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Un dimanche bien au chaud
On ne se réveillera pas beaucoup plus tard. Mais bon, j’ai dormi un peu quand même, et je suis assez en forme. Danielle me confirme qu’elle aime le confort du Pourquoi Pas ?, et qu’elle n’a pas changé d’idée par rapport à la veille. Quelques jours sur la route, ça lui plaît bien.
Je pensais rester jusqu’à la fin de l’événement, mais le lendemain matin, les lieux sont encore plus calmes. On fait un dernier petit tour ; j’aime ce côté lendemain de veille, que je trouve très amusant. Je suis surpris, également, par la propreté des lieux. À San Francisco, c’était un bordel monstre, avec des tas de cochonneries partout. Ici, tout est plutôt propre, et ça fait plaisir à voir.
Il y a bien un DJ esseulé qui continue à faire jouer de la musique, et plein d’énergie comme nous sommes, on dansera une dizaine de minutes, mais après concertation, on finira par aller faire une petite marche sur le bord de l’eau.
Danielle m’avait prévenu que c’était joli, et je suis assez d’accord avec elle. Mais avec la pluie et les nuages et le vent et le froid, c’est un peu décourageant, et on fait rapidement demi tour.
On décide de prendre l’option consistant à aller au chaud chez Danielle, et de jouer de la musique. Et puis il commence à faire faim ; j’ai une envie de crêpes ; envie qu’elle partage. En route, donc.
La première chose que je constate, en rentrant dans l’appartement de Danielle (après une pause des plus intéressantes/importantes à l’épicerie) c’est le magnifique piano dans le salon. Je suis prévenu, déjà, il est désaccordé, mais c’est pas grave. La colloc de Danielle arrive à peu prêt en même temps que nous. Les crêpes l’interpellent bien aussi, et je me mets donc au fourneau. Un vrai petit régal qui fait du bien. J’étais en manque de crêpes depuis un moment ; en manque de fromages également. Ça va mieux. Jambon + Brie, Oeuf + Fromage + Jambon, Poire + Chèvre + Miel, Banane + Chocolat. La vie est belle !
Et la fin de journée est tout simplement magnifique. J’écoute Danielle chanter et jouer de la guitare. Danielle m’écoute chanter et jouer du piano. J’écoute Danielle chanter et jouer de l’accordéon. Danielle m’écoute jouer de la flûte. Je l’écoute jouer du piano. Et puis finalement, on commence à mélanger. Piano et djembé, djembé et didgeridoo, guitare et flûte, piano et piano. C’est un vrai bonheur. On se comprend et on se complète. Je n’ai pas l’habitude du tout de jouer avec d’autres gens, mais avec Danielle, ça se passe sans problème, et les résultats sont des plus intéressants !
Je reçois en début de soirée un message de Jane. Elle a eut la bonne idée de se renseigner pour les sources chaudes. Juste jeter un oeil sur le site internet. Ça lui a permis d’apprendre qu’elles étaient fermées jusqu’à nouvel ordre. J’en discute un peu avec elle. Dans ce contexte, il n’y a plus vraiment de raison d’aller là bas spécifiquement. Je ne reverrais donc pas le bus école, Tassa et Mowgly. En tout cas, pas cette fois. Je ne vois pas l’intérêt d’aller là bas si les sources sont fermées : j’imagine qu’ils ne resteront pas en découvrant ça. On commence donc à essayer d’établir de nouveaux plans avec Jane. On verra où tout cela nous mènera !
Fin de soirée oblige, il recommence à faire faim. Rien de tel que des crêpes aux bananes flambées pour finir une journée en beauté !
Longue route de nuit…
Il me reste une dernière petite pause à faire, pour aller voir une cascade qui semble magnifique. J’ai vue une photo, j’ai demandé où c’était, et on me l’a indiqué. Après ça, j’avais l’intention de faire une petite pause à Port Angeles (qui représente pour moi le bout de la 101, et l’endroit où l’on prend le traversier pour aller sur l’île de Vancouver. Oui, au Canada !). À Port Angeles, il faut aussi que je trouve une connexion internet pour vérifier quelque chose. Je viens d’apprendre que Seattle avait aussi un événement de décompression pour Burning Man, demain également. Plutôt que de rouler jusqu’à Portland, je pourrais m’arrêter à Seattle, y passer la fin de semaine, et repartir vers le sud après. J’hésite.
La promenade pour aller jusqu’à la cascade est magnifique. Là encore, l’air est saturée d’humidité, les arbres couverts de mousse, et tout est vert et beau. Sauf que, à ma grande surprise, la cascade où j’arrive n’est pas celle de la photo. C’est pas grave, elle est belle quand même, mais je suis intrigué. Je ne saurais pas où est la cascade que j’avais prévu de voir. Je me contenterais d’une autre donc.
Retour au van, retour sur la route, qui m’amène finalement à Port Angeles. Il est 18h ; je n’ai pas encore mangé aujourd’hui. J’aime ça aller à mon rythme quand je voyage, et si je n’ai pas faim, et bien je ne mange pas, tout simplement… pourtant, je commence à avoir un petit creux, et je me dis qu’une ville de la taille de Port Angeles doit avoir son buffet à volonté quelque part. Malheureusement, le seul que je trouverais, qui était indien et me tentait beaucoup, n’offre le buffet qu’à midi. Je tourne quand même un peu en ville, regarde à droite, à gauche. M’essaie à un autre restaurant. Nouvel échec. Sauf que là, quelqu’un vient me voir et me dis « dîtes, vous savez que vos lumières n’éclairent plus à l’arrière ? ». Euh… non, ça je ne savais pas… merci pour l’info… un fusible qui aurait sauté ? Peut être. J’en vérifie plusieurs, sans succès. Ce qui est étrange, c’est que j’ai perdu le rétro éclairage du tableau de bord depuis un bon moment maintenant. Et ce qui ne m’arrange pas du tout, c’est que j’étais d’humeur à rouler toute la nuit. J’aime rouler la nuit. C’est reposant, agréable, ça me détend, ça me change les idées ; j’en avais envie. Là, je ne suis plus trop sûr.
Après une longue hésitation, j’ai laissé tombé l’option Seattle. J’irais à Portland, comme je l’avais prévu initialement. Ça veut dire que j’ai cinq heures de route à faire. J’aimerais vraiment les faire cette nuit. Sans lumière, j’hésite. Pas sûr que la police aime ça. Et puis bon, je me décide à y aller, on verra bien.
Je roule un moment. Peut être une trentaine de kilomètres. Je fais attention, je surveille en arrière que tout va bien, que personne ne me fait de mauvaise surprise, ça semble correct. Les voitures me voient quand même. L’énorme nappe orange qui me sert de pare brise arrière doit sans doute aider. Et puis je vois très nettement la voiture de police garée sur le bas côté. Je la vois très clairement démarré quelques secondes après que je passe devant. Et je la vois très clairement mettre ses gyrophares. Bon, bin je n’irais pas beaucoup plus loin aujourd’hui on dirait.
Le policier est très sympathique. Évidemment, je feins la surprise quand il m’annonce que je n’ai plus de lumière. Et au moment où je fais ça, je me rends compte que j’en ai assez de tout ça. Je me suis toujours considéré comme quelqu’un d’honnête, et je découvre que ces derniers temps, je passe mon temps à mentir, à dire des demi vérités, à changer un peu la version des faits. Et ça me fatigue. Je n’ai pas envie de payer une amende pour mes lumières qui ne marchent pas. Et puis ça vient juste d’arriver. Mais en même temps, je le savais. Bref, tout cela est pénible à la longue. Même chose pour ces parcs nationaux que je ne paie pas, où ces endroits où je fais semblant de ne pas savoir que je n’ai pas le droit de dormir. Il est temps que je m’arrête de faire ça, parce que je me rends compte que ça va devenir une habitude systèmatique, et pour moi, c’est hors de question.
Le policier me dit qu’il ne me mettra pas d’amande, mais qu’il ne faut pas que je roule comme ça. En même temps, je suis quand même assez d’accord avec lui. Il me dit qu’il y a un restaurant avec un parking, juste un peu avant, où je serais très bien pour dormir pour la nuit. Je l’écoute. Je fais demi tour, et je me gare. J’ai faim. Ce soir, ça sera quinoa et corned beef. Ça y’est, la dernière boîte est morte ! Enfin débarrassé.
Le parking est juste sur le bord de la route, on est vendredi soir, pas loin de Seattle, et ça roule. Beaucoup. La nuit ne s’annonce pas terrible du tout !
La route jusqu’à Astoria
– Toc toc toc ! Park Ranger !
Oups…
Bon, en même temps elles sont très sympathiques ces deux madames, et si je m’excuse d’avoir dormi là où je n’avais pas le droit, j’ai l’impression qu’elles s’excusent encore plus de me demander de quitter l’endroit où je suis. Je leur promets donc de partir très rapidement, et en effet, deux minutes après, le Pourquoi Pas ? est sur la route. En même temps, il est 8h30, c’est une heure parfaite pour se faire réveiller. Je n’irais quand même pas jusqu’à les remercier… je me demande comment elles le prendraient !
Je reviens donc deux kilomètres en arrière, à « Anderson Viewpoint » histoire d’avoir un petit point de vue matinale sur les environs. Les deux hollandaises d’hier disaient qu’ils annonçaient un temps couvert et de la pluie pour aujourd’hui. Elles peuvent commencer à regarder une autre chaîne météo !
Ensuite, et bien je reprends une fois de plus la route, qui me fait aller de plus en plus vers le nord, sans que ça paraisse nullement au niveau des températures ou de la météo. Avec tout ça, j’ai oublié de préciser que j’ai franchit le 45e parallèle hier en milieu d’après midi.
Dans mon livre à moi, un phare c’est comme une valeur sûre de paysage magnifique et donc, en règle générale, je m’arrête quand il y en a un d’annoncé. Et comme à chaque fois, je ne regrette absolument pas. Celui de Cape Meares, même s’il est le plus petit de l’Oregon, est situé dans un endroit tout simplement superbe. Les falaises tombent dans une mer avec des vagues magnifiques, et la brume ne s’est pas encore tout à fait levée. C’est juste parfait.
À Cape Meares, on trouve aussi « Octopus Tree ». Personne ne sait si c’est naturel, ou si des indiens lui aurait forcé un peu la main. Moi je le trouve bien joli cet arbre pas de tronc (de la famille des Sitka Spruce).
Bref, l’endroit me plaît tellement beaucoup que même s’il est seulement 10h30, je décide de faire mon petit déjeuner. Ou mon repas de midi. À moins que ce soit un brunch. En même temps, sandwich de Cornedbeef, en brunch, c’est un peu décevant… Après, il n’est pas si pire que ça mon Cornedbeef. Et puis manger avec un paysage comme ça devant soit, comment dire…
Peu de temps après, la route rejoint l’estuaire de la rivière Tillamook qui, si j’ai bien compris, se la joue aussi « baie » en même temps. Ce que la quatrième photo montre (un peu) c’est que l’endroit semble extrêmement populaire au niveau des pêcheurs. C’est assez impressionnant, à vrai dire, de voir tout ces bateaux, les uns sur les autres (ça paraît un peu moins sur la photo que j’ai prise, dans un endroit moins peuplé, que dans la réalité).
Et tout cela nous amène dans la magnifique ville de Tillamook, où je retrouve la 101 (que j’avais quittée pour prendre l’itinéraire touristique le long de la côte). Tillamook, je lis le nom depuis un bon moment. Parce qu’à Tillamook, il y a une fromagerie, et ils font aussi de la crème glacée qui voyage pas mal en Oregon à ce que j’ai compris. Ma première pause sera pourtant à une autre fromagerie. Celle de « blue heron ». Quelques fromages en dégustation. Du brie. Du brie fumée. Du brie aux piments. Et un fromage bleu. J’essaie le brie classique, extrêmement gras et épais, et le bleu, qui me fait penser à un bleu danois. Je ne m’éterniserais donc pas plus. Je m’arrête à nouveau, deux kilomètres plus loin, devant l’immense fromagerie de Tillamook. Quand je dis immense, ça n’est pas exagéré. Je ne me souviens plus du tonnage quotidien de fromages produit. Beaucoup trop probablement. Surtout quand je découvre qu’ils ne produisent que du Cheddar. J’avais un petit espoir que peut être ils auraient un ou deux fromages intéressants. Je les goûte tous, histoire d’être sûr que je peux confirmer que ça ne présente absolument aucun intérêt. L’autre partie « amusante » de la fromagerie, c’est la visite auto-guidée. En gros, il y a un certains nombre de panneaux d’informations, et surtout, on peut admirer les employés à l’oeuvre par des fenêtres. Tout cela me rappelle de lointains souvenirs de découpeurs de jambons à la chaîne… quoi que… j’ai l’impression que ma job aux jambons d’Aoste étaient plus intéressantes ! Toujours est il que je me demande comment j’aurais réagis si j’avais vu des touristes me faire des « tatas » pendant que je travaille…
Je me paie une crème glacée chocolat-mûres pour me remonter le moral. Bin en fait, mon moral va parfaitement bien, mais on va dire que c’était à titre préventif, juste au cas où !
Et je reprends la route à nouveau. J’avoue que je n’aime pas vraiment la région. On a perdu les falaises, les montagnes et la forêt. C’est juste un très grand estuaire, avec des villes pas très belles, pis des vaches. Heureusement, ça ne dure pas trop longtemps !
Nouvelle pause, un peu plus loin, pour aller jeter un oeil à une plage en principe jolie. Je me gare à côté d’une voiture blanche d’où sort une fille avec un magnifique manteau rose, et un chapeau encore plus magnifique. Elle me sourit et me dit bonjour. Moi j’aime les gens qui me sourient et me disent bonjour, alors je lui rends sourire et salutations, avant d’aller faire un petit tour sur la plage.
Et puis j’ai l’idée d’un plan machiavélique. Enfin non, l’idée je l’avais déjà eut avant, mais je n’avais pas encore pu la mettre à exécution. La plus part du temps, ce sont les gens qui viennent me parler, et ça serait bien que de temps en temps, ce soit moi qui aille vers les gens je trouve. Et franchement, la demoiselle avec son chapeau, elle a l’air full sympathique et charmante. Alors quand je repasse à côté d’elle après mon petit tour sur la plage, je lui dis que j’ai l’intention de me préparer un thé, et lui demande si elle en veut. Évidemment, ça n’est qu’un demi mensonge, puisque partager un thé avec quelqu’un me tente bien, mais le boire tout seul m’intéresse moins. Elle accepte l’invitation, et on se retrouve à discuter pendant une bonne heure, surtout de tout, un petit peu de rien.
Elle s’appelle Anya et habite Portland en ce moment. Quand je lui ai demandé d’où elle vient, elle m’a répondu « d’un peu partout ». Par la suite, j’ai compris qu’elle a grandi en Europe (notamment en Angleterre) et en Afrique, avant de se retrouver coincée dans l’Oklahoma pendant plusieurs années, et que ça ne fait pas longtemps du tout qu’elle a pu venir s’installer dans l’Oregon. Elle aime l’océan, ça lui manquait, et elle est heureuse d’habiter pas loin de la côte. Elle a travaillé dans un truck stop, comme monitrice de tir à l’arc, comme vendeuse dans un magasin d’outils, comme secrétaire dans un cabinet de comptabilité, et en ce moment elle travaille dans un restaurant rapide sur le campus universitaire de Portland. Je continue à aimer ces petites rencontres aléatoires. J’aime « voler » des petits bouts d’histoire à ces inconnus que je croise sur la route. Je ne sais pas ce que j’en ferais. Peut être rien. Après tout, c’est avant tout le plaisir de parler à ces inconnus qui me plaît. Évidemment, j’ai du lui redemander son prénom quand on s’est dit au revoir, vu que je l’avais oublié. Elle m’a dit que par contre, pour elle, c’était facile de se souvenir du mien. Elle a appelé son piano « Sébastien ». Moi je trouve que c’est un joli nom pour un piano ! Comme je lui dis, je suis très fier de savoir que quelque part dans le monde il y a un piano qui porte mon nom !
Et puis elle doit rentrer à Portland. Elle travaille ce soir. On se dit « au revoir » ; on se dit « peut être à bientôt ». Et la voiture blanche disparaît. Pourquoi Pas ? démarre un peu après, direction Astoria, avec une pause « gros rocher » un peu avant d’arriver.
Le Pélican et les Hollandaises
La brasserie du Pélican est annoncée depuis un moment sur la route. J’ai vu plusieurs panneaux publicitaires, et bien évidemment, ils en parlent aussi dans mon petit livret du parfait amateur de bières perdu dans l’Oregon. J’ai hésité, j’ai hésité, j’ai hésité. Et puis je me suis dit que ça fait un moment, quand même. Alors j’ai arrêté d’hésiter. J’ai sans doute fini d’être convaincu par la magnifique terrasse donnant sur la plage…
Me semble que c’est inspirant, et que ça donne soif. Au moment où le serveur m’invite à m’installer à la dernière table libre, deux vieilles madame avec chienchiens ridicules demandent si elles peuvent s’asseoir. Les pauvres tites madame, je ne veux pas qu’elles soient tristes. Et puis la table permet d’accomoder au moins 8 personnes. Je les invite donc à partager. Elles acceptent en me remerciant. Si j’ai tout suivi, elles sont originaires de Hollande, mais habite désormais à Portland. La brasserie du Pélican est une brasserie intelligente : ils servent des carrousels de dégustation. Chose qui, à ma grande surprise, est encore relativement rare dans le monde des microbrasseries. C’est pourtant au moins aussi inspirant que le paysage !
Le petit caché en arrière dans son coin, c’est du cidre. Ils n’avaient plus de la deuxième bière de saison, alors ils ont remplacé. C’est pratique, le cidre ça aide à désaltérer. Oui, certains diront que j’avais aussi un verre d’eau, mais bon…
Devant mon magnifique plateau, les madame me demandent si je suis un amateur. Je me permets de répondre que oui, et que j’aime beaucoup les bières de micro brasseries. Elles font l’erreur de me demander si on trouve de bonnes bières au Québec. Je réponds que pour moi, c’est le paradis pour les amateurs de bières. Évidemment, l’une des deux commencent à dire que oui, mais quand même, la Belgique, tout ça tout ça. Puis elle enchaîne en me disant que je devrais aller visiter la brasserie Heineken, où ils font de la très bonne bière. Je me demande si je l’ai vexée pour qu’elle devienne soudainement si méchante. Non mais, franchement… Heineken… je préfère encore la Molson, tient ! Et en plus, c’est vrai ! J’ai limite envie de lui mettre du ketchup sur ses frites pour me venger. Mais je me dis que vu son âge, la tite madame pourrait bien faire une crise cardiaque, alors je me contente poliment de réorienter la conversation.
Si un jour vous passez sur la côte, faîtes une pause à la brasserie du Pélican. Leurs bières ne sont pas à se rouler par terre, ne sont pas phénoménalement révolutionnaire, mais elles sont quand même bien bonne, et j’aime bien les noms. La Kiwanda (une crème ale) a été, je pense, ma plus belle surprise. J’ai eut grand plaisir à la boire, moi qui habituellement ne suis pas un grand fan de ces bières légères. Elle a une très belle personnalité, et a mérité que je reparte avec une version en bouteille, parce que c’est comme ça. La Mac Pelican’s (bière d’inspiration écossaise) personnellement le nom suffit à plaire à mon humour un peu simple. Ma référence personnelle, en terme d’écossaise, c’est l’Adel Scott. Bière industrielle, certes, mais légèrement tourbée et assez sucrée qui me plaît particulièrement. Il n’y a absolument rien de l’Adel dans la Mac Pelican, sauf peut être un petit côté tourbé, en effet, en tout début. Très légère, là encore, pas trop sucrée, mais fortement sympathique. Comme je sais que je vais souvent vers les IPA et les stout, la Mac Pelican sera la 32e bière du Pourquoi Pas ? (enfin il me semble ; je suis à nouveau mélangé dans le calcul). J’ai continué avec la Indian Pelican Ale (oui, évidemment, une IPA). Toujours aussi facile de me séduire, on dirait. Elle sera, ma deuxième préférée de la dégustation, mais je la trouve quand même décevante pour une IPA. Le goût manquait un peu de tonus. Par contre, je dois lui reconnaître une odeur des plus agréables (teintée, accessoirement, d’une légère odeur de chanvre, du genre de celui qu’on fume). La Doryman (Dark Ale) passera relativement inaperçue. Je ne saurais déjà plus vous en parler. La Tsunami (stout) arrivera à la première place du palmarès. Avec une entrée en bouche des plus légères, elle se dévoile dans une gradation qui fait qu’elle mérite parfaitement son nom, laissant après son passage une très agréable amertume à tendance café. Je garde également un très bon souvenir de la bière de saison que j’ai goûté, je me souviens l’avoir bien apprécié, mais là aussi, sa description m’échappe déjà. Peut être que je pourrais me mettre à faire mes dégustations avec un papier et un stylo ?
Un saturday market, le samedi après midi, à Eugène
La nuit, ici, il fait froid. Et c’est vrai que le van a perdu un peu au niveau de l’isolation quand des braves inconnus m’ont permis d’avoir un air conditionné intégré au pare brise arrière. Air conditionné éco friendly, en plus ! Mais que malheureusement, on ne peut pas couper la nuit. Bref… ça reste tout à fait supportable, j’ai supporté, et j’ai survécu. Une bonne petite nuit de sommeil, dans un quartier parfaitement tranquille et sans voiture, on aime ça !
Caroline est occupée toute la journée (les joies d’être encore aux études !) ; on se donne donc rendez-vous en fin d’après midi. De mon côté, mes intentions sont assez simples : aller au centre ville, trouver mon vendeur de flûtes. Parce que franchement, cette flûte, plus j’y pense, et plus je la veux. À pied, le centre ville est à 30 minutes environ, mais j’ai bien envie de sortir un peu mes roulettes. Ça fait longtemps que mes rollers n’ont pas pris un peu d’exercice, ça ne peut leur faire que du bien. À priori, à Eugène, tout le monde fait du vélo. Le réseau de pistes cyclables et d’ailleurs assez impressionnants. J’en viens assez rapidement à comparer Eugène à Grenoble. Faut dire qu’une ville de 350 000 habitants, avec énormément d’étudiants, et un petit centre ville tout petit et sympathique, ça a un petit côté « déjà vu ».
Je suis dans un secteur complètement différent de celui de Sarah et Gretchen, et sans savoir pourquoi, j’ai du mal à me repérer dans Eugène. Pourtant, les rues suivent bien un quadrillage régulier, la plupart étant numérotées de 1 à… aucune idée. Je me retrouve quand même au centre ville sans le moindre problème, repérant immédiatement là où j’ai garé le Pourquoi Pas ? la première fois. De là, le Saturday Market est à deux coins de rues.
Un « Saturday Market » qu’est-ce que c’est que ça peut donc bien manger en hiver ? À vrai dire, c’est très simple : c’est un rassemblement de producteurs et d’artisans locaux. Le maître mot est là : « local ». Les artisans doivent être originaires de la région, les produits doivent avoir poussé dans la région, etc… ça ressemble comme deux goûtes d’eau aux marchés traditionnels français, et j’avoue que personnellement, j’aime bien ça. Pour la petite histoire, c’est à Eugène qu’a eut lieu le tout premier Saturday Market aux États Unis. En 1905, si je ne me trompe pas. En fait, la ville d’Eugène est extrêmement intéressante et mérite d’être regardée d’un peu plus prêt. Contrairement à mon idée première il y a un mois et demi (le temps passe vite, c’est impressionnant !) ce n’est pas juste une ville où on trouve des laveries automatiques à cause des étudiants ! C’est très clairement une capitale culturelle et intellectuelle. C’est également une ville très ouverte à un certains nombre d’idéaux qui, personnellement, me plaisent beaucoup. La ville a fait parler d’elle notamment lors du sommet qui a eut lieu à Seattle il y a quelques années, en fournissant une grosse partie des détracteurs. Il y a aussi eut une histoire de personnes enchaînées à des arbres, pour les empêcher d’être coupés (et sauf erreur, ils ont bien mieux réussi qu’à Grenoble). En fait, si je voulais être quelqu’un de bien qui s’intéresse à la culture de ses lecteurs, je pourrais faire un exposé un peu plus poussé sur la question. Qui sait, peut être le ferais-je ! Toujours est il que le maire d’Eugène a affirmé, il y a quelques années qu’Eugène était la capitale de l’anarchisme aux États Unis. Chose intéressante, le brave homme n’avait pas l’air de s’en plaindre. Limite, il en était même content. Bref… cette ville n’a pas fini de m’intriguer, et il est très clair que, si je pars demain, ce ne sera qu’un au-revoir et pas un adieu.
Tout ça pour dire que mon vendeur de flûtes, je l’ai retrouvé, à la même place, avec la même barbe magnifique, le même sourire engageant, et le même plaisir à discuter avec lui. À priori, il m’a reconnu. On a rediscuté un bon moment, mais il m’a tout de suite mis une flûte entre les mains, et elle m’a tout de suite plu. J’ai quand même voulu en essayer d’autres, pour être sûr. Et puis j’ai hésité un peu. Comme je lui ai dit « j’hésite, parce que je suis un fainéant, et que j’arrive déjà à souffler comme il faut dans l’autre, alors que j’ai du mal à souffler dans celle-ci ». Il m’a quand même garanti que je m’y ferais vite. Et puis il est vrai que celle qu’il m’a présenté est un peu plus grave, et j’adore le son qu’elle fait. Elle a une façon de vibrer qui me plaît bien. Il m’a aussi fait remarquer un petit détail, qui m’a définitivement convaincu. Chaque petite flûte, en haut, à un petit dessin gravé.
Avouez le : pareil dessin, je ne peux pas ne pas me sentir interpellé ! C’est pas comme si je marchais pas dans les montagnes, sous le soleil, depuis… ouf ! Depuis un bon moment maintenant ! Et donc, finalement, j’ai craqué. Je suis heureux. J’ai une flûte en bambou magnifique, et elle a un son superbe. C’est mon cadeau d’anniversaire, de moi à moi, et je l’aime. Bon, c’est dit. Tiens, en parlant de cadeau d’anniversaire, je m’en étais fait un autre, que j’ai finalement annulé. Il me fallait encore aller dans une vraie gare pour voir une vraie personne pour avoir le droit à un vrai remboursement. Ce que je ne comprends pas tout à fait, c’est que mon vrai remboursement me sera envoyé dans une vraie lettre par la poste. L’intérêt de me déplacer ? Pas sûr, mais bon. La gare d’Eugène est bien belle. Il y a même un panneau qui explique qu’à l’époque les gares étaient très souvent construites sur des modèles identiques, et que s’est un parfait exemple de gare « pas originale du tout ».
Il n’empêche que tout cela, parler à un monsieur dans une gare, voir les panneaux d’affichage, regarder ce couple acheter un billet de train, ça me donne des envies de voyages. Oui, je sais, c’est un concept très particulier d’avoir des envies de voyages quand on est en voyage. Mais même si j’adore mon voyage actuel, même si j’adore mon van, je reste encore convaincu qu’il n’existe pas de meilleur moyen de transport, de façon plus agréable de se déplacer, que le train. J’ai envie d’en choisir un au hasard, et de sauter dedans. J’ai envie de discuter avec Mowgly et Tassa de leurs aventures à bord de trains de marchandises. J’ai envie de traverser ce continent gigantesque de la vraie façon qu’il soit. Parce que les États Unis, tout comme le Canada, c’est les trains qui les ont construit. Et il me semble, parfois, qu’on devrait les découvrir comme ça. La chose est claire, je n’oublierais pas les passes de train Amtrak, et j’en ferais usage bientôt. Très bientôt…
Ces petites formalités administratives réglées, il ne me reste plus qu’à profiter de la ville. Je retombe sur une baguette de pain piégée et délicieuse, que je mangerais tranquillement, en écoutant une jeune demoiselle réinterpréter l’intégrale des Beattles au Hukulele. Et puis je tourne en rond, je vadrouille, je regarde, j’écoute, je sens. J’adore cette ambiance ; je m’y sens parfaitement bien, parfaitement à mon aise. Les djembés sont à nouveau au rendez-vous ; je reste un petit moment à observer tout ce petit monde. Un magnifique mélange. Des hippies, des « Kids », des jeunes, tous se retrouvent à la même place. Je regarde, à priori je ne connais personne. Mais j’ai plaisir à simplement écouter.
Mon appareil photo est sorti, mais je n’ai pas envie de prendre des photos. Je sais que je pourrais en profiter pour voler quelques portraits intéressants, mais pas aujourd’hui. J’ai déjà fait des photos du Saturday Market, j’ai juste envie de déambuler au hasard, sans jouer les photographes.
J’ai repéré un magasin de musique grâce à mon ami Google Map. Je m’arrête pour acheter un Gazoo. La bonne nouvelle, c’est que le nom est le même en anglais, ce qui aide beaucoup. Cet achat est intentionnel. Peut être connaîtrez-vous, un jour, la raison (après avoir mis de la violence, je me dis que rajouter un peu de suspens pourrait m’aider à garder mes innombrables lecteurs).
Je m’arrête de temps en temps pour jouer de la flûte. J’aime le son qu’elle fait. Je m’en sors déjà mieux. Je suis capable !
Et puis finalement, je décide de prendre le chemin du retour. Je me rappelle parfaitement où je dois aller, sauf que quand j’y arrive, ce n’est très clairement pas là. Moment de doute. 17e avenue est ou ouest ? Évidemment, mon ordinateur n’a plus de batterie pour que je puisse vérifier. Peut être que c’était de l’autre côté. Je remonte toute la 17e avenue dans l’autre sens. Si faire du vélo dans Eugène semble agréable, le roller c’est autre chose : comme d’habitude, la qualité du revêtement, le monde s’en fout un peu beaucoup complètement. Après une bonne balade, mes deux neurones se connectent. J’étais très clairement au bon endroit la première fois. Là, je pars dans la mauvaise direction. En même temps, je suis dans le coin de chez Sarah et Gretchen ; je pourrais tenter de retrouver leur maison ! Parce que malheureusement, je n’ai pas pensé à garder leur adresse… je tourne un peu au hasard sans succès, et me retrouve au centre-ville. Bon, deuxième essai, en sachant où je vais : je vise l’université, beaucoup plus facile à trouver. J’en profite pour m’arrêter dans le cimetière. Il est bien joli, il est bien calme, et c’est un bel endroit pour jouer de la flûte je trouve. Je comprends aussi la raison de mon erreur : la 17e avenue s’interrompt à un moment à cause d’une mini colline ; il aurait fallut que je persévère un minipeu plus, pour contourner la colline qui cachait l’Université. Enfin… je suis de retour au van, et toujours en vie.
Caroline n’est pas encore rentrée ; je m’installe confortablement avec un livre en attendant son retour. Quand elle revient, on discute un tit peu, elle m’explique qu’elle a passé une partie de l’après midi à faire de la sculpture de citrouilles. Ce soir, donc, soupe aux citrouilles. Très bonne en l’occurrence ! Et puis pour le programme de la soirée, elle propose de regarder un film, simplement. Je serais éventuellement bien sortie faire la fête avec plein de gens, mais à priori, elle ne connaît pas encore grand monde (ça fait seulement un mois qu’elle habite ici). En même temps, une petite soirée tranquille devant un film, ça m’est pas arrivé depuis… oui, plus d’un mois et demi. Pas mal, non ?
Le film terminé, on discute encore un petit peu ; elle a encore quelques lectures à faire. Je lui souhaite donc bonne nuit, et m’en vais jouer un peu de flûte avant de dormir. Ça vient vite : je souffle quasiment parfaitement dès le premier coup maintenant.
Je suis heureux, et j’aime ma flûte ! Dommage que je ne puisse pas en jouer en dormant ; ça pourrait me bercer d’une façon des plus agréables.
Comme vous pouvez le constater, à Eugène c’est l’automne, et ils ont eux aussi des jolies couleurs. Les cyclistes portent un casque même quand ils sont juste des dessins sur le sol (et franchement, je trouve ça très intelligent comme méthode de sensibilisation). Halloween s’en vient. Et on trouve aussi des « arts cars » à Eugène.
Retour dans le nord
Après avoir été cambriolé, je me suis presque demandé à chaque fois que je rentrais chez moi si j’allais retrouver la porte débarrée. Ça m’a finalement passé quand j’ai déménagé, un peu plus d’un an après.
Cette nuit, c’était la première nuit que je dormais à nouveau seul, et j’avoue que je n’ai pas vraiment bien dormi. Je pensais être à côté d’une petite route tranquille et déserte, mais il y a quand même eut du passage, et je me demandais à chaque voiture si elle allait s’arrêter. Le côté « amusant », c’est que des fois je me demandais si elle allait s’arrêter pour prendre une autre vitre comme cible, et d’autres fois je me disais qu’elle allait simplement me dire que je n’avais pas le droit de dormir ici. Bref, je me réveille encore bien fatigué, ce qui n’est jamais vraiment agréable. Je me demande juste combien de temps ça durera. En même temps, si on y pense bien, n’ayant plus de vitre arrière… enfin bon…
Le fait de se réveiller dans les bois, par contre, est vraiment super agréable. Même si c’est humide, froid, et encore sombre. Ces arbres géants aident à retrouver la sérénité.
Je reprends la route assez rapidement, à nouveau sur un chemin inconnu, vu que lors de mon précédent passage, je m’étais offert un détour par la côte. Cette fois-ci, donc, je continuerais sur l’Avenue des Géants, histoire d’admirer encore quelques grands arbres. Toute bonne chose ayant une fin, je me retrouve à nouveau sur la 101. Après avoir délaissé une pub pour une brasserie (après tout, il est juste 11h du matin) je me laisse par contre tenter par une pub indiquant une fromagerie à Loleta, et je m’offre donc un petit détour par une mini ville tout mignonne et sympathique.
Dans la fromagerie, il y a un gigantesque frigo, avec plein de fromages en dégustations. Que des produits maison. Le problème, c’est que les produits maisons, c’est « cheddar », « Monterey Jack », « Avarti », et tout plein d’autres trucs sans intérêt. Je les goûte tous, dans le doute, me disant que j’arriverais peut être à trouver quelque chose, mais non. Franchement, rien. Je me rabattrais donc sur un petit sac de fromage en grains. C’est toujours amusant à grignoter en roulant ! À un moment, la fromagère me demande d’où je viens. Du coup, on discute un peu, je lui explique un peu mon voyage. Elle me regarde un peu de travers et me demande « est-ce que vous avez le droit de voyager seul au moins » ? Sous-entendu, donc « est-ce que vous êtes majeur » ? La majorité, ici, est à 21 ans. Ça fait une différence avec 18, mais ça fait un moment que l’on ne m’a pas rajeunit d’autant. Comme je paie par carte de crédit, elle demande à voir ma carte d’identité. Je n’arrive pas à savoir si c’est juste par sécurité, ou si c’est parce qu’elle est persuadée que je mens, que je suis mineur en fugue, et qu’elle a envie de me dénoncer à la police. Elle semble très désappointé, et s’excuse même à plusieurs reprises en découvrant que je suis un vieillard sur qui les années sont clémentes. Dans cette même fromagerie, je vois une carte postale d’une maison complètement folle. Je retourne. C’est dans le centre ville d’Eureka. Je n’avais pas forcément prévu de m’y arrêter, mais c’est sur mon chemin, alors pourquoi pas ? Et puis à Loleta, il y a aussi une boulangerie. Je jette un oeil. Les baguettes m’inspirent énormément, et je partirais donc avec l’une d’elle. Contrairement aux fromages, c’est une parfaite réussite, et ça sera mon repas de midi : un sandwich croûtémie (ça change du croûtoumie).
Retour sur la 101, arrivée à Eureka, parking sans problème en centre-ville, et petite promenade aléatoire dans le vieux quartier, et ses quelques magnifiques spécimens de maisons victoriennes.
Et puis il y a surtout celle que j’ai repéré sur la carte postale, et que franchement, je trouve magnifique dans son style. Depuis que j’ai déménagé dans un manoir victorien (notez bien que j’ai dit « depuis que j’ai déménagé » plutôt que « depuis que j’habite dans », qui n’est pas vraiment encore tout à fait le cas), je fais de plus en plus attention à tout ce qui est victorien. Et je me rends compte que j’aime bien ça. Même si je l’associerais plus facilement à la région de Boston et de Providence à cause des écrits de ce cher Howard Philipp, j’ai vu quelques modèles intéressants à Santa Cruze et à San Francisco. Celui-ci, en tout cas, est très clairement un lieu de rassemblement d’adepte du mythe.
L’heure passant, je m’en retourne tranquillement vers la voiture. J’avais prévu de reprendre la route, mais une micro brasserie m’a fait un croche pied, et j’ai donc été obligé de passer un peu de temps à déguster une « 8 balls », une brune sans grand intérêt.
Et puis cette fois, pour de vrai, je remonte en voiture, direction Arcata. Je sais bien que ma démarche est irrationnelle, et que je ne retrouverais pas Tassa. Même si elle est à Arcata présentement, je n’ai pas l’intention d’arpenter toutes les rues au hasard pour la retrouver. De toutes façons, d’après Mowgly, elle avait prévu d’être à Big Bend elle aussi… c’est sans doute parce que je n’y crois pas, et que je n’ai pas vraiment envie d’y croire, que je le hasard ne me fait pas croiser Tassa. De toutes façons, le hasard est un truc bizarre qui fait que quand tu essaies de faire qu’un truc arrive par hasard, c’est plus du hasard, et par conséquent, ça ne peut pas arriver par hasard.
Je reprends le volant, pour prendre la 299 en direction de Redding. Mais je ne prévois pas me rendre jusque là, je tourne un peu avant, à Weaverville, pour prendre une petite route parallèle à l’autoroute 5 (la 3) qui me ramènera à Yreka. Ça commence à être dur de trouver des routes que je ne connais pas dans le coin, mais ça continue à marcher encore !
La route commence assez jolie, et ne fais que s’améliorer. L’automne, c’est très clairement la saison où les auto-stoppeurs poussent sur le bord des chemins. Je m’arrête pour en ramasser deux.
Le gars s’appelle Monk, la fille, je ne suis même pas sûr qu’elle a pensé à dire son nom. Les deux sont… disons bien fatigués. Je discute quand même un peu avec Monk, pendant que la fille, un sourire gigantesque aux lèvres, regarde défiler le paysage, en rigolant toute seule de temps en temps. Monk à 20 ans, originaire de l’Illinois (dans le coin de Chicago donc) ; sur la route depuis 3 ans, parce qu’il aime la liberté. L’hiver, il le passe dans sa maison (chez ses parents, j’imagine). Il économise de l’argent, en but d’acheter un bateau, et de faire le tour du monde. Ce qui est assez amusant, c’est qu’il est à la fois très fatigué, et probablement un peu gelé, mais qu’il se rappelle des bonnes manières de l’auto-stoppeurs. Donc il parle, il pose des questions, mais souvent il oublie d’écouter la réponse, et passe à autre chose. Bref, ça fait un peu de compagnie, mais pas trop longtemps, c’est parfait. Je les dépose à la sortie de Weaverville, et je prends sagement la route numéro 3. J’ai même pu faire des photos, parce que franchement, la route était grandiose, et ça le justifiait. Plutôt trois fois qu’une !
Je roule encore un peu, parce que demain je dois être à Eugène. J’ai même une couchsurfeuse qui m’attend. Ça faisait longtemps ! Eugène, c’est encore pas mal loin d’ici, mais rendu à Yreka, c’est que de l’autoroute. J’ai déjà fait les routes panoramiques alternatives, et depuis le temps que je veux découvre Eugène, Portland et le nord de l’Oregon, il faut que je me décide. Et ça implique de me bouger un peu, bon !
Je regarde à gauche et à droite de la route. À priori, je suis de retour dans le pays de Big Foot, version sud est (alors que Happy Camp est au nord ouest avant). Mais personnellement, je n’ai aucun problème avec lui, donc tout va bien. J’hésite, à un moment, à rouler jusqu’à Yreka, et à me trouver une aire de repos, mais je n’ai pas envie de m’arrêter trop tard ce soir. J’ai envie de jongler un peu et puis j’ai toujours un contrat à avancer. J’aurais la matinée de demain pour la route panoramique et magnifique, et ensuite le début d’après midi pour l’autoroute.
Je trouve finalement un endroit qui me convient. Un petit chemin qui n’en est pas vraiment un, et qui s’éloigne de la route principale. De jour, je suis un peu visible, mais de nuit et la lumière éteinte, on ne me verra pas de la route. Et comme ça n’est pas un chemin, aucun risque, en principe, que quelqu’un passe à côté du van. Ça devrait donc être parfaitement tranquille. Je jongle un peu pendant qu’il fait encore jour. J’ai quasiment pris le truc avec les trois massues, mais c’est pas tout à fait ça. Si je continue régulièrement, par contre, ça ne devrait bientôt plus être un problème. Avec trois balles, par contre, ça marche tout seul, et j’envisage de plus en plus d’en rajouter une quatrième.
Quand la nuit tombe, je réintègre tranquillement le Pourquoi Pas ?. Je finis ma baguette de pain, que j’accompagne de quelques crottes de fromage. En guise de légumes, j’ai acheté deux avocats un peu plus tôt. J’en jette un des deux complètement pourri, et l’autre ne goûte pas grand chose. Enfin… c’est toujours ça ! Installé bien confortablement, il ne me reste plus qu’à me plonger dans mon livre pour quelques heures, avant d’éteindre sagement la lumière, et de m’offrir une longue et belle nuit de sommeil !
Bye bye Frisco
Je me suis endormi très tard hier. Je n’avais tout simplement pas envie de me coucher. Je ne sais pas vraiment pourquoi. Et comme je dors dans le salon, la nuit ne sera pas très longue, même si je me réveille vers 10h. J’ai quelques petits préparatifs à faire avant de quitter San Francisco. En fait, je suis assez fier de moi : en arrivant avec une date précise de départ, j’arrive à me motiver à partir. Le fait que Mowgli ait envie de reprendre la route doit sans doute me motiver également. J’aimerais quitter San Francisco vers 14h. La fin de matinée se passe on ne peu plus simplement. Bagels et fromage à la crème, puis je range le van pendant que mon ligne se lave et se sèche. Au moment de dire au revoir à Jane, je lui parle du rendez-vous prévu aux Sources Chaudes de Big Bend avec le bus des Fats Kids Kitchen. L’idée lui plaît bien. Depuis San Francisco, ça n’est pas très loin. Et puis on a tellement l’habitude de se revoir ces derniers temps que ce dire « au revoir » n’est plus vraiment un problème ! Une dernière petite pose à la librairie usagée au centre-ville de Berkeley, où je m’étais arrêté la fois d’après. Je complète mes lectures avec les tomes 8 et 9 de David Eddings. Ils n’ont malheureusement pas le 10, et je trouve ça très cruel. Par contre, je suis très heureux de trouver une édition du journal de Lewis et Clark. Ça risque d’être intense à lire, mais je m’y mettrais sans doute à un moment. Je trouve également “letter from the earth” de Mark Twain, que l’on m’avait recommandé à Reno. Bref, je suis très content d’avoir trouvé tout ce que je cherchais, et le fait de ne pas reprendre la route tout seul me plaît énormément. Si on considère aussi qu’il fait au moins 30 degrés dehors et un soleil parfaitement estival, on ne peut pas demander grand chose de plus !
Il y a trois façons principales de remonter vers le nord depuis la Californie. Il y a la « 1 », la route côtière, que j’ai déjà prise. Magnifique, mais pas très rapide. Il y a la « 5 » que l’on a pris pour arriver. Laide, mais très rapide. Et puis il y a la « 101 », qui est un peu entre les deux. Ça roule vite, sans suivre la côte, mais dans des paysages qui valent la peine. Enfin… les paysages finiront par valoir la peine après un bon deux heures de routes, quand on aura quitté une interminable série de petites villes de banlieues, toutes plus laides les unes que les autres. La 101 et la 1 fusionnent un peu avant l’Avenue des Géants. Jusque là, je serais donc sur une route inconnue. Mon but est de rejoindre Artaca, puis d’être à Eugène vendredi, ou samedi au plus tard. Pourquoi samedi ? Parce que j’espère bien retrouver un certain marchand de flûtes…
Avoir de la compagnie dans le van aide les kilomètres à passer plus vite. Mowgly me confirme l’information que Robert « Crazy Bob » m’avait déjà donné : c’est la saison des récoltes, dans la Californie du nord, alors tout les « kids » ont tendance à converger vers là bas. « Kids », c’est la façon dont Mowgly désigne ses semblables. Vous comprendrez, évidemment, que même si on est en automne, ça n’est pas des vendanges que je parle. La région du vin, c’est juste au nord de San Francisco. Ensuite, c’est l’herbe.
Tanné de conduire, et le paysage s’améliorant, on fait une petite pause sur le bord d’un cours d’eau sympa.
En fait, si c’était possible, je m’arrêterais ici. L’endroit est parfait, et mon but n’est pas de rouler 800 kilomètres par jour. Maintenant qu’on est dans des paysages qui en valent la peine, et que je suis moins pressé par le temps, les étapes plus courtes me conviennent parfaitement. Malheureusement, le parking est sur le bord de la route, et ça descend raide pour aller sur le bord de l’eau. Pas moyen, donc, de rester là pour la nuit. On repart en même temps qu’une demoiselle et de ses deux enfants. On discute trente secondes avec elle. Elle demande à Mowgly s’il veut un peu de pote (herbe) ; celui-ci accepte avec un grand sourire, et part avec une jolie poignée de la toute nouvelle récolte toute fraîche.
On reprend la route avec la même idée en tête : trouver dès que possible un endroit sympa pour s’arrêter. Malheureusement, la chose semble rare, et on perd la jolie rivière au profit d’une ville. Moins idéal… on en profite pour un mini ravitaillement chez Wallmart. Au moment de quitter l’autoroute, on voit un couple de stoppeurs sur le bord de la route. Mowgly n’a évidemment pas de problèmes à avoir plus de compagnie, et le van parfaitement rangé, je n’ai aucune inquiétude à l’idée de rentrer à quatre dedans. Ils sont encore là quand on finit l’épicerie, sauf qu’ils vont vers le sud, et nous vers le nord. En même temps, l’idée de trouver un endroit sympa et de passer la soirée tous ensemble les tente bien, et ils embarquent quand même. On roulera encore une trentaine de kilomètres avant de finalement trouver un endroit sympa, tranquille, et à priori loin de tout.
Mowgly s’occupe de l’aspect social, je m’occupe de l’aspect pratique. Pendant qu’ils discutent tranquillement assis dans l’herbe, je prépare un repas tout simple, mais qui sera accueilli avec enthousiasme par Josh et Karly. Jane et Rameen m’ont donné quatre boîtes de cornedbeef qu’ils ne mangeront pas. Pour un seul homme, une boîte ça fait beaucoup, mais partagé en quatre, c’est parfait. Ouf. Plus que trois ! Et puis pendant le repas, Josh nous apprend que c’est son anniversaire aujourd’hui. Je réfléchis rapidement. Je regrette de ne pas avoir de bananes ; j’aurais volontiers refait des bananes flambées. Et puis j’ai une petite étincelle dans mon cerveau. Il me reste un peu du mélange à crêpes que j’avais acheté pour Burning Man. Ils hallucinent donc complètement quand je sers des crêpes au sucre flambées au Brandy en guise de dessert. Après tout, un anniversaire, ça vaut bien ça, non ?
Je me retire dans mes appartements un peu après. Je suis fatigué, un peu, et puis j’ai envie de lire, un peu aussi. Je propose à Mowgly une place dans le van, mais il préfère dormir à la belle étoile. Il prétend avoir un excellent sac de couchage. S’il est aussi bon que celui de Tassa, je comprends parfaitement qu’il n’ait pas peur du froid ! Josh et Karly, par contre, sont un peu moins bien équipés, mais j’ai un sac de couchage de trop, qu’ils utilisent volontiers.
Je m’installe confortablement, mon livre à la main. Je me déciderais finalement à me coucher pour de vrai, après en avoir lu les 200 premières pages.
Mon souper de fête
Il y a une tradition que j’ai établi de moi même, sans que personne ne sache, et sans que personne ne fait attention. Chaque année, à ma fête, c’est moi qui organise tout, c’est moi qui invite tout le monde, et c’est moi qui m’occupe du repas. Je me suis rendu compte, il y a quelques temps, que c’était l’une des façons que j’avais de montrer à mes amis que je les aime. Je consacre le jour de l’année où je devrais -en théorie- recevoir des cadeaux pour donner. J’ai pris l’habitude avec le temps, et j’aime ça. Mes anniversaires se suivent et se ressemblent. Petite soirée entre amis, un bon repas, de belles discussions… l’année dernière a été un peu différente. Il faut bien des exceptions de temps en temps. Cette année aussi sera un peu exceptionnelle, vu qu’une partie de mes amis sont loin. Mais j’ai quand même Jane, Rameen et Mowgly sous la main, et pour moi, c’est plus qu’assez. Pour ma fête, Mowgly m’a offert une boîte de six bières. Je suis parfaitement conscient de ce que ça représente pour lui. C’est le seul cadeau que j’ai reçu hier, mais il me l’a donné avec un tel plaisir, et un sourire si magnifique que ça représente énormément pour moi. Sur les six bières, il y en a une que j’ai mis de côté. Elle rentrera à Montréal avec moi, et elle sera bue pour une occasion très spéciale (qui reste à déterminer). Bref… le fait de n’avoir que trois amis sous la main ne devait pas m’empêcher de perpétuer la tradition. Je les ai donc prévenu de réserver leur lundi soir. J’ai aussi dit à Jane que, si elle voulait inviter quelques amis, j’étais optimal pour 6 à 8 couverts. L’invitation a été lancée.
Évidemment, le souper c’était pour le soir. La journée, je l’ai passée bien tranquille. Une bonne partie a été consacrée à la sélection et la préparation des photos de la décompression. Je suis, il faut le reconnaître, très fier du résultat. En fait, je ne fais que très très rarement de post traitement, et c’est une erreur. Ça rajoute énormément, et ça fait une très grosse différence. En fait, c’est ce qui permet de passer de l’état « belle photo » à « tiens, si je l’imprimais en format géant pour l’exposer ». Oui, j’ai toujours mon idée d’exposition photo dans un coin de ma tête. Brasier 2, le retour du fils de la vengeance, devrait voir le jour très rapidement après mon retour à Montréal, et se cherchera alors une belle petite maison bien confortable (avis à mes lecteurs de partout : je suis tout à fait ouvert à la possibilité d’exposer Outre Atlantique ; faut juste me trouver un endroit !). Il était aussi plus que temps pour moi de prendre une douche, surtout si l’on considère le shampoing à la poussière de la veille. Ajouter à ça un réveil tardif, une envie d’être bien tranquille relaxe et de ne pas se presser, et il est déjà 17h quand je pars faire les courses.
En général, pour ce genre de souper, je ne prévoie rien à l’avance. J’attends de trouver l’inspiration en magasin. D’autant plus que je ne connais pas le magasin, et que par conséquent, je n’ai pas la moindre idée de ce que je vais y trouver. Inutile, donc, d’essayer d’imaginer une recette trois jours à l’avance si je ne trouve pas l’ingrédient principal le jour même. Comme chaque fois, donc, je préfère l’option « improvisation ». Évidemment, comme à Chicago, j’ai ma liste de recettes classiques dans un coin de la tête. C’est un peu le filet qui me permet de m’amuser comme un fou sans trop d’inquiétude. Et puis comme l’improvisation est toujours plus amusante avec contrainte, on m’a rajouté l’option « repas végétarien ». Et j’avoue que pour moi qui adore cuisiner du canard et du filet mignon, c’est une contrainte assez intense. Mais aussi un défi que je voulais relever depuis bien longtemps maintenant. Je me sentais prêt pour un repas végétarien de luxe, sans vraiment avoir eut l’occasion de m’essayer pour de vrai. Mais bon, déjà une chose qui aide, c’est que végétarien, ça enlève la viande, mais pas le poisson. C’est toujours ça. Parce que franchement, dans les grands classiques dont j’ai du mal à me passer, c’est les crevettes au sirop d’érables flambées. Rapides, efficaces, j’ai toujours eut un 100% de réussite avec cette recette.
Et puis à force de déambuler dans les allées, de regarder à droite à gauche, de chercher l’inspiration, je reviens donc à mes classiques, avec mini expérimentations parallèles. Deux petites heures de préparation, et je suis presque à temps pour un repas 5 services. Nous serons six. Un couple d’amis de Jane se joint à nous.
Crevettes au sirop d’érable flambées
Carottes râpées, emmenthal et crabe en flocon (l’expérience, ici, est au niveau de la sauce : j’ai trouvé de l’huile parfumée au sésame, et deux trois autres ingrédients des plus intéressants pour un excellent résultat)
Pommes de terre sautées (là, je cherchais une idée originale pour ajouter aux pommes de terre, mais finalement, je suis resté dans la simplicité)
Rouleau aubergines fêta (un autre classique, sauf que j’ai rajouté une trempette arachide-yaourt-miso ; mélange aléatoire et improvisée à la dernière minute, pour un résultat particulièrement intéressant à réétudier plus longuement)
Galettes de quinoa et gruyère (avec un nappage yaourt + fromage à la crème et épices ; là encore, une improvisation de dernière minute assez intéressante)
Tout ça pour terminer avec un grand classique : bananes flambées.
Bref… pas du très révolutionnaire, mais en même temps, bien content de mes petites expérimentations parallèles. Les galettes de Quinoa, c’est juste la deuxième fois, mais je commence à bien maîtriser ; j’avoue que rajouter un nappage est une bonne idée, car le goût reste dans l’ensemble plutôt neutre. Même chose pour les rouleaux aubergines/fêta que je maîtrise assez bien maintenant. En fait, l’idée initiale (avant que l’on me rajoute la contrainte « végétarien » c’était de faire des rouleaux « porcs et mangues » ou un truc du genre. Il y a quelque chose à creuser dans cette direction.
Petite soirée sympa et agréable, au final. Ça fait du bien de cuisiner ; ça me manque, je dois bien le reconnaître. Et puis chose assez exceptionnel quand même : manger mon souper de fête dehors en t-shirt le 11 octobre, ça n’est pas vraiment dans mes habitudes ! Oui, c’est de nouveau l’été dans le coin.
J’ai eut le droit à beaucoup de remerciements, et ça m’a fait beaucoup de bien. Une fois de plus, Mowgly a visé juste en disant qu’il aimait d’autant plus sachant que j’avais cuisiné avec mon coeur. C’est agréable de partager avec des gens qui sont conscients de ce genre de détails. Qui non seulement le ressentent, mais qui en plus le confirme. Jane avait aussi profité de l’occasion pour acheter quelques bières. Encore quelques dégustations des plus intéressantes donc.
La soirée ne s’éternisera pas. Tout le monde est un peu fatigué. Mais ça fait du bien. Je reste debout pendant que tout le monde part se coucher. Deux trois petites choses à vérifier sur internet, notamment mon planning des jours à venir. J’ai un timing qui semble juste parfait pour m’emmener exactement là où il faut quand il le faut. J’ai appris qu’il y avait un autre événement de décompression à Portland, le 23 octobre. Ça devrait être juste dans mes dates d’après mes estimations. Et juste parfait pour être aux Hots Springs avec le “Fat Kid Kitchen” bus pour Halloween. Il semblerait même que Jane soit intéressée à l’idée de nous rejoindre là bas. La vie est belle quand on a trente ans et un jour !
Une journée avec un seul trou, mais beaucoup plus gros.
Agréable surprise ce matin au réveil : un ciel bleu tout simplement magnifique. Il fait chaud, mais pas trop. On est bien. C’est définitivement l’automne, ici aussi. Mais un automne ensoleillé, j’aime ça personnellement. Le site du camping où je suis est tout petit, mais très joli, et j’en profite pour faire le tour. J’aime de plus en plus ces petites marches, courtes et relaxes, au réveil. Ça commence toujours très bien la journée je trouve.
C’est l’occasion aussi de découvrir que, si le Pourquoi Pas ? est bien propre après la pluie d’hier, il reste quand même pas mal de poussière là où je ne l’avais pas nettoyé du tout. Suffisamment pour réécrire mon petit credo personnel.
Je reprends la route un peu après, rejoignant la 199, pour la deuxième fois. Je ne me suis pas trompé : elle est aussi belle que dans mes souvenirs. Je revois l’endroit où j’ai récupéré les deux auto-stoppeuses la dernière fois. Aujourd’hui, il n’y a personne. Je continue donc, pour redécouvrir juste après le début d’une gorge magnifique, et un pont qui traverse la rivière pour aller vers « Stout Grove ». J’ai toujours aimé les Stouts, je me dis que peut être il y a un Séquoïa géant qui distribue de la Guinness. On sait jamais, alors je vais voir. Dans le doute… occasion également de découvrir un magnifique petit pont couvert. Comme quoi, il peut être tout petit, et pourtant très beau ! Il s’agit peut être du plus petit pont couvert du monde. Il faudrait que je me renseigne.
On continue un peu sur une route de plus en plus petite, avant d’arriver à Stout Grove. Malheureusement pas de guinness, mais quelques arbres géants magnifiques, pour faire changement, et un magnifique exercice de mikado :
Je rejoins la route principale juste après, et m’offre une pause là où je ne l’avais pas fait la fois d’avant, à cause de mes passagères. Parce que c’est magnifique à garder en souvenir dans ma tête, mais je trouve que c’est encore plus magnifique à garder en souvenir en photos.
Les gorges, si on peut les appeler ainsi, ne sont pas très longues. Assez rapidement après, la vallée s’élargit à nouveau. Le décor reste magnifique, mais le plus spectaculaire est en arrière. Et il y a là quelqu’un, sur le bord de la route, avec son énorme sac à dos. Je ne vais pas très loin sur cette route. À peine une vingtaine de kilomètres. Mais j’ai bien compris que quand on fait du pouce, même avancer de seulement vingt kilomètres, ça peut être pas mal. Il s’appelle Robert et vient de l’Arizona. Je lui donne la quarantaine, il m’apprendra qu’il a cinquante sept ans et un background assez complexe. Il a passé quelques temps dans la marine, et beaucoup de temps à déménager dans la plupart des États Unis. Trois ex femmes, cinq enfants, trois petits enfants. À 55 ans, il a réalisé qu’il n’avait pas vu la mer depuis 20 ans. Il a quitté son désert en Arizona, a pris le train, et a fait les 150 derniers kilomètres en stop. Ça fait deux ans qu’il voyage, parfois en voiture, parfois en train, parfois en bus, parfois en stop. Il a une personnalité un peu étrange ; je me demande, d’ailleurs, s’il n’est pas mythomane. Peut être, peut être pas. En tout cas, on discute beaucoup, et je le trouve quand même bien agréable. Il me confirme d’ailleurs pour me confirmer que Bryce et Zion sont à ne pas manquer. Il a habité juste à côté de Zion pendant plusieurs années. Je n’aurais aucun soucis météo avant la mi novembre. Après ça, il y a des risques non nul de tempêtes de neige qui peuvent fermer les parcs pendant quelques jours. Selon lui, en 7 à 10 jours, j’aurais un très bon aperçu. Ça correspond assez bien avec le timing que j’imagine, si jamais je vais là bas. Tout mes projets sont désormais sujets à des « si » pis des « peut être » pis des « on verra bien ». Rien de précis, rien de fixe. Je suis à San Francisco dimanche, après ça, on verra bien où le vent m’emportera.
Comme tout les backpackers, Robert (qui me dit que je peux aussi l’appeler CB pour Crazy Bob) n’est pas vraiment pressé, et donc je m’offre quand même une autre petite pause photo à un moment.
Je lui explique que je m’en vais visiter « Oregon Cave National Monument », des grottes qui semblent être plutôt belles et qui valent peut être le détour, on verra bien. Comme il semble intéresser, et comme ma passe annuelle me permet de rentrer gratuitement dans tout les parcs et monuments nationaux, en invitant jusqu’à trois personnes, je l’invite à se joindre à moi. Il accepte avec enthousiasme. On s’engage donc sur une route magnifique de trente kilomètres, tout en lacets et en montées, pour finalement arriver. On ne peut visiter qu’avec un guide. Le prochain départ est à 15h ; dans 45 minutes. J’ai un tit creux. Je n’ai pas encore mangé aujourd’hui, et je propose donc à Robert de partager mes pâtes au fromage. Il complète avec une tomate et un avocat, et m’offre même un carreau de chocolat en dessert. Un vrai petit moment de bonheur. Comme quoi, partager ça vaut la peine !
Pendant qu’on mange, une dame vient dire bonjour. Elle m’explique qu’elle a vu Pourquoi Pas ? la veille au matin, au phare, et qu’elle l’a revu une autre fois sur la route et sur le bord d’une plage. Elle trouve très amusant de le revoir une fois de plus aujourd’hui aux grottes, et trouvait que ça justifiait de dire bonjour. Je trouve ça très sympathique de sa part. C’est vrai qu’il est toujours aussi facile à repérer mon Pourquoi Pas ?.
La visite de la grotte dure une heure et demi, et vaut vraiment la peine. Ça me rappelle beaucoup de vieux souvenirs de quand je faisais de la spéléo, et que j’étais tout petit petit. Ça me donnerait presque envie d’en refaire tient ! Parce qu’une grotte tout aménagé, avec des lumières partout, c’est confortable et agréable, mais devoir se débrouiller en rampant dans la boue, ça aussi un côté amusant ! La visite a été l’occasion d’apprendre deux trois choses, plus ou moins importantes. Par exemple, si vous avez besoin d’un moyen mnémotechnique pour arrêter de confondre les stalagmites qui mites, et les stalactites qui tites, dîtes vous que G c’est pour « ground » (sol) et C pour « cell » (plafond). Comme ça, vous ne confondrez plus ! Sinon, d’après le guide, il y a 40 ans, la température moyenne de la grotte était de 4 degrés. 5 degrés il y a 20 ans et 6 degrés de nos jours. Le réseau visitable a considérablement grandi, notamment pendant la dépression : comme il fallait bien occuper les chômeurs, il y a eut pas mal d’investissements faits dans les parcs nationaux. Dans les grottes, ça s’est traduit sous la forme de « on creuse de tunnels pour relier les différents réseaux de la grotte qui resteraient sinon inaccessible ». Bon, par contre, l’avantage d’une grotte très légèrement éclairée, c’est qu’avec un bon appareil photo, et un bon objectif, le résultat vaut vraiment la peine. Pas toujours évident de faire la mise au point, et les poses sont forcément un peu longues (souvent au 1/4 de seconde, mais avec un réflex, il est possible de rester stable sur ce genre de durée). Ma première série de photo souterraine donc.
Sinon, pour la petite anecdote, les « graffitis » ont été écrit par certains des premiers visiteurs de la grotte, dans les années 30. Une vingtaine d’années plus tard, quand on a essayé de les nettoyer, il était trop tard : c’est une grotte qui est toujours « vivante » : il y a encore de l’eau qui coule de partout, elle continue d’évoluer, de changer, et donc de faire des dépôts calcaires un peu partout. Les textes disparaîtront d’eux même, avec le temps, recouvert par une nouvelle couche de calcaire.
On ressort de la grotte un peu après, et on remercie le guide vraiment très sympa. Un petit détour sur le chemin pour retourner à l’accueil permet d’avoir un joli point de vue sur les montagnes environnantes.
Oui, les nuages ont profité que l’on ne regardait pas pour ressortir. En même temps, j’étais plus surpris par le grand ciel bleu du début de journée, vu que la météo annonçait une journée nuageuse.
Un peu après, on retourne au van, et je ramène Robert jusqu’à Cave Jonction, là où il pourra se chercher un lift jusqu’à Medford, sur l’autoroute 5. Moi, de mon côté, je reviens quelques kilomètres en arrière, pour prendre la route de « Happy Camp ». Le nom me plaît bien. C’est une petite ville dans une vallée, et c’est sur mon chemin. Je ne m’y rendrais pas ce soir, c’est un peu trop loin, mais je m’y arrêterais sans doute deux minutes demain. Robert est un grand fan de Bigfoot (yéti/sasquatch/bonhomme carnaval version plein de poiles). Personnellement, je rentre dans la catégorie « fortement sceptique », mais bon. Il m’a expliqué à un moment de la journée qu’il l’a entendu, alors qu’il était perdu dans le noir complet, sans lumière, dans les bois. Il paraît aussi qu’il a été enregistré, et que les sons correspondaient. Il paraît enfin que là où l’on l’a vu, c’est à Happy Camp.
J’ai roulé une quinzaine de kilomètres dans la montagne, pour m’éloigner de la vallée. Il n’y a rien, à part la route. Je me suis trouvé un petit endroit très tranquille, bien isolé, avec personne pour me déranger. Vous l’avez deviné, sans doute, en lisant le nom des grottes : j’ai refait un mini saut dans l’Oregon. J’y dormirais cette nuit ; c’est bête, mais je suis content. J’aime l’Oregon. Ce soir, je me suis fait cuir mon steak. Serais-je en train de devenir végétarien ? Assurément pas. Il n’était pas mauvais du tout, mais en effet, je n’avais plus ma rage de protéines animales. Enfin ; peut être que j’aurais la visite de Big Foot cette nuit…
Un petit panneau, pas loin de où je dors, me raconte un mini bout d’histoire du coin. Au début du 20e siècle, le sud de l’Oregon et le nord de la Californie rentraient un peu dans la catégorie « au milieu de nul part, genre tsé comme inaccessible ». Isolés et ignorés de Salem (capitale de l’Oregon) et de Sacramento (capitale de la Californie), les gens en ont finalement eut assez. Suivant un meneur d’hommes du nom de Jefferson, la région a fait sécession et s’est déclarée indépendante le 27 novembre 41. Une région sans taxes sur les revenus, les ventes, ou les propriétés. Quelques jours plus tard avaient lieu Pearl Harbor, et les rebelles ont laissé tombé le mouvement sécessionniste pour redevenir soudainement patriotes. Il semblerait que les gens du coin gardent quand même un petit côté indépendantiste. Jefferson a son propre réseau de radio public…
La journée des cailloux troués
Ce matin, c’est très clairement l’automne. Le vent n’a pas arrêté de souffler pendant la nuit, apportant avec lui un magnifique amoncellement de nuages gris. J’ai l’impression que ça va être dur d’échapper à la pluie aujourd’hui.
Ce matin, j’avais un petit mot gentil sur mon pare brise. Du genre « n’oubliez pas de venir payer pour le camping. PS : j’ai noté votre numéro de plaque ». Ouais, bon, évidemment… au moins, c’est sympa, il m’a laissé dormir. Je n’ai plus d’argent liquide, mais il est possible de payer par carte visa. Je recopie donc les informations de ma carte, sans trop m’appliquer. Je sais, c’est petit. Mais en même temps, je sais pas pourquoi, aujourd’hui j’ai pas envie de payer. Autant, une fois de temps en temps ça ne me dérange pas, autant, cette fois, ça me tente pas. Bref, on verra bien…
Je fais un petit détour pour dire au-revoir au phare juste avant de partir (que je ne visiterais pas, parce que c’est payant, et que bon, il est joli, mais pas exceptionnel non plus), et je reprends la route, finalement sans m’arrêter pour visiter la maison (je sais que la visite est gratuite, elle, mais à matin, finalement, ça ne me tente plus, bon) !
Le ciel gris m’accompagnera toute la journée, et finira par me faire tomber ma première vraie pluie depuis Jasper (il y a une éternité). Je constate tristement que mon « no dust, only happy(i ?)ness » disparaît tranquillement pas vite… enfin, en même temps, ça fait du bein au Pourquoi Pas ? de se faire dépoussiéré un peu !
Comme on me l’avait annoncé, la côte de l’Oregon est vraiment très belle. En fait, j’essaie de comparer la Californie et l’Oregon dans ma tête depuis un moment. Quand je pense à la première, c’est l’adjectif « grandiose » qui me vient. Pour le deuxième, c’est « magnifique ». Pourtant, il me semble que je préfère l’Oregon, et ça devient difficile à expliquer. J’ai l’impression que la Californie, c’est quasiment rendu « trop ». Death Valley, c’est un désert hallucinant. Yosemite, c’est un parc complètement fuck top. San Francisco, c’est une ville tout simplement génial. En fait, ça me donne l’impression qu’on ne peut pas vraiment se « reposer » en Californie. Il y a toujours trop, beaucoup trop. C’est parfait pour un voyage de deux ou trois semaines. Mais pour plus, il me semble qu’à un moment on a besoin de s’arrêter, de se relaxer. Je passerais sans aucun problème 6 ou 7 jours à Crater Lake à ne rien faire. Je ferais la côte de l’Oregon en vélo, en m’arrêtant tout les 100 mètres. La côte Californienne, c’est une autre affaire. Les « Redwood Cove » et autres regroupements d’arbres gigantesques en Californie vous écrase, vous subjugue, vous transporte. Pas moyen de juste regarder. Il faut se poser des centaines de questions métaphysiques. Et puis il y a Eugène. Il faut que je retourne à Eugène. En Oregon, tout le monde me parle d’Eugène et/ou de Portland. Les deux petites villes géantes. La Californie, c’est surf, saut en parachute et escalade. L’Oregon, c’est promenade sur la plage, cerf-volant et randonnée.
La côte de l’Oregon, disais-je. Ses criques, ses petites falaises, et ses cailloux qui sortent de la mer. Ce matin, j’ai vu une baleine :
Mais si, regardez bien le rocher au milieu. On la dirait sortie tout droit des aventures de Pinochio !
Je commence la journée en roulant, et en me demandant bien jusqu’où ça va me mener. J’avance pendant un moment, jusqu’à me dire qu’il serait temps que j’arrête de rouler. Je pourrais, à la place, me garer dans un endroit qui me plaît, manger, pis travailler un peu. Oui, le contrat en standby depuis 3 mois vient de débloquer. Yééé !
L’endroit me plaît bien. Je passerais donc un bon moment dans le van, à travailler tranquillement, et à regarder la mer. Et puis finalement, quand j’estime en avoir fait assez, je me dis que quand même, quand on y pense, cette presqu’île mérite qu’on aille y faire un tour. Ça sera l’occasion de découvrir une magnifique petite grotte dans la montagne du bout. Le premier caillou troué de la journée.
Et puis pendant que je mangeais tranquillement au chaud, un couple au look bien sympathique ( comprendre « jeune dans la fin vingtaine, voyageant dans une vieille voiture immatriculée dans l’Oregon ») est parti se balader sur la plage. Je passerais juste après leur départ, là où ils ont laissé une très jolie création derrière eux, à base de plumes, de bois, et d’algues, dans un esprit qui, pour moi, est 100% côte ouest.
Moi, je me contenterais de faire des photos hyper originales et hautement conceptuelles :
Ils sont encore là quand je reviens au van. Mon message poussiéreux n’a pas encore totalement disparu, du coup ils me demandent si j’essaie de rentrer chez moi depuis Burning Man. D’un certains côté, c’est un peu ça… on discute 5 minutes. Ils sont de Eugène, évidemment.
Je reprends la route, pour m’arrêter un peu après dans un endroit que j’attendais impatiemment. Cape Sebastian. Bin ouais, après tout, des endroits qui portent mon nom, j’en connais pas beaucoup, et j’ai pas l’occasion d’en voir souvent. C’est sans doute magnifique sous un grand ciel bleu. En tout cas, je n’en doute pas. Mais j’avoue que sous la pluie les nuages et le brouillard, ça perd un peu en intérêt.
Un peu après, la route entre dans le « Samuel H. Boardman Scenic Corridor », un parc tout en longueur, qui suit une partie de la côte. Nommé en l’honneur du premier responsable des Parcs Régionaux de l’Oregon, qui en gros, a fait un travail de fou pendant 20 ans (1930-1950) pour protéger le plus d’endroits possibles. Ce corridor, c’est un peu l’achèvement de son oeuvre, et c’est vrai qu’il est magnifique. Des points de vue pour s’arrêter tout les 3 kilomètres pendant une quarantaine de kilomètres. C’est très clairement de la route qui ne se fait pas vite, et qui se déguste au rythme des nombreux arrêts. Je fais la course avec un couple de cyclistes (qui eux ne s’arrêtent pas). Ils vont très clairement plus vite que moi ! Je me répète, mais je trouve tout simplement magnifique ces gros cailloux qui débordent de partout. Et pour l’occasion, j’ai le droit à 4 ou 5 rochers percés, et à un double pont naturel.
Le corridor se termine sur un point de vue pour aller voir le pont Samuel H. Boardman. Encore une autre petite balade d’une petite dizaine de minutes, qui vous amène sur un autre point de vue magnifique. Je sais pas pourquoi, je m’attendais à un pont naturel ; en fait, non, c’est un pont en métal bien pas naturel. Joli quand même, et accessoirement le plus haut de l’Oregon (à peine une centaine de mètres). Bref, histoire de dire que je ne suis pas venu pour rien, je m’offre un petit pano.
Mon plan pour la journée, c’était de m’arrêter dans les environs de Brookings, à la frontière avec la Californie. Absolument rien à voir avec le fait qu’il y a là bas une micro-brasserie, évidemment. Alors que je suis en centre ville, une idée soudaine me traverse l’esprit. Je cherche « Fat Kids Kitchen » dans Google. Pas complètement par hasard : il s’agit du nom que se donne le groupe que j’ai rencontré en fin de semaine passée, et à qui c’était joint Tassa de façon temporaire. Bonne nouvelle, je tombe sur un blog, pas vraiment à jour, mais avec une page « À propos » qui explique le projet en arrière. J’avoue que ça me plaît bien. Il se promène partout dans les États Unis, en offrant de la nourriture aux gens. Plus de détails : http://fatkidskitchen.wordpress.com/about/ ; je n’en regrette qu’un peu plus de ne pas avoir proposé de les accompagner un peu plus longtemps. Enfin, mon petit doigt me dit que nos routes se recroiseront. Après tout, leur bus s’appelant le « Misses Yes », il paraîtrait logique qu’il fasse plus ample connaissance avec « Pourquoi Pas ? », non ?
Dans le centre ville de Brookings, il y a également un Fred Meyers. Ça, c’est une chaîne d’épicerie géante qu’on ne trouve, je pense, que dans l’Oregon. Déjà, les prix dans l’Oregon sont pas cher. Mais là dedans… bref, je me dis que c’est l’occasion de reremplir la réserve de nourriture de Pourquoi Pas ?. Ça aurait très bien pu attendre encore un peu, mais je me dis que mon moral étant aléatoire en ce moment, et la météo pourrie, avoir quelques stocks pourrait être une bonne idée. Et puis ça rassurera mes parents. Je craque donc pour deux petits steaks, de la bière, des tonnes de pâtes, de quoi refaire de la salade de boîtes, et aussi du chocolat chaud. Au point où j’en suis dans les caprices, je m’achète un booster Magic (très certainement le dernier, mais ça me fait rire encore un peu). Et puis un petit spécial pour le repas de ce soir.
Avec tout ça, je me dis que s’arrêter dans une brasserie n’est plus vraiment nécessaire. En plus, cette brasserie en particulier brasse à deux places différentes, et il y a des chances que je passe à la deuxième place demain alors bon… je reprends la route, et quitte l’Oregon, plus vite que prévu, et un peu déçu. Incertains de revenir prochainement. Je sais que mon plan initial est de descendre à San Francisco, et de remonter à Eugène ensuite. Ça me tente toujours. Mais en même temps, je pourrais continuer vers le sud de la Californie, là où il est possible de se baigner même en novembre, puis ensuite rejoindre l’Arizona et les zones désertiques histoires de me garder bien au chaud. En fait, je pense que je sais très clairement ce qui me fera décider pour un bord ou l’autre. Alors pour le moment, sachant que je ne prendrais aucune décision définitive avant au mieux lundi prochain, je me dis que je verrais bien. Les plans dernières minutes sont toujours les mieux.
J’ai regardé la carte pour optimiser ma route, et éviter de repasser trop souvent à des endroits « déjà vus ». En fait, le seul petit bout de route que je vais refaire demain, c’est celui que j’ai fait avec les deux auto-stoppeuses il y a quelques temps et où, du coup, je n’avais pas vraiment pris le temps de m’arrêter. C’est donc parfait !
Et puis je me trouve finalement un petit parc/camping. Ce soir, je suis d’humeur à payer. Si on toc à ma fenêtre, ou qu’on me met à mot, c’est sûr que je paie. Je gare Pourquoi Pas ?. Il fait nuit, mais les arbres aux environs ont l’air magnifique. Oui, pour vous aider à suivre, je suis de retour dans le « Redwood National Park ». Enfin je suis juste à la limite. J’y rerentrerais demain, sauf erreur de ma part.
Je m’installe, range la nourriture nouvellement achetée, et me fait mon petit repas à moi.
Bière, pain, fondue au fromage en boîte. Première fois que j’essaie. C’est un peu cher, mais ça n’est pas si pire, même si c’est loin de valoir un vrai mélange « secret de famille depuis 142 générations » comme on sait si bien faire par chez nous. N’empêche, ça fait du bien au moral qui allait déjà très bien !
La lumière du tableau de bord du Pourquoi Pas ? a décidé de ne plus fonctionner. La nuit, je ne sais plus à quelle vitesse je roule, ni si il me reste de l’essence. Demain, il faudra que je regarde si jamais ça ne pourrait pas être un fusible, ou un truc du genre, pis peut être que je serais capable de réparer moi même. Ou peut être que non. C’est pas très pratique, mais c’est moins grave que de ne plus avoir de freins (qui reviennent tranquillement pas vite, comme l’avait prédit le garagiste. Il est fort le garagiste !
Aujourd’hui, à 18h12, mon appareil photo a pris une photo sans me demander la permission.
Personnellement, je l’aime bien.
Et puis la petite fin de soirée relax dans le van, à écouter de la musique, en bloguant, en lisant et en écrivant, ça aussi je l’aime bien !
































































































































































































