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De retour dans le désert
La nuit est on ne peut plus calme et tranquille. On entend bien un lointain camion de temps en temps, mais ils sont bien rares. De là à dire que c’est trop silencieux… non, n’exagérons quand même pas ! Hier, un peu tannés de la polenta, on avait sauté le petit déjeuner. Comme on a fait l’épicerie, par contre, on peut recommencer à varier un peu les petits déjeuners, et c’est vrai que ça fait du bien de commencer la journée avec des granola (muesli). Ça fait changement !
Le ciel est grisailleux quand on quitte notre petite forêt sympathique, qui nous a si bien tenu compagnie pendant la nuit. On ne roule pas très longtemps avant que la forêt disparaisse, nous précipitant dans le désert typique de la région. Un truc pas complètement totalement désertique donc. Il reste quelques mini plantes bien sèches qui poussent au milieu.
On quitte une fois de plus la route principale (qu’on avait rejoint en quittant une route principale que l’on avait rejointe en quittant une route principale), pour prendre la direction de Fort Rock. Petit village qui doit son nom à un caillou voisin. Un caillou parfaitement bien nommé soit dit en passant. De loin, on voit d’abord apparaître une palissade. Pour découvrir ensuite que la palissade n’est qu’un côté d’un magnifique fer à cheval. Un endroit parfait pour installer une armée, et défendre l’endroit contre des envahisseurs. Bon, il faudrait juste une armée et des envahisseurs, et c’est pas avec les quatorze habitants et demi de la région que l’on fera quelque chose… mais c’est toujours ça, en théorie.
On se promène un peu à l’intérieur de cette magnifique formation ; on escalade un tit peu pour varier les points de vue, on regarde, on admire. On se plaint un peu du ciel gris et de la température un peu fraîche. On est quand même dans un désert, non ?
Et puis en version panoramique, quand on regarde vers l’extérieur :
Et quand on regarde vers l’intérieur :
On reprendra ensuite la route, vérifiant rapidement si la ville de Fort Rock n’aurait pas un téléphone publique, mais ça n’est pas le cas. Peut être que notre étape suivante, Christmas Valley, sera plus civilisée.
Christmas Valley est en effet un peu plus grande que Fort Rock. D’ailleurs, à peine entrée dans la ville (ça devient vraiment difficile d’appeler ce genre d’endroit une ville, vu qu’en fait, c’est surtout un plus grand nombre de maisons, plus proches les unes des autres, mais qui ne ressemble vraiment pas à ce que j’appellerais une ville. Ou un village) on trouve un bureau de poste. J’avais quelques timbres à acheter et des cartes à envoyer. C’est donc parfait. Le vendeur n’est même pas plus surpris que ça que je demande des timbres pour le Canada et la France. Il doit avoir l’habitude, sans doute. Sur le parking, par contre, on me demande si je viens de Colombie Britannique. La question me surprend un peu, vu que le van est très clairement immatriculé Québec. Je réponds donc que je viens de Montréal, ce qui semble impressionner mon interlocuteur, qui me dit « so you’re french. Bonjour ». Oui, même au fin fond de l’Oregon, les gens essaient de mettre un ou deux mots de français quand ils me parlent !
Je m’arrêterais à nouveau, juste après, alors que je vois une cabine de téléphone à côté d’une épicerie. J’en profite donc pour faire un petit appel outre-atlantique. Avec les fuseaux horaires, et les changements d’heures récents, je ne suis pas tout à fait sûr de ne pas appeler au milieu de la nuit, mais à priori mon calcul était correct, et je ne réveille personne. Pendant que je parle au téléphone, une voiture s’arrête. Un couple en descend, regarde le van en souriant. M’entend parler français au téléphone, ils font le rapprochement assez facilement, et me salut d’un mouvement de tête, l’air un peu déçus de ne pas pouvoir me parler. Ils croiseront Danielle à l’intérieur de l’épicerie, et en profiteront pour demander confirmation si je viens bien du Québec. Un imposteur est si vite arrivé !
Amusant, quand même, de constater que l’année passée à la même date, j’arrivais à Tucson, en Arizona, à la fin d’un road trip de 6000 kilomètres en quelques jours à peine. Cette année, je suis encore plus perdu au milieu de nul part, au milieu d’un road trip encore plus fou, et beaucoup plus long… que sera l’année prochaine ?
Danielle profite de son passage à l’épicerie pour récupérer un pamphlet sur des dunes qui seraient, semble-t’il, pas trop loin d’ici. La photo en couverture est des plus inspirantes, l’explication pour y aller est facile (tout droit pendant 12 kilomètres, à gauche, tout droit pendant 12 kilomètres, à droite, tout droit pendant 6 kilomètres). On décide donc d’y aller. Les indications sont parfaites exactes. Quand ils disent tout droit, c’est tout droit. Bon, en même temps, vu la géographie des lieux, je comprends assez parfaitement la volonté de ne pas mettre de virage, mais peut être que des fois, quand même, juste pour le plaisir, non ? Non. Bon, d’accord.
Je pensais que la route nous amènerait jusque sur le bord des dunes, mais on se contente de les voir un peu à l’écart, à deux ou trois kilomètres. Après une petite hésitation, je transforme une fois de plus le Pourquoi pas ? en véhicule tout terrain, et m’engage sur un petit chemin de terre. Petit, il l’est vraiment. Il est plus conçu pour les quads que pour les vans. Mais ça roule quand même, et le Pourquoi Pas ? poursuit son chemin bien sagement, pour nous emmener jusqu’au pied des dunes.
Elles sont juste devant nous. Une petite pente, pas trop raide, permettrait même au van d’aller faire un tour dessus. Je vérifie à pied, ça a l’air passable. Je n’ai pas encore fait trop d’expérience de ce genre avec Pourquoi Pas ?. Entre autre parce que je n’ai pas nécessairement envie de l’abîmer. Mais je décide de faire le test. Après quelques essais, pourtant, je dois bien me rendre à l’évidence qu’il ne montra pas. En fait, il monte sans problème la partie la plus raide, mais le sable devient plus léger et moins dense après, et c’est là qu’il patine. Autant ne pas trop insister, donc, et ne pas rester coincé au milieu de nul part.
À la place, on va se promener bien sagement, à pied sur les dunes. Non sans avoir mangé un magnifique sandwich rôti de boeuf + fromage à la crème + avocat avant de partir à l’aventure. C’est quand même agréable de varier la nourriture des fois !
On repère une belle grosse dune un peu plus loin. On va donc lui rendre visite. On fait la course jusqu’au sommet, d’où la vue est assez grandiose, et un peu déprimante en même temps. Mais en même temps, quand on aime les immensités vides à perte de vue, c’est pas mal !
Immense et vide, mais qui se prête parfaitement à un petit 360. Une Danielle à droite, une Danielle à gauche.
J’en profiterais également pour faire quelques courses de descente dans le sable, histoire de ne pas perdre la main, maintenant que je sais si bien faire !
L’heure tourne tranquillement. On refait donc les 6 kilomètres, on tourne à gauche, 12 kilomètres, et on tourne, cette fois, à gauche, histoire de reprendre la route en direction de la 395. Ce n’était pas l’itinéraire que j’avais envisagé de prendre, mais celui-ci marche tout aussi bien, et nous fait arriver un peu plus au nord. Ce qui veut dire plus de 395. C’est parfait.
La route est longue. Une centaine de kilomètres, environ. Au milieu de rien. D’autant plus longue que je continue à rouler à 90 km/h, un rythme qui convient parfaitement au Pourquoi Pas ? et à son réservoir. Bon, d’accord, je craque deux fois en essayant de voir les limites que je peux atteindre. 130 sur du plat, je n’ose pas aller beaucoup plus loin. 150 en descente, j’ai l’impression qu’on va s’envoler. Je n’insiste pas plus.
Et puis finalement, une dernière immense descente, une grande vallée très large. Aucun doute, c’est la signature de la 395. Je la devine qui est là bas, qui nous attend.
On roule encore un peu. Le paysage est beaucoup moins ennuyeux, entre autre à cause de « Albert Rim », une falaise d’une cinquantaine de mètres de haut, qui s’étend sur une soixantaine de kilomètres en longueur. Il y a simplement un peu plus de choses à voir ici.
Et puis on arrive à une aire de repos ; celle-ci était indiquée sur la carte, et je la voyais bien comme halte potentielle. Il n’y a aucun panneau interdisant quoi que ce soit, c’est donc plutôt bon signe. Certes, on est juste à côté de la route, mais côté trafic, ça devrait être plutôt tranquille j’imagine.
Il est encore un peu tôt. Je ressors donc les massues, histoire de pratiquer un peu mes habiletés de jongleur. Avec trois quilles, ça laisse encore pas mal à désirer. De son côté, Danielle pratique son « contact jungling » avec sa boule de verre. C’est toujours aussi fascinant. Histoire de varier les plaisirs, on s’essaie aussi avec trois balles. Ça, personnellement, j’ai plus vraiment de problèmes. L’étape d’après va être d’apprendre des « figures », et c’est pas gagné. Le ciel commence à se dégager un peu. On pourrait avoir une très belle journée demain. En tout cas, on a droit à un magnifique couché de soleil !
Et puisque l’on est toujours sur une thématique de variation des plaisirs, je m’essaie au Didgeridoo pour la première fois, et je m’en sors pas trop mal après quelques essais infructueux. En fait, j’aime énormément l’expérience et la sensation. Je joue donc pendant un bon moment. Ne me reste plus qu’à apprendre la respiration circulaire. Ça, c’est pas gagné !
Le soleil disparaît complètement, et on migre bien au chaud à l’intérieur du van. La température a légèrement remonté juste à la fin de la journée, et on est relativement bien dehors, mais faut pas exagérer non plus.
Je prépare une petite salade variée pour le repas (concombre, maïs, haricot rouge, fromage, betterave) et on mange une petite part de gâteau au fromage en guise de dessert, en hommage aux gens dont c’est l’anniversaire le 5 novembre !
Pour couronner le tout, j’ai même le droit à ma petite séance de musique rien que pour moi dans le van. Moi je dis qu’il y en a qui sont chanceux quand même !
Le collectionneur de montagnes
Je manque parfois d’un peu d’esprit de réflexion. Par exemple, avoir trouvé un endroit où dormir juste avant d’avoir rejoint la route principale aurait sûrement diminué de beaucoup le bruit des camions pendant la nuit. Mais bon, c’est loin d’être aussi pire que le train de la veille, et j’arriverais quand même à bien dormir. Et puis on se réveille sous un magnifique ciel bleu, qui nous rend extrêmement enthousiastes !
On verra le ciel bleu pendant une dizaine de minutes environ, avant de se retrouver plonger dans le brouillard. Un panneau annonce qu’il y a un incendie contrôlé dans les environs. C’est donc un mélange de brouillard et de fumée, et qui nous accompagnera pendant un bon moment. La route est belle, mais on en perd beaucoup !
Le brouillard décide de se lever un peu après, juste avant que l’on arrive à Warm Spring. Les nuages, eux, restent pour le moment. C’est pas grave, au moins, on a récupéré la visibilité qui permet d’admirer la vallée/gorge dans laquelle on descend soudainement.
On quitte à nouveau la route principale, pour en prendre une plus petite, plus tortueuse, et beaucoup plus belle, qui nous fait longer le lac de Simtustus. C’est un lac de barrage, mais ça n’enlève en rien à la beauté des lieux et de la route.
Lieu idéal pour faire un panoramique :
La route nous propose un peu après un petit détour pour aller à un parc qui offre une vue des environs. On arrivera finalement à un parc fermé, mais faire le tour de la barrière permet quand même de profiter des lieux.
Et de faire un autre panoramique :
On roule encore un peu, direction « les palissades ». Évidemment, quand on voit le genre de décor dans lequel on se promène, on sait un peu à quoi s’attendre. Même sans effet de surprise, c’est grandiose !
La bonne nouvelle, c’est que le gars qui fait des panoramiques ne se lasse pas :
L’autre bonne nouvelle, c’est que le ciel se dégage tranquillement pas vite, et que l’ami Hood en profite pour passer dire un autre coucou.
C’est assez impressionnant de voir cette immense barrière puis, un peu plus loin, cette montagne magnifique ! Du coin de l’oeil, à un moment, il m’a semblé en voir apparaître un autre de sommet enneigé. J’en aurais confirmation un peu plus loin, alors que l’on s’arrête au pont de la rivière Crook. Ce qui est amusant, c’est que juste avant le pont, un panneau indique le point d’observation, mais on n’était pas plus inspiré que ça. Sauf qu’au moment de passer le pont, et de découvrir que la rivière, en fait, elle est cent mètres plus bas, on a soudainement changé d’avis !
En fait, il y a trois ponts. L’ancien pont routier, qui est devenu un pont juste pour les piétons, à la construction du nouveau pont en 2000, et le pont de chemin de fer. Tout ça sur fond de montagnes.
Ça prend un mini ajustement dans photoshop, au niveau des montagnes, pour compenser ce que l’oeil voyait, mais que l’appareil photo a perdu. Une fois l’ajustement fait, on apprécie mieux (c’est aussi un panoramique, donc vous pouvez cliquer dessus pour voir encore mieux).
Et si vous décidez de faire quelque chose qui n’est peut être pas tout à fait autoriser (mais en même temps pas interdit) comme par exemple monter sur les rails du chemin de fer pour avoir une meilleure vous, vous aurez, en effet, une meilleure vue :
Et pour compléter, en vrac, les différents éléments du paysage environnant :
Finalement, on ne regrette pas vraiment la pause. La route nous amène juste après dans la ville de Redmond, où l’on fait une grosse pause épicerie dans un Fred Meyers. Oui, je continue à faire de la pub pour leurs tarifs horriblement pas chers, mais très agréable quand on est en voyage ! Ajoutez qu’il n’y a pas de taxes de vente en Oregon (TPS-TVQ au Québec, TVA en France), et on s’en sort avec une énorme épicerie pour un prix relativement raisonnable !
On arrive à Bend juste après. L’idée de base était de simplement traverser, sans s’arrêter, mais je vois cette petite butte, qui m’intrigue beaucoup. Et puis je vois le petit mouvement sur la butte, qui me confirme qu’il y a une route qui monte. C’est fait un peu au hasard, et c’est pas la route direct, mais on arrive au sommet de la butte, d’où l’on peut observer dans l’ordre : Le Mont Bacherlor (première photo), Brocken Top, South Sister et North Sister (deuxième photo), Mont Hood (troisième photo) et Mont Adams (quatrième photo).
Au sommet de la butte, une très gentille madame vient nous parler. Comme bien souvent, c’est la plaque « Québec » qui attire les gens, impressionnés de nous voir si loin de la maison. Elle nous souhaite la bienvenue en Oregon, ainsi qu’un voyage sécuritaire. On la remercie pour tout ses sourires et tout ses souhaits.
Le ciel s’est dégagé complètement, mais le soleil se couche tranquillement. On quitte Bend, et on reprend la route du sud. On tourne à gauche sur la 31, une quarantaine de kilomètres avant de rejoindre la route que j’avais prise, il y a un peu plus de deux mois !!! pour aller à Burning Man. Quarante kilomètres, ce n’est pas beaucoup. Je reconnais le style de paysage avec pas mal d’émotion.
Je vérifie sur la carte : repasser par Black Rock Desert ne serait pas un très gros détour. Le choix est déchirant : découvrir une partie de la 395 que je ne connais pas, ou repasser par Black Rock Desert… ça ne va pas être facile de se décider… par contre, on a reçu des nouvelles de Jane, qui finalement ne pourra pas aller aux Hot Springs. Après une petite hésitation, on a décidé d’y aller quand même. Le détour n’est pas si gros, et nous emmène dans des paysages magnifiques alors…
Une fois de plus, on est dans une National Forest. C’est d’ailleurs plus ou moins les National Forest qui vont rythmer nos journées je pense… c’est quand même bien pratique et bien simple côté hébergement ! La 31 est définitivement très calme comme route, mais juste pour être sûr, on prend un chemin qui s’éloigne encore pas mal dans les bois. Ce soir, on sera vraiment bien tranquille. Et on se boit une petite bière, la « Winter HumBug’r » de la brasserie Mc Tarnahan’s à Portland. Une « holliday porter » bien sympathique, quoi qu’un peu trop légère à mon goût. Les américains ont, semble-t’il, tendance à être trop timide avec leurs bières !
On complète notre petite soirée bien tranquille avec quelques beignes (dans le sens beignets, ne mélangeons pas !), du baileys et un peu de nutella, parce que c’est bon ! On expérimente aussi pour la première fois le duo didgeridoo + flûte. Un mix bien intéressant !
Un nouveau grand départ
Finalement, l’excitation de reprendre la route a eut raison de moi. Je n’ai tout simplement pas réussi à m’endormir avant 5 heures du matin. J’ai passé une bonne partie de la nuit à écrire et à tuer le temps, bêtement, sur mon ordinateur, en essayant de trouver le sommeil. Oui, je suis vraiment plein d’enthousiasme à l’idée de ce voyage retour, et ça paraît !
Je me réveillerais un peu passé midi ; encore un peu fatigué, mais bon, il faut bien bouger un peu, à un moment donné ! Danielle nous prépare des french toasts, histoire que l’on soit en pleine forme pour la route. Derniers rangements, derniers préparatifs, au-revoir au piano… il est 15 heures quand le Pourquoi Pas ? démarre enfin. Ça n’a pas été facile, mais ça y’est ! C’est fait ! Dehors, le ciel est d’un bleu magnifique, excellent augure pour ces nouvelles aventures. Et qui dit « ciel bleu » dit « belle visibilité ». Et qui dit « belle visibilité » dit « le Mont Hood est tout simplement magnifique ! ». Alors on fait une petite pause au jardin de roses, histoire d’avoir un meilleur point de vue.
Cours de géographie 101 sur Portland : la ville de Portland est séparée en deux par une rivière dont je ne connais pas le nom ; il ne s’agit pas du fleuve Colombia, mais de l’un de ces affluents, qui coule du sud vers le nord. Il se jette dans le fleuve un peu après. Suffisamment pas loin pour que la banlieue de Portland se rende jusqu’à lui. De l’autre côté du fleuve, c’est la ville de Vancouver. Vancouver Washington, à ne pas confondre avec Vancouver de Colombie Britannique, quelques centaines de kilomètres plus au nord. La rivière sépare donc Portland entre Portland Est, et Portland Ouest. Chacun de ces deux quartiers est ensuite séparé en nord et sud par Burnside Street. Le centre ville est proche du bord de l’eau, côté est, qui semble être le côté le plus dynamique. Si le côté ouest reste quand même assez vivant, il semble également un peu plus résidentiel. Côté est toujours, à deux kilomètres de la rivière, il y a une montagne, relativement conséquente (plus que le Mont Royal, en tout cas). Cette montagne, qui s’étire du nord au sud, est en partie résidentielle, et en partie un grand parc (Washington Park) où l’on retrouve un jardin japonais, un jardin de rose, un arboretum, et un zoo. Danielle habite de l’autre côté de la montagne, un peu plus vers l’est.
Washington Park, c’est sans doute l’un des endroits les plus touristiques de Portland. Vue la météo pendant mon séjour, vu mon envie de prendre ça relaxe également, je n’avais pas encore eut l’occasion d’y jeter un oeil. Je comprends un peu mieux maintenant, et je regrette de ne pas avoir pu en profiter. Enfin… sachant que je reviendrais un jour, ça n’est pas si grave ! Pour simplifier, ça fait quand même pas mal penser au Mont Royal. Un Mont Royal dont les points de vue seraient un peu moins intéressant, mais dont l’aménagement serait bien plus intéressant. Il n’y a qu’à penser au jardin de roses et au jardin japonais… Je ne sais pas pourquoi, ma petite tête était persuadé que l’accès était payant ; c’est sans doute ce qui me refroidissait un peu, aussi, en plus du fait que des roses, au mois de novembre, sous la pluie… et bien non ; tout semble gratuit et en accès libre. Alors on prendra quand même un mini peu de temps pour admirer tout ça. Je serais resté plus longtemps, mais le classique du « on a de la route à faire » est de retour.
Sur la dernière photo, Danielle se cache derrière une fontaine musicale. Construite entièrement en bronze, au lieu d’offrir d’immenses jets d’eau, elle est simplement faite de petites gouttes qui tombent à l’intérieur. Ça fait un écho magnifique, et une très belle musique.
Et puis finalement, pour de vrai cette fois, on quitte Portland. Il est 16h. Départ difficile, mais départ quand même ! La ville se quitte tout aussi rapidement par l’est que par l’ouest, et très rapidement, on se retrouve dans un paysage magnifique. La route, évidemment, offre quelques beaux points de vue sur le Mont Hood. Mais aussi sur le Mont Saint Hélène, relativement voisin ! Les deux sont faciles à différencier : l’un à exploser il n’y a pas si longtemps. L’autre pas.
Ces montagnes géantes (géantes dans le sens qu’elles dominent largement leurs voisines) me fascinent. Tout comme le mont McLoughan et le Mont Shasta. Elles se rajoutent donc dans ma liste des sommets à faire un jour. Shasta, Hood, St-Hélène, Rainier, Washington… et je sais que je vais voir quelques autres volcans tout aussi inspirant dans les prochains jours. Ça m’aidera à mettre la liste à jour !
La route que l’on prend est une route historique. Elle suit relativement fidèlement le chemin emprunté par Lewis et Clark, il y a quelques années de ça. J’imagine assez leur fascination, à l’époque, devant de tels paysages. La fascination, en tout cas, je la ressens encore aujourd’hui.
Oui, cette jolie petite construction, on va la voir de plus proche. La route passe juste à côté. Malheureusement, il est fermé, et on ne pourra pas le visiter. Il présente quelques informations sur les gorges. On devra se contenter du point de vue avant de reprendre la route. Les couleurs de l’automne sont partout, et c’est tout simplement magnifique.
Et puis juste après, c’est la zone des cascades qui commencent. Je m’attendais à en voir deux, il y en aura un peu plus. La toute première, Latourell Falls, par exemple, n’est pas annoncé dans la brochure touristique que j’ai récupéré. La surprise n’en est pas moins des plus magnifiques.
Et puis il y en a une deuxième, quelques kilomètres après. « Bridal Veil ». Le voile de la mariée. Une petite marche d’approche de dix minutes, sous des arbres plein de couleurs, pour découvrir une très belle chute double.
Le soleil, de son côté, commence à se coucher. On n’est pas allé très loin, mais au moins, on a réussi à démarrer. Demain, ça ira sans doute mieux. On roule encore un tout petit peu ; le temps d’avoir un aperçu sur les deux autres chûtes qui nous attendent le lendemain. Les deux sont à couper le souffle, mais la lumière est trop basse pour faire des photos aujourd’hui. Je me contente d’espérer que le ciel sera aussi beau demain qu’il l’a été aujourd’hui !
Je fais quelques vérifications géographiques, qui me confirment que l’on vient tout juste d’entrer dans « Mount Hood National Forest ». Normalement, pour les jours qui viennent, on devrait aller de National Forest en National Forest. Savoir que le camping y est autorisé simplifie quand même considérablement la vie ! C’est lassant de se faire réveiller par des « toc toc toc » à la fenêtre. On cherche donc rapidement un petit endroit confortable où s’installer pour la nuit. On le trouve… deux cent mètres avant le signe indiquant l’entrée dans la National Forest. Petite hésitation… en même temps, après ça, il n’y a rien de vraiment sympathique, à priori, et on se rapproche de l’autoroute. Pour deux cent mètres, on prendra finalement le risque du « toc toc toc », et on verra bien. L’autoroute est loin, on ne l’entend pas. La voie ferrée est proche, mais en général, il n’y a pas trop de trains, ça ne devrait pas être trop pire.
Aujourd’hui, on se couchera très tôt, après des pâtes au brie (ça change agréablement du cheddar !) et le reste du fudge, déjà fini pour notre plus grand malheur…
Une dernière grande respiration…
Ça y’est… la voilà qui est là. La dernière journée avant le grand départ. Je suis vraiment heureux de cette pause complètement et totalement imprévue à Portland. Je suis en pleine forme, et j’ai à nouveau hâte d’être sur la route. J’ai aimé m’arrêter, mais il est temps pour moi de repartir. Je ressens l’excitation de rouler à nouveau, et je suis fébrile comme si je n’avais pas voyager depuis bien longtemps. Peut être parce que les trois ou quatre semaines qui s’en viennent s’annoncent passionnantes, intenses, et magnifiques !
Pourquoi Pas ? est retourné au garage ce matin. D’après le garagiste, ils ont reçu une pièce qui n’était pas la bonne, mais ne s’en sont pas rendus compte, du coup, ça ne marchait qu’à moitié. Enfin, après deux heures et demi à attendre, tout remarche à nouveau. Et cette fois, j’ai vérifié !
On va être deux dans le van pendant un bon moment. Plus le temps passe, plus l’intérieur est optimisé. Danielle ne devrait donc avoir aucun mal à trouver sa place. Mais juste pour être sûr, je fais encore un peu de rangement, encore un peu d’optimisation. C’est encore et toujours plus efficace que l’optimisation précédente !
L’après midi passera tranquillement en dehors de ça. J’avance deux trois petits projets, je regarde un peu la route qui s’en vient… j’attends encore des nouvelles de Jane pour formuler un itinéraire final.
J’arrive même à m’ennuyer un peu en fin d’après midi. Ça ne m’était pas arrivé depuis… ouf ! Des fois, ça fait du bien de s’ennuyer. Et ça vient aussi confirmer qu’il est temps de repartir ! Finalement, en fin de journée, on ira faire un tit tour en ville. Au programme : poutine et bières. Yep. On trouve aussi de la poutine à Portland. On en trouve partout. Le Québec va conquérir le monde grâce à la poutine ! Danielle n’en a jamais mangé, mais sait où on peut en trouver. Pas de chance, quand on arrive sur place, par contre, c’est fermé le lundi. La suite du programme consistait à aller à la « Hopwork Urban Brewery » où j’ai donné rendez-vous aux gens de couchsurfing ; si quelqu’un s’ennuie en ce lundi soir et qu’il veut partager une bière, elle sera meilleure avec nous !
On arrive, on s’installe, on commande. Ici aussi ils ont des carrousels de dégustation. Parfait !
Voilà donc à quoi ça ressemble. Celui-ci est particulièrement sympathique en l’occurrence :
Et si vous voulez la légende (la numéro 1, c’est celle à gauche de « hub », et en haut. Donc à 9h15 environ.
La 5 et la 7 sont un vrai délice. Le mélange de 7 céréales dans la stout (5) lui donne une personnalité bien à elle, et le vieillissement dans des vieux fûts de bourbon donne à la 7 une odeur unique, et un petit goût sirupeux des plus agréable. La lager est excellente, d’autant plus meilleure que, comme je l’expliquais déjà par le passé, habituellement les lager ne sont pas vraiment mon style. Évidemment, l’IPA est un vrai petit bonheur, et l’abominable se laisse boire sans problème. À vrai dire, toutes ces bières sont excellentes et on passe un bien bon moment à toutes les découvrir, en grignotant quelques frites, à défaut d’avoir eut notre poutine. Et puis il y a cette petite carte des desserts qui nous fait de l’oeil. Entre la tarte au chocolat et basilique et le brownie servit chaud avec crème glacée à la vanille, le choix est vite fait. On prendra les deux, et le régale sera complet et total. Chocolat basilique, j’avais déjà pratiqué une fois. La deuxième fois me convainc tout autant que la première. Il est temps que je mette ça en application !
La « Hub » est une brasserie particulièrement sympa. Le fait que toutes leurs bières soient bio rajoutent aussi au plaisir. Le propriétaire, en plus d’être un grand amateur de bière, est un fan de vélo, et ça paraît. Oui, remontez voir : le plateau de dégustation est une petite roue de vélo transformée. Côté déco, l’alignement de cadres de vélo en dessus du bar donne un effet des plus sympa aussi.
Excellente bière, excellents desserts, décor agréable, bonne ambiance, on passe une belle petite soirée, mais on se décide à partir après un moment, le ventre bien rempli. Malgré quelques « nous viendrons peut être », il semblerait qu’aucun couchsurfeur ne soit venu.
On découvrira au moment de sortir que en fait non, il y en a bien quelques uns. Ils nous avaient simplement pas trouvé, et attendaient dans un coin, persuadés que l’on était en retard. Du coup, on se rassois, on partage une dernière bière, et on rajoute une petite paire d’heures à discuter, de tout et de rien. Je fais plaisir à tout le monde quand je dis (et je le pense vraiment !) que je préfère l’Oregon à la Californie, malgré la beauté des paysages de cette dernière. J’essaie de m’expliquer un peu, parce que c’est plus une question de feeling que de logique, mais ils partagent aussi ce sentiment. Pour résumer très fortement, on choisit la Californie pour sa carrière, on choisit l’Oregon pour le mode de vie. Ici les gens sont encore plus ouverts, relaxes, tranquilles. Si la Californie est peuplée de Bobo, l’Oregon semble plus la destination des artistes qui veulent s’épanouir tranquillement, loin de toute pression sociale. Ils veulent juste être heureux dans leur petit monde à eux ; un petit monde où tout le monde est le bienvenue. Et franchement, j’aime ça. Ils étaient évidemment tous là samedi soir, à la soirée Halloween. Je n’en reconnais aucun, mais en demandant leurs déguisements, je replace la plupart. Anecdote amusante : à un moment, l’un d’eux raconte qu’il a vu quelqu’un cracher du feu, et qu’il a pu prendre une vidéo. Il ne m’avait pas reconnu. Le monde de couchsurfing est très petit. Moi, je suis content, je vais avoir une vidéo de moi, peut être.
Quitter Portland ne va pas être évident. Heureusement, je commence à avoir l’habitude de quitter des places qui me plaisent. En une année, je suis revenu trois fois à San Francisco, alors que je n’y croyais pas vraiment. Je n’ai aucune inquiétude quand au fait que je reviendrais à Portland également. Quand il ne pleuvra plus. Dans six mois donc ! Ou plus tard.
Rencontrer ces quelques couchsurfers avant de partir me fait bien plaisir et termine agréablement mon séjour ici. On rentre chez Danielle un peu plus tard. Un message de Jane m’attend. Ils seront aux sources chaudes en fin de semaine. Ça finit de compléter ma journée. L’itinéraire du retour est désormais connu, et c’est parfait pour moi. Un peu plus de 6000 kilomètres m’attendent ; je vais voir un peu de désert dans le Nevada, et il semblerait bien que Bryce et Zion réapparaissent soudainement sur l’itinéraire ! Tout cela est parfait. Celui-ci a de fortes chances d’être assez final, vu que mes dates sont de moins en moins compressibles. J’ai hâte de voir tout ça ! La quinzaine de jours tranquilles puis les kilomètres qui défilent semblent se confirmer !
Un autre dimanche biiiiiin relaxe !
Au final, la journée pourrait se résumer à l’aide des muffins anglais avec fromage fondu que Danielle nous a préparé pour le petit déjeuner :
Et le chocolat chaud (chocolat noir non sucré fondu, crème et lait, miel pour sucrer, baileys pour parfumer, cannelle en poudre et en bâton pour rehausser, crème fouettée pour terminer) que l’on boira tranquillement devant la télé en fin de journée.
En fait, j’ai le sentiment que je reprends des forces à Portland. Non pas que je sois fatigué, mais simplement que j’ai besoin de préparer mon retour, et cette longue pause pas du tout prévue s’avère, au finale, parfaite ! L’itinéraire est à peu prêt connu, mais encore sujet à variation. L’inconnu, c’est le détour par le nord du Nevada pour revoir Jane et Rameen. Ils ne sont pas encore sûrs de leur côté. Le connu, c’est qu’à un moment, on arrive à Salt Lake City, et qu’après ça, l’itinéraire est assez facile à faire.
Il me reste environ 6000 kilomètres à rouler, sans compter les probables détour. Ça fait une moyenne de 300 kilomètres par jour pour les 3 prochaines semaine, ce qui va quand même être assez intense. En même temps, la traversée du Kansas, Lawrence-St Louis, St-Louis-Chicago et Chicago-Montréal devraient ressembler à des étapes « on mange du kilomètre ». Donc à priori, les douze prochains jours devraient être assez « tranquilles », avant de terminer sur un dernier petit exercice d’endurance.
Tout cela m’inspire et me plaît bien !
Un dernier au revoir à l’océan
Le petit coin de parking tranquille au milieu de nul part est loin d’être tranquille en fait. En ce vendredi soir, il y a un certains nombre de voitures qui arrivent, qui passent, qui repartent s’en s’arrêter. Ou après s’être arrêté quelques instants. C’est un peu stressant tout ça, mais bon… on fait avec. Jusqu’au moment où la voiture reste juste en arrière du van, en gardant les pleins phares. L’avantage, c’est qu’on devine tout de suite le message, et on sait qu’il va falloir négocier.
Le ranger est très sympa, souriant, agréable et poli. Heureusement, parce qu’avec son look de tueur à gage professionnel, je me suis pas senti rassuré tout de suite. Comme je suis quelqu’un de très malhonnête ces derniers temps, je lui sors un petit mensonge pour expliquer la situation. Il compatit, sourit, nous autorise à rester, et nous souhaite une bonne nuit avant de repartir. Je retourne au chaud dans le van. Le sentiment de culpabilité est à nouveau là, comme la dernière fois. Je l’explique à Danielle. Je n’aime définitivement pas mentir. C’est sûr que ce n’est pas grave, qu’on n’est pas en train de faire quelque chose de mal, qu’on n’est pas méchant… mais mentir est si facile… bref, j’essaie d’éviter les situations qui « m’oblige à », mais ça marche pas tout le temps. Avec tout ça, du coup, je ne dors pas très bien. Et le « toc toc toc, parc ranger » sur la fenêtre du van tôt le lendemain matin n’aide vraiment pas. Ce n’est, évidemment, pas le même que la veille. Et si celui d’hier était vraiment sympa et agréable, lui, par contre, est on ne peut plus antipathique. Je n’aime pas sa façon de tout de suite arriver avec les menaces d’amande (247 $, ça répond à la question que je me posais). Celui d’hier avait commencé par m’expliquer, et s’était limite excusé de nous déranger. Bref, ce matin, étrangement, je n’ai plus aucun remords à mentir. À force d’explications et de discussion, le garde me demande simplement d’aller payer l’équivalent d’une nuit de camping à l’accueil. C’est cher, pour un camping, mais bon ; on fera avec. Il est encore tôt, et j’arrive à somnoler encore un peu, mais j’ai très clairement pas assez dormi. On se lèvera un peu plus tard. Une petite pause pour payer le camping, et on reprend la route, direction Washington à nouveau.
On a pas mal de choses à faire aujourd’hui, et on voudrait ne pas rentrer trop tard à Portland pour se préparer pour la soirée d’Halloween, donc finalement, on ne s’arrêtera pas à Astoria, se contentant de repasser rapidement le pont gigantesque et toujours aussi magnifique par dessus le Columbia. Une fois de plus, je trouve amusant de reprendre la même route, si peu de temps après l’avoir déjà faite. Au moins, je sais déjà où aller. Ça simplifie ! L’objectif, donc : un phare, Danielle n’en ayant jamais vu. La bonne nouvelle, en plus, c’est qu’aujourd’hui, le phare est ouvert, et qu’on peut donc y rentrer, pour un montant des plus modiques. La madame a l’accueil est charmante. Le monsieur en haut de la tour, par contre, est là pour réciter son texte. On sera heureusement sauvé, après une quinzaine de minutes de récitations absolument impossible à interrompre, par l’arrivée d’un couple de visiteurs, qui lui poseront une question, et renverront la machine au début. Heureusement pour nous, on peut en profiter pour s’esquiver. Parce que franchement, sinon, je pense qu’on y serait encore. Sachant qu’avec le déshumidificateur j’entendais un mot sur huit, c’était un peu limite !
On redescend, et j’en profite pour poser une question à la charmante dame de l’accueil. Parce que pour revenir à Portland, on a le choix entre deux routes, une qui passe au nord du fleuve (Washington) et l’autre qui passe au sud (Oregon). Je lui demande donc conseil sur la meilleure route à prendre. Après une discussion d’une dizaine de minutes, la réponse est claire. Il faut faire les deux. Bon… on jouera ça à pile ou face, si ça continue. Et puis on parle encore un peu, de Lewis et Clark, et de leur expédition qui m’inspire toujours autant. Juste à côté d’ici, il y a le deuxième phare, celui du Cap Désapointement, que j’étais allé voir aussi. Mais il y a également un centre d’interprétation sur le voyage des deux explorateurs. J’avais hésité la première fois, cette fois, je me laisse tenté, fortement encouragé par la madame du phare.
Le centre d’interprétation est construit sur l’emplacement d’un ancien fort, destiné à garder l’embouchure du fleuve. Il y a quelques explications militaires, plus ou moins inspirante. À part, sans doute, une anecdote qui vient confirmer la subtilité des militaires. Afin d’assurer la meilleure protection possible, les trois forts des environs n’ont eut de cesse d’être amélioré. Ce qui impliquait, entre autre, l’utilisation de canon toujours plus gros. Le plus gros de tous, Big Betsy, était la fierté locale quand ils l’ont installé. Bien en place, bien réglé, ils ont fait feu pour voir si tout fonctionnait. L’explosion a été magnifique, l’obus a sûrement traversé 6 fois le Pacifique. Tout était parfait, ou presque. Ils ont décidé de déplacer le canon. Le gardien du phare d’à côté n’a pas aimé voir toutes les fenêtres voler en éclat à la première détonation.
La visite du musée est des plus intéressantes. Elle est en deux parties. La première est très factuelle. Du texte, des cartes, les grandes lignes de l’expédition. La Louisiane a été acheté 15 millions de dollars. Ça revient à du 3 sous de l’âcre. Un âcre, c’est 4000 mètres carrés. Le prix du terrain a légèrement augmenté depuis.
L’observation des cartes de l’époque me fait réaliser quelque chose d’assez surprenant : il semblerait que l’exploration du Canada ait été plus rapide que celle des États Unis. Le Canada est quasiment entièrement cartographié, à l’exception de la Colombie Britannique, là où les cartes des États Unis s’arrêtent au Midwest. Bref, Lewis et Clark ont du travail !
Lewis était le secrétaire personnel de Jefferson (un membre de l’American Philosophy Society, dont le but était de rendre la connaissance accessible à tous) à la maison blanche. Le président a passé deux ans à préparer et former Lewis pour la mission qu’il allait lui confier, avec l’aide de quelques autres membres. L’un va lui apprendre la botanique et les rudiments des contacts avec les amerindiens, l’autre lui transmettra des connaissances médicales. Un troisième le formera à l’astrologie et aux mathématiques. Ajoutez à ça un linguiste, qui a expliqué à Lewis comment développer des listes de mots pour communiquer avec les indiens, et enfin un géographe, pour le tracé des cartes. Je retrouve, à nouveau, le petit côté « jeu de rôles », en assistant à la création d’un personnage, parfaitement équilibré. « Mon ami, je voudrais donc t’encourager à partager avec moi la fatigue, les danger et les honneurs ; crois moi, il n’y a personne d’autre sur terre avec qui je partagerais un plaisir égale à partager cette aventure qu’avec toi ». Et hop, c’est fait, Clark embarque. Clark n’a que le titre de second lieutenant. Il ne sera promu capitaine qu’à son retour. Aucun membre de l’expédition n’est informé. Tout le monde pense qu’il partage le commandement au même titre que Lewis. Et les voilà donc parti.
Les petits extraits des différents journaux et des aventures me donnent, une fois de plus, envie de me plonger dans le journal que j’ai acheté. Je m’y mettrais probablement à mon retour à Montréal. Dans ce contexte, le passage à St Louis semble de plus en plus obligatoire sur le chemin du retour.
La deuxième partie du musée est plus « expérimentale », présentant la vie de tout les jours de l’expédition, et invitant les visiteurs à toutes sortes de petites expériences. De « comparer le poids de ces deux pierres de même taille » à « essayer de remplir le canot sans qu’il renverse » en passant par « regardez ce que ça fait d’essayer de viser un oiseau à 100 mètres de distance avec un fusil ». Bin oui, il fallait bien qu’ils chassent pour manger !
Bref, un musée qui, selon moi, est un must pour quiconque s’intéresse un tout petit mini peu au sujet. J’y serais probablement resté plus longtemps, si on n’était pas un peu talonné par la montre. C’est ça d’avoir à faire la fête !
Alors finalement, rassasié d’informations historiques, on remontera dans le Pourquoi Pas ?, qui nous ramènera en un peu moins de deux heures jusqu’à Portland, par la route du sud, qui semble un peu plus rapide.
La formule, c’est «potluck » (tout le monde apporte un petit quelque chose à manger). Donc à peine arrivé, on se met aux fourneaux. Je reste dans le simple et rapide (galette de quinoa, version expérimentale des plus intéressantes, avec purée de tomates et fromage en crème). Danielle, elle, en profite pour utiliser les mûres qu’elle gardait congelé dans son frigo depuis un bon moment. Crumble mûres et chocolat, je peux vous assurer que c’était un véritable délice, et que vous avez raté quelque chose !
Note en passant, les mûres, en Oregon, on en trouve partout, et c’est un vrai bonheur !
Encore un petit cinq minutes pour se préparer, et ce sont deux gothiques qui embarquent dans le van pour aller fêter avec une horde de couchsurfer fous. Ce sera mon seul contact avec la communauté CS de Portland, mais celle-ci semble tout aussi sympathique qu’un peu partout. Joyeuse, enthousiaste, je fais quelques rencontres des plus agréables. Et puis ce n’est pas tout les jours que l’on rencontre un transilvanien nommé Vlad, déguisé en vampire (authentique !) en train de discuter avec un zombie japonais. À la base, une soirée déguisée, c’est vraiment sympa. Mais quand on rajoute en plus un facteur international… Danielle me présente à quelques uns de ses amis, on se promène un peu chacun de notre côté ; je discute à droite à gauche, passe au français une ou deux fois à la demande d’interlocuteur qui veulent pratiquer un peu. Il y a beaucoup plus de gens qui parlent/apprennent/ont appris le français aux États Unis que ce que j’aurais cru. Je passe aussi un moment à parler avec une fille qui revient tout juste de Montréal. Toute heureuse d’ajouter un nouveau contact montréalais dans sa liste, alors qu’elle prévoit déménager là bas. Discussions, grignotages, musique. La soirée avance tranquillement, dans une belle ambiance. La maison se remplit de plus en plus, et finit par déborder, sans pour autant qu’il n’y ait de dérapage. Le seul gars vraiment saoul sera envoyé au lit assez tôt, et arrêtera de déranger. Je cracherais quelques flammes à un moment, pour mon plus grand bonheur, et le plus grand bonheur de plusieurs autres personnes semblent ils. Et puis à un moment, on découvre le sous sol, où sont cachés une batterie, un djembé et un saxophone. Et hop, on repasse en mode « jam ». Sauf qu’impoviser au saxophone, alors que je n’en ai pas touché un depuis ma deuxième colonie de vacance à Astafort (donc y a bin bin bin bin bin longtemps), c’est pas évident. N’empêche qu’on s’amuse bien quand même !
À Portland, les bars ferment à trois heures. Je ne sais pas si c’est une coïncidence, mais c’est l’heure aussi à laquelle le party se termine. En fait, les gens ont commencé à partir tranquillement, les uns après les autres, et finir de vider la maison semble une mission assez simple. Chauffeur désigné par défaut, je suis resté très raisonnable en ne buvant que deux bières. En même temps, j’aurais pu boire plus, et on aurait pu dormir dans le van, amis ça ne me tentait pas plus que ça ! Traverser Portland, juste après la fermeture des bars, avec des gens en costume, à moitié saoul dans la rue, est une expérience assez intéressante, mais j’arrive à éviter tous les zombies qui se jettent sous mes roues.
Je n’ai pas sorti mon appareil photo de la soirée, mais je devrais être capable de récupérer quelques clichés, à un moment ou à un autre.
De retour sur la côte
Il y a une différence énorme entre « mon voyage se terminera quand je rentrerais » et « je rentrerais quand mon voyage se terminera ». Malgré une météo horrible, je suis très bien à Portland. C’est sans doute mieux, d’ailleurs, que le temps soit mauvais et pas inspirant. S’il y avait un grand ciel bleu à l’année longue, je pense que je serais déjà en train de faire les plans pour ne pas avoir à repartir. Au moins, le ciel gris me motive un peu à aller voir ailleurs. Et puis je me rends bien compte que je suis prêt à rentrer. J’ai fait ce que j’avais à faire. Mon voyage est terminé. Je sais qui je suis, je sais où je veux aller. Bon, c’est pas aussi simple, c’est pas aussi précis ; comme je le disais déjà plus tôt, il faudra que la poussière retombe pour être sûr de tout ça. Toujours est il que je peux parler de mon retour à Montréal avec plaisir. Je ne regrette pas de rentrer. Je suis animé d’un sentiment étrange. Montréal me manque. Le Charbinat me manque. Black Rock City me manque. Et je suis très bien là où je suis. Il va peut être falloir que je développe le don d’ubiquité à un moment. Mais là, maintenant, tout de suite, je suis en paix avec moi même. Je vis au présent simple, et c’est parfait pour moi. Plus d’inquiétude, plus de soucis, plus de questionnement. Ne reste plus qu’à trouver le chemin qui me ramènera à Montréal. J’en connais la fin. Lawrence – Chicago – Toronto – Montréal. Peut être Saint Louis, entre Lawrence et Chicago. Portland – Lawrence ? La solution apparaîtra d’elle même, très bientôt…
Aujourd’hui, j’ai l’impression que c’est le premier jour de mon retour à Montréal. En tout cas, c’est comme ça que je le ressens. Étrange, alors que l’idée est de partir vers l’ouest. Pas tant que ça, si on y pense : dire au revoir à la côte ouest, ça implique de dire au revoir à l’océan. Vous quitteriez Marseille sans aller voir la Méditerranée ? L’Irlande sans boire une Guinness ? Montréal sans une poutine d’adieu ? La France sans un énorme plateau de fromage ? Le Nord de la Californie sans vous faire tirer dessus ? Mouais… sans doute qu’idéalement, pour ce dernier, j’essaierais d’éviter…
Je fais un saut rapide au garage, mais je m’attendais à la réponse. Ils n’ont pas le temps aujourd’hui. À la place, je prends rendez-vous lundi matin. Ni à la première, ni à la deuxième heure, mais bien à la troisième, parce que bon, faut pas exagérer ! Je retourne ensuite à l’appartement, où j’ai deux trois petites choses à faire avant de prendre la route. Ça fait du bien de recommencer à jouer les touristes. La pause a été agréable, et aurait très bien pu durer quelques jours de plus, mais en même temps, j’aime rouler, j’aime conduire.
On sera deux dans le van. Avec un ukulele/guitare, un didgeridoo, une flûte, un djembé, un gazoo, et la voix magnifique de Danielle. Tout cela me paraît plein de promesses ! J’ai conduit, ces derniers jours. Danielle habite à une petite dizaine de kilomètres du centre ville, et ça n’est pas simple à faire en bus. Mais conduire pour aller se garer en ville, et conduire pour aller voir l’océan, pour voyager, pour se promener, ce n’est pas la même chose. Ce n’était que quelques jours, et ça me manquait. Du coup, j’attends avec impatience le vrai grand départ. Il devrait avoir lieu lundi après midi ou mardi probablement. Oui, je l’attends avec une certaine excitation, parce que j’ai l’impression que c’est un nouveau voyage qui commence. Une nouvelle aventure. Une fin n’est jamais qu’un nouveau commencement ! J’ai envie de manger du kilomètre pour le retour ; d’autant plus que j’ai de la compagnie avec moi. Je me souviens de cette étape complètement folle de 1600 kilomètres entre New York et Nashville. Sans en faire autant, j’ai quand même envie de faire quelque chose de similaire, à un moment. De toutes façons, le centre des États Unis, c’est pas ce qu’il y a de passionnant. Tiens, regardez une carte routière de l’Iowa, vous comprendrez ! Ça vaut le détour : on s’endort juste en regardant la carte… J’ai envie de prendre mon temps dans les rocheuses, puis de terminer ça en trois quatre petits bonds. Enfin… je me rends compte que cette anticipation, cette façon de me projeter, témoigne très certainement de mon envie de rentrer à Montréal. Surtout que rentrer à Montréal sera suivi peu après d’un retour en France. Bref… que d’enthousiasme face à la suite ! Et que d’enthousiasme face au présent !
Pour les deux prochains jours, je vais essayer d’oublier la carte routière. Danielle semble parfaitement à l’aise avec l’idée que je prenne toutes les décisions, que je choisisse la route, et tout le reste. Mais c’est aussi pour elle qu’on fait cette petite boucle sur la côte, et la carte routière fini sur ces genoux. À force de la torturer, elle finit par dire qu’elle aimerait bien voir Tilamook. On fera donc la petite boucle par le sud. Sans doute Portland-Tilamook-Astoria-Portland.
Portland se quitte très rapidement. Le fait que Danielle habite la banlieue ouest aide sans doute pas mal, vu qu’une bonne partie du travail est déjà fait. On se retrouve dans les montagnes, juste après. Elle me plaît bien cette microchaîne côtière, juste avant l’océan. Un dernier petit rappel, avec ses sommets qui peinent à atteindre les 1000 mètres, des barrières monstrueuses que l’on peut retrouver un peu plus à l’est. La route est belle. Je fais parti d’elle autant qu’elle fait partie de moi. Les couleurs et le relief me font penser au Québec. Petite montagne, petite rivière au lit caillouteux, sapins et érables…
Et ma compagne de voyage :
Portland n’est vraiment pas loin de la côte ; à peine une centaine de kilomètres. t même en prenant notre temps, on met moins de deux heures pour y arriver. Danielle aime le fromage, et n’a jamais visité de fromagerie. J’aime aussi le fromage, et je ne dis jamais non à une visite de fromagerie. Même si je les connais déjà, même si je sais qu’elles sont plutôt moyennes. On s’arrête donc dans un premier temps à la fromagerie du Héron Bleu. La grosse différence, par rapport à ma visite précédente, c’est que cette fois, le repas remonte un peu. Alors on déguste beaucoup de choses. On en profite bien. Du coup, cette fois, pour compenser, j’achète un tit morceau de fromage. Ça peut toujours servir ! On arrive ensuite à la fromagerie de Tilamook. La grosse. La vraie. Celle qui presse les vaches pour en extraire la moindre petite goûte de lait, histoire de ne pas manquer, et produire du cheddar en gigatonne quotidienne. Si dans l’ambiance encore un peu familiale du Héron Bleu j’étais resté raisonnable sur les dégustations, je me laisse aller sans hésitation ici. D’autant plus que la partie touriste ferme dans 15 minutes, et qu’ils vont probablement jeter tout ce qui n’a pas été manger. Je me sacrifie donc, autant que possible, pour diminuer les restes. Et puis là encore, j’achète un autre petit morceau de fromage pour compenser. C’est parfaitement intéressé : j’aime les pattes au fromage, Danielle aussi, et ça semble lui convenir comme plat de base. Le seul petit soucis, c’est qu’on tombe dans un piège au moment de sortir de la fromagerie. J’avais testé la partie crème glacée à la visite précédente ; j’avais repéré la partie « fudge » dans le lointain sans m’en approcher. Mais Danielle, elle, y va et m’invite à la suivre. Et évidemment, il y a des petits morceaux en dégustation. Je me souviens avec émotion du fudge de Mackinaw. Il avait quand même fait un bon bout de chemin, vu que je l’avais terminé avec Virginie, dans les rocheuses. C’est agréable d’avoir un petit dessert pour se sucrer le bec en fin de repas. Alors… pourquoi pas après tout ? On pourrait repartir avec une ou deux tranches. Bon, d’accord, avec trois. Chocolat noir, framboises et chocolat noir, beurre de cacahuètes et chocolat. Que du bonheur en perspective ! La vendeuse est sympathique, et je pense qu’on lui communique notre bonne humeur et notre enthousiasme. On rigole bien, et j’ai plaisir à penser qu’elle finira sa journée (dans 3 minutes) avec le sourire grâce à nous. Juste pour ça, ça valait la peine d’acheter un peu de fudge, non ?
Le soleil est en train de se coucher quand on sort de la fromagerie. Oui, à 18h. C’est fou comme tout a changé depuis que j’ai commencé mon voyage… c’était dans une autre vie, on dirait bien ! Enfin… autant profiter du paysage. En plus, les nuages se découvrent un mini peu pour l’occasion.
La dernière étape est un classique : trouver un endroit où dormir. Après deux tentatives infructueuses, je me rappelle l’endroit où j’ai rencontré Anya, il y a environ une semaine de ça. Elle m’avait dit y avoir passé la nuit. C’est, en théorie, interdit. On est jeudi soir, fin octobre, il pleut, c’est à l’écart de la route… on devrait être tranquille je pense. On y va donc !
Danielle a vu l’océan pour la première fois il n’y a pas si longtemps. Tiens, prenez à nouveau une carte, et cherchez le Kansas dessus. Un indice pour repérer facilement ? Prenez le milieu des États Unis en hauteur, prenez le milieu des États Unis en largeur, et vous y êtes. Le Kansas, c’est l’état le plus au milieu de tous. Dans ce contexte, avec douze frères et soeurs, j’imagine assez facilement la difficulté à aller voir la mer… ce soir, ça sera la première fois qu’elle voit l’océan, la nuit. Et ça lui plaît.
L’endroit est aussi paisible que la première fois. J’aurais trouvé amusant de revoir la voiture blanche et de croiser Anya à nouveau, mais le parking est vide. On s’installe, on se prépare un petit thé. Pas besoin de manger ce soir, on est plein de fromage. On discute, encore, et encore, et encore. On écoute de la musique. Et on en joue un peu aussi. Danielle à la guitare, moi à la flûte, tout les deux en improvisation. Je n’ai jamais improvisé avec quelqu’un, ou alors au djembé, ce qui ne compte pas vraiment. Suivre un rythme, c’est facile. Accompagner une mélodie, c’est autre chose. On a fait déjà plusieurs expériences d’improvisation ensemble, et on se trouve vraiment super facilement à chaque fois. Après le piano à quatre mains en début d’après midi, le duo guitare et flûte et un vrai petit moment de bonheur. Qui est d’ailleurs enregistré par ma caméra. Qui sait, peut être que j’arriverais à vous le faire partager ! À vrai dire, ce que j’aimerais réussir, c’est l’accompagner à la flûte pendant qu’elle chante !
Danielle est fatiguée, et finit par se coucher. Moi, en bon oiseau de nuit que je suis, je reste encore réveillé quelques temps. J’ai mes quatre fidèles lecteurs et demi qui vont me mettre de la pression si je prends plus de deux jours de retard ! Et puis c’est tellement agréable d’écrire au milieu de la nuit, dans un endroit si tranquille, où l’on entend simplement le bruit des vagues…
Reprendre vie, tranquillement pas vite.
Le réveil qui sonne à 8h30 du matin, c’est vraiment pas sympa, surtout quand la veille on a été inspiré jusqu’à très tard. Mais bon, c’est pour Pourquoi Pas ?, alors je suis prêt à faire quelques efforts quand même. Je me lève donc, difficilement, et roule jusqu’au garage. Dehors, le ciel est presque bleu. Il y a un peu de brouillard, mais ça semble vouloir se dégager un peu. La météo, si proche de la côte, relativement dans le nord, au milieu de l’automne, c’est pas folichon. J’ai été très chanceux jusqu’à présent, l’automne tardant à s’installer, mais maintenant qu’il est là, il semblerait bien qu’il n’ait plus l’intention de partir. Donc en gros, les prévisions météos pour les six prochains mois, c’est « ciel couvert et pluie ». La bonne nouvelle, c’est que je vais bientôt remplacer la pluie par de la neige…
Je laisse le van aux bons soins du garagiste, pendant que j’attends sagement dans la salle d’attente. Le verdict arrivera une petite heure plus tard. Une pièce à changer. Avec la main d’oeuvre, la facture va être un peu salé ; mais je peux pas vraiment y faire grand chose. Faire le chemin de retour uniquement de jour, je n’y crois pas. Au contraire, d’ailleurs, je me voyais bien faire des immenses étapes de nuit. Ça fait toujours du bien. Donc dans ce contexte, pas le choix, une fois de plus, de faire réparer. Je demande une info rapide pour un remplacement de pare brise arrière… à priori, vu ce à quoi je devrais m’attendre, à ce niveau là, y a pas urgence, et j’attendrais donc.
Je dispose d’une paire d’heures à tuer. Je profite du soleil pour aller me promener dans les rues de Portland, un peu au hasard à nouveau. Je me dirige quand même vers le bord de l’eau, suivant mon feeling, suivant les rues qui semblent plus inspirantes. Et puis à un moment, je me retrouve à un arrêt de tram. Je me rappelle que c’est gratuit dans le centre ville. Alors juste pour le plaisir, juste parce que ça fait longtemps que je n’ai pas pris le tram, j’embarque. C’est toujours aussi agréable. Je ne fais qu’un arrêt, mais celui-ci me permet de traverser la rivière, histoire de voir de l’autre côté. Je reprends le pont à pied, en sens inverse pour le chemin du retour. Je reviens jusqu’au garage, où je poireaute encore une petite demi heure, avant de récupérer finalement les clés, et une facture, légèrement inférieure à ce que l’on m’avait dit. Le patron a accepté de me faire une tite ristourne comme je viens de loin. C’est bien aimable !
Quand je suis de retour chez Danielle, elle est allée faire quelques courses ; on a beaucoup parlé de nourriture, à plusieurs reprises de fondues au fromage. Elle a trouvé une recette, et est en train d’en préparer une. Pour fêter ça, et la remercier, je vais chercher deux bouteilles de bière dans le van. Je suis définitivement fan de mon cellier sur roue. Je l’ai rempli consciencieusement, petit à petit, tout en avançant. Maintenant que je me mets à acheter des billets d’avion et à faire réparer le van toutes les deux semaines, et que je n’ai plus de contrats, mes finances sont un peu plus limitées, alors je n’ai pas le choix de tourner sur les stocks. Il n’y aura sans doute plus trente bouteilles quand je repasserais la frontière. C’est pas plus grave, sans doute. Ça simplifiera les formalités.
J’avais pensé retourner en ville avec Danielle pour l’après midi, profiter du soleil, mais celui-ci n’est pas resté. Les nuages sont déjà de retour. À la place, on reste bien au chaud chez elle, à discuter, et à jouer de la musique. Je l’écoute, elle m’écoute, on s’écoute quand on fait jouer des enregistrements, ou des fois on joue ensemble. On se trouve très facilement à ce niveau là, et c’est un vrai plaisir.
Sa coloc nous parle à un moment de la projection d’un documentaire sur le chocolat, en fin d’après midi. Projection accompagnée d’une petite dégustation gratuite. Ça semble assez intéressant, et ça nous obligera à bouger un peu. C’est pas un mal. Ça fait du bien de sortir, de temps en temps. En fait, il s’agit d’un documentaire sur les enfants esclaves dans les plantations de cacao en Côte d’Ivoire. Je trouve personnellement le documentaire moyennement intéressant. C’est organisé par une coop spécialisée dans le commerce de chocolat équitable, évidemment. Il y a donc quelques discussions sur la question également. Quelques échanges. Le chocolat, quand à lui, est excellent. Ça fait bizarre, un peu, d’être de retour dans un monde « militant ». Je qualifierais de nihilistes la plupart des personnes que j’ai rencontré sur ma route. Des gens écoeurés de la société, qui ont décidé d’en sortir, plutôt que d’essayer de la changer. Me rappeler qu’il est aussi possible d’être actif plutôt que passif, ça a aussi du bon…
Il est encore tôt quand tout cela se termine. Il ne fait pas très chaud, mais il ne pleut pas, et c’est une belle soirée pour se promener. On retourne donc sur le bord de l’eau, où on passera finalement plus de temps à contempler la ville et à discuter qu’à réellement marcher. Les habitués de Montréal reconnaîtront peut être la tour de la Bourse (là où je travaillais, quand j’étais chez Canoë) au milieu de la première image. Une trentaine d’étages en moins simplement. Je trouve la ressemblance vraiment amusante ; il faudrait que j’essaie de me renseigner, voir si c’est le même architecte, la même inspiration, ou simplement une coïncidence.
Je crois que je commence à comprendre quelque chose, même si je suis incapable de l’expliquer : mes projets, mes planifications, restent relativement stables et inchangés, tant que je ne les formule pas, tant que je ne les partage pas. Mes plans sont assez précis, et le reste pour une longue période. Et puis à un moment, je formule à haute voix « je vais faire ça », et comme par hasard, le lendemain se produit de quoi qui vient tout chambouler. On pourrait croire que je le fais exprès, mais je ne pense pas. D’ailleurs, c’est même un peu difficile à suivre, parfois. Pas toujours facile d’organiser de quoi, en sachant que ça change si souvent… le dernier exemple en date est extrêmement récent. J’ai formulé, tout juste hier, mes intentions de voyage. Une petite boucle en Oregon, puis un dernier petit babaille à la mer avant de rentrer à Montréal. Il semblerait que ça ne sera plus ça.
Danielle a le mal du pays un peu. Depuis un an, elle n’est jamais retournée au Kansas, et ça lui manque un peu. Elle aimerait y retourner, mais ça n’est pas très simple à organiser. En même temps, si vous prenez une carte, et que vous tracez une ligne « Portland – Montréal via Chicago » vous verrez que s’arrêter à Lawrence, au Kansas, c’est pas vraiment ce que l’on pourrait appeler un gros détour. Alors quand elle me dit qu’elle a le mal du pays, je n’hésite pas vraiment à lui proposer un lift. C’est même plus rationnel pour moi. On continue à prendre un peu notre temps en Oregon, et ensuite, plutôt que de revenir à Portland, on continue vers l’est. Et comme elle a vraiment envie de voir un phare, on commence par une petite boucle de deux jours sur le bord de l’océan. Ça lui laisse un peu plus de marge pour réfléchir à tout ça, et pour se préparer au voyage. Moi, ça ne change quasiment rien pour moi. Hormis le fait que je vais avoir une compagne des plus charmantes pour une bonne partie du voyage.
L’itinéraire de retour, je n’essaierais même pas de le formuler. Déjà parce qu’on hésite entre plusieurs options (allant de la ligne pas droite à la ligne vraiment mais vraiment pas droite du tout) et que si en plus je vous dis le chemin qu’on va prendre, on ne va pas le prendre. À la place, j’envoie un message à Jane, pour l’informer des nouveaux changements de plans, et voir si ça peut aller de paire avec une rencontre quelque part, sur la route. J’ai des envies de soleil et de désert, et ça, c’est plutôt dans le sud que ça se passe !
Les plans complètement chamboulés, on rentre tranquillement à l’appartement, histoire de fêter ça en regardant un film. Demain soir, on dort sur le bord de l’océan.
Petit mauvais plan, par contre, qui m’énerve un peu : si les phares arrières du van fonctionnent à nouveau, je découvre à la nuit tombée que les lumières du tableau de bord ne fonctionnent toujours pas, alors qu’elles devaient être réparées. Pas cool. Ça veut dire qu’il faut que je repasse au garage demain, et j’aime pas ça !
Le mardi, on ne fait pas grand chose de plus
Après un autre début de journée complètement relaxe et tranquille, à essayer de trouver la motivation pour affronter le temps gris et pluvieux qui nous attend si on ose mettre le nez dehors, des oeufs à la coque finisse par nous donner le coup de pouce nécessaire. À priori, on prévoit toujours de partir jeudi ; moi j’ai un van à faire réparer, et Danielle veut essayer de chanter un peu pour faire un peu d’argent.
Je la dépose donc, histoire de savoir où la retrouver plus tard, puis je vais voir un garage. Évidemment, on est déjà le milieu de l’après midi, donc pour aujourd’hui, ça ne sera pas possible. Par contre, ça pourra se faire demain, si j’arrive avant 9h. Ça c’est cruel, mais en même temps, on ne me laisse pas vraiment le choix. Je retourne donc dans le coin où Danielle chante pour lui expliquer la situation. Je l’abandonne quelques temps à sa guitare, faire un petit tour en ville.
Portland me fait quand même pas mal pensé à Grenoble. Peut être parce que c’est une ville de 450000 habitants, traversée par une rivière, avec quelques lignes de tram, et que l’automne y est gris, froid, humide, et pluvieux. N’empêche que ça me plaît bien, et que j’aime m’y promener. Il y a, comme à Grenoble, un atmosphère agréable au dessus de la ville. On s’entend que je parle d’atmosphère conceptuel. Parce que l’atmosphère qu’on respire à Grenoble, c’est peut être un peu exagéré de le qualifier d’agréable !
Je finis par rejoindre Danielle. Comme j’ai mon djembé dans mon van, je l’accompagne même un petit peu, mais pas très longtemps. Ça fait un bon moment qu’elle chante, et si à une époque elle était capable de chanter 6h d’affilées, elle manque un peu d’entraînement ces derniers temps. Alors à la place, pour la remercier pour l’hébergement, et pour le plaisir que j’ai eut à l’écouter chanter, je lui propose un restaurant. Ça fait un moment que ça me fait envie, et même si je sais que je dois être raisonnable, une fois de temps en temps, ça ne fait pas de mal.
Après avoir erré et hésité un moment, on se retrouve dans une taverne des plus sympathiques, avec un peu plus d’une centaine de bières à la pression, et un menu de pub classique. Le hamburger est excellent, la bière est excellente, les frites sont bonnes, la vie est belle !
On rentre à l’appartement. Ça fait un moment que je n’ai pas écris ; autant le livre que le blog ont besoin d’être mis à jour. Je passe donc la soirée sur l’ordi pendant que Danielle lit « Finegan Wake » de James Joyce. C’est la cinquième ou sixième fois qu’elle le lit, et elle m’a bien fait comprendre que je n’aurais pas le choix de le lire moi aussi ! Bon, bin pourquoi pas !
Le lundi on ne fait rien
Agréable souvenir de cette journée à ne rien faire à San Francisco. Dehors, il pleut, et c’est très clairement pas inspirant. C’est l’automne à 100 kilomètres heure. Alors à la place, journée cocooning, à discuter bien au chaud, et à étudier les alternatives désormais possibles puisqu’il n’y a plus de rendez-vous précis, et que c’est nous qui décidons absolument tout !
L’appartement de Danielle et sa colloc (oui oui, le nom me reviendra un jour) est situé dans une sorte de zone résidentielle, et donne accès à une piscine (extérieure non chauffée) une salle de gim (ça, on s’en fout) et un spa (ça on aime !). Ça contribue aussi, j’imagine, à rester au chaud ! On ajoute également à ce programme horriblement chargé une balade de 10 minutes pour aller voir une jolie mini cascade qui coule sagement juste à côté d’ici. Ne me demandez pas où sont passées les photos, je n’en ai pas la moindre idée !
Et comme il faut bien manger, et que c’est important de passer les restes, on mangera des galettes de quinoa et bulgures au fromage de chèvre en regardant un film. Et puis un deuxième.












































































































































































































