Les aventures du Pourquoi Pas ?

Sur les routes d'Amérique du Nord, à bord du Pourquoi Pas ?

Le projet complètement fou


Reprenons : ce voyage, c’est ma crise de la trentaine. Et ça fait un moment que je me demande ce que je vais m’offrir pour mon anniversaire (il ne faut pas confondre « crise existentielle » et « cadeau d’anniversaire »). Ça fait un moment aussi que je me demande où je vais fêter mon anniversaire. J’ai envie de le fêter à Montréal, mais je ne suis pas au bon endroit. L’avion coûte cher, le bus c’est suicidaire, l’aller retour en voiture (9000 kms) est complètement irrationnel, le bateau me prendrait plusieurs mois… me reste qu’une alternative. Le train. J’aime le train. J’adore le train. Voyager en train, c’est que du bonheur. Mais le train en Amérique du Nord est horriblement cher.

Quoi que…

Je regarde un peu par curiosité. Les tarifs sont moins pires que ce que je pensais. Et puis surtout, il y a cette carte : la « 15 days railroad pass », qui m’autorise, pendant 15 jours, à faire 8 segments de train différents. Segments ? Oui, par exemple il y a un train qui fait San Francisco Chicago direct. C’est un segment. Mais il n’y a pas de San Francisco New York. Il faut faire San Francisco Chicago, puis Chicago New York. C’est donc deux segments. Le côté le fun, c’est que les segments sont vraiment très longs. Et du coup, ça fait plusieurs jours que je cherche à optimiser tout ça, que j’arrange, que je jongle avec les différents itinéraires, et les horaires. J’ai finalement abouti à quelque chose de complètement fou :

Du 4 octobre au 6 octobre, de Portland (Oregon) à Chicago. 45 heures de train
Une nuit à Chicago.
Du 7 octobre au 8 octobre, de Chicago à Albany. 16 heures de train.
Une nuit à Albany.
Le 9 octobre, de Albany à Montréal. 8 heures de train.
Le 14 octobre, de Montréal à Schenectady (ça c’est quelque part dans l’est). 7h de train.
Du 14 au 15 octobre, de Schenectady à Chicago. 15 heures de train.
Du 15 octobre au 17 octobre, de Chicago à San Francisco. 52 heures de train.
Le 18 octobre, de San Francisco Portland, 16 heures de train.

Voilà. J’ai réussi à faire tenir 160 heures de train, un aller retour de la côte ouest à Montréal, l’équivalent de 10000 kilomètres de voiture, sur 15 jours. Je suis persuadé que l’expérience va être complètement folle, et va vraiment valoir la peine. Voyager en train, contrairement à l’avion ou l’autobus, ce n’est pas juste aller d’un point A à un point B. C’est une expérience complète. On peut se promener, marcher, discuter, regarder par la fenêtre, devenir fou… bref, j’attends tout cela avec une impatience complète et totale !

Je vais pouvoir fêter mes trente ans à Montréal.

Je me suis trouvé un cadeau d’anniversaire digne de mon état d’esprit actuel.

Je vais vivre une expérience grandiose.

Je vais traverser les rocheuses à deux endroits différents, et remonter une partie de la côte ouest.

Que demander de plus ?

Aujourd’hui : beaucoup de choses !


Quand je me réveille, Jane est partie rejoindre des amis à elle, mais Rameen est là. Du coup, on passera la matinée à discuter de tout un tas de choses. Je ne sais plus pourquoi, on en vient à parler de l’âge à un moment. Il est comme moi à ce niveau là : pour lui, c’est un chiffre, une indication qui ne veut pas dire grand chose. On fait le test. Il me donne dans les 25-26 ans, et est surpris d’apprendre que je vais avoir trente ans. Je lui donne 26-27 ans, je suis surpris d’apprendre qu’il n’a que 22. Comme quoi, on se confirme mutuellement que ce n’est qu’un chiffre sans intérêt !

Aujourd’hui : presque rien !


San Francisco et Bay Area, je commence à connaître tranquillement pas vite, même si j’ai envie d’en savoir plus un peu. Mais j’ai décidé de m’offrir deux trois jours de vrais repos à ne rien faire, ce qui fait un bien fou. La journée d’aujourd’hui sera pourtant un peu plus rempli.

Ça commencera par un petit aller retour en dehors de la maison, histoire de prendre l’air et le petit déjeuner. Burrito au déjeuner (haricot rouge, fromage, oeuf, chorizo) ça vous part la journée, un vrai bonheur ! Puis retour à la maison, où je recommence à bloguer. Mon retard fond à vue d’oeil. J’ai enfin mis tout Burning Man en ligne. Je voulais faire ça vite, parce que je suis tanné d’updaté mon blog en retard, et parce que je sais que beaucoup de gens attendaient du feedback à ce niveau. Une fois de plus, tout ça m’occupe une bonne partie de la journée. J’ajoute à ça une séance de lavage de linge. Et surtout, un nettoyage complet du Pourquoi Pas ?. Il était quand même pas mal propre quand je l’ai acheté, mais n’a eut le droit à aucun vrai ménage depuis. Il a donc encore pas mal de poussière de Black Rock à l’intérieur. Bref, un aspirateur et deux heures plus tard, il a une tête beaucoup plus civilisé. En fait, il est plus propre qu’il ne l’a jamais été, et j’en suis bien heureux ! Il le mérite, et ça va rendre la suite du voyage beaucoup plus agréable. Et puis ça me permet de retrouver le compte : je suis rendu à 24 bières différentes.

Je m’offre aussi quand même une visite photo de la maison des parents de Jane, parce que franchement, cette maison est magnifique et gigantesque. Relativement conçu en longueur, sur un seul étage, avec des millions de fenêtre partout. Une partie du sol en moquette, une partie du sol en pierre, une partie du sol en bois. Nombreuses pièces, plusieurs salons, un piano sur lequel je jouerais un peu… c’est un endroit magnifiquement tranquillement, parfait pour se reposer, et pour travailler tranquillement.

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Et puis après ça, déménagement pour l’appart de Rameen, à Berkeley, dans la banlieue ouest de San Francisco. Ça prend un peu plus d’une heure d’autoroute pour aller de l’un à l’autre. Ça aide à réaliser à quel point, si la ville elle même de San Francisco n’est pas très étendue, les banlieues, elles, le sont. Une des choses que j’aime, dans la région, par contre, c’est que les banlieues ne sont pas juste des successions de maisons sans personnalité. Il s’agit de plusieurs grandes villes, avec leur centre ville, chacune différente de l’autre. Beaucoup de choses à découvrir, donc, à San Jose ou à Berkeley (entre autre). Je fais la route de nuit, une fois de plus. Je me demande à quel moment je suis passé du « ça me dérange pas de conduire en ville la nuit » à « maudit que j’haïs ça ». Mais peut être aussi que c’est juste la Californie qui me fait cet effet. Il faudra que je réessaie à Montréal.

Sur le chemin, je m’arrête également dans une gare, histoire de planifier un voyage complètement fou dans le voyage complètement fou. Je tombe malheureusement sur une guichetière comme je n’en ai jamais connu avant. Elle m’aurait dit « vous me faîtes chier, j’ai pas envie de vous servir » ça m’aurait paru plus poli et plus honnête que son comportement. Bref… j’achète une partie de ce que je veux, mais je vais devoir finaliser la transaction par téléphone. Si j’ai aucun problème pour communiquer en anglais avec la personne en face, ça se corse par téléphone. Enfin… on verra.

Je rejoins finalement Jane et Rameen, et on passe une longue soirée à discuter tout les trois ensembles. Refaire un peu le monde, et simplement apprendre à se connaître.

C’en ai déjà fini du vrai lit. Ce soir, ça sera un matelas de futon à même le sol. Ce qui me convient parfaitement !

Aujourd’hui : rien


Une magnifique nuit de sommeil. Un réveil un peu tardif. Une journée à mettre mon blog à jour. Quelques discussions avec Jane, et avec ses parents. Un magnifique repas. Un autre gros dodo. Pas une seule photo. Pas besoin de conduire. Même pas une visite à Pourquoi Pas ? (je le surveille quand même par la fenêtre). Même pas le nez dehors.

Ça fait du bien ! Et ça se raconte vite !

Saratoga


La soirée se termine tranquillement. Il reste une petite demi heure de route pour aller à Saratoga. Ce soir, je dormirais chez les parents de Jane, qui ont une magnifique et gigantesque maison. Je n’aime toujours pas conduire de nuit dans la région, avec leurs autoroutes 148 voies, et évidemment, je me perds un peu. Je fais donc un peu de tourisme involontaire, avant de finalement arriver à la bonne place.

Je gare Pourquoi Pas ?. Ce soir, je lui serais infidèle. Ça faisait un bon moment que ça n’était pas arrivé. Et ce soir, je vais dormir dans un vrai lit. J’ai testé deux canapés et un matelas gonflable depuis mon départ de Montréal… premier lit en presque deux mois, donc ! Mon petit doigt me dit que je vais bien dormir !

Rameen et les psycho donuts


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J’avais déjà rencontré Rameen à Vegas. Oui, je sais, c’est la classe à placer dans une conversation. « Oui oui, je le connais, on s’est vu à Vegas, l’autre fois ». Bon, c’est des choses qui arrivent aussi ! J’avais pas trop eut l’occasion de faire connaissance avec lui. On a plus l’occasion de discuter cette fois.

On a un peu faim, et lui a une envie de donut (beignets). Il nous parle de psycho donut, une place bien sympa qui vient d’ouvrir juste à côté. On y va. La place est vraiment très sympa. Décoration mélange d’asile psychiatrique et savant fou, avec un menu assez drôle à lire. Et dans le présentoir, on voit une pizza. Le principe est simple : le prix commence à 30 $ le matin à 8h, et descend de 2$ toutes les heures. Il est 7h40, elle ne coûte plus que 6$. 4$ dans 20 minutes. On décide d’attendre… puis on change d’avis. Ça nous inspire énormément, et passer à côté de ça, ça serait dommage. Nous voilà donc devant une magnifique pizza. Un fond en beigne, et quatre différentes sections : Oreo, Crunch, Reese et mélange céréale bizarres. Vous savez pas quoi ? C’est délicieux ! Et ça nourrit en masse ! On n’en viendra pas à bout en s’y mettant à trois, mais ça fera un petit déjeuner parfait ! Pizza froide au petit déjeuner, j’adore !

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San Jose


J’ai rendez-vous avec Jane au Café Trieste, à San Jose. San Jose, c’est dans la banlieue sud de San Francisco. Juste à côté d’un certains nombre d’endroits pas mal connus : Mountain View, Cupertino, des noms dans ce genre là…

J’arrive dans un centre ville assez sympathique et agréable, et je trouve à garer Pourquoi Pas ? assez facilement. Je fais même ça dans les règles, et payent les 50 cent qui amèneront le parcomètre jusqu’à la période où c’est gratuit. Je marche un peu, découvrant un centre ville qui semble vraiment sympa, avant de rejoindre le café Trieste. Je m’installe confortablement à l’intérieur et attend Jane, qui me rejoindra un peu plus tard.

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Il semblerait que l’on soit du pour se revoir souvent, Jane et moi, et ça me plaît bien. C’est agréable d’avoir une amie de l’autre côté du continent, et en même temps d’être capable de se revoir régulièrement. Faut dire que depuis un an, je suis souvent sur la côte ouest, ça aide pas mal. On discute un bon moment, avant que Rameen, le copain de Jane, ne nous rejoigne.

La partie plate de la Californie


Ça aussi, j’avais déjà expérimenté en juin. Mais en gros, entre les montagnes et la côte, il n’y a pas grand chose. D’abord une partie jaune, sèche, et légèrement montagneuse, puis ensuite des champs, des champs et des champs. Occasion d’acheter des avocats divinement bons et pas chers. Occasion d’acheter une mangue divinement bonne et pas chère. Mais c’est à peu prêt tout. J’avance donc assez rapidement, évitant les grands axes, prenant des routes un peu au hasard. En fait, j’essaie d’aller le plus droit possible. Il y a bien un immense lac de barrage, à un moment, où je m’arrête un peu, mais rien qui ne m’inspire assez pour me mettre en retard sur mon emploi du temps. Pour une fois !

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Le petit train


J’ai décidé de m’arrêter et de faire demi tour la veille après avoir vu un panneau annonçant la « Yosemite Mountain Sugar Pine Railroad ». Ça m’avait inspiré, et donné envie de voir de quoi il pouvait bien s’agir. Ayant repéré un endroit parfait pour garer le van juste avant, j’ai fait demi tour, et j’y ai passé la nuit.

Je me suis réveillé en pleine forme vers 10h30, et le son d’une sirène de train relativement proche m’a fait comprendre que j’avais peut être pris une bonne décision. Comme d’habitude, Pourquoi Pas ? est très rapidement prêt à reprendre la route. Je roule un peu, et passe sous le magnifique panneau. Une petite descente, un panneau « railroad crossing », une loco vapeur, et une foule de touristes. Je m’arrête, je me renseigne, j’admire la bête. Possibilité de faire une petite balade d’une heure. Ça me plaît bien. Ça me rappelle celle que j’ai fait en juin, dans le coin de Santa Cruz, et ça me donne envie de récidiver. Le billet est un peu cher, mais bon… je m’assois dans le wagon, paré pour une petite promenade relaxe. Relaxe, ça le sera. En gros, il n’y a rien à voir. Les seuls commentaires concernent les différents types d’arbres que l’on voit sur le bord de la route. Un peu déçu d’avoir payé pour pas grand chose, mais en même temps, j’apprécie de juste rien faire, et regarder le paysage défiler. C’est très reposant ! À un moment, j’échange quelques mots avec mes voisins de bancs, mais ça sera à peu prêt tout.

Il est midi et demi quand je remonte dans le Pourquoi Pas ?, bien décidé à rejoindre San Francisco !

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Fin de la troisième partie.


Quand je vois l’heure en finissant de faire le tour des arbres, je me dis que finalement, je laisserais faire Glacier Point. À la place, je continuerais la route, et quitterais Yosemite ce soir. Je trouve un petit parking, une dizaine de kilomètres après la sortie du parc. C’est exactement ce dont j’avais besoin.

De Tenaya Lake à Yosemite Valley, via Cloud Rest et Half Dome. 27,7 kilomètres, 1200 mètres de dénivelé positif, 1800 mètres de dénivelé négatif.

La vallée des 20 lacs. 14 kilomètres, 100 mètres de dénivelé.

Lembert Dome, 5 kilomètres, 300 mètres de dénivelé.

Mount Dana, 9,3 kilomètres, 950 mètres de dénivelés pour terminer à 3981.

Mont Hoffmann, 10 kilomètres, 800 mètres de dénivelé.

Cathedral Lakes et Sunshine Lakes, 22,4 kilomètres, 400 mètres de dénivelé.

North Dome, 13,6 km, 500 mètres de dénivelé.

Mariposa Grove, 8 kms, 200 mètres de dénivelé.

Ça fait quand même une semaine bien chargée ; 110 kilomètres marchés, 4450 mètres grimpés. Ça me donne des envies de m’attaquer à la John Muyr Trail un de ces jours. 340 kilomètres de randonnées, qui relie le parc Yosemite (1230 m) au Mont Whitney (4418 m) sans jamais croiser aucune route, et en passant 11 cols entre 3000 et 3600 mètres ; sans compter les autres. Il faut prévoir une vingtaine de jours ; ça me paraît tout à fait raisonnable. Après tout, je ne faisais pas juste ça de mes journées. Je passais mon temps sur mon ordinateur et à rouler pour trouver des connexions internet.

Je suis fier d’avoir réussi à prendre tout mon temps. D’être resté à découvrir le parc aussi longtemps que j’en avais envie. Je suis fier de pouvoir dire que je connais relativement bien Yosemite, désormais.

Avant même d’arriver à Burning Man, avant même de savoir exactement ce que c’était, j’étais persuadé qu’après, j’allais avoir besoin d’une semaine tout seul perdu dans la montagne… perdu, je ne l’étais pas tout à fait. Mais seul, je l’étais, et j’ai fini par le ressentir. En tout cas, cette semaine de randonnées m’a fait le plus grand bien, et vient compléter et terminer (selon moi) la troisième partie de ce voyage. Demain, je retourne à la civilisation. Je vais dormir dans un vrai lit à San Francisco. Mon dernier vrai lit remonte à… Montréal. Oui, j’ai eut des canapés, des matelas gonflables, mais pas de lit depuis mon départ.

Il est très clair qu’être tout seul m’a fait beaucoup de bien. Il est très clair qu’être tout seul et ne voir personne m’a donné envie de revoir du monde, de discuter, de parler. De me rappeler que je suis une créature sociale. Comme je l’expliquais il y a pas mal de temps sur ce même blog, je suis quelqu’un de social. J’ai besoin de solitude, parfois, mais je ne suis pas du genre ermite, à vouloir vivre coupé de tout les autres êtres humains. Non, j’aime les autres êtres humains, j’aime avoir des interactions avec eux. En retrouver un peu, c’est parfait !

Je retourne à San Francisco pour la troisième fois en moins d’un an. Alors que j’y étais arrivé presque par hasard en novembre dernier, et que je ne pensais pas y revenir avant longtemps au moment de repartir, on dirait bien que cette ville qui me plaît temps est devenue rapidement une destination que je ne peux éviter. Alors dans un premier temps, je me pose deux trois jours, tranquille, à relaxer, dans un plus pur esprit « côte ouest ». Rien faire, discuter, somnoler, faire la sieste, jouer aux cartes, voilà ce que j’aimerais comme planning. On verra ce que j’aurais. Je me connais, j’ai donc des doutes… enfin… après ça, retour vers le nord. Oregon, me voilà. Bientôt. Presque. Il était temps !