Ma première expérience comme « fund raiser »
« Hi, my nage is Ming. What is your name ? » Telle est la question que Ming répète sans cesse. C’est la seule chose qu’elle a appris à dire en anglais, et elle ne se lasse pas de le dire. Je me suis senti un peu comme elle au cours des deux derniers jours. L’impression que mon vocabulaire se limitait soudainement à quelques mots. « Hi, how are you ? », sans vraiment aller plus loin.
Inutile, évidemment, d’essayer de compter le nombre de visage que j’ai vu défiler. Tout aussi inutile d’essayer de compter le nombre de fois où les passants m’ont ignorer. « Si vous ne supportez pas que les gens passent devant vous sans vous voir, si vous n’aimez pas que l’on ne vous prête aucune attention, alors ce job n’est pas pour vous ». Quand Paul, notre formateur, nous a dit ça, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à mes quelques expériences à lever le pouce sur le bord de la route. C’était la théorie. Dans la pratique, il se trouve que l’exercice est quand même énormément ressemblant. On sourit à tout le monde, on essaie d’attirer le regard, de commencer une discussion. La très grande majorité des gens va vous ignorer, d’autres se contenteront de répondre à votre salut sans s’arrêter. Ça fait partie du jeu. Ça ne m’a pas poser le moindre problème. Pas plus que le fait de sauter sur des parfaits étrangers pour tenter d’amorcer la conversation.
La première journée dans la rue s’est très bien passée. L’exercice est relativement éprouvant, j’étais épuisé en fin de journée, mais le moral était là. La volonté de continuer aussi. Pour ce genre de choses, je sais être patient et entêté. Persuadé, donc, d’avoir la personnalité parfaite pour ça. J’avais réussi à parler un peu plus en détail à quelques personnes, à leur dire pourquoi on était là, et à bafouiller quelques mots au sujet de «Plan International », l’organisme pour lequel on essaie de lever des fonds. En fait, ce qui est amusant, c’est que l’on cherche tellement à entamer la discussion, et on se fait si souvent rembarrer, que quand la personne en face se montre intéressée, on ne sait plus comment continuer. Évidemment, c’est une question d’habitude. De répétition.
On nous a donné quelques exemples de speech à débiter. On nous a expliqué quoi dire, comment le dire, et à quel moment. Je me suis rendu compte que ça ne me convenait qu’à moitié. Ça n’allait pas avec ma façon de faire. J’ai fait à nouveau le parallèle avec une autre expérience que j’ai vécue. Un peu. Celle de conteur. On peut, bien évidemment, préparer l’histoire dans sa tête. La répéter, encore et encore, voir comment les mots s’enchaînent, se répondent les uns aux autres. L’exercice est assez facile. Ensuite, on le fait à voix haute, pour s’assurer que ça marche toujours bien. On ajuste encore un peu le rythme, on change quelques mots… et on se retrouve soudainement avec cinq, dix, ou quinze personnes en train d’écouter. Et on découvre que quand on parle à quelqu’un, même si la personne ne participe pas, il y a quand même une interaction. Les silences, les pauses, les regards deviennent soudainement extrêmement important. Le rythme de l’histoire change à nouveau. Et plus on raconte le même conte, plus celui-ci évolue. Je ne l’ai pas fait beaucoup. Je pense que le conte que j’ai présenté le plus souvent, je ne l’ai répété que 6 fois en public. Ça a largement suffit pour le faire évoluer. Sachant cela, il était hors de question que je prépare un pitch par coeur. J’avais besoin de le faire vivre. De le créer au fur et à mesure, en interagissant avec les personnes en face de moi. Prendre le temps de leur parler, mais aussi regarder tout ça de l’extérieur, afin de voir comment « l’histoire se construit ». Et à partir de là, les choses allaient se faire toute seule. Il me suffisait d’arrêter une vingtaine de personnes, et je savais qu’après ça, je commencerais à être rodé sur quoi dire. je saurais ce que les gens écoutent, et ce qui ne les intéressent pas.
Aujourd’hui, nous sommes retournés sur le terrain, pour la deuxième journée. Cette fois-ci, accompagné par quelqu’un de plus expérimenté. Quelqu’un qui fait ça depuis presque une année. Après quelques temps, j’ai pu le voir aller. J’ai pu voir comment il interagissait avec la fille à qui il essayait de vendre un parrainage. J’ai pu comprendre son approché et ses manoeuvres. Et c’est ce qui m’a convaincu d’arrêter.
J’avais le profil presque parfait. Patient, assez imperturbable face à l’indifférence des gens ; j’aime interagir avec les inconnus. J’aime créer des interactions. J’aime parler. J’aime sourire. J’aime raconter des histoires. Mais tout ça, j’aime le faire pour le plaisir. J’aime le faire sans raison particulier. « Complimentez les ; vous verrez, les gens adorent les compliments, c’est une bonne façon de les approcher ». C’est là que j’ai commencé à comprendre que tout cela était artificiel. J’ai vu une fille approcher. Elle avait des cheveux vraiment magnifiques. Je l’ai pensé. Je me suis dit que si, ce jour là, je m’étais promené en anonyme dans le centre commercial, je l’aurais peut être complimenté. Sans raison particulière. Gratuitement. Pour le plaisir. Aujourd’hui, avec mon t-shirt bleu et son logo blanc, même en ayant pensé le compliment, celui-ci serait devenu artificiel. J’ai compris que les (quelques) échanges que j’ai eu au cours des 24 dernières heures étaient tous entièrement factices. Ce que je peux faire sans aucun problème pour le plaisir d’échanger un sourire, ou juste quelques phrases avec un ou une inconnue, je me rends compte qu’il est hors de question que je le fasse avec une intention cachée en arrière. Il est hors de question que mes sourires, mon enthousiasme, ma bonne humeur et le plaisir que j’ai à parler avec des gens deviennent soudainement artificiel. J’ai plié mes affaires, remercié tout le monde, et je suis parti.
Il y a deux ou trois ans, alors que j’étais à Montréal, j’ai entendu parlé de cet étudiant qui s’était lancé dans un projet très simple. Étude générale finie, il n’avait aucune idée de ce qu’il voulait faire. Aucune idée de la direction dans laquelle il voulait orienter sa vie. Il a décidé de se donner une année. Une année pour savoir. Il a trouvé 52 entreprises/artisans prêts à le prendre en stage pendant une semaine chacun. Je n’ai aucune idée de ce que le projet a donné, où tout cela a abouti. J’ai juste trouvé l’idée plutôt intelligente, et vraiment intéressante. « Je ne sais pas ce que je veux faire, parfait, je vais tout essayer, et on verra ».
Ce n’est pas vraiment ma situation. Ce n’est pas que je ne sais pas ce que je veux faire. C’est plus qu’il y a beaucoup d’opportunités différentes. Je suis dans un moment de ma vie où j’ai l’occasion assez unique et exceptionnelle de faire de nombreuses expériences. J’ai déjà passé quelques heures dans une cuisine, et ça va continuer. Je peux maintenant dire que j’ai aussi essayé de faire des levées de fond. Je ne regrette aucune l’expérience, qui est loin d’être un échec, mais une autre occasion d’en apprendre d’avantage sur moi. Sans compter que je trouve très intéressant le lien qu’il peut y avoir entre l’auto-stoppeur, le conteur et le vendeur fatiguant dans la rue. Bref, très belle expérience, aucun regret, mais pas pour moi !
Demain, je retourne nettoyer des assiettes.
Ma première expérience comme « fund raiser »
« Hi, my nage is Ming. What is your name ? » Telle est la question que Ming répète sans cesse. C’est la seule chose qu’elle a appris à dire en anglais, et elle ne se lasse pas de le dire. Je me suis senti un peu comme elle au cours des deux derniers jours. L’impression que mon vocabulaire se limitait soudainement à quelques mots. « Hi, how are you ? », sans vraiment aller plus loin.
Inutile, évidemment, d’essayer de compter le nombre de visage que j’ai vu défiler. Tout aussi inutile d’essayer de compter le nombre de fois où les passants m’ont ignorer. « Si vous ne supportez pas que les gens passent devant vous sans vous voir, si vous n’aimez pas que l’on ne vous prête aucune attention, alors ce job n’est pas pour vous ». Quand Paul, notre formateur, nous a dit ça, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à mes quelques expériences à lever le pouce sur le bord de la route. C’était la théorie. Dans la pratique, il se trouve que l’exercice est quand même énormément ressemblant. On sourit à tout le monde, on essaie d’attirer le regard, de commencer une discussion. La très grande majorité des gens va vous ignorer, d’autres se contenteront de répondre à votre salut sans s’arrêter. Ça fait partie du jeu. Ça ne m’a pas poser le moindre problème. Pas plus que le fait de sauter sur des parfaits étrangers pour tenter d’amorcer la conversation.
La première journée dans la rue s’est très bien passée. L’exercice est relativement éprouvant, j’étais épuisé en fin de journée, mais le moral était là. La volonté de continuer aussi. Pour ce genre de choses, je sais être patient et entêté. Persuadé, donc, d’avoir la personnalité parfaite pour ça. J’avais réussi à parler un peu plus en détail à quelques personnes, à leur dire pourquoi on était là, et à bafouiller quelques mots au sujet de «Plan International », l’organisme pour lequel on essaie de lever des fonds. En fait, ce qui est amusant, c’est que l’on cherche tellement à entamer la discussion, et on se fait si souvent rembarrer, que quand la personne en face se montre intéressée, on ne sait plus comment continuer. Évidemment, c’est une question d’habitude. De répétition.
On nous a donné quelques exemples de speech à débiter. On nous a expliqué quoi dire, comment le dire, et à quel moment. Je me suis rendu compte que ça ne me convenait qu’à moitié. Ça n’allait pas avec ma façon de faire. J’ai fait à nouveau le parallèle avec une autre expérience que j’ai vécue. Un peu. Celle de conteur. On peut, bien évidemment, préparer l’histoire dans sa tête. La répéter, encore et encore, voir comment les mots s’enchaînent, se répondent les uns aux autres. L’exercice est assez facile. Ensuite, on le fait à voix haute, pour s’assurer que ça marche toujours bien. On ajuste encore un peu le rythme, on change quelques mots… et on se retrouve soudainement avec cinq, dix, ou quinze personnes en train d’écouter. Et on découvre que quand on parle à quelqu’un, même si la personne ne participe pas, il y a quand même une interaction. Les silences, les pauses, les regards deviennent soudainement extrêmement important. Le rythme de l’histoire change à nouveau. Et plus on raconte le même conte, plus celui-ci évolue. Je ne l’ai pas fait beaucoup. Je pense que le conte que j’ai présenté le plus souvent, je ne l’ai répété que 6 fois en public. Ça a largement suffit pour le faire évoluer. Sachant cela, il était hors de question que je prépare un pitch par coeur. J’avais besoin de le faire vivre. De le créer au fur et à mesure, en interagissant avec les personnes en face de moi. Prendre le temps de leur parler, mais aussi regarder tout ça de l’extérieur, afin de voir comment « l’histoire se construit ». Et à partir de là, les choses allaient se faire toute seule. Il me suffisait d’arrêter une vingtaine de personnes, et je savais qu’après ça, je commencerais à être rodé sur quoi dire. je saurais ce que les gens écoutent, et ce qui ne les intéressent pas.
Aujourd’hui, nous sommes retournés sur le terrain, pour la deuxième journée. Cette fois-ci, accompagné par quelqu’un de plus expérimenté. Quelqu’un qui fait ça depuis presque une année. Après quelques temps, j’ai pu le voir aller. J’ai pu voir comment il interagissait avec la fille à qui il essayait de vendre un parrainage. J’ai pu comprendre son approché et ses manoeuvres. Et c’est ce qui m’a convaincu d’arrêter.
J’avais le profil presque parfait. Patient, assez imperturbable face à l’indifférence des gens ; j’aime interagir avec les inconnus. J’aime créer des interactions. J’aime parler. J’aime sourire. J’aime raconter des histoires. Mais tout ça, j’aime le faire pour le plaisir. J’aime le faire sans raison particulier. « Complimentez les ; vous verrez, les gens adorent les compliments, c’est une bonne façon de les approcher ». C’est là que j’ai commencé à comprendre que tout cela était artificiel. J’ai vu une fille approcher. Elle avait des cheveux vraiment magnifiques. Je l’ai pensé. Je me suis dit que si, ce jour là, je m’étais promené en anonyme dans le centre commercial, je l’aurais peut être complimenté. Sans raison particulière. Gratuitement. Pour le plaisir. Aujourd’hui, avec mon t-shirt bleu et son logo blanc, même en ayant pensé le compliment, celui-ci serait devenu artificiel. J’ai compris que les (quelques) échanges que j’ai eu au cours des 24 dernières heures étaient tous entièrement factices. Ce que je peux faire sans aucun problème pour le plaisir d’échanger un sourire, ou juste quelques phrases avec un ou une inconnue, je me rends compte qu’il est hors de question que je le fasse avec une intention cachée en arrière. Il est hors de question que mes sourires, mon enthousiasme, ma bonne humeur et le plaisir que j’ai à parler avec des gens deviennent soudainement artificiel. J’ai plié mes affaires, remercié tout le monde, et je suis parti.
Il y a deux ou trois ans, alors que j’étais à Montréal, j’ai entendu parlé de cet étudiant qui s’était lancé dans un projet très simple. Étude générale finie, il n’avait aucune idée de ce qu’il voulait faire. Aucune idée de la direction dans laquelle il voulait orienter sa vie. Il a décidé de se donner une année. Une année pour savoir. Il a trouvé 52 entreprises/artisans prêts à le prendre en stage pendant une semaine chacun. Je n’ai aucune idée de ce que le projet a donné, où tout cela a abouti. J’ai juste trouvé l’idée plutôt intelligente, et vraiment intéressante. « Je ne sais pas ce que je veux faire, parfait, je vais tout essayer, et on verra ».
Ce n’est pas vraiment ma situation. Ce n’est pas que je ne sais pas ce que je veux faire. C’est plus qu’il y a beaucoup d’opportunités différentes. Je suis dans un moment de ma vie où j’ai l’occasion assez unique et exceptionnelle de faire de nombreuses expériences. J’ai déjà passé quelques heures dans une cuisine, et ça va continuer. Je peux maintenant dire que j’ai aussi essayé de faire des levées de fond. Je ne regrette aucune l’expérience, qui est loin d’être un échec, mais une autre occasion d’en apprendre d’avantage sur moi. Sans compter que je trouve très intéressant le lien qu’il peut y avoir entre l’auto-stoppeur, le conteur et le vendeur fatiguant dans la rue. Bref, très belle expérience, aucun regret, mais pas pour moi !
Demain, je retourne nettoyer des assiettes.
Trois jours et trois jobs plus tard
Je me demande quand même… changement dans l’alignement des astres ? Changement dans la période de l’année ? Changement dans le CV ?Changement dans la ville ? Changement dans les démarches ? Sans doute un peu de tout ça en même temps…
Mercredi soir, j’envois quelques mails pour répondre à des annonces via Gumtree. Le site internet de petites annonces, qui marchait si mal à Sydney, à cause des centaines de milliers de personnes qui répondent à chaque annonce. Il n’empêche que jeudi matin, j’avais un mail m’invitant à un entretien d’embauche le lendemain.
Le jeudi, je m’en suis allé porté des CVs. Je discute avec la fille dans la première place où je rentre. Elle m’annonce que c’est sa mère qui s’occupe de la place, mais que je peux venir en test le samedi matin.
Le vendredi, l’entretien est une rencontre de groupe. Paul est le fondateur de ASAP, une agence spécialisée dans la levée de fond. C’est un truc qui marche formidablement bien en Australie. Ça embauche à tour de bras. Il nous présente le concept, nous pose une ou deux questions, pour être bien sûr que l’on a compris ce que l’on attend de nous, pour voir nos personnalités. Un peu après, je reçois un texto me confirmant mon embauche et une formation le mardi d’après. Qu’est-ce que je vais faire ? Parler aux gens dans un centre commercial. Les encourager à faire des dons pour aider des enfants dans le besoin. La levée de fond est quelque chose qui a un côté très immoral pour moi, notamment pour ce qui est de la paie. Zéro paie de base, tout fonctionne à la commission. Comme la dit le recruteur « vous gagnez ce que vous valez ». Ça sonne bien « exploitation du petit voyageur » tout cela. Il n’empêche que je suis vraiment intéressé à faire l’expérience. Parce que j’y vois quelque chose d’extrêmement formateur : apprendre à vendre. Pour un graphiste, pour quelqu’un qui fait beaucoup de travail autonome, et dont la grosse lacune, c’est le démarchage de nouveaux clients, je pense que j’ai beaucoup à apprendre. Je suis très curieux de voir ce à quoi ça va ressembler, et attend la formation, et surtout la première journée, avec impatience.
Le samedi, j’ai fait mon test, non payé, d’esclave en cuisine. Il est fortement recommandé de refuser les longs tests non payés, chose que j’approuve fortement. Mais pour l’occasion, j’étais autant testé que je testais le job. Parce que « kitchen hand » (l’appellation officielle des esclaves en cuisine) c’est quelque chose que je n’avais jamais fait. J’ai eu l’outrecuidance et l’audace d’annoncer un 6 mois d’expérience comme kitchen hand au restaurant de La Feuille, dans la ville de Charbinat. Les chances de vérification était, je pense, plutôt mince. Oui, vous avez bien lu, j’ai franchi le cap : je me suis décidé à mentir sur mon CV. Il était hors de question pour moi de me créer des compétences que je n’avais pas. Il n’empêche que je prétends savoir ma place en cuisine. Je sais qu’on utilise la lame du couteau pour couper, et le manche pour tenir. Je sais que couper des oignons ça fait pleurer, et qu’un couteau à petites dents c’est beaucoup pour couper les tomates. Alors fier de toutes ces connaissances (et de quelques compétences pratiques aussi) je me suis dit que je pouvais toujours tenter ma chance. Dire « oui oui je sais faire » et voir ensuite, dans le fait accompli, si je sais faire ou pas. La seule chose que j’ai apprise, c’est que les laves vaisselles de restauration, tu mets du produit dedans juste en début de journée. La chose la plus difficile que j’ai eu à faire ? Étaler de la sauce tomate sur des pizzas. J’ai réussi toutes ces tâches avec brio, j’ai accepté sans rien dire quand la madame m’a parlé d’un salaire en dessous du salaire minimum, et je me suis donc retrouvé avec mon deuxième job. Aucune expérience a gagné à ce niveau là, mais une petite rentrée financière qui sera la bienvenue. Il est très clair dans ma tête que je quitte dès que je trouve mieux.
Le samedi soir, de retour su gumtree, je réponds à une annonce demandant de l’aide d’urgence. L’annonce est publiée depuis moins de dix minutes. Je réponds bravement « je peux être sur le plancher demain ». Une heure après, un mail m’invite à me présenter à 7h du matin au café. À une heure de là, en tram. Tram qui commence à circuler plus tard le dimanche matin. Pas grave, j’irais en vélo. Je suis courageux. Quand le réveil sonne, à 5h45, je me sens beaucoup moins courageux. J’hésite un tout petit peu. Les gens qui me connaissent (j’entends mes parents rire d’ici) savent que je ne suis pas vraiment quelqu’un du matin. Quand j’ai entendu la sonnerie, je me suis demandé si j’avais vraiment envie de me réveiller à cette heure là cinq jours par semaine. Je me suis rendormi sans problème, et sans scrupule. Pourquoi ? Parce que j’ai déjà un travail. Parce que j’en teste un autre bientôt. Que ça n’a pas l’air d’être la situation catastrophique de Sydney. Alors je me permets de faire mon difficile. Et toc !
Dimanche après midi, après une petite promenade en ville avec Iris, on se pose tranquillement chez Lindt, à boire un milkshake au chocolat. Je vois déjà les yeux de ma poulpinette s’ouvrir en grand « le chanceux, il va bosser chez Lindt ». En fait, non. J’ai juste pas entendu mon cellulaire sonner. Je reçois le message par contre. Je suis invité pour une interview, esclave en cuisine dans un restaurant fusion japonais. Problème ? Je ne suis pas sûr de comprendre le numéro à rappeler, et je n’arrive pas à rappeler. Pas grave. Quelques recherches sur google me donne l’adresse du restaurant. Je m’y présente directement. Le cuisinier me regarde méfiant. Je dis le nom de la personne qui m’a appelé. Ça débloque tout de suite la porte. Je suis en entrevu improvisée 30 secondes après. Une demoiselle adorable, très gentille, avec qui le courant passe très bien. Je lui parle de ma passion tout à fait réelle pour la cuisine, ma passion tout aussi réelle pour la cuisine fusion, mon intérêt tout aussi grand pour la cuisine japonaise, et ma volonté tout à fait sincère d’apprendre des choses dans une cuisine. Parce que d’après elle, il y a beaucoup à apprendre. Je lui confirme savoir tenir un couteau, être motivé. Là encore, quand je demande le salaire minimum, elle me regarde avec des grands yeux ronds, me disant que ça ne sera pas possible. Pas grave. Je suis curieux. Intrigué. Je veux apprendre. Elle doit en discuter avec son manager, et devrait donner suite pour une journée de test (payée, mais au lance pierre).
La situation a beaucoup changé depuis Sydney… je trouve du travail sans problème, mais j’accepte des choses que je n’aurais sans doute pas accepter à Sydney. En même temps, si je les accepte, je pense que c’est plus par curiosité que par réelle nécessité. Évidemment, je n’ai pas le choix de commencer à travailler, et une paie, même à 13$ de l’heure, sera plus que bienvenu. Mais il y a, en plus, une réelle volonté d’apprendre comment la vie se passe dans les cuisines. De voir l’envers du décor. D’essayer, un peu, pour une fois, d’être de l’autre côté.
Voyager, c’est aussi les nouvelles expériences, les formations, les découvertes, les apprentissages. Alors pour moi, tout ça, ça m’intrigue au plus haut point. Je sais très bien qu’en faisant cela, je joue un jeu que je devrais refuser. Après tout, je peste contre les annonces « recherchons graphiste bénévole désirant améliorer son portfolio ». Parce que dans un certains sens, c’est ce que je fais. Accepter de me brader, pour essayer quelque chose que je ne connais pas. Je le fais sans trop de scrupule. Ma conscience, pour l’instant, se porte pas trop mal. Et de toutes façons, je continue de porter des CVs, en attendant de trouver un endroit où j’aurais au moins le salaire minimum !
Sydney, Melbourne, Hobart, Melbourne, Sydney, Melbourne
C’est mon premier voyage du genre. C’est bête à dire, c’est simple comme affirmation, mais ça n’en reste pas moins très vrai. Je n’avais jamais expérimenté cela avant. Avoir une année pour découvrir un pays, le plus possible. Du coup, je découvre à la fois le pays et la façon de voyager. Et évidemment, comme dans tout voyage, je me découvre moi même.
Sydney… je n’ai pas accroché à la ville plus que ça, mais en y restant un peu plus d’un mois, j’avais commencé à mettre en place des projets. À vouloir faire des photos de tels endroits, une vidéo de tel autre… partir n’a pas été trop difficile, même si ça m’a fait réfléchir un peu.
Il y a ensuite eu ce premier passage à Melbourne. Un séjour assez mouvementé, certes, mais qui nous a permis de découvrir la ville en vitesse accélérée. Brunswick, Fitzroy… les noms sont restés dans ma tête. Melbourne me plait, Melbourne m’inspire. Je voulais y rester, je voulais m’y installer pendant quelques temps. J’ai eu du mal à partir, à enchaîner sur la Tasmanie. J’étais à Melbourne, j’avais envie d’en profiter. Pourquoi aller voir ailleurs ? Pourquoi continuer ?
Et puis nous sommes arriver en Tasmanie. La première relocation, la route sur le bord de la côte, un aperçu inspirant. Et surtout, Freycinet. L’existence de cette randonnée de 3 jours, sans ours pour manger les touristes et leur nourriture (les opossums, une fois que l’on sait comment ils fonctionnent, sont faciles à maîtriser). Puis la Tasman Peninsulae. Il y a eu cette enchaînement de découvertes. Toutes ces randonnées. Tout ces paysages qui attendaient. Tout ces endroits sauvages, accessibles uniquement à pied. La Tasmanie a été un coup de coeur. En pensant Australie, je ne pensais pas du tout montagnes, falaises et randonnées. Plutôt désert, poussière, rouge… j’attendais la Nouvelle Zélande avec impatience. J’attendais les paysages à randonnée là bas. La Tasmanie, ça a été un petit aperçu de Nouvelle Zélande, un peu en avance. L’achat de matériel de camping destiné à la randonnée. Regarder les cartes. Planifier. Je ne voulais plus partir. Je voulais aller là. Et puis là. Et aussi ici. La Tasmanie est une toute petite île, avec Hobart au milieu, mais complètement décentré. De Hobart, petite ville simple et sans prétention, on peut aller partout. On peut tout faire. Tout est possible. J’ai entendu des gens dire « San Francisco / Vancouver c’est génial. Tu n’es pas loin du tout de la nature, tu peux facilement aller te perdre dans des paysages grandioses ». Je n’imagine pas me faire prendre en stop au centre ville de San Francisco. J’ai redécouvert une échelle de pays qui me plait. J’ai redécouvert la possibilité de pouvoir rayonner si facilement. Je serais resté sans problème 6 mois (d’été évidemment) à Hobart, en alternant stop + randonnée, et petit boulot. Je me voyais très bien travailler, et profiter de mon moindre jour de congé pour aller grimper tel ou tel sommet que je n’ai pas encore fait, mais que j’avais vu depuis un autre. J’ai commencé à me demander si je voulais quitter la Tasmanie. On s’est posé la question. On y a longtemps réfléchi. On se posait encore la question sur le bateau.
J’étais animé d’un sentiment étrange en revenant à Melbourne. Je savais que la ville me plaisait, mais ce n’était pas non plus exactement ce que je venais chercher en Australie. En étant loin, l’image s’est peut être un peu pâlie. Je n’avais plus forcément l’intention de revenir m’installer ici. N’importe quelle autre ville pouvait convenir après tout, non ? Adelaide, que j’imagine être à la porte du désert. Ou Brisbane, sur la côte, au début de la grande barrière. Ou pourquoi pas Perth, de l’autre côté du continent ?
En descendant du bateau, je me suis rendu compte que je n’étais pas prêt à m’arrêter. Était-ce d’avoir roulé toute la nuit d’avant ? Je ne sais pas… comme je le disais un peu plus tôt, c’était un peu comme si je n’avais pas fait la préparation psychologique nécessaire. Mon coeur était encore en Tasmanie. Je n’étais pas très enthousiaste, au début, à l’idée de faire un aller-retour à Sydney. J’ai commencé par y aller un peu à reculons, avant de me rendre compte que ça me donnait le temps de préparer la transition. Plutôt que de sauter directement de la Tasmanie à Melbourne, on faisait une petite transition sur la route avant. Une transition qui a fait le plus grand bien.
Finalement de retour à Melbourne. Le van est rendu. Et maintenant, on fait quoi ? Il nous faut trouver appartement et travail. Le plus rapidement possible. Mais Melbourne est elle vraiment la meilleure place pour ça ? J’ai un doute soudain. Et pourquoi ne pas repartir tout de suite ? Il y a des relocations intéressantes. Vers Adelaïde, vers Perth. Même vers Alice Spring. J’hésite un peu. Ne pas aller trop vite. Prendre une nuit pour réfléchir.
Et puis j’ai vu passer un tram. Ça m’est revenu, un peu. Je me suis rappelé que j’aimais Melbourne. Qu’il y avait ici plein de belles choses. Nous sommes arrivés chez Kizza et tout les autres. Cinq personnes dans une maison caricature de squat hippie. Ambiance étrange et particulière. Dès le premier soir, j’ai envoyé des CVs et des lettres de motivation. J’ai reçu ma convocation pour mon premier entretien d’embauche dès le lendemain matin. Je suis allé marcher un peu dans la rue. Je suis rentré dans un restaurant avec un panneau « personnel demandé ». J’ai discuté cinq minutes. J’ai obtenu un test pour le samedi matin…
Soudainement, c’est devenu comme si Melbourne me rouvrait les bras. Comme si la ville m’avait attendu, et qu’elle était désormais prête à m’accueillir. À m’offrir le meilleur d’elle même. Je me suis retrouvé dans un tram, à admirer ces rues qui me plaisent tant. Qui sont si vivantes et bariolées. J’ai redécouvert le quartier Richmond, où nous avions déjà erré un peu. Et celui-ci vient s’ajouter aux côtés de Fitzroy et de Brunswick dans ces lieux qui me plaisent tant.
Le petit garçon est revenu dans le magasin de glace. Avec l’impression qu’il y a encore plus de parfums qu’avant. Les choses sont un peu compliquées à gérer, pas évidentes à mettre en place. Mais ça se fait, lentement. Ça ne se passe pas aussi bien que l’on voudrait. C’est du jonglage sur beaucoup d’éléments. Mais ça devrait se mettre en place très prochainement.
Demain, je vais bosser dans la cuisine d’un restaurant pour la première fois.
Le chemin du retour
Il y a une chose que vous devez absolument savoir si vous prévoyez un jour quitter Sydney en voiture. C’est la ville la pire où j’ai eu la malchance de conduire, quand il s’agit de retrouver son chemin. Même Denpassar, à Bali, m’a semblé mieux indiqué et plus facile.
Le problème est pourtant simple : nous sommes à Sydney, première métropole du pays. Nous voulons nous rendre à Melbourne, deuxième métropole du pays. On peut s’attendre à un axe important entre les deux. On peut s’attendre à une signalisation relativement existante. Au moins, à quelques reprises « pour Melbourne, suivre Liverpool ». Mais à priori, non. Ça semble beaucoup trop compliqué. Alors à la place, à chaque carrefour, vous avez comme indication le nom de deux arrondissements. Essayez donc de quitter Paris, si à chaque fois que vous arrivez à un carrefour, on vous indique à droite « quatorzième » et à gauche « huitième ». C’est un peu la même chose ici, la même complexité au programme. Il y a parfois les numéros de route qui sont indiqués, selon la méthode nord américaine (qu’en l’occurrence, j’apprécie énormément). À une grosse différence près : il n’y a que le numéro. Pas d’indication « est » « ouest » « nord » ou « sud ». C’est dommage… parce que c’est une information importante je trouve. Je savais bien que je devais prendre la 40 à un moment. Il fallait même que je la prenne en direction sud ouest, pour aller à Melbourne. Mais de nuit, après avoir tourné pendant un bon moment, et sur des routes qui n’ont rien de droites et de perpendiculaires, va donc savoir si tu dois tourner à droite en direction de Trifouilli les oies ou à gauche en direction de Plumplumperdu. Bref, de vociférations en insultes, de mauvaises directions en demi tour, on arrive finalement à rejoindre LA route Melbourne-Sydney. À gauche est indiquée « Sydney » et un autre bled sans nom. Et à droite, rien du tout. Si à droite ça allait à Melbourne, j’imagine qu’ils auraient écrit « Melbourne ». Ou bien « Canberra ». C’est par là bas aussi, et c’est quand même la capitale. Bref, on fera demi tour 5 kilomètres plus loin, quand on aura compris qu’il fallait bien prendre la route en direction de nul part.
Enfin… nous aurons finalement réussi à quitter ce monstrueux chaos routier. On roule un peu, jusqu’à minuit environ, avant de poser le van sur une aire de repos. On n’a pas beaucoup de bagage, énormément de place, et on maîtrise désormais assez bien le passage en mode nuit. Pour l’occasion, nous de conduirons pas un « Britz », mais un« Maui », la compagnie jumelle. Les mêmes vendeurs, les mêmes vans, le même mauvais service à la clientèle. Une seule différence, semble-t’il, des vans un peu plus luxe, un peu plus propre, un peu plus confortable. Confortable beaucoup ou très beaucoup, on ne sait pas. Mais on s’endort rapidement !
Toujours pas de presse le lendemain. On a roulé un peu la veille, on a encore plus de 24 heures pour les 8 heures de route restantes, ça se fera sans problème. D’après le guide d’Iris, il y a deux villes intéressantes entre Sydney et Melbourne. Goulburn, la première ville a avoir été construite dans les terres, et Yass qui à priori, est simplement jolie.
On s’arrêtera donc rapidement à Goulburn, le temps de faire le tour du centre ville. C’est vrai que c’est assez joli et sympathique. Mais il ne faut pas sortir du micro quadrilatère centrale, sinon ça devient tout de suite sans intérêt. Sauf, évidemment, la magnifique statue qui trône à la sortie de la ville. Encore mieux que le sous marin moi je vous dis !
Nouvelle pause, quelques dizaines de kilomètres plus loin, rendus à Yass. Beaucoup plus petit, et sans grand intérêt. À part un joli mini parc sur le bord de la rivière. À part ça…
Le reste de la route sera une succession de mini pause, pour se détendre les jambes, pour remettre de l’essence, et pour manger… pas grand chose d’autres à voir. Par contre, on se rend quand même compte que la route est plus belle au retour : sans doute que la faire à l’avant de la voiture et sous le soleil la rend plus agréable que comme passager arrière dans la brume ! Un très joli coucher de soleil, par contre, le soir. C’est toujours agréable ! On roule encore un peu de nuit, avant de s’arrêter sur un parking de Mc Do (pour la connexion internet, pas pour la bouffe). Et repartir le lendemain matin.
Cette fois-ci, le retour du van se fera sans aucun problème. Je suis avec la même fille au service à la clientèle, qui me reconnait sans problème. Je la reconnais aussi. Elle est toujours aussi peu souriante et peu sympathique. C’est dommage. Elle serait assurément très belle avec un sourire !
Le van rendu, le sac à dos sur le dos, on saute dans le train, direction la maison de Kizza. Et oui, on recommence le couchsurfing !
Un soleil sous la pluie
Nous n’avons pas vraiment l’intention de recommencer à jouer les touristes à Sydney. Il y a encore des quartiers que l’on n’a pas vu, mais nous ne sommes pas là pour les découvrir. Par cette fois. Nous ne faisons que raccompagner Sébastien et Virginie. Nous avons désormais une fin de semaine à tuer, avant de récupérer le van pour rentrer à Melbourne. Le problème, c’est que la météo reste bloquée sur la pluie, et que dans ces conditions, le camping est un peu à oublier… nous nous sommes tournés vers couchsurfing, une fois de plus. Et nous avons finalement réussi à trouver quelqu’un pour nous héberger. Elle s’appelle Sally. Iris a trouvé son profil grâce à la petitesse de la communauté CS : Sally a déjà rencontré François, le frère d’Iris, et a déjà été hébergé par Benjamin, son meilleur ami. Apprenant cela, Sally a été plus qu’heureuse de nous accueillir. En fait, on s’est très vite rendu compte qu’à la base, Sally est plus qu’heureuse d’héberger à peu prêt tout le monde. Malgré la petitesse de son appartement (un garage double, aménagé et transformé en studio) elle a presque tout le temps des gens chez elle. Deux fois plutôt qu’une : quand nous arrivons, elle héberge déjà un gars de la réunion. Par chance, celui-ci partira le lendemain… parce que ça n’accroche pas du tout. Il sera remplacé par deux allemandes. Oui, nous serons cinq à dormir dans une seule pièce. Sally fournissant des matelas à tout le monde, mais aussi des draps, refusant que l’on utilise nos sacs de couchage. Sally est un véritable rayon de soleil. À côté d’elle, j’aurais presque l’impression d’être quelqu’un de triste et pessimiste ! Quoi qu’il en soit, les deux jours que l’on passera avec elle seront vraiment des plus agréables. Pas de tourisme au programme. Des échanges, de la parlote, et des photos.
Et oui… le samedi sera à thématique circadienne. Sally est prof de « soies aériennes ». Je ne me souviens plus du terme exact… quoi qu’il en soit, elle donne un cours le samedi après midi, et en profite pour nous faire une petite démonstration.
Elle donne ses cours dans un grand hangar, où la thématique principale est le « trapèze volant ». Il y a régulièrement des initiations et, à défaut de participer, nous regarderons quand même les apprentis trapézistes se lancer dans le vide pour la première fois. En deux heures d’initiation, le programme donne un très bon aperçu. Une ou deux figures aériennes, mais aussi un lancer, dans le but de se faire attraper par un autre trapéziste. Bref, tout ça donne bien envie… peut être une autre fois. Peut être à Melbourne.
Les journées qui ont une thématique qui ne s’arrête pas, ça me plait définitivement beaucoup. Alors le soir, on reste sur le cirque, la performance, la photographie, et l’initiation.
Je m’essaierais pour la première fois au bâton, version enflammé. C’est aussi la première fois que je cracherais avec du kérosène. J’ai bien tenu compte de tout les avertissements de Louve, ma coach personnelle, et ça m’a permis de ne pas prendre feu. Iris et les deux allemandes en profitent également pour une première initiation aux poïs. Bref, une très belle soirée, quoi qu’un peu salissante.
Le dimanche sera plus relax, plus tranquille, principalement dédié à nous trouver à nouveau un endroit où dormir à Melbourne. La gestion de l’hébergement commence à être compliqué un peu ! Avant de donner des formations en soie aérienne, Sally était cuisinière, avec spécialité pâtisserie. Mais je ne préfère pas parler du gâteau au chocolat qu’elle nous a fait. Ça serait un coup à faire des jaloux. J’ai la recette… je tenterais ma chance moi aussi !
Il y a une jolie fontaine à côté de l’endroit où on squatte une connexion internet. Oui, c’est placé un peu raide, comme ça, mais je voyais pas de façon plus délicate de présenter les photos. Parce qu’elle me plait cette fontaine. Alors ça aurait dommage de ne pas en dire plus.
On récupère le van le lundi. Sauf que le lundi soir, Sally nous parle d’un cours de Ceroc. Une danse, un peu genre Salsa, qu’Iris a envie d’essayer depuis un bon moment maintenant. On calcule un peu ce que ça représente. On hésite. On réfléchit… je ne suis pas sûr de vouloir refaire la route de la côte. En tout cas, pas à grande vitesse. Par l’intérieur, on parle seulement d’une petite dizaine d’heures de routes. On peut donc très bien attendre le lundi soir pour partir. Comme ça, Iris peut suivre l’initiation. C’est parfait. Et nous, on trouvera peut être quelque chose de beau à voir sur le chemin du retour ! Assurément pas Canberra.
Je récupère le van sans problème, retourne jusqu’à chez Sally avec (occasion pour moi, après avoir traversé le Golden Gate Bridge en van, de traverser Sydney Harbor Bridge en camping car). Un petit cour de danse, et finalement, on prend la route.
Les Blue Mountains et les three sisters
Le départ de Canberra se fait aussi tranquillement que celui de la veille. Ce soir, nous serons de retour à Sydney. Avant, on fait un petit détour par les Blue Mountain, ce qui nous convient très bien, à Iris et moi, qui n’avons pas réussi à y aller encore. Notre plan initial était d’ailleurs de s’y poser tranquillement pour trois jours, en partant en randonnée au hasard, avec la tente et de la nourriture. Ça nous semblait un bon plan, qui nous évitait de gérer la question de l’hébergement à Sydney. La météo, en revanche, ne semble pas être de notre côté. Les alertes météos de pluie violente se multiplient… pas le temps idéal, donc, pour le camping. On se rabattra sur couchsurfing, en espérant que ça marche…
Les Blue Mountains, et surtout les Three Sisters, c’est La destination week end de Sydney (en dehors de la plage). Accessible directement en train, pas trop loin, avec des grandes immensités sans personne, pour avoir l’impression d’être à la campagne. Endroit idéal pour la randonnée paraît il. Surtout un endroit parfait pour les touristes. La vue est belle, les Three Sisters sont belles, mais une petite voix me dit que quand même, ça ne vaut pas la Tasmanie.
On profite un peu du paysage. On regarde, on admire, puis on rentre à Sydney. Sébastien et Virginie décident de retourner à l’hôtel où ils ont passé leurs premières nuits en Australie. On se débrouille pour rentrer en cachette. Quatre dans une chambre de 8 mètres carrés, ça fera un peu petit, mais au moins, c’est économique !
Le sous-marin, Canberra et King O’Malley
Retour sur la route. Toujours aussi tranquille. On suit le rythme de Sébastien et Virginie qui, contrairement à ce que je m’attendais, n’est pas aussi rapide que je le pensais. Chacun son rythme, chacun ses habitudes… j’avoue que si j’avais seulement 12 jours à passer en Australie, je ferais sûrement des nuits de 7h, me levant tôt, et me couchant tard, pour voir le plus possible. Comme nous, nous avons une année, avancer pendant quelques jours à un rythme qui n’est pas du tout le notre ne me dérange vraiment pas. C’est même une expérience que je trouve intéressante. Être passif en voyage, ce n’est pas vraiment dans mes habitudes. Mais là, pour l’occasion, m’installer à l’arrière de la voiture et simplement regarder la route défiler en ne connaissant rien du tout du programme, ça me va bien.
La route n’est pas particulièrement plus intéressante que la veille, et la seule vraie « attraction » que l’on verra, c’est dans la ville de Holbrook, avec son sous-marin garé au milieu d’un parc.
En fait de sous marin, je me rends compte très rapidement que ce n’est qu’une coquille vide. Avant de comprendre que ce n’est qu’une demi coquille vide. En fait, ce n’est même pas une coquille du tout, c’est un faux. L’ensemble est construit en résine. Du coup, je ne peux m’empêcher de visualiser la scène au conseil municipal…
– Chers conseillers, la situation est grave. Nous habitons sur un axe majeur, à savoir la route Sydney-Melbourne ; nous habitons une ville d’une taille respectable, et pourtant personne ne s’arrête jamais chez nous. Nous devons mettre la ville d’Holbrook sur la carte. Nous devons en faire une destination touristique incontournable, une ville étape pour tout les gens qui vont de Sydney jusqu’à Melbourne ! Dans 10 ans, Holbrook sera une ville majeure, renommée à l’international. Des hôtels géants ouvriront, et Vegas sera jalouse !
– Oui mais comment faire ? Nous n’avons rien à offrir aux gens. Le vieux Tommy est mort, et ses héritiers ont décidé de jeter sa collection de nains de jardins. Qu’avons nous d’autres à proposer ?
– Et bien justement ! Cette nuit, j’ai eu une vision ! Cette nuit, j’ai trouvé la solution. Mes amis ! Nous allons installer un sous marin en plein centre ville !
– Un sous marin ? Mais nous sommes loin de la mer, comment allons nous le faire venir ? La ville ne peut pas s’acheter un sous marin, et encore moins payer le transport sur un camion jusqu’ici !
– Ahah ! Mais j’ai une solution pour ça aussi. Beaucoup plus simple, beaucoup plus économique ! Il faut se tourner vers l’avenir mes amis. Et l’avenir, c’est le trucage, le faux et le factice ! Nous allons construire un faux sous marin. En résine !
– Et vous pensez vraiment que les gens s’arrêteront par centaines de dizaines de milliers pour voir ça ?
– Bien sûr ! C’est évident voyons ! Un sous marin. En plein milieu d’un parc. Au milieu d’une ville. Loin de la mer qui plus est. C’est une idée de génie je vous dis !
Le sous marin se retrouve assez rapidement derrière nous. On arrive en début de milieu d’après midi dans la grande région de Canberra. Là non plus, il n’y a pas grand chose à voir. Si ce n’est énormément de vignoble, et des pistes de courses pour chevaux. Pas une, pas deux, mais au moins trois, et sans doute plus.
Virginie et Seb jettent leur dévolu sur une autre petite maisonnette, plus grande et confortable que celle de la veille. Le temps d’une petite sieste, et nous voilà partis pour la capitale. Il est 18h30, un jour de semaine, sous la pluie.
Canberra, c’est un peu comme Ottawa, sauf que les tensions n’étaient pas entre Montréal et Toronto, mais entre Sydney et Melbourne. Tout le monde veut être la capitale, personne n’arrive à se décider. Dans ce temps là, la meilleure solution consiste à créer une capitale au milieu de nul part. Ville artificielle sortie de terre, ville uniquement administrative, ou toute vie s’arrête passer 18h. Comme Ottawa, donc. Il y a bien trois musées et demi à voir ici, mais c’est à peu prêt tout. Les touristes ne s’arrêtent jamais ici, et rares sont les australiens à faire de même. D’ailleurs, je trouve particulièrement significatif que sur une brochure touristique, le titre soit « découvrez votre pays à l’échelle d’une ville ». « Votre pays » : le message s’adresse directement aux australiens. Les touristes étrangers, à priori, on ne connait pas ici. On ne les cible même pas.
De Canberra,je ne savais rien. Mais après quelques pas au hasard dans les rues, nous avons décidé de manger une pizza au « King O’Malley’s ». Oui, on trouve des pubs irlandais partout, y compris dans les capitales sans grand intérêt. En fait, ce choix totalement aléatoire, nous a permis d’apprendre beaucoup sur la ville.
Né en 1858, King O’Malley est devenu l’un des politiciens australiens les plus colorés. Il a toujours revendiqué être canadien (donc membre d’un pays du comonwealth, ce qui lui a permis d’accéder au parlement australien) mais la légende raconte qu’il est américain, et qu’il aurait fuit les états unis après la dissolution de la « Waterlily Rockbound Church » dont il aurait été l’évêque fondateur… Élu au parlement d’Australie du Sud en 1896, puis au premier parlement en 1901, il devient ministre de l’intérieur en 1911. Il a été le personnage le plus influent dans la fondation de Canberra.
O’Malley aurait aimé que Canberra s’appelle « Shakespeare » ou « Captain Cook ». Il avait également proposé « Myola » qui avait la faveur du public, jusqu’à ce que la presse dévoile qu’il s’agissait d’un anagramme de O’Malley. Ce sera finalement « Canberra », l’ancien nom de la localité, qui sera conservé suite à un tirage au sort.
Lors du choix du site, O’Malley a affirmé « dans quelques années, Canberra sera la rivale de Londres par la taille, de Athene pour les arts, et de Paris pour la beauté ». Comme quoi, il faut toujours se méfier des visionnaires !
Une fois le site choisi, un concours international a été lancé pour dessiner le plan de la ville. O’Malley a désigné Burley Griffin, de Chicago, comme vainqueur. Là encore, la presse a beaucoup critiqué, affirmant qu’il s’agissait de chauvinisme. O’Malley, lui, a continué à clamer être canadien.
Voilà à peu prêt tout ce que l’on peut dire sur Canberra. On peut aussi ajouter que les pizzas, au pub irlandais, sont bonnes, mais particulièrement copieuses !
Retour vers Sydney
Virginie et Sébastien sont en Australie pour seulement douze jours. Ils ont donc un emploi du temps bien rempli et doivent quitter Melbourne aujourd’hui. Iris est un peu déçu de ne pas pouvoir passer plus de temps avec eux. C’est pas bien grave, les problèmes se complètent assez bien :
– Nous n’avons présentement personne pour nous héberger à Melbourne
– Iris veut passer plus de temps avec Virginie
– Virginie et Sébastien rentrent à Sydney via Canberra
– On rêve, comme tout le monde, de découvrir Canberra.
Un petit coup d’oeil sur les relocations disponibles. Un « Sydney – Melbourne » avec 4 places et des dates qui conviennent bien. Parfait. On décide donc de reporter un peu notre arrêt à Melbourne. De toutes façons, on n’était pas arrivé sur Melbourne avec ce sentiment de « on vient s’installer ». Il manquait quelque chose. La préparation psychologique n’était pas au rendez-vous, sans doute… alors on va faire un peu de route avec Virginie et Sébastien, passer deux ou trois jours à Sydney, sauter dans un van, et revenir. Et, tiens, si on prenait des couchsurfers comme passager au retour ? On pose une annonce, juste au cas où.
On ramène le van. Avec quelques petites complications. Des bosses qui, à priori, n’étaient pas là quand nous avons récupéré le van. Je n’en suis pas sûr. J’argumente, je discute, ça prend pas mal de temps. Je n’ai finalement pas le choix de signer un rapport d’accident. J’aurais des nouvelles d’ici les prochaines semaines on verra bien.
Et puis finalement, on est dans la voiture. J’étais un peu inquiet, à l’idée de faire tenir 4 personnes et tout leurs bagages dans une voiture de location, mais ils ont vu les choses en grand. Une audi, c’est grand. Tout rentre. Et puis après avoir récupéré nos bagages chez Jesse, on en a laissé d’autres en échange. Ou à la place. Bref, nous ne sommes pas si chargés que ça. Il aime tellement ça garder nos bagages, Jesse, que pour nous remercier, il nous a même invité à son mariage. Le 24 mars prochain. Sa copine, que l’on a rencontré également et qui est adorable et avec un sourire à faire fondre, est originaire du Bangladesh. Une partie de sa famille vient. Mariage international en perspective ; on espère que l’on sera dans le coin à ce moment là !
Petite pause avant le départ… et première poutine australienne. Il serait temps que quelqu’un leur apporte la recette… vous engagez ?
Nous rejoindrons Sydney par la route à l’intérieur des terres. Promesse de 850 kilomètres avec rien à voir au programme… on roule un bon quatre heures, avant de s’arrêter dans une petite ville au milieu de nul part. Virginie et Sébastien ont découvert un truc qu’ils aiment bien en Australie : les cabines. Genre de mini maison aménagée, avec kitchenette et mini salle de bain. On paie à la nuit, quelque soit le nombre de personnes qui s’installent. Ils savent que notre budget est rendu extrêmement bas. Nous serons donc leurs invités, chose que l’on apprécie particulièrement !
On s’essaie à aller faire une partie de quilles au bowling du coin, mais à 22h celui-ci est déjà en train de fermer. Tant pis. On rentre se coucher !
Retour sur le continent

Dix heures de ferry. À nouveau. Mais ça passe quand même assez vite. Surtout quand on a dix jours de voyage à réécrire ! Avec une petite pause, à un moment, le temps de dormir en regardant Wall_E. La fatigue a eu rasons de moi. Et 42 secondes consacrées à admirer le magnifique balais des dauphins, tout là bas loin là bas. N’empêche, c’était beau.
On est de retour à Melbourne. On retourne chez Jesse. On a enfin des nouvelles de Virginie et Sébastien. Un plan commence à se dessiner. On dormira encore dans le van cette nuit. Après avoir rangé les bagages et discuté un peu avec Jesse, on s’offrira une nouvelle nuit de repos bien mérité !
Il me reste encore à faire un debriefing général sur la Tasmanie, parler d’Hobart, et tout le reste… mais on revient sur le continent le coeur heureux de revenir à Melbourne… mais un peu lourd, aussi, de quitter ce petit coin de paradis !
Rufus
Le circuit du Mont Rufus. 18,5 kilomètres, 680 mètres de dénivelé. Vu comme ça, ça paraît quand même beaucoup. En l’occurrence, quand on commence à marcher, les jambes sont lourdes. Eliza n’est pas si loin derrière. Ni toutes les autres avant… alors on commence tranquillement. On grimpe. Un peu. Pas beaucoup. Le dénivelé est à peu prêt le même que celui que l’on a fait pour aller voir « Bishop and Clerk ». Certes, la distance est plus importante. Mais il me semble quand même que ça devrait monter plus. J’ai pas envie de me retrouver avec un énorme mur à grimper sur les cent derniers mètres, ou une mauvaise surprise du genre. Mais ça ne semblait pas être le cas, pourtant, quand on regardait depuis en bas…
Tout le début de la balade se fait sous les arbres. On ne sait pas trop où on va. On n’est pas sûr de ce qui nous attend… et puis soudainement, on sort des arbres. On voit le sommet, là haut, et le chemin pour y aller. Oui, ça grimpe un peu, mais ça reste tranquille tout le long. C’est exactement ce qu’il nous faut. Alors on continue de monter. Rendu au col, le vent se met de la partie. Des belles rafales, assez violentes. mais heureusement plutôt chaudes. On évite donc de finir congeler.
On grimpe encore un peu. Il y avait un piège. Le sommet n’est pas là. Il est en arrière. Un peu plus loin. C’est juste un peu de marche supplémentaire à faire. Ce n’est pas plus raide, à ça se fait sans problème. On arrive au sommet quelques temps après. On admire rapidement. Loin, là bas, au sud, on voit l’énorme panache de fumée de l’incendie de la veille. Il semble encore plus gros et plus impressionnant. Le vent ne se calme pas. Au contraire. Alors on se met à l’abris derrière une pile de cailloux, et on mange tranquillement.
Deux sandwichs plus tard, quelques gorgées d’eau, et un petit 5 minutes supplémentaires parce que bon, quand même, on peut bien se reposer un peu, on attaque la descente. Le vent de face n’est vraiment pas agréable. Il faut luter pour avancer, mais on y arrive.
On se retrouve à côté d’une jolie série de formations rocheuses, où on s’amuse un peu à faire quelques photos.
Un peu après, dans un mini vallon qui semble être un paradis à wombats (herbes rases et nombreux terriers), on a presque l’impression de visiter un jardin botanique. Il ne manque plus que les petits panneaux pour nous donner le nom des plantes.
On est tout enthousiasmé par le côté très agréable et très beau de la descente. Mais celle-ci finit par devenir un peu moins intéressante. On traverse une grande prairie avec rien à voir, avant de se retrouver sous les arbres avec à nouveau rien à voir, si ce n’est un joli lac à un moment. L’enthousiasme baisse. La motivation aussi. Les jambes sont lourdes.
On dit qu’en montagne, le temps peut changer très vite. C’est encore plus vrai en Tasmanie. Le magnifique ciel bleu que l’on avait deux heures avant et maintenant complètement gris. On a même le droit à quelques goûtes de pluie. Ça dure une vingtaine de minutes, avant que le ciel bleu ne revienne. On est rendu sur le bord du lac, à un endroit qui s’appelle « Platypus Bay ». Mais d’ornithorynque, nous ne verrons pas.
Les deux derniers kilomètres se font un peu en trainant la patte, mais on retrouve finalement le van. La journée est loin d’être finie.
Pour rejoindre Devonport (on prend le ferry demain matin), il y a deux options. La toute droite, qui devrait nous y amener en deux heures, via des paysages pas forcément intéressants, et la moins droite, qui devrait prendre 4 heures environ, dans des paysages beaucoup plus inspirant, avec au moins un superbe point de vue et une jolie cascade sur la route. Après hésitation et discussion, on prend finalement la deuxième option. Pourquoi faire simple, après tout ?
La route repart donc dans les montagnes, tournant, tournant, et tournant encore. On monte, on descend. C’est un peu pénible à conduire, mais c’est vrai que c’est beau. On s’arrête une première fois au point de vue panoramique, qui demande quand même 30 minutes de marche aller-retour pour en profiter. Mais ça en vaut parfaitement la peine. Et ça permet de découvrir, loin là bas, le magnifique « Frenchman Caps ». La falaise semble particulièrement impressionnante vue d’ici. Une randonnée de trois quatre jours pour l’atteindre. Il est temps que j’arrête de noter toutes les balades que j’aimerais faire en Tasmanie !
Et puis au moment de jeter un oeil au panneau, pour attraper le nom des sommets, mon oeil est attiré par une citation. Ou plutôt par la signature qui va avec. « John Muir ». J’ai passé nom temps à croiser sa route sur la côte ouest américaine. Les séquoias géants lui doivent beaucoup. Les parcs nationaux également. Du coup, je ne suis pas particulièrement surpris de trouver une citation de lui ici. Il convient parfaitement. « Nervermore, however weary, should one faint by the way who gains the blessings of one mountain day; whatever his fate, long life, short life, stormy or calm, he is rich forver ». Si j’en comprends parfaitement l’essence, je suis incapable de trouver une traduction correct de la première partie. Mais l’idée, c’est que quiconque a eut la chance de passer une journée dans les montagnes, quelque soit son destin par la suite, qu’il ai une vie calme ou tumultueuse, longue ou courte, il sera riche à jamais. Difficile d’être en désaccord. Retrouver John Muir ici, au milieu de ces montagnes, vient me toucher d’une façon que je n’explique pas. Un peu comme si d’un seul coup, ce panneau créait un lien entre mes précédents voyages sur la côte ouest, et ce nouveau voyage ici…
Je retourne au van le coeur et les jambes plus légères. On reprend la route, pour s’arrêter une nouvelle fois, un peu après, pour admirer les « Nelson Falls ».
La nuit commence à tomber. Il n y a plus vraiment de pause au programme. Juste de la route. Pas mal de route. Moi, ça ne me dérange pas. J’aime rouler. Même quand il s’agit de conduire un gros van.
J’avais demandé à quelqu’un, Bernd je crois, si la région de Queenstown était belle. Sa réponse ressemblait à « si tu aimes les montagnes dévastées par les pluies acides, ça peut te plaire ». Je ne savais pas trop à quoi m’attendre avec une introduction comme ça… et pourtant, on comprend vite. Même dans la pénombre de la fin de journée, on découvre les sommets entièrement dégarnis. Avec quelques brins d’herbe et un petit buisson de temps à autre, qui survivent comme ils peuvent. La terre est de toutes les couleurs. C’est à la fois beau et laid… je ne m’essaie pas à la photo, sachant que ça ne rendra rien. Il y a quelque chose de fascinant là dedans. Sans doute est-ce la preuve directe des conséquences que peuvent avoir les activités humaines sur l’environnement…
La ville de Queenstown fait un peu peur elle aussi. Il est même pas 21h, mais il n’y a plus une seule lumière partout. Tout est fermé. Déprimant. Ça fait peur. On s’arrête juste 5 minutes. On doit retrouver Virginie et Sébastien à Melbourne, le lendemain. Mais ça, c’est juste la théorie. Parce que dans la pratique, on n’a absolument aune nouvelle. Iris renvoie un mail, et on repart.
On arrivera trois heures plus tard à Devonport, sur le parking du ferry. Il est juste un peu après minuit. Il est définitivement plus rapide de traverser la moitié de la Tasmanie que la moitié du Kansas ! La route nous a fait passer devant chez Sarah. La boucle bouclée. La Tasmanie est finie. Pour le moment. Ou définitivement. On ne sait pas.

