant. Puis on passe devant le Tasmanian Devils Conservation Park. On l’avait déjà repéré lui aussi. C’est un grand parc, principalement axé sur le diable de Tasmanie. On se le garde lui aussi dans un coin de la tête, parce que l’on sait bien que voir un diable de Tasmanie en liberté, c’est loin d’être donné à n’importe qui. Il est plus probable de les voir mort sur le bord de la route, ce qui nous intéresse forcément beaucoup moins. On se dit que ça pourrait être une belle façon de commencer la journée du lendemain.
Et puis il y a ce panneau à gauche, qui indique Fortescue Bay à 12 kilomètres. On aurait pu y marcher en 7h depuis Waterfall Bay ; y aller en voiture, c’est forcément moins impressionnant. Mais comme il y a un camping là bas, ça paraît être une très bonne option. Douze kilomètres de chemin de terre ; je m’attends à un truc plutôt désert et tranquille à l’arrivée. On sera assez surpris de débarquer au milieu d’un camping relativement peuplé. En fait, le camping est en deux parties. La première, ce sont les jeunes qui font la fête ; la deuxième, se sont les familles avec les enfants qui courent dans tout les sens en hurlant. On regarde partout pour payer… les bureaux sont fermés ; c’est de l’inscription volontaire. On va rester sur notre optique réduction des coûts. On verra bien ce qui se passera… on décide de prendre une chance.
On monte la tente, généreusement fournie par Bernd. On s’installe dans la partie famille. C’est la vue qui l’a emporté au final.
Et moi, chaque fois que je regarde ce bateau, dans cette baie, je ne sais pas pourquoi, mais j’ai l’impression de me retrouver dans « Vieux Chagrin », de Jacques Poulin. La baie ne ressemble pas vraiment au fleuve St Laurent. Mais ce bateau, ancré tout seul pas très loin du rivage, avec personne à son bord… je m’imagine le rejoindre à la nage, tenant mes vêtements et une bouteille de champagne à bout de bras, au dessus de l’eau…
Tasman National Park
Au début, on devait partir en stop, monter sur un ferry, et faire Maria Island. Mais Iris a quelques contraintes d’horaires pour jeudi, et on décide de garder cette option pour plus tard. À la place, on s’offre un petit plaisir. On loue une voiture. Une vraie voiture. Sans aucune contrainte. Avec des gens qui ont un vrai service à la clientèle polie et agréable. Et on décolle le mercredi midi, en direction du Tasman National Park.
Abel Tasman est un explorateur hollandais, qui a la particularité d’être mort le 10 octobre 1659. J’aurais donc pu être sa réincarnation, à quelques années prêt. Il a aussi, vous l’avez deviné, donner son nom à la Tasmanie étant le premier européen à en apercevoir les côtes. Et il a aussi le droit à un parc national en son nom. Pas très loin de Hobart.
Les parcs nationaux, ça ne manque pas vraiment en Tasmanie, que l’on appelle d’ailleurs parfois « l’État Naturel » et « l’île de l’inspiration » (plus du tiers de l’île est considéré parc naturel ou zone protégée). On a donc du pain sur la planche si on veut faire tout les parcs !
Le ciel est bleu, la route est belle, on s’arrête régulièrement, fidèle à nos habitudes. Quand à moi, je redécouvre le plaisir de conduire une vraie voiture toute simple et toute normale !





